‹ Les cathédrales de FranceChapitre 48 sur 109 · GAP · texte numérisé non relu

GAP

temps les plus anciens jusqu'à nos jours, son histoire ne serait que le”récit de ses successives démolitions et reconstructions. Les Barbares de tous les âges, sans en excepter ceux du seizième et du dix-huitième siècle, sont passés tour à tour en se ruant sur le saint édifice, ne laissant après eux qu'un triste monceau de ruines. Les incendies et les tremblements de terre, fléaux épouvantables, vinrent encore Joindre leurs ravages à ceux de la guerre et des discordes civiles.

Les évêques de Gap jouirent toujours d’une très-haute considération et d’un immense crédit. Grégoire, assis sur le trône épiscopal en 1058, obtint de l’empereur Frédéric le titre de prince et divers autres priviléges très-importants qu’il transmit à ses successeurs. En 1184 l’évêque Guillaume prit le titre de seigneur et comte de Gap; mais il fut obligé de partager avec le dauphin les droits et les priviléges de la suzeraineté. Dans le Gallia Christiana nous voyons mentionnée plusieurs fois la cérémonie de l’hommage que les vassaux rendaient à l’évêque. Quand les dauphins eurent augmenté leurs richesses et leur puissance, par la suite des années, ils voulurent empiéter sur les droits de l’évêque : comme ils étaient les plus forts, ils devaient tôt ou tard finir par l’emporter; ce ne fut pas cependant sans trouver de résistance dans les populations, et, par conséquent, sans occasionner des troubles et des malheurs. Sous le règne de François I", les évèques de Gap furent dépouillés de leur titre de prince, et ne conservèrent que celui de comte.

« Avant les guerres de religion, la cathédrale de Gap, dit

Raymond Juvénis, chroniqueur qui écrivait dans la dernière

moitié du seizième siècle, était un édifice remarquable. Sa structure, sa forme, le clocher qui était près du presbytère et qui était d’une élévation prodigieuse, sa matière et l’ordre d’une architecture singulière qu’on y voyait faisaient connaïtre que c'était l’ouvrage d’un monarque : aussi l’on croit que c'était Charlemagne qui l'avait fait bâtir. Elle fut dédiée à l’Assomption de la sainte Vierge, et depuis qu’elle a été renversée par les calvinistes et rétablie de la manière pitoyable qu’elle est à présent, on la sacra de nouveau et l’on associa saint Arnoux, évesque et patron de cette ville, à cette dédicace. » (Histoire inédite du Dauphiné, page 94 du manuscrit de la Bibliothèque de Grenoble. | .

Cette église, détruite par les protestants, qui, sous la conduite de Lesdiguières, s'étaient rendus maîtres de Gap en 1577, eut quelque peine à se rétablir convenablement. La réédification, entreprise dans les dernières années du seizième siècle, ne fut terminée que vers le milieu du dix-septième. On seraït même porté à croire que les évêques n’y faisaient pas travailler avec tout le dévouement nécessaire, puisque le souverain pontife crut devoir les obliger à y contribuer chaque année de la somme de mille livres, prise sur leurs revenus. L'évèque Artus de Lionne légua par son testament, en 1661, une somme très-considérable pour l'achèvement de la cathédrale.

Les habitants du diocèse commençaient à jouir de la basilique épiscopale, quand de nouvelles calamités vinrent fondre sur le pays. En 1692, les troupes du duc de Savoie détruisirent la ville de Gap; la cathédrale fut enveloppée dans la

désolation commune. La reconstruction en fut commencée

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