‹ Les cathédrales de FranceChapitre 82 sur 109 · VIVIERS · texte numérisé non relu

VIVIERS

Viviers n'a Jamais été très-peuplé ni très-étendu : sa principale splendeur lui à toujours été communiquée par la présence de son évèque. Durant le cours du moyen àge, l’église de Viviers Jouissait de priviléges importants ; des donations nombreuses lui avaient été faites par une foule de seigneurs, et sa prospérité alla toujours en croissant. À l’époque de la célèbre croisade contre les Albigeois, Raymond , comte de Toulouse, fut obligé de rendre hommage à l’évêque de Viviers pour un fief qui le rendait son vassal. Les anciens auteurs emploient une belle expression quand ils rapportent les actes de cette nature; au lieu de désigner simplement le titre féodal qui obligeait un chevalier envers son suzerain, ils disaient que le comte de Toulouse était vassal de l’autel de Saint-Vincent, à Viviers. Les idées religieuses qui dominaient dans ces siècles plus éloignés de nous aujourd’hui par les croyances et par les mœurs que par la distance des temps , autorisaient fréquemment des dotations qui entrainaient après elles les hommages féodaux envers le patron de l’église qui en devenait propriétaire. Nous en avons trouvé des exemples à chaque pas dans nos études sur le moyen àge. Viviers éprouva plusieurs bouleversements dont sa cathédrale fut la victime. Il est impossible de suivre un monument quelconque à travers plusieurs siècles sans être témoin de cruelles catastrophes. Dans ces âges sans cesse tourmentés par des orages, où les armes retentissaient continuellement aux oreilles des populations effrayées, les incendies et les dévastations affligeaient souvent les monuments religieux. Au temps des guerres de religion, le Vivarais tout entier fut la

proie de discordes sanglantes. Privas, Viviers et plusieurs

autres villes eurent à souffrir des excès des deux partis, vainqueurs et vaincus tour à tour. La cathédrale de Saint-Vincent fut alors profanée, et perdit avec ses ornements et ses trésors les plus précieux quelques-unes des parties de sa construction. Comment la haine et le désir de la vengeance peuvent-ils aveugler l’homme au point de sévir sur les monuments les plus sacrés? Les novateurs ne pouvaient s'en tenir à leurs discussions erronées sur le dogme; après avoir rejeté la doctrine catholique, ils voulaient en anéantir jusqu'aux plus solennels monuments.

L'église actuelle de Viviers est d'architecture mélangée ; deux grandes phases cependant peuvent en revendiquer les parties principales. L’ogive domine dans le chœur et dans le clocher , tandis que la nef est moderne. La partie supérieure de l’église, sans pouvoir être comparée aux autres grandes constructions contemporaines, n’est pas dépourvue de noblesse, d'harmonie et de magnificence ; la forme ogivale, partout où elle se montre, porte avec elle un certain cachet de distinction; la nef, partageant le sort de tous les bâtiments modernes, n'offre aucun mérite artistique ; elle pourrait être apportée comme une nouvelle preuve matérielle à l'appui de l'opinion de ceux qui regardent le style postérieur à la renaissance comme une hérésie esthétique dans nos édifices chrétiens.

La cathédrale de Viviers est assise sur le sommet d'un rocher qui domine la ville et les environs; la masse en est imposante de loin et se détache vigoureusement au milieu d’un paysage rude et sévère.

La tour de Viviers est d’une architecture mâle et hardie ;

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