LA CATACOMRE DE CALLISTE
Les empereurs Antonins, qui gouvernèrent le monde romain de l'année 96 à Tannée 192 après l'ère chrétienne, jouissent tous — sauf le dernier, Commode, — d'une réputation méritée d'intelligence et de modération. Quelques-uns d'entre eux donnèrent l'exemple des plus hautes vertus privées. On sait que Marc-Aurèle se réclamait des doctrines sévères de la philosophie stoïcienne et qu'il s'efforça toujours de conformer ses actes à ses convictions. Le christianisme eût été en droit, semble-t-il, d'espérer de ces princes plus de tolérance et de liberté que de la part d'un Néron ou d'un Domitien. Il n'en fut rien cependant. Les Acta sanctoriim attribuent au second siècle un grand nombre de martyrs; il y aurait eu alors, d'après la tradition, deux persécutions générales, l'une sous Trajan, l'autre sous Marc-Aurèle, sans parler de nombreuses exécutions isolées. Les témoignages des écrivains chrétiens ou païens et plusieurs documents officiels émanés des empereurs eux-mêmes, comme la lettre célèbre de Trajan à Pline le jeune au sujet des chrétiens de Rithynic ou le rcscrit d'Hadrien au proconsul d'Asie
Minicius Fuiidanus, attestent que les violences n'ont pas cessé. Les Anionins fixèrent la procédure à observer dans la poursuite et la punition des chrétiens: ils dirent en quelles circonstances, sousquelles conditions, dans quelles formes on devait intenter et instruire leur procès Mais ils n'ont pas mis un terme aux rigueurs inaugurées dès le siècle précédent ; ils ne le pouvaient pas. Le christianisme n'admet point de partage ; il abhorre les cultes païens et vise à les détruire. Or le paganisme est, dans l'Etat romain, Tune des basés essentielles de toute l'organisation politique et sociale ; l'attaquer, c'est ébranler l'Empire ; les princes, même les meilleurs, ne sauraient le permettre : ils sont nécessairement les défenseurs de l'ordre de choses établi et, par suite, les adversaires irréductibles des chrétiens.
Pendant tout le cours du second siècle, les catacombes de l'époque antérieure continuent d'être utilisées. En même temps, comme le christianisme, malgré les ordonnances des empereurs, poursuit ses conquêtes et gagne sans cesse de nouveaux adhérents, il faut creuser encore d'autres cimetières ; les plusconnus sont ceux de saint Alexandre, sur la voie Nomentane, et de Prétextât, sur la voie Appienne.
La caiacombe de saint Alexandre, que sept milles, dix kilomètres, séparent de Rome, n'appartient pas à la zone propre des cimetières urbains; c'est une catacombe suburbicaire, qui dépendait probablement des anciennes villes de Ficulea et de Nomentum '. Elle a été explorée en i855; de dimensions
i.DoM 11. Lkci.f.rcq, article Alexandre, dans le Dictionn. d'arclicnl. cinét. et de liturgie, !, p. 1092-1098, avec toute la biblioiJraphic antérieure.
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restreintes et de construction peu soignée, elle ne comprend qu'un petit nombre de galeries pauvrement décorées ; les inscriptions les plus anciennes qu'on V ait recueillies ne sont que du iii« siècle ; au IV'-' on éleva une basilique au-dessus de la tombe du saint dont elle porte le nom. Ce saint, s'il faut en croire les Gestes des martvrs, serait le pape Alexandre, qui vivait sous le règne d'Hadrien ; ses Actes légendaires racontent qu'on lenterra sur le bord de la voie Nomcntane, mais ils confondent ce pape, contemporain d'Hadrien, avec un martyr appelé du même nom, mis à mort sous Trajan ; le Liber pontificalis affirme expressément que tous les successeurs de saint Pierre, jusqu'au ni" siècle, furent ensevelis au Vatican ; ni le Martyrologe hiéronvmicn ni le fragment d'inscription dédicatoire retrouvé dans la basilique cimétériale en i835 ne donnent à l'Alexandre de la voie Nomcntane le titre d'evèquc, La caiacombe de Prétextât, débknée en i863, est située à gauche de la voie Appienne, en face du cimetière de Calliste '. Elle contenait les restes de plusieurs martvrs illustres : saint Janvier, le lils aine de sainte Félicité, mis à moit sous le règne de Marc-Aurèle, en 162, avec sa mère et ses six frères; les saints Urbain, Valérien, Tibui'ce et Maxime, dont l'histoire est liée à celle de sainte Cécile; les saints Félicissime etAgaoit, diacres du pape Sixte il, martvrisés sous le règne de \'alérien. en 2 58. La catacombe avait pris, selon l'usage, le nom du propriétaire du terrain dans lequel elle était établie ;
I. J.-B. i)K Riissi,dans ]c Biillctt. di aichcnl. crist., iSiJii, p. i-Outp. ij-J-i; lSTii"). p. i(') ; iS-o. p. .pj-.jS ; i,S-2, p. :>!-?;> çt p. 43.81 : 1S74. p. ^b-^-.