Indieris Lilleralur und Cultur, p. 152 suiv., 410 auiv
régime serait lié à la réaction victorieuse du brâh-w manisme contre le bouddhisme expirant. La formation s'en trouverait donc ainsi rabaissée jusqu'à l'époque où parut l'homme dans lequel se personnifie ce mouvement, d'ailleurs si hypothétique, jusqu'à Çankara, le philosophe orthodoxe du vin* siècle !
Ce sont là les systèmes que j'appellerai tradilionnalistes. Ils se répètent, se transmettent sans grand effort de renouvellement. Si ingénieux qu'ils puissent être dans quelques unes de leurs parties, l'analyse n'en serait guère fructueuse. Roth 1 a, par exemple, expliqué les premiers progrès de la caste sacerdotale par l'importance qu'aurait prise peu à peu le purohita ou prêtre domestique des chefs. En se répandant dans les plaines de l'Inde, les peuplades aryennes se seraient résolues en fractions nombreuses ; elles se seraient émiettées ; les familles royales y auraient perdu et en puissance et en autorité : elles seraient tombées au rang d'une simple noblesse ; les kshatriyas seraient la monnaie des anciens rois. Leur faiblesse aurait fait l'empire des brahmanes. Toutes les vues d'un esprit si fin et si bien informé ont leur prix. Mais celle-ci n'intéresse réel-
1. Zeitschr. der Deutschen Morgenl. Gesellsch., I, p. 81 suiv.
lement que l'histoire des classes, non pas la genèse des castes .
Confondre les unes avec les autres, c'est, à mon avis, tout brouiller. J'en ai indiqué plusieurs raisons. La classe et la caste ne se correspondent ni par l'étendue, ni par les caractères, ni par les tendances natives. Chacune, parmi les castes mêmes qui se rattacheraient à une seule classe, est nettement distinguée de ses congénères ; elle s'en isole avec une âpreté que ne désarme aucun souci d'une unité supérieure. La classe sert des ambitions politiques ; la caste obéit à des scrupules étroits, à des coutumes traditionnelles, tout au plus à certaines influences locales, qui n'ont d'ordinaire aucun rapport avec les intérêts de classe. Avant tout, la caste s'attache à sauvegarder une intégrité dont la préoccupation se montre ombrageuse jusque chez les plus humbles. C'est l'écho lointain de luttes de classes qui, transmis par la légende, retentit dans la tradition. Les deux institutions ont pu, par la réaction des systèmes sur les faits, devenir solidaires ; elles n'en sont pas moins essentiellement indépendantes.
La répartition hiérarchique de la population en classes est un fait presque universel ; le régime des castes est un phénomène unique. Que
l'ambition brahmanique en ait tiré parti pour mieux asseoir sa domination, c'est possible. Ce n'est pas évident. Une théocratie n'a pas pour base nécessaire un régime de castes. Si la théorie a confondu les deux ordres d'idées, c'est un fait secondaire : nous l'avons vu par la critique même de la tradition. Pour comprendre le développement historique, il les faut distinguer soigneusement, sauf à s'enquérir comment les deux notions ont pu finalement se solidariser. La \ spéculation sacerdotale a interposé entre les faits et notre regard un système artificiel. Gardonsnous de prendre pour le spectacle le rideau qui nous le dérobe.
Il peut paraître très simple de dériver, à la façon brahmanique, un nombre infini de groupes du fractionnement successif de larges catégories primitives. Comment ne pas voir que ce morcellement s'inspire d'intérêts et de penchans directement opposés à l'esprit de classe, qui devrait bien plutôt resserrer sans cesse le faisceau ? Soumise à des principes d'unification variables, géographiques, professionnels, sectaires, etc., la caste se montre invariablemenl insensible aux considérations d'ordre général. L'esprit de classe ne rend compte d'aucune des particularités, d'aucun des scrupules qui font l'originalité de la
caste, qui, même entre des groupes qui relèveveraient en somme d'une classe commune, dressent tant et de si hautes barrières.
Ces systèmes posent donc mal la question ; ils partent d'un principe arbitraire qu'ils ne démontrent pas, qui, à l'application, révèle une évidente insuffisance. Ce n'est pas tout. Leur respect excessif pour les prétendus témoignages de la littérature les force à ramener les commencemens du régime jusqu'à une époque trop basse, où tout indique que la vie de l'Inde était déjà fortement établie dans son assiette définitive. Nouvelle invraisemblance! Une institution si universelle dans la société hindoue, douée d'une vitalité souple jusqu'à paraître indestructible, ne peut pas manquer d'être liée aux racines mêmes du développement national. Surgissant tardivement, au moins eût-elle, à prendre tant d'empire, laissé de ses commencemens des traces plus précises.
Un trait est commun à tous les systèmes de cette catégorie : ils perdent trop de vue les faits actuels ; ils se privent des rapprochemens et des idées qu'évoque la vie des populations imparfaitement ou récemment assimilées à l'hindouisme dominant.
Cette préoccupation tient au contraire une
place d'honneur dans des travaux qui obéissent à d'autres directions, qui procèdent soit des doctrines sociologiques, soit de l'anthropologie.
M. Nesfield est dominé par des vues d'ethnographie générale ; sa foi aux classemens positivistes est d'une raideur qui surprend en un temps si revenu de tout dogmatisme. Au moins est-il dans ses conclusions d'une netteté parfaite ; si on hésite à le suivre, on sait où il va.
La communauté de profession est, à ses yeux, le fondement de la caste ; c'est le foyer autour duquel elle s'est formée. Il n'admet aucune autre origine ; il exclut délibérément toute influence de race, de religion. C'est pour lui illusion pure que de distinguer dans l'Inde des courans de population divers, aryens et aborigènes. Le flot de l'invasion s'est abîmé de bonne heure dans la masse ; l'unité s'est faite très tôt ; plus de mille ans avant l'ère chrétienne, elle était déjà acquise. Seule, la constitution des castes a pu, grâce à la spécialité professionnelle, y jeter un dissolvant.
Les castes se seraient d'ailleurs développées suivant un ordre absolu ; c'est l'ordre que suit la marche du progrès humain dans la vie, dans l'agriculture, dans les industries ; le rang social
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assigné à chacune serait précisément celui qu'occupe, dans cette série, le métier particulier auquel elle s'adonne 1 . C'est ainsi que, parmi les castes d'artisans, il discerne deux grandes divisions : la première correspond aux métiers antérieurs à la métallurgie, c'est la plus basse ; la seconde, plus relevée, représente les industries métallurgiques ou est contemporaine de leur floraison. Il a dépensé une ingéniosité singulière à établir sur des bases analogues, — dans l'intérieur du groupe auquel elle appartient, — la préséance de chaque caste, telle qu'elle est, suivant lui, fixée par l'usage hindou. Les groupes se superposent ainsi, suivant qu'ils ont surtout rapport à la chasse, à la pêche, à l'état pastoral, à la propriété terrienne aux métiers manuels, au commerce, aux emplois scrviles, aux fonctions sacerdotales. Pour me servir de ses propres expressions 2 : « chaque caste ou groupe de castes représente Tune ou l'autre de ces étapes progressives de la culture qui ont marqué le développement industriel de l'humanité, non seulement dans l'Inde, mais dans tous les pays du monde. Le rang que chaque caste occupe, en haut ou en bas de l'échelle, dépend de l'industrie que chacune représente, suivant qu'elle appartient
\. Nesfield, Caste System. § 9.
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à une période de culture avancée ou primitive. De la sorte, l'histoire naturelle des industries humaines donne la clef de la hiérarchie aussi bien que de la formation des castes hindoues. »
Partant de là, M. Nesfleld nous montre les différentes professions émergeant de la tribu pour se constituer en unités partielles, et ces unités s'élevant dans l'échelle sociale conformément aux métiers dont elles vivent 1 . Issue de la tribu dont elle recompose les fragmens d'après un principe nouveau, la caste a gardé de ses origines des souvenirs persistans. C'est au type ancien de la tribu qu'elle a emprunté les règles étroites du mariage et l'interdiction sévère de tout raprochement avec les groupes similaires.
La caste sortirait donc de l'évolution régulière de la vie sociale prise à son niveau le plus bas, et suivie dans sa lente progression. Comment il peut concilier cette thèse avec la date relativement tardive à laquelle il rapporte d'ailleurs la constitution des castes, c'est ce que je ne prétends pas démêler. Quelle apparence que, mille ans avant noire ère, les Hindous fussent encore des barbares, dénués des élémens les plus humbles de la civilisation ?
Encore moins puis-je pénétrer comment, de ce
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point de vue, M. Nesfleld arrive dans cette genèse à réserver aux brahmanes une part si décisive. Il affirme en effet que « le brahmane fut la première caste dans Tordre du temps : toutes les autres furent formées sur ce modèle, s'étendant graduellement du roi ou guerrier jusqu'aux tribus adonnées à la chasse et à la pêche, dont la condition n'est guère supérieure à celle des sauvages ». C'est des brahmanes que, par la contagion de l'exemple, par la nécessité de se défendre, s'inspire l'exclusivisme de toutes les castes ' . Le brahmane est le fondateur du système. C'est le brahmane 2 qui a inventé, à son profit, la règle qui seule achève de les constituer, la règle qui interdit d'épouser une femme d'autre caste. Contradiction singulière avec la suite où il dérive des usages traditionnels de la tribu la réglementation du mariage.
Ce n'est pas qu'il soit dupe du dogmatisme des livres religieux. A ses yeux « les quatre castes n'ont jamais eu dans l'Inde d'autre existence qu'aujourd'hui, comme une tradition qui fait autorité. » Empruntée au passé indo-iranien, elle n'a guère d'autre mérite que de rattacher la variété des castes aux différences de fonction.