‹ Les castes dans l'Inde: les faits et le systèmeChapitre 77 sur 111 · Anuçàsaoap., 2515, cité par Kern, loc. laud., p · texte numérisé non relu

Anuçàsaoap., 2515, cité par Kern, loc. laud., p

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ne forment qu'une seule caste, ou qu'ils ne soient que le morcellement progressif d'une caste unique ? Nous avons constaté au contraire que, jusque sous nos yeux, des castes qui n'y ont aucun titre s'arrogent tel nom qui représente pour elles un avantage social. Pourquoi le cas serait-il nouveau ?

Nous touchons ici du doigt la situation vraie : les noms de Brahmanes, de Kshatriyas de Vaiçyas, de Çûdras, représentent, non pas quatre « castes » primitives, mais quatre « classes ». Ces classes peuvent être fort anciennes. C'est seulement par la suite qu'elles ont été superposées aux castes. Différentes de nature et d'origine, les vraies castes ou les organismes dont elles sont issues étaient, dès le début, bien plus fractionnées et bien plus nombreuses.

Seule, cette explication rend compte de la discordance qui éclate entre la théorie et les faits.

C'est ici que la comparaison des textes iraniens prend tout son prix. Entre les quatre pishtras iraniens et les quatre vantas hindous, la symétrie est tout à fait significative ! : les Athravas ou prêtres correspondant aux Brahmanes, les Rathaesthas ou guerriers aux Kshatriyas, les Vâs-

1 Cf. encore Ludwig, Rig Veda, III, p. 243-4.

Iriyas-Fshouyants ou chefs de famille, aux Vaiçyas, les Hûitis ou ouvriers manuels aux Cadras. La ressemblance générale est frappante. Elle rejette dans l'ombre quelques différences douteuses. Les Vaiçyas sont, dans la tradition brahmanique, réputés surtout agriculteurs et marchands ; mais justement la littérature bouddhique, en les appelant d'ordinaire grihapatis l ou « maîtres de maison », les rapproche rigoureusement de l'interprétation donnée pour la catégorie iranienne. La classe des Hûitis n'est pas décrite avec une précision qui permette d'instituer avec les Çûdras des comparaisons décisives ; la façon même dont elle est, comme souvent celle des Çûdras, laissée de côté, isolée par conséquent des trois premières, crée entre les deux, toutes deux présentées comme des classes religieusement et socialement inférieures, un lien de plus et non des moins forts. De part et d'autre, l'entrée définitive de l'individu dans la communauté des classes super rieures est marquée par une cérémonie identique, par Tinvestiture du cordon sacré 2 . La correspond dance est donc parfaite.

1. Pour citer un seul exemple, cf. Majjh. Nikâya, éd. Trenckner, 1, 85, 30 suiv.

2. Spiegel, III, p. 700. Il est très probable que, dans l'Iran comme dans l'Inde, elle était réservée aux trois premières classes ; la quatrième paratt n'avoir joui que de droits in*

Ce qui a été contesté et contesté très justement, c'est que les pishtras de l'Iran aient constitué des castes 1 . Quant à décider s'il n'a pas existé dans l'Iran des germes d'où la caste aurait pu sortir, les germes d'où elle est sortie dans l'Inde, c'est une autre affaire. En tous cas, les quatre pishtras de TAvesta ne représentent que des classes. Il n'en est pas autrement, à l'origine, de la quadruple division hindoue. Si de part et d'autre le sectionnement concorde, c'est qu'il remonte à une date reculée ; si les castes se sont développées dans l'Inde seule, c'est qu'il n'est point lié de sa nature et indissolublement avec le régime des castes.

Je sais qu'on cherche à accommoder les choses ; on admet que l'émiettement actuel résulte de la désorganisation lente d'une stricte unité primitive. Les impossibilités sautent aux yeux. C'est du reste un point où je dois revenir en énumérant les systèmes divers par lesquels on a cherché à rendre compte des origines. Quant à présent,

complets et avoir été rejetée dans une condition inférieure, Geiger, p. 479 suiv. Ce qui pourrait sembler plus douteux, bien que Spiegcl l'admette sans hésitation (III, p. 518-9), c'est de savoir si les Hûitis étaient réellement compris parmi les fidèles du Zoroastrisme auxquels l'investiture devait être conférée.

1. Spiegel, Eran. Alterthumsk.^ Il, p. 551 suiv. Geiger, Ostiran. Cultur, p. 48.").

je me confine dans les élémens d'information que fournit la tradition littéraire. Il nous faut sonder les indices que, dans ses monuments les plus anciens, elle livre à notre recherche.

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Les quatre castes ne sont pas, je viens de l'indiquer, dans les sources hindoues, simplement coordonnées. Elles se résolvent en deux groupes : l'un est composé des trois plus hautes, l'autre comprend la quatrième seule.

Le premier embrasse les âryas ou, d'un autre nom, les dvijas, les hommes dont la naissance naturelle se double de la renaissance religieuse que confère l'initiation. Exclus de cette sorte de sacrement, les Çûdras n'ont point de part à la science et aux écritures sacrées, auxquelles il sert d'indispensable introduction, point de part directe aux sacrifices, ni à aucune des cérémonies qui sont destinées à sanctifier, dans ses phases diverses, la vie des castes supérieures. Tout au plus sont-ils admis à célébrer certains rites inférieurs ; par là seulement ils restent enveloppés, encore qu'à un degré très humble, dans l'organisation commune. L'initiation est la porte par où l'on entre dans la grande famille aryenne ; comme le dit expressémentManou, tant qu'il n'a point passé par cette seconde naissance, TArya lui-même

lil) LES CASTES DANS L'iNDE

n'est pas supérieur au Çùdra. La division est donc essentielle. Elle est religieuse, non pas simplement sociale. Un mort des trois hautes castes, porté par un çûdra, ne pourrait entrer au ciel ! . La formule la plus forte pour condamner certaines fautes chez les brahmanes, c'est de proclamer qu'elles font d'eux des çûdras 2 , c'est-àdire des outcasts. Manou déclare que, pour le çûdra, il n'y a pas de péché grave, pâtaka 3 . Il n'y a pas en effet pour lui de fautes entraînant la déchéance : il n'a point d'accès à ces hauteurs d'où l'on peut tomber.

Une distinction si tranchée ne peut guère, à l'époque où nous transportent ces recherches, manquer de correspondre à une scission nationale. Nous ne saurions discerner si la population comprise sous la dénomination de çûdras était uniquement composée de ces élémens aborigènes que rencontrèrent les Aryens en immigrant du Nord-Ouest dans l'Inde, ou si elle englobait des éléinensmélangés. Le pointest secondaire. D'Aryas à Çûdras, il y a certainement à l'origine une opposition de race, qu'elle soit plus ou moins absolue. Le métissage inévitable entre vainqueurs et

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