DE SAINT-DIÉ
A Cathédrale de Saint-Dié, placée à l'extrémité et un peu en dehors de la ville qu’elle domine,
| comme une citadelle sacrée, reporte sa pre-
mière origine à près de douze siècles. Elle a vu la one : se stérint et croître à son ombre, et malgré des embellissements nombreux, elle en est encore l’ornement et la gloire.
Le chœur est tourné vers lorient d'été, le portail au couchant, sur le penchant d’une colline, en sorte que l'entrée est plus basse que le chœur et qu’il a été nécessaire de l’exhausser d’une manière assez disgracieuse. La ville s'étend au midi, vers la rivière de Meurthe, qui donne son nom au département voisin ; au delà de cette rivière s'élève l’église
paroissiale de Saint-Martin. L’historien Riguet nous apprend que saint Dié, évêque de Nevers, mourut le 19 juin de l'an 679, dans la première cellule qu’il s'était bâtie au pied du mont Saint-Martin. Ce fait nous initie aux premiers principes de l’église épiscopale de Saint-Dié.
Du côté gauche de la cathédrale se trouve, vers le nord, un cloitre d'environ vingt-trois mètres de largeur, sur une longueur de vingt-sept mètres, destiné, ainsi que le préau qu'il renferme, à la sépulture des chanoines et des person- . hages de distinction. Au bout de ce cloître on voit l’église de Notre-Dame, connue vulgairement sous le nom de {a Petite Église, dirigée parallèlement à la cathédrale.
En cherchant à apprécier le style de l’église de Saint-Dié ; nous croyons devoir citer quelques mots de M# l’évêque de Belley , dans son Manuel des connaissances utiles aux ecclésiasliques : « On attribue aux Lombards les cathédrales de Saint-Dié et de Besançon; on attribue aussi aux bénédictins l'usage des petites colonnes qu’on voit souvent autour du chœur de certaines églises, entre lesquelles sont de petites fenêtres allongées, évasées à l'intérieur. » Cette citation, pour quiconque est initié aux principes de la science archéologique, est propre à faire connaitre le système général employé dans la construction. Pour nous, qui avons rejeté Ja dénomination de style lombard comme manquant de justesse et de clarté, nous voyons dans ce monument l'application du style romano-byzantin, avec les principaux caractères qui lui sont propres.
Le travail du onzième siècle est bien évident dans plusieurs portions de la cathédrale. On reconstruisit à cette époque, et
SAINT-DIÉ. 923 d’après les procédés usités dans les autres villes de la France, les colonnes du côté méridional. Un rapide exposé du plan de Pédifice démontrera facilement à quel âge les membres essentiels doivent en être rapportés. La nef est séparée des collatéraux par sept piliers à droite et à gauche ; les quatre piliers impairs des deux côtés sont carrés, garnis de quatre colonnes engagées, se prolongeant à l’intérieur de la nef jusqu'à la naissance de la voûte, où sont posés leurs chapiteaux, et semblent supporter tout l'édifice. Le coté gauche ou septentrional est divisé en trois grands ares à plein cintre, sans ouverture, dont le sommet approche du cordon supérieur tracé sur l'alignement des chapiteaux , et dont les extrémités reposent sur les quatre piliers principaux. Le massif renfermé dans chacun de ces trois arcs est subdivisé en deux arceaux, supportés par des piliers plus petits, composés de quatre colonnes accouplées sans chapiteaux. Le côté droit ou méridional ne présente aucun vestige des trois grands arcs que nous venons de décrire; les chapiteaux des colonnes principales sont traités avec soin et historiés avec goût; on y distingue des feuillages fantastiques et des figures bizarres d'hommes et d'animaux. Les piliers intermédiaires ne sont plus, comme à gauche, formés de quatre colonnes accouplées; ils sont carrés, flanqués d’une colonne engagée à chacun des trois côtés extérieurs; la face tournée vers la nef est plane, ainsi que cela s’est fréquemment observé dans les monuments contemporains de l’Auvergne. Ces deux côtés de la nef appartiennent à l'architecture romano-byzantine secondaire. On a voulu leur donner une antiquité beaucoup
plus reculée, mais c’est à tort; les règles de la critique mo-
numentale ruinent absolument l’opinion de ceux qui prétendent y voir de beaux fragments d'architecture carlovingienne.
Le sanctuaire est postérieur à la nef; il est bâti dans le style à ogives du commencement du treizième siècle. Les progrès dans l’art de bâtir accomplis dans le cours de deux siècles y sont noblement exprimés par des formes élégantes et hardies. La pureté des contours, le développement des ares en tiers-point, le groupement des colonnettes, l’élancement des fenêtres, quelques sculptures gracieuses, tout se . réunit pour attester la supériorité de cette architecture admirable. Le portail principal produit la plus fâcheuse disparate avec le reste de l’église; il a été bâti en 1711, dans ce style bâtard qui caractérise toutes les constructions du dixhuitième siècle. Le rapprochement rend ici plus facile la comparaison des formes austères de la période romano-byzantine, des formes transformées de la période ogivale, avec cetie structure mesquine, quelquefois prétentieuse et maniérée du siècle de Louis XIV et de Louis XV.
Le plan de l’église de Saint-Dié est en forme de croix latine; les dimensions en sont peu développées; la longueur est de trente-sept mètres, sur une largeur proportionnelle. Les collatéraux ne répondent pas à la majesté de la nef, ni à la grandeur de l’abside; ils ont été ajoutés postérieurement au corps de l'édifice, la présence des éperons le long des murailles du vaisseau primitif suffirait pour le démontrer. De chaque côté des collatéraux on a établi plusieurs chapelles à des temps différents. André de Reynette, grand prévôt de l’église de Saint-Dié, en fit bâtir une de 1530 à
1557, en l’honneur de saint Léon IX, qui, avant de porter la tiare pontificale, avait été lui-même prévôt de cette basilique. Une autre chapelle avait été construite en 1520, et dédiée à saint Joseph par les habitants de la ville, en commémoration de leur délivrance d’un terrible fléau par la puissante intercession de ce grand serviteur de Dieu.
Autrefois 1l existait un jubé, dont il ne reste maintenant aucun vestige. On y avait adossé deux autels, sous le titre du Rosaire et de Sainte-Croix.
Pendant la durée des quatorzième et quinzième siècles, la Vosge, ainsi que la Lorraine, fut exposée à des calamités de toute espèce. Les fureurs de la guerre ravagèrent ses campagnes et ses villes, et l’enivrement du triomphe ne respecta pas toujours les églises. Les annales de Saint-Dié nous apprennent que la cathédrale fut à plusieurs reprises désolée par le pillage et par l’incendie. Toujours cependant le sanctuaire primitivement dédié à saint Maurice et à ses glorieux compagnons, plus tard consacré au saint évêque qui l’avait fondé, se releva de ses désastres et fut réparé par la piété des fidèles. C'est ainsi qu'en traversant plusieurs siècles orageux , il est arrivé jusqu'à nous dans l’état où nous le voyons actuellement.
L'église de Saint-Dié, de collégiale, devint cathédrale au siècle dernier. Il n’y eut qu'un seul évêque en titre avant la révolution de 1789. Le siége, supprimé par le premier concordat, ne fut rétabli qu'en 1823. Depuis cette époque, l'église épiscopale de Saint-Dié a vu se renouer la chaîne des anciens jours et peut espérer de jouir longtemps encore
d'années saintes et prospères.
SAINE-CUIUMME