Stcele, p. 150; Dubois, I, p. 41 suiv
dre de préocupations plus nobles qu'un jugement frivole ne serait tenté de l'admettre d'abord.
J'ai parlé jusqu'ici comme si cette justice particulière était exercée uniquement par la caste elle-même ou par ses représentans autorisés, au nom de ses usages traditionnels. C'est bien ainsi que se présentent les faits. Mais ces usages ont été incorporés dans le code religieux du brahmanisme, ils sont appliqués au nom d'une autorité religieuse qui se retrempe, si elle n'y prend pas sa source, dans la tradition écrite. Ainsi arrivet-il que c'est souvent un brahmane qui dirige la procédure ; c'est avec l'aide de ses lumières que décide la caste ou son conseil. Quelquefois même, le brahmane semble agir seul. C'est le fait d'une délégation plus ou moins tacite.
Dès le début j'ai mis le lecteur en garde contre l'illusion commune qui fait concevoir l'organisation des castes comme un cadre immuable, coupé de cloisons infranchissables, comme un système ou l'autorité d'une construction harmonique et réfléchie serait soutenue par le prestige d'une identité toujours intacte. Il faut que j'y revienne. L'esquisse des traits fixes risquerait d'égarer les impressions, si l'on ne voyait en action quelquesuns au moins des agens qui portent la variété, la mobilité, la vie, dans ce vaste organisme. Des fermens de rénovation l'agitent, le modifient incessamment ; le principe hiérarchique qui le pénètre tend à la conservation et à la stabilité. Ce sont deux grands courans qui le traversent en sens contraires.
Tous les hommes qui ont observé de près la société hindoue sont unanimes à y constater un actif va-et-vient dans la composition, le rang, les occupations des castes. Un des plus perspicaces va jusqu'à déclarer que, si la descendance constitue une présomption en faveur des prétentions
90 LES CASTES DANS i/lNDE
de la génération suivante, c'est une simple présomption, que modifient ou infirment un nombre infini de circonstances '. On ne peut ouvrir aucun des documens qui nous sont accessibles sans se heurter à une foule de témoignages ou de faits, d'indices ou d'affirmations, qui présentent ce monde de corporations juxtaposées et enchevêtrées dans un mouvement continuel et double, de désintégration, de reconstitution.
Les grandes castes à nom générique, — les Brahmanes, les Râjpouts, les Jats, — ne sont à vrai dire, que des collections de castes ; l'unité réelle est dans les subdivisions, sous-castes, clans ou comme on voudra les appeler. Je l'ai dit, il importe de s'en souvenir. Le nom de Râjpouts n'est qu'un titre honorifique dont l'unité embrasse une foule de tribus, de castes, différentes d'origine, de profession, de coutume. Les Jats du Penjab sont, à n'en pas douter, un mélange de populations fort diverses. Et le Jat n'a pas si tort, quand on le questionne sur sa caste, de répondre parle nom d'un clan, qui est sa vraie patrie corporative 2 .
Ces sections mêmes se morcellent. Les noms se diversifient, le penchant sécessionniste continue