‹ Les carnets du comte Joseph de maistreChapitre 130 sur 131 · N. CONS · texte numérisé non relu

N. CONS

Victor de gne, né

Marie-Jos

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NicoiAK ni. M*i«,iiiK. Colonel du Hcg" de S«voie. n* I7<6 •{• i8i7,époui« iHoj »• cou»ine .Mariiik Pkmrih « AvmcsniKUK. iTOt f it^f

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XAvim OK MAi»tnB. Général en Ru«ie. n< i7<.i f iS^j. épou»c i8n C"*** Sorm» 7.AniitA«Ri.

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Mari» CimiitiiMK i>» ,Mai»ih». nc« 17^^ t i-i i «■). 1778 Spcci»»!' Pimut-Loii» ViowrT, S*n»leur

Andk^ h» MAitinr. É\*que nommé d'Ao«ie. nie t^st ifiH

J»sn-M C" !■! Mai»tii«, Minitirc d Eut ci .Minitirc plénipot" en Ku»«ie. né 1" avril 17SI t JO (éviier iHii.épouM 1786 FiiANçoiar Momaho o» S" SvLrit», née i7s<< ■}• iHiu

Mamie-Mauth* i>e Mai»ii(c, nce I7\g 7 '•' '■ •'■-'' gieuae Urwnlinc (Scur Eulalie»

Anne dc Mai«tiik, née 17^8 '^ i8jj, épouae 179b Ai.Kiis C" un S' RàAL. t >^t*' ^K* àe 87 an*

Jbannk bK Maiitiik, né* 176J f 1814, époute fjtn le Ciiev. UK BuTTitT. I.irul. Colonel d'Arlillerie, ne 1718 t «797

Tii^.Màaa DK MAUtaK, née 176s i* i8)j. épouse I7gj

N. CoMtTAKTIN UK AloUMY. né 1764 ■{• 181O

VicTo» OK MAitra»:, uflicirr sut Dragoni dc Sardai gne, né 1771 f 1801

Xavi«m, 17M0 f 1844 l>.ii., 17H9 t «S»?

Oirarr, 1786 f 1868

Ad»l« pk MAïaïaK, née 1787 -^ i86>. épou«e 1841 le Cumr Tkmhat -^ i&|q

Uoiioi riir C* or. Mauimc, Général d'Armée. Collier dc l'Ordre Suprême de l'Annoociade. Che\'alier de rUrdrc Militaire de S' Louis, né 1789 t 1866. épouac i8jo CiiARi.oTTK-K«r<«A>ic« bc pLAM M Sirtu. née • 7'« "T '881

CuK«TAMC|r DK MAItTaC. néC 1701 f iMj, épOttSC 1811

Ei'otKK Dt-c PC Laval Mo.<iTitoaaMci. 1771 f i8vi

Éi isAK» I II p» S' Kéai O"^ p« Fo«a» née i8tot "h i88i

Louis-Éioi UK BiiriiT. né I79< •*■ 1877

S1LVAIN CoN»tAXTi.N. 1794 f 187J JoirPH. - t iS^Q

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Extrait du Registre des actes de Baptêmes de la paroisse DE S* Léger a Chambéry pour l'année 1753

Le premier avril 1753 est né, et le même jour a été baptisé Joseph Marie fils du Seigneur François Xavier. Maistre avocat fiscal général et de Dame Christine Demotz mariés. Parrain S' Joseph Demotz Sénateur au Sénat de Savoie et jugemage de la même province ayeul de l'enfant, ^Marraine Dame Anne Marie Demotz, épouse du Sieur Nicolas Perrin substitut, avocat fiscal général, tante de l'enfant, (signé) C. Alex curé.

Extrait du registre des actes de Mariages de la paroisse DE S*-Leger a Chambéry pour l'année 1786.

L'an mil sept cent quatre vingt six et le dix sept septembre, après une déclaration faite immédiatement avant la célébration du mariage sans avoir découvert aucun empêchement ou opposition, la dispense des trois bans, accordée par Monseigneur l'Evèque de cette ville par son billet du onze septembre courant, signé Michel, premier évèque de Chambéry, ont reçu la bénédiction nuptiale ensuite de la commission expresse par nous donnée et en notre présence, le R" Nûble Maistre Doyen de la Métropole, Vicaire général et officiai de Tarentaise, Messire Joseph Marie Comte Maistre, avocat général substitut au Sénat, fils de Messire François Xavier Comte Maistre, président au Sénat, et de feu Dame Christine Demotz d'une part et demoiselle Françoise Marguerite fille de feu noble Jean Pierre Morand et de dame Anne-Marie Favier du Noyer d'autre part. Etaient présents : noble Joseph Etienne Charroct de la Chavanne, Colonel d'Infanterie et noble Nicolas Perrin d'Avressieux, président honoraire au Sénat, témoins requis. Ainsi est. (signé) M Perrin Vie.

Extrait du Registre des actes de décès de la paroisse de S* Charles pour l'axxée 1821 a Turin. (Traduction)

S. E. Monsieur le Comte Joseph Marie de Maistre Chev. Grand Croix de l'Ordre des S. S. Maurice et Lazare, Ministre d'Etat, Régent de la Grande Chancellerie, âgé de 68 ans fils du très illustre Comte François Xavier de Maistre et de la Comtesse Christine de Motz, épouse de Maistre est décédé en maison Priocca muni des saints sacrements le 27^ février mil huit cent vingt un, lui survivant son épouse Madame la C*^"* Françoise Marguerite de Morand, et, le 28 son corps a été transporté et inhumé à Altezzano dans l'église Paroissiale.

X^. B. L'acte ci-dessus indique l'église paroissiale d'Altessano comme lieu de sépulture du C^^ de Maistre; cependant son corps repose dans l'Eglise des S. S. Martyrs à Turin où il a été transféré en 1833. A'oir la Pièce n° 9.

Lettre du R. P. Grossi de l'Eglise des 6". S. Martyrs de

Turin a Mademoiselle Adèle de Maistre

A Gènes. (Traduction)

Turin le 1833

Par une faveur singulière du Roi et en dérogation

aux derniers décrets concernant les transferts de sépultures, nous avons pu transporter d'Altessano en l'Eglise des S. S. Martyrs de Turin les restes de votre vénéré Père.

Voila donc exaucé votre pieux désir.

Monsieur le C Crotti de Costigliole, dont la présence était nécessaire pour constater l'identité du corps, nous accompagna à Altessano. Là nous fûmes reçus avec le plus grand empressement par le Curé de la Paroisse et par les représentant des ^larquis di Barolo dont le caveau de famille abritait temporairement les restes de S. E. le Comte de ^Maistre.

A l'ouverture du cercueuil, notre étonnement fut extrême de ne sentir aucune exhalaison pénible.

Malgré les ordres du Comte Rodolphe on avait négligé de fixer la plaque de plomb portant le nom de l'illustre défunt.

Monsieur le C*^ Crotti reconnut sans hésitation un coussin qu'il avait placé sous la tête du Comte de Maistre au moment où il fut déposé dans sa bière et ainsi l'identité du corps fut parfaitement établie.

Nous procédâmes, alors, avec le plus grand soin, à la fermeture du cercueil et un procès-verbal de l'exhumation signé par le Curé de la Paroisse d'Altessano et le représentant des Marquis di Barolo fut dressé de suite.

A 4 h. et demie le Comte Crotti et moi nous quittions Altessano dans une voiture suivant immédiatement le Char funèbre. Celui-ci se rangea dans la cour du collège des S. S. Martyrs, tandis que je mettais pied à terre avec le Comte, dans la rue Dora Grossa.

Prévenue par la sonnerie des cloches, notre communauté se réunit à la Sacristie et de là. à la suite du R. P. Provincial, les Religieux se rendirent processionnellement avec des cierges allumés dans les souterrains de l'église, où se trouvent les tombes de nos Religieux.

Ce fut pour moi un émouvant spectacle, dans l'impressionnant silence de cette région des morts, de voir le cercueuil du Comte Joseph de ^^laistre entouré de trente et un Religieux de la Compagnie de Jésus.

Ceux-ci selon notre pieuse et simple coutume récitaient les psaumes habituels. Ils imploraient le repos éternel pour l'âme de celui qui fut un de leurs meilleurs amis et plus insignes bienfaiteurs.

Après les cérémonies d'usage, la bière fut descendue dans une tombe vide où elle demeurera jusqu'à ce que soit terminé le monument qui lui est destiné.

(Signe) Giovanni Grossi S. 7.

Déclaration et Rétractation DE François - Thérèse Panisset

ÉVÈQUE CONSTITUTIONNEL DU MoNT-BlaNC

Je déclare, sans prétendre excuser les scandales de mon dernier serment, que je nai jamais pensé qu'avec horreur à la formule impie qu'on m'avoit fait souscrire; qu'au milieu de mes illusions, j'étois pénétré du plus profond respect pour le sacerdoce et que je vois dans l'homme revêtu de ce caractère l'envoyé de J.-Cj l'organe de sa parole et le dispensateur de ses grâces.

Je crois et je professe toutes les vérités enseignées par l'Eglise catholique, apostolique et romaine.

Je crois en particulier à l'existence d'un ministère sacré, établi par J.-C. dans son Eglise, à l'autorité et à r infaillibilité qu'il a communiquées au Corps des premiers pasteurs, dont le Pape est le chef, pour enseigner, régir et gouverner dans l'ordre du salut, et à t' indépendance absolue de la puissance spirituelle qu'il a confiée aux pasteurs de l'Eglise pour la sanctification des âmes.

Je crois à la hiérarchie du ministère, divinement établie et composée d' évoques, de prêtres et de ministres; à la primauté d'honneur et de juridiction dont J.-C. a investi le premier de ses apôtres et ses successeurs; à la supériorité des évêques sur les prêtres et les autres ministres; à la nécessité de l' ordination canonique et de la mission conférée par l'Eglise pour la légitimité du ministère et la z'alidité des actes de juridiction; enfin à la sainteté des vœux religieux.

Je crois et je professe que l'Eglise de J.-C. est une et apostolique dans son ministère comme dans sa doctrine; que, pour vivre dans son sein, hors duquel il n'y a point

de salut, il faut admettre toutes les z'cntês de la foi, qu'elle enseigne depuis le temps des apôtres, et demeurer en communion avec les seuls pasteurs que la mission canonique a placés dans la chaîne de la succession légitime.

En conséquence des vérités saintes que je viens de professer, je rétracte, et par conviction et par obéissance au Souverain Pontife, le malheureux serment de liberté et d'égalité que j'ai prêté dans l'église paroissiale de Saint-Pierre-d' Albigny, ensuite de la proclamation du 8 février 1793, que j'ai répété à l'époque de mon intrusion, et d'autres fois encore dans les sociétés dites populaires. Je déteste ces mots abstraits et captieux de liberté et d'égalité dont le sens vague se prêtait à toutes les vues des novateurs. Je reconnais que, dans le sens déterminé par la proclamation du 8 février 1793, ces mots tendaient directement à la suppression des diocèses, à rétablissement d'un nouveau titre d'êvêchê par la puissance temporelle, en un mot, à toutes les erreurs de la constitution civile du clergé, erreurs que j'abjure expressément, me soumettant de cœur au jugement porté par le Souverain Pontife contre cette constitution, comme encore à tous les autres jugements émanés du Saint-Siège et acceptés par l'Eglise, notamment à la condamnation de Baius, de Jajisénius et de Ouesnel. Je reconnais que, m'étant séparé de mon Evêque et du Souverain Pontife, la prétendue Eglise de Savoie, dont je fus établi le chef, étoit une Eglise nouvelle et schismatique; que, n'ayant eu aucune mission du Souverain Pontife, qui seul aujourd'hui a le droit de la donner aux évêques, je n'ai reçu par ma consécration qu'un caractère de mort, fruit d'un sacrilège, et que la prétendue confirmation que j'obtins du Métropolitain constitutionnel ne pouvait produire aucun pouvoir spirituel et ne fut qu'un aveu solennel de mon schisme; que toutes

les dispenses que j'ai accordées sont invalides; que, hors de la paroisse qui m' avait été canoniquenient confiée, je n'étais pas le légitime pasteur des parties qui se sont mariées par devant moi; que les absolutions que j'ai données, excepté à l'article de la mort, sont de nul effet; que les ordonnances ou instructions que j'ai adressées au peuple ne niérit oient que le mépris et l'indignation publique; que je n'ai pu communiquer la mission à aucun prêtre, et que ceux que j'ai ordonnés n'ont reçu qu'un caractère également fatal à eux et à moi.

Je rétracte formellement l'approbation que j'ai donnée à la Lettre eïicyclique de plusieurs évêques constitutionnels de France à leurs frères les autres évêques, datée de Paris, le 15 mars 1795.

Je rétracte de même tous les ouvrages dont je suis l'auteur et dont j'ai parlé ci-devant. Je les condamne comme opposés aux différentes vérités que je viens de professer, ne voulant plus avoir d'autre règle de ma croyance que la foi de l'Eglise.

Je renonce au prétendu éz'éché du Mont-Blanc; je me démets de la cure de Saint-Pierre-d' Albigny entre les mains des respectables administrateurs du diocèse de Chambéry, et, réduit à l'état de pénitent, je demande pardon à la Religion sainte de J.-C. que j'ai outragée; à l'Eglise, contre laquelle je me suis indignement élevé; au Souverain Pontife, dont j'ai méprisé l'autorité; aux prélats de Savoie, dont j'ai usurpé la juridiction; à mon souverain légitime, dont j'ai calomnié le gouvernement paternel; aux prêtres que j'ai séduits ou ordonnés; aux fidèles que j'ai scandalisés; enfin aux patriotes, euxmêmes, dont j'ai perpétué le délire et les erreurs.

Eglise sainte! dont j'ai inolé l'unité, méprisé la doctrine et bravé l'autorité; Eglise apostolique! seule dépositaire du ministère sacré et dont on ne peut se séparer sans renoncer à son salut; Eglise catholique! dont le

nom seul proscrit rEgJise constitutionnelle de France; Eglise romaine ! Siège de saint Pierre, qui possèdes dans ses successeurs la primauté d'honneur et de juridiction; Eglise, maîtresse des antres Eglises, gardienne de la foi, centre indéfectible de l'unité; Eglise de Jésus- Christ! miracle znsible et toujours subsistant de sa puissance et de son amour; Eglise dépositaire de cette doctrine céleste, qui a vaincu l'enfer, confondu la sagesse humaine et subjugué le monde! recez'cc le malheureux qui s'était éloigné de z'ous avec tant d'éclat. Puisse le repentir qui me ramène dans votre sein être, s'il est possible, encore plus connu que les égarements qui m'en avoient exclu, afin que les fidèles, instruits de moii retour et touchés de mes regrets, couvrent mon indignité de leurs prières puissantes et m'obtiennent du Père des miséricordes qu'il daigne ratifier dans le ciel la sentence de réconciliation que je sollicite sur la terre et que ['attends avec une soumission absolue aux lois et aux décisions de cette Eglise, dans laquelle je veux vivre et mourir.

Du lieu de ma retraite, le 22 février 1/q6.

Signé : François-Thérèse Paxisset.

Extrait de la Lettre du Pape Pie VF a l'Evêoue. dit DU ]Moxt-Blaxc, du i^"" juix 1796.

Traduction par M. G. Péroiise, docteur es lettres.

« Cher fils, salut et béxédictiox apostolique,

Une très grande consolation a été apportée à notre douleur paternelle par la lecture de la rétractation que vous avez souscrite et que vous nous avez adressée avec votre lettre datée du 22 février dernier, où vous manifestez clairement que vous êtes revenu du sentier de Terreur au sein de la

Mère Eglise et que vous avez exactement accompli toutes les conditions prescrites par nos brefs et notamment par celui du 13 juin 1792, qui indique expressément les démarches à faire par les intrus rentrés dans la voie de salut, avant d'être admis à recevoir la grâce de l'absolution; en outre, vous nous avez confirmé ces dispositions où vous êtes en démissionnant de la cure de S*-Pierre-d'Albigny, dont vous aviez été légitimement pourvu. Surtout, nous approuvons cette pensée que vous avez eue de faire connaître publiquement votre rétractation et d'en répandre largement le texte imprimé, puisque ainsi vous avez voulu réparer le très grand et public scandale causé par tant et de si graves fautes dont vous n'avez pas hésité à vous accuser vous-même dans ce texte, pour mieux manifester votre repentir, et vous avez aussi voulu exciter par cet exemple ceux qui ont prêté un coupable serment, et les intrus, et tous ceux qui ont adhéré au schisme actuel, à abjurer de telles erreurs, à abdiquer les dignités qu'ils ont reçues sans droit et enfin à revenir au bercail des fidèles dont leur trahison les avait éloignés. Devant ces dispositions de votre cœur et en présence des actes qui en prouvent la sincérité, nous consentons volontiers à satisfaire aux besoins de votre âme en vous perm.ettant de choisir un prêtre approuvé pour recevoir les confessions des fidèles et en lui donnant plein pouvoir de vous absoudre de l'excommunication et des fautes graves dont vous vous êtes reconnu coupable, dont vous vous accusez et que vous pleurez...

(Le reste de la lettre ne concerne plus la rétractation)

Lettre du C** d'Avaray, datée de Blaxkembourg 28 septembre 1797, ET adressée au Comte de Maistre a Turix. Lettre saisie a ^Milax et communiquée au directeur

EXÉCUTIF PAR LE GÉNÉRAL BONAPARTE LE I5 BrUMAIRE AN VI; ELLE ÉTAIT SOUS LE COUVERT DU COMTE DE HaUTE-

viLLE. ( Moniteur universel du 14 Novembre 1797)

Blankembourg, 28 septembre 1797

Sans doute, Monsieur le Comte, le Roi aurait fait avec le plus grand plaisir la démarche que vous désirez de sa part;

mais le terrible événement du 4 septembre ne lui en laisse pas les moyens, et c'est un nouveau regret, pour lui, de perdre ainsi l'occasion qu'il aurait eue de vous donner un témoignage particulier de sa satisfaction, je puis dire, de sa reconnaissance.

Le Roi a considéré cependant que la distribution de votre ouvrage dans l'intérieur du Royaume, ne peut se faire sans un surcroit de dépenses, et il m'a chargé de vous faire passer cinquante louis dont vous disposerez comme vous le jugerez convenable. Cette somme vous donnera, non pas la mesure de son estime pour vous, mais celle du fâcheux état de ses finances; j'ai été obligé de retarder ma réponse, pour attendre une lettre de change que je ne pouvais tirer que de Hambourg.

C'est un léger inconvénient que mes observations vous soient arrivées trop tard pour trouver place dans la seconde édition de votre ouvrage. Ce qui me fait plus de peine, c'est que vous n'ayez pu y ajouter un chapitre sur l'affreux événement du 4 septembre. Il serait à souhaiter que vous eussiez lié cette catastrophe au plan de votre ouvrage, qu'elle semble déranger. C'est un sujet bien important à traiter mais que nul écrivain ne peut traiter mieux que vous. Qui fera sentir aux Français combien sont impudents et vils les tyrans qui les asservissent ? qui les soulèvera contre cet odieux despotisme qui attente à la représentation nationale jusque dans son sanctuaire, qui met le corps législatif sous le joug, et lui fait consacrer tous ses actes les plus tyranniques; qui frappe de déportation les députés les plus probes, les plus courageux, les plus éloquents, les plus chers à la Nation, sans les accuser, sans les entendre, sans preuve, sans examen, qui annule par un acte de sa toute puissance, tant d'assemblées primaires, tant d'élections dont la légitimité était authentiquement reconnue; qui détruit enfin de fond en comble cette marotte philosophique du siècle : la souveraineté du Peuple, à laquelle trente millions d'hommes doivent la théorie de la liberté et la réalité de l'esclavage ? Voilà, M. le Comte, une matière bien digne de votre plume énergique et profonde : agréez les vœux que je forme pour vous voir la traiter, et le sentiment avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.

Signé : Le Comte d'Avaray.

p. s. Je prends le parti de vous envoyer ma lettre sans délai; j'aurai le plaisir de vous en écrire une seconde, lorsque j'aurai reçu la lettre de change que je ne puis demander que demain.

Au Moniteur universel la lettre est suivie des réflexions suivantes :

Cette lettre de Blankembourg est extrêmement curieuse. Nous ne préviendrons pas les réflexions qu'elle fera faire au lecteur sur la détresse financière de la cour de Blankembourg, sur le tendre intérêt que cette cour prend aux députés déportés et à la souveraineté du Peuple, et sur l'éloquence de la plume de M. le Comte de Maistre, destiné à combattre la République par un ouvrage auquel il manquait malheureusement un chapitre contre ce terrible et désespérant i8 Fructidor. Ce chapitre et cet ouvrage viendront un peu plus tard. Cependant un noble auteur doit savoir gré aux Républicains de la peine qu'ils prennent de l'annoncer et de le faire connaître d'avance.

(Extrait du Rédacteur)

Lettres de Monsieur le Comte de Gabriac a S. E. ]\I. le Duc de Richelieu

Turin le 10 Tuin 1816

Monseigneur,

Le prince Kosloffsky, Ministre de Russie, qui me témoigne habituellement de la confiance, vient de m'en donner une preuve en me faisant lire les dépêches qu'il a reçues, ainsi que les réponses qu'il fait au sujet du C* de Maistre, Ministre Sarde à S*-Pét'ersbourg.

Ainsi que Votre Excellence en sera certainement informée, le C'^ de Maistre établi depuis la Révolution en Russie, écrivain politique, littérateur, homme recherché dans la société de Pétersbourg, y avait acquis une sorte d'influence que l'Empereur Alexandre aimait d'autant moins à lui voir exercer qu'elle favorisait d'ordinaire des doctrines opposées aux opinions de S. M. I.

M. de Maistre protégeait les Jésuites. Ses recommandations et apologies avaient contribué à les accréditer et à leur aplanir les voies à plusieurs de ces conversions dont l'éclat a fini par leur être funeste.

Il paraît que, lors de leur expulsion, le zèle du C'^ de Maistre se donna carrière contre une mesure si singulièrement motivée et qui paraissait si peu en harmonie avec les idées libérales qu'on prônait.

L'Empereur Alexandre, très piqué de ces critiques, voulut qu'il demandât son rappel ; mais, craignant cependant de faire tort à un homme aussi âgé, aussi respectable, et auquel la révolution a enlevé toute sa fortune, il lui fit insinuer de fonder sa demande sur cette dernière considération qui ne lui permettait pas, avec l'économie du Trésor Sarde de continuer dans un séjour et une place aussi dispendieux; et- il fit écrire en même tems deux lettres à son sujet au P" Kosloffsky.

Dans l'une, il se plaint vaguement de la conduite du C'^ de Maistre et montre le désir qu'il soit rappelé ainsi que ses circonstances de fortune semblent devoir lui faire désirer de l'être. Mais il fait en même tems les plus grands éloges de ce ministre : Il dit que le Christianisme l'oblige à lui pardonner les torts qu'il a pu avoir, et charge le prince de demander qu'il soit convenablement placé- Dans la seconde dépêche qui est secrète, le ressentiment de l'Empereur se montre plus à découvert. Elle contient des plaintes amères contre son prosélytisme, sa conduite et son langage au sujet des Jésuites; la tendance ordinaire de ses opinions, sa partialité et son acharnement contre les idées libérales du siècle : On y attaque même et l'application qu'il met à fréquenter la société, et les succès qu'il y obtient et jusqu'à la réputation d'homme de talent, usurpée, dit-on, en grande partie et qu'il doit plus à sa mémoire et à sa loquacité, qu'à la profondeur de ses vues. C'est enfin, un Orateur de salon et cette partie de la dépèche où l'on voit

l'Empereur de Russie cherchant à dénigrer un homme d'esprit qui a blessé son amour-propre est un morceau vraiment curieux.

Cependant un sentiment fort noble, la crainte que son mécontentement ne nuise au C*' de Maistre qu'il ne peut se défendre d'estimer, reparait à la fin; et il témoigne encore le désir qu'il soit dédommagé de la perte de sa place : il charge son ministre de le demander; mais pourvu, toutefois, que ce soit dans l'administration intérieure; car on voit que lEmpereur n'aimerait pas qu'il eût une place diplomatique.

Cette commission de faire revenir le C^* de Maistre, mais de le faire employer ici, a paru au P" Kossloffsky d'autant plus difficile à bien remplir qu'il était informé que ce Ministre, passant ici pour fort supérieur à tout ce qui entoure le Roi, est assez craint et qu'en particulier le C^^ de Vallaise n'aurait pas mieux demandé, peut-être, que de se servir du mécontentement de S. M. Impériale pour le perdre ici.

Effectivement, quand le Prince Kossloffsky a été lui parler, le C** de \"allaise insistait toujours pour qu'il déclarât que l'Empereur était mécontent du C^^ de Maistre et demandait son rappel, et le Prince Kossloffsky établissant toujours, au contraire, que le rappel était une suite de la situation économique du C" de Maistre, et une chose déjà convenue, demandait que dans ce cas le Roi de Sardaigne voulût bien avoir égard à la recommandation de l'Empereur en faveur de cet ancien serviteur de la ^Maison de Savoie, et le fit placer convenablement dans l'administration. — Il a si bien persévéré dans ce langage que le C*" de Vallaise s'est rendu et, à la recommandation de l'Empereur le C" de Maistre va être nommé premier président du Consulat, tribunal de première instance pour les affaires commerciales qui sont ensuite portées en appel au Sénat.

Je crois devoir faire connaître à \^otre Excellence une autre circonstance de la conduite du P" Kossloft'sky dans cette affaire.

Lors de l'expulsion des Jésuites de Pétersbourg il reçut des instructions pour justifier ici cette mesure. Comme il la désapprouvait lui-même intimement et qu'il ne trouvait personne de l'avis de son cabinet, il s'abstint d'y répondre. L'affaire du C*^ de Maistre le remettant dans le cas de revenir sur celle-ci, il cherche à le justifier en exposant et faisant connaître l'opinion du gouvernement Sarde sur cette matière

et celle des personnes distinguées du pays auxquelles il en a parlé — Il ne craint donc pas de dire an C" Nesselrode qu'il n'a pu trouver un seul homme éclairé qui ait approuvé cette expulsion qui ne rencontre de faveur que près les gens, qui n'ayant aucun principe religieux, la regardent comme une mesure politique tendante à réprimer l'influence des moines. — Qu'on se demande s'il n'y a pas contradiction entre admettre des Jésuites et les blâmer ensuite d'avoir rempli leurs devoirs de Jésuites; tout l'Ukase n'étant fondé que là dessus; — qu'on remarque que l'Angleterre et Genève jadis renommées pour leur intolérance, offraient maintenant l'exemple de conversions au catholicisme contre lesquelles nul n'ose élever la voix; — que le renvoi de cet Ordre qui rendait dans la Capitale de grands services sous le rapport de l'éducation est sûrement un sacrifice que l'Empereur avait été obligé de faire "aux vœux d'une classe nombreuse mais ignorante et corrompue; — que Ton savait effectivement que c'était des personnes les moins recommandables de la société qu'étaient parties les réclamations les plus vives; — et que l'on avait appris avec surprise que certaines personnes connues pour leur immoralité avaient montré une conscience alarmée sur les dangers que courait la foi de leurs pères.

Comte de Gabriac

Turin le 16 Janvier 1818 —

Monsieur le Duc

L'Empereur de Russie qui avait demandé, comme Votre Excellence en a été informée dans le tems, le rappel de M' le C de Alaistre, Ministre Sarde à S'-Pétersbourg, n'a cessé néanmoins de marquer à M' de Maistre depuis cette époque un constant intérêt. C'est aux instances de son ministre auprès de cette cour que M' de Maistre doit déjà la jouissance d'un traitement de sept mille francs et du titre honoraire de premier président auquel est attaché celui d'Excellence.

Cependant S. M. I. qui se croit d'autant plus engagée à protéger M' de Maistre que sa conduite en Russie lui a déplu, a pris occasion des lettres de rappel présentées par ce ministre au moment de son départ pour exprimer de nouveau dans sa réponse au Roi de Sardaigne son estime particulière pour le C**" de Maistre et son désir de lui voir assurer une existence honorable dans sa patrie.

Ces expressions qui sortent même du langage accoutumé dans ces sortes de lettres ne peuvent manquer d'obtenir au C** de Maistre au moins le titre de Ministre d'Etat qu'il paraît ambitionner.

C* DE Gabriac

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