‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 161 sur 303 · DOME DE SIENNE · texte numérisé non relu

DOME DE SIENNE

m. — DOME DE SIENNE.

LA cathédrale de Sienne, fondée au XI^ siècle, consacrée en 1184, agrandie en 1187, fut reconstruite au XlIIe siècle, sous une inspiration française ('). En Toscane l'abbatiale San Galgano, copiée sur celle de Casamari, et la cathédrale de Sienne, qui en est une imitation, font école l'une et l'autre (). Commencée en 1229 par des maîtres indigènes, celle-ci fut continuée par des moines cisterciens de l'abbaye voisine de San Galgano. En 1257 le chef des travaux était le frère Vernaccio, auquel succéda le frère Melano, dont les documents de l'époque font mention jusqu'en 1268. Il y est aussi question dans le même temps de Fra Marco di San Galgano. Ce fut donc la grande école gothique issue de Fossanova, qui imprima à la cathédrale de Sienne son caractère bourguignon, qui se trahit dans les croisées d'ogives de la haute nef et dans le chevet plat conforme à l'usage de Cîteaux. L'art ogival eut d'ailleurs à Sienne un essor étonnant ; il y est caractérisé par l'arc brisé combiné avec l'arc surbaissé, elliptique, constituant ce que l'on appelle l'arc siennois.

C'est un noble édifice, que celui dans lequel s'incarne le style gothique de cette région. La République de Sienne, « qui attachait plus de prix à l'acquisition d'un chef-d'œuvre qu'au gain d'une victoire ('), » voulut travailler incessamment à son dôme, rendant chaque jour hommage à la Reine du Ciel sous le vocable de Sania Maria assunla.

Mais l'ordonnance austère de la conception primitive ne pouvait satisfaire les Italiens, qui rêvaient une cathédrale ornée de tribunes comme les églises lombardes, dominée par une coupole à l'exemple de celle de Pise ; et pour donner à cette coupole une forme plus régulière qu'à cette dernière, qui est elliptique, et une grande ouverture, ils amplifièrent la croisée du transept et la tracèrent sur plan hexagonal, disposition aussi rare que curieuse, qui étendit les bases du dôme jusqu'aux nefs latérales. De l'hexagone on passe au dodécagone à la base de la lanterne, et au cercle à la base du dôme proprement dit. Cette superstructure remarquable fut élevée de 1259 a 1264 ; dès cette époque l'édifice put servir au culte. En 1265 Fra Melano appela à Sienne le grand sculpteur Nicolas de Pise, qui venait de terminer le célèbre baptistère de cette ville et qui fut chargé de ciseler celui de Sienne avec l'aide d'Arnolfo di Lapo et de son propre fils, le jeune Giovanni. La chaire fut livrée en 1268. Cette merveille mériterait une longue description, qui ne peut toutefois trouver place ici. Rappelons seulement qu'elle déroule ses bas-reliefs magnifiques sur une série d'arcades trilobées, que soutiennent des colonnes appuyées sur l'échiné de lions, selon la mode italienne.

Le départ inexpliqué en 1298 de Giovanni Pisano, devenu maître des œuvres de la cathédrale, interrompit les travaux, repris bientôt et poursuivis jusqu'en 1318 par

1. V. C. Enlart, Revue de P Art chrétien, 1894, p. 41. — Comte de Waziers, l'bid., 1S7S, t. H, p. 240. — Doct. Gaetano Milanesi, Documenti par la Storia dell' arte Se»esa. Sienne, Poni, 1S54.

Page 1