‹ Les carnets de Georges LouisChapitre 32 sur 35 · Entre crochets carrés dans le texte · texte numérisé non relu

Entre crochets carrés dans le texte

France ; on prépare un coup contre vous. » Il n’ajouta pas un mot, mais il était clair qu’il voulait dire que c’était l’Allemagne qui préparait un coup. »

Fontarce fit part a KlobukoAvski de cet avertissement ; maisKlobukowski, à ce moment encore, attachait peu d’importance à tout ce qui se rattachait à la question de la neutralité belge, et il ne jugea pas utile de transmettre les renseignements à Paris. Fontarce Vêtait aperçu, d’autre part, que Berthelot et Margerie l’écoutaient à peine quand il leur parlait de ce qu’il pouvait apprendre en Belgique au sujet de l’éventualité d’une guerre franco-allemande. Il se décida donc à ne communiquer qu’à Piccioni, avec lequel il était assez bien, le propos du général Deruette. Piccioni en parla à Berthelot et à Margerie ; a mais tous deux dirent que, si l’avertissement avait eu quelque valeur dans la pensée de l’aide-de-camp, ce n’est pas à un secrétaire, mais au chef de poste que le renseignement eût été donné. Erreur I

Dans les derniers mois qui précédèrent la guerre, Klobukowski se décida à entretenir le gouvernement français des indications qu’il recueillait sur les dispositions de l’Allemagne.

Et quand la guerre eut éclaté, M. Messimy lui dit : « Je regrette bien de n’avoir pas davantage prêté attention à vos renseignements. » — Jamais la dépêche de Jules Gambon rendant compte de l’entretien du roi des Belges avec le Kaiser à Potsdam n’a été communiquée à notre légation à Bruxelles. Klobukoswhiri’en a eu connaissance que par le Livre jaune.

Léon Bourgeois. 24 février 1916.

« Isvolsky a fait le plus grand mal à son pays et au ^ nôtre pour arriver à se venger de d’Aehrenthal. — Pourquoi l’a-t-on écouté ? » Pas de réponse à cette question directe, mais Bourgeois amène la conversation sur Delcassé en disant : « C’est Delcassé qui lui a promis Constantinople quand on l’a envoyé à Pétersbourg pour remplacer votre mari, et vous voyez toutes les conséquences'; toutes les complications des Balkans viennent de cette faute initiale qui est tout entière celle de Delcassé. »

Gentilliez. i4mars 1916.

Pourquoi le général Galliéni a donné sa démission ?

Il a une maladie de la prostate, mais ce n’est pas la cause de sa démission. Il se retire parce qu’il a réclamé la haute main sur tous les services de son ministère, y compris le service de la santé (sous-secrétariat d’État de Justin Godart) et celui du ravitaillement (sous-secrétariat d’État de Thierry), et que ses collègues du ministère se sont tous, à l’exception de Painlevé, prononcés contre lui. Briand lui a dit qu’il savait bien pourquoi lui, Galliéni, soulevait cette question ; que c’était à la demande de son ami Doumer, ennemi du gouvernement, et que son but était d’amener une crise ministérielle. Galliéni a répondu que

M. Doumer était en effet son ami, qu’il lui avait donné le concours le plus actif au moment où il avait pris le gouvernement de Paris, mais qu’il n’était pour rien dans la détermination que lui, Galliéni, avait prise de se retirer si les directions des services de la santé et de l’intendance n’étaient pas replacées sous sa direction. Le général ajouta que, ses collègues s’étant prononcés à la presque unanimité contre lui, il irait remettre sa démission au Président à trois heures et que c’est à l’Élysée qu’il terminerait ce qu’il avait à dire à M. Briand. Le général remit sa démission au Président à trois heures, et M. Briand fît avec l’aide de M. Poincaré tout ce qu’il put pour décider le général à ne pas persister dans sa décision ; mais c’était trop tard.

Pour succéder à Galliéni, on a parlé successivement de Lyautey, puis de Briand, puis de Noulens, puis de Lebrun comme ministre avec Lyautey comme secrétaire général, enfin de... Glémentel !

Joffre reste généralissime, malgré toutes ses erreurs et sans doute pour Punique raison qu’il est franc-maçon. Cependant Glémenceau ne cesse de l’attaquer. Il a dit un jour au général G. Lebon : « Il y a deux espèces d’hommes dont il faut toujours se défier : les Juifs et les francsmaçons ! » Il avait pris en amitié le général Lebon, bien qu’il connût ses sentiments religieux.

Gérard. 23 mars 1916.

Non, il n’est, pas vrai qu’au mois de mai 1916, au moment de la discussion des 25 demandes japonaises à la Chine, le Japon ait brusquement arrêté l’envoi de ses munitions à la Russie.

La Russie n’a pas cessé de tenir tous ses engagements vis-à-vis du Japon, dans les affaires de Chine notamment. Elle a une attitude très loyale, plus nette et plus habile que celle de l’Angleterre.

L’Angleterre, aussi préoccupée aujourd’hui des menées allemandes en Chine qu’elle l’était peu avant la guerre, a essayé d’entraîner la Chine dans notre camp, et pour cela elle a fait des promesses imprudentes à Yuen Che Kaï, sans entente préalable avec le Japon. Celui-ci en a naturellement pris ombrage, et l’Angleterre a dû battre en retraite.

L’Angleterre avait encouragé Yuen Che Kaï à rétablir la monarchie : il y avait intérêt, pensaitelle, à aider à la création d’un pouvoir fort en Chine si la Chine pouvait être amenée à adhérer à la Quadruple Entente. Mais le Japon opina que le règlement du régime intérieur de la Chine pouvait être différé jusqu’à la fin de la grande guerre, qui devait absorber l’attention des Puissances.

Suivant Margerie, l’Angleterre croit qu’elle pourra ramener le Japon à son point de vue, qu’il n’a fait opposition au rétablissement de la monarchie que pour obtenir quelque chose de

plus que ce qu’il a déjà ; et le Quai d’Orsay pense là-dessus comme le Foreign Office. Mais, dit Gérard, cet espoir ne paraît pas très raisonné. Qu’est-ce que le Japon peut désirer de plus actuellement que ce que lui a donné l’arrangement de mai dernier ?

Ce sont les télégrammes de Boppe, télégrammes très pathétiques et très pressants, qui ont décidé le gouvernement français à aller au secours de la Serbie.

La débâcle serbe a été tragique, mais moins meurtrière qu’on l’avait cru tout d’abord, et la preuve, c’est que les officiers serbes que l’on a pu réunir pour la reconstitution de l’armée serbe? sont en surnombre.

Il y a à Corfou environ i 3 o.ooo Serbes, et 15.000 ont en outre pu gagner, homme par homme, Salonique à travers les frontières serbo-bulgaro-grecque.

Suivant Margerie, la chute de Delcassé n’a en rien diminué ni son infatuation ni ses ambitions. Sa lettre de démission est remplie de contre-vérités ; il rejette toutes les responsabilités sur ses collègues, alors qu’il ne leur a jamais dit l’entière vérité. Viviani lui a répondu par une lettre où il l’accuse nettement de déloyauté.

Qui a poussé la Russie à Constantinople P Est-ce Poincaré, est-ce Delcassé P C’est vraisemblablement Poincaré, pendant les quelques jours qu’il a passés avec l’Empereur à la veille de la /guerre.

Léon Bourgeois. h avril 1916.

Nous ne sommes presque pas renseignés sur ce qui se passe en Russie. Briand me dit qu’Isvolsky n’est informé de rien par son gouvernement. Alors on se demande pourquoi on le garde. Il vient au Quai d’Orsay pour se renseigner lui-même 1 Paléologue ne nous dit rien d’intéressant. Il n’a pas de situation personnelle, pas d’influence là-bas. Laguiche a sa femme, qui, elle, compte ; mais lui est à 5 oo coudées audessous d’elle. Si l’on a dit qu’il pourrait devenir ambassadeur, c’est absurde. Le peu que nous savons, c’est par le général Pau que nous l’avons appris.

A Rome nous avons Barrère. Il est bien fatigué, mais il a son passé, sa grande situation personnelle. Il faut le garder. Barrère est intangible. On a parlé de bien des gens pour lui succéder, mais ce sont des candidats qui se sont mis euxmêmes en avant. Tel Benoist. Il faut entendre Briand raconter comment Ch. Benoist s’est fait lui-même mettre dans le Gotha ,

A Madrid, l'ambassadeur que nous avons est un timide. Il faudrait que G. Louis aille parler au Roi. Si G. Louis n’y a pas d’objection, j’en parlerai à Briand. — Est-ce que Lyautey ne l’a pas vu en retournant au Maroc ? — Si. — Cette conversation a dû être utile. Lyautey est l’homme qu’il fallait pour agir sur le Roi.

Romanones n’est qu’un homme d’affaires. Il ne cherche que son intérêt personnel. On ne peut faire aucun fond sur lui.

A Athènes, nous avons un Agent léger, bavard, et son intempérance de langage est un danger constant. Le Roi a dit à l’intendant général Bonnier qu’un jour il le jetterait par la fenêtre. — Pourquoi maintenir une situation pareille ? Dans la situation actuelle il faudrait un général.

Les visages de Bourgeois et de l’Amiral s’illuminent. Voyez-vous, dit Bourgeois, seulement il ne faut pas dire qu’on le fera, c’est tout de suite qu’il faut agir. Langle de Cary est l’homme qu’il faudrait. Il quitte son commandement avec tous les honneurs. Rien ne s’opposerait à cette nomination.

La Russie. Moi : Je ne sais pourquoi on a retiré au général Polivanoff son portefeuille. 11 avait l’oreille de la Douma. C’est un esprit clair. — Bourgeois : C’est aussi ce que nous a dit Doumer à son retour de Russie,

Bourgeois told me this too : Comme nous ne sommes pas en contact avec le gouvernement russe, que nous ne savons pas quel est l’état d’esprit là-bas et ce qui s’y passe, je voudrais faire envoyer à Pétersbourg M. Ribot. Ce voyage n’étonnerait pas, puisque M. Ribot est ministre des'Finances, et qu’il serait tout naturel qu’il allât s’entretenir des questions financières avec son collègue russe. Il n’y a que Freycinet ou Ribot qui pourraient être choisis, en raison de la grande part qu’ils ont prise à la conclusion de l’Alliance. Freycinet est trop âgé et d’une santé trop fragile pour entreprendre ce voyage ; mais Ribot est parfaitement en état de l’accomplir.

Pour Madrid, nous avions pensé à Barthou :

mais il a trouvé que cette mission serait audessous de lui.

Fallières. 16 avril 1916.

Lorsque le gouvernement se décida de se retirer à Bordeaux au commencement de septemtembre 1914, une personne de nos amies demanda à ma fille de l’aider à quitter Paris. Ma fille s’adressa à un officier de l’Élysée, le commandant de gendarmerie (Bourgeois ? ou Jouffroy P), et celui-ci lui dit : « Votre amie a raison départir : dans trois jours les Allemands seront à Paris. » Il est donc hors de doute que même à l’Élysée on ne doutait pas que Paris ne pourrait pas être défendu.

Au lendemain des élections qui mirent fin au Seize Mai, une véritable foire aux préfets et aux sous-préfets se tint au Grand Café. Je fis comme les autres, et j’allai chercher là un préfet et un secrétaire général pour le Lot-et-Garonne. On me proposa Henry comme préfet et Oudet comme secrétaire général. J’acceptai, et le lendemain nous partions pour Agen, Henry, Oudet et moi. Uue soixantaine de préfets fut recrutée de cette manière, et en somme les choix furent assez bons.

L’amiral Lacaze 2 juin 1916.

J’ai rencontré dans le Midi, il y a huit ou neuf ans, — c’était chez Primoli, — l’Impéra-

trice Eugénie. Elle avait déjà plus de quatrevingts ans, mais elle était encore pleine d’intelligence et de vie. Elle parlait avec beaucoup d’animation, et elle en est venue à parler de la guerre de 1870. Elle a abordé ce sujet spontanément. Tout de suite on a senti combien elle en était hantée : « On a rejeté sur moi toutes les responsabilités, sans souci de la vérité. On m 5 a accusée faussement. J’ai toutes les preuves dans les mains ; il me serait facile de confondre mes accusateurs, mais je ne publierai rien et ne ferai rien publier après ma mort. Je ne me défendrai pas. A quoi bon? — Mais, dit l’amiral, l’histoire fera connaître la vérité. — L’histoire ? répondit l’Impératrice avec feu. Il n’y a pas d’histoire de France, il n’y a que des légendes. »

Gérard. 10 juin 1916.

Non, l’idée de remplacer Paléologue n’est pas abandonnée. Poincaré le défend encore. Il dit : « Je sais qu’il a ses défauts, mais il a aussi des qualités. » Mais au Quai d’Orsay on le considère comme tout à fait insuffisant. On voit bien qu’il 11’a pas de jugement. Il sera certainement remplacé lorsque le ministère actuel tombera. Il a été question du général Pau et du général de Laguiche pour lui succéder, mais ni l’un ni l’autre n’est très apprécié par notre gouvernement. La vraisemblance est que c’est Margerie qui sera choisi. Berthelot le désire, sentant que le moment est venu pour lui de prendre la

Direction politique. Je crois, ajoute Gérard, qu’il fera une chute retentissante ; mais ce n’est pas tout de suite.

Ce n’est pas seulement chez nous que Paléologue est critiqué et attaqué ; il semble qu’on ne l’apprécie pas davantage à Pétersbourg. Un des membres du Conseil de l’Empire, venu tout récemment à Paris avec la délégation parlementaire russe, Wielopolski, qui connaissait déjà Hanotaux, lui a dit : « M. Paléologue ne nous connaît pas ; il se tient tout à fait à l’écart, et on a l’impression qu’il ne connaît pas davantage son propre pays. » Aussi, en Russie, on le regarde comme un Grec ou un Roumain.

Gérard. 27 octobre 1916.

Le général Pau est revenu de Russie depuis longtemps déjà, et Laguiche vient aussi de rentrer avec sa femme. (Herbette dit qu’il va recevoir un commandement.)

Gérard a rencontré ces jours derniers Laguiche dans le bureau de Berckheim. Laguiche dit que les tendances du président du Conseil, ministre des Affaires étrangères de Russie, Stürmer, sont allemandes, et que l’influence des Baltes reprend. La chute de Sazonoff a été imprévue pour tout le monde, surtout pour lui-même. Il était revenu du quartier-général enchanté de l’accueil que lui avait fait l’Empereur, et dès le lendemain matin il apprenait que l’Empereur l’avait remplacé.

Paléologue était en mauvais termes à la fois

avec Pau et avec Laguiche. Il est mal vu des Russes depuis longtemps déjà. Les parlementaires russes venus cette année à Paris ont dit notammentà Hanotaux que Paléologue était un mauvais représentant de son pays, et que son manque de jugement lui avait fait perdre tout crédit là-bas. Le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch ne le juge pas plus favoi'ablement.

Léon Bourgeois. 4 novembre 1916.

Séances de la Chambre en comité secret.

Briand a pris la parole dix fois, a fait deux grands discours, avec une étonnante habileté et en se renouvelant toujours.

Delcassé a prononcé un discours qui a été un effondrement. Il a terminé dans un silence qui a été d’autant plus impressionnant qu’il n’a été rompu que par l’applaudissement d’un seul député, E. Brousse, des Pyrénées-Orientales.

Delcassé avait indisposé la Chambre par des maladresses telles que celle-ci : « Ne peut-on se demander s’il ne vaudrait pas mieux que les Allemands fussent à Salonique, plutôt que nous ? » A un autre moment de son discours, il dit qu’on eût compris l’expédition de Salonique si elle avait été faite à temps pour secourir la Serbie. Mais Briand l’interrompit. « Vous nous avez proposé d’abandonner la Serbie. Vous n’avez pas compris que c’eût été une politique indigne de la France. »

Une ambassade à Rome ? À quoi bon ? Nous avons des cardinaux français, et ce sont des intermédiaires tout naturels qui suffisent. — Moi : Ce qui importe, c’est d’avoir une politique. Les Russes avaient un ministre accrédilé au Vatican, mais leur politique en Galicie a été lamentable.

À la Conférence de La Haye, 1907, nous avons rencontré l’opposition de cinq États : Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie, Turquie et Belgique 1 Parce que Léopold croyait avoir besoin de l’Allemagne pour sauver le Congo des convoitises de l’Angleterre. Beyensestde tendance antifrançaise ; aussi le ministre actuel de Belgique à Paris.

Retraite de Sazonoff'. 11 avait obtenu du Tzar l’autorisation de préparer un acte portant confirmation de la proclamation du grand-duc Nicolas à la Pologne, et il en avait informé les Puissances alliées. Mais, à peine le Tzar avait-il pris cette décision qu’il la regretta, suivant son habitude, et il ne vit pas d’autre moyen de sortir de difficulté que de retirer à Sazonoff son portefeuille. Stürmer remplaça Sazonoff', et la question de l’autonomie polonaise fut de nouveau enterrée.

La grande erreur de Delcassé est d’avoir promis Constantinople aux Russes sans réserve. — Oui. Il ne fallait pas leur dire « jamais », mais on devait leur dire (< pas maintenant». D’ailleurs la promesse a très probablement été faite avant la guerre. Delcassé paraît avoir offert Constanti-

Gentiluez. i 4 novembre 1916.

Savez-vous ce qui va se préparer? Non? Peutêtre une reprise des relations avec le Vatican. Le Pape va nommer trois nouveaux cardinaux français, et, comme nous en avons déjà cinq, en y comprenant le cardinal de curie Billot, nous nous trouverons en avoir huit, soit un de plus que le nombre habituel. C’est une avance.

Si Briand tombait, ce serait Doumergue qui le remplacerait — misère ! — ou Bourgeois. Il dit lui-même qu’il va très bien, sauf la faiblesse de ses yeux. 11 y a bien longtemps qu’il n’a dit autant de bien de sa santé : c’est la preuve qu’il se tient prêt. On espère que nous allons entrer dans la phase décisive, et Bourgeois rêve d’être lè négociateur d’une paix heureuse ! 11 prendrait le rôle qu’aurait dû se réserver Freycinet. Mais ses forces l’en ont empêché.

Leboucq. 7 janvier 1917.

Quelques jours avant de poser officiellement sa candidature à la présidence de la République, Poincaré vint voir Deschanel et lui donna sa parole d’honneur qu’il ne se présenterait pas.

nople pendant son ambassade, pour exciter les Russes à la guerre.

Au moment où la guerre a éclaté, Delcassé répétait dans les couloirs de la Chambre : « La victoire est certaine. On m’a tout montré quand j’ai été en Russie. J’ai étudié tous les chemins de fer stratégiques : la concentration sera très rapide, et dans un mois ou six semaines les Russes seront à Berlin. »

Leboucq : « Je suis un des dix-huit qui ont voté jusqu’au dernier tour pour Deschanel à l’élection présidentielle : je ne voulais voter ni pour Pams ni pour Poincaré. »

En janvier ou février 1916, avant Verdun, la chute du ministère Salandra fit craindre pendant quelques jours que l’Italie n’abandonnât la partie et ne conclût une paix séparée. Barrère était très inquiet. Depuis qu’il a été malade, il a toujours l’air triste et parle peu.

Herbette. 8 janvier 1917.

Les surnoms reviennent à la mode. On appelle Ribot la (c tête flottante ».

Léon Bourgeois. 8 janvier 191^.

Pourquoi le Sénat n’a pas renversé Briand ?

Parce que ce n’était pas possible au lendemain du jour où Briand avait rejeté les ouvertures de

l’Allemagne pour la paix. Je l’ai dit à mes collègues et cette raison a été jugée décisive.

Clémenceau n’a pas osé attaquer directement Briand. Celui-ci l’en avait défié en laissant entendre qu’il était tout prêt à livrer le duel. Clémenceau a senti que le coup qui l’attendait serait rude, et il s’est dérobé, 11 n’a pris la parole que vers la fin de la discussion, et son discours n’a pas été du tout une prise à partie de Briand. Il a été anecdotique, à côté (incohérent, m’a dit GentiLiiez). A la fin il s’est jeté sur Malvy : c’était montrer qu’il renonçait à attaquer Briand, et à partir de ce moment la bataille était finie.

Renault. i 4 janvier 1917.

On dit que la seconde note des alliés, celle qui a été adressée au Président des États-Unis, a été rédigée par Berthelot, — Quelques-uns ont dit que c’était M. Poincaré qui l’avait rédigée. — Bourgeois, réplique Renault, m’a dit que Poincaré avait fait un projet de réponse à Wilson, mais que ce projet n’a pas été adopté.

Léon Bourgeois. a 3 janvier 1917.

Sur Castelnau. Il ne mérite pas la réputation que les catholiques lui ont faite. Il s’est bien souvent trompé. C’est lui, lui seul, qui un soir, au commencement de septembre 1914, avait donné

l’ordre d’évacuer le Grand Couronné et Nancy. Mirman — c’est de lui-même que je tiens ce récit—objecta que l’évacuation de la préfecture et de la ville était impossible au milieu de la nuit, et qu’il fallait attendre au moins le lendemain. Et le général Léon Durand, qui commandait la division chargée de la défense du Grand Couronné, répondit à Castelnau qu’il pouvait encore tenir, et qu’il tiendrait: quelques heures après, c’était l’ennemi qui battait en retraite. Le général Léon Durand et Mirman ont sauvé le Grand Couronné et Nancy. S’ils avaient exécuté immédiatement les ordres de Castelnau, la victoire de la Marne eût été probablement empêchée par la perte de Nancy.

Foch nous a valu la victoire de Fère-Cliampenoise. Mais il est bizarre, fatigué. On ne pourrait plus compter sur lui pour une direction très active de la guerre.

Nivelle s’est révélé un excellent chef d’armée. [La longue pratique du terrain par la troupe avant la reprise de Douaumont et de Vaux. La troupe qui commence la victoire est presque toujours trop fatiguée pour l’achever. 11 faut à la fin faire intervenir la troupe complémentaire, troupe fraîche qui enfonce les dernières résistances de l’ennemi. C’est ainsi qu’à Vaux Nivelle a fait 12.000 prisonniers en ne perdant que i.5oo hommes 4 .]

Pétain, plus circonspect, moins d’allant [il était d’avis de borner d’abord notre effort à aller jus-

. Entre crochets carrés dans le texte.

qu'au pied de Douaumont 1 ]. Il est en outre souvent ironique ; c’est fatigant.

Les partis pris de Joffre. C’est lui qui a été cause que les Anglais ont tant tardé à envoyer des renforts à l’armée de Salonique. Si les Anglais avaient envoyé des renforts, il eût fallu que Joffre envoyât aussi deux ou trois divisions de plus à Sarrail, et il nous disait lui-même : « Je ne peux envoyer des renforts à un général en qui je n’ai pas confiance. » Je lui répondais : « Si vous n’avez pas confiance en lui, votre devoir est de demander son remplacement ; mais vous ne pouvez pas laisser l’armée de Salonique sans renforts. »

Le vote qui a eu lieu au Sénat après le premier comité secret a été presque unanime ; six sénateurs seulement ont voté contre Briand. Au second comité secret, l’opposition s’est élevée à 60 voix. C’est beaucoup dans les circonstances où avait lieu le vote. Il y.aurait eu encore plus d’opposants si on n’avait craint de paraître voter pour un ministère Clemenceau, qui eût été l’inconnu. — Les 60 voix d’opposition acceptaient Clémenceau P — Non, il y avait dans le nombre beaucoup de chefs de file. D’ailleurs la chute de Briand n’aurait nullement rendu nécessaire un ministère Clémenceau. Il eût fallu appeler Ribot, et je crois que la majorité se fût ralliée à lui, à la condition qu’il eût porté très à gauche le pivot de sa combinaison. Painlevé, qui avait alors la faveur d’un

i. Entre crochets carrés dans le texte.

fort parti de la Chambre, eût été tout indiqué pour jouer le rôle de pivot.

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