‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 166 sur 303 · VI. — CATHEDRALE D'ORVIETO · texte numérisé non relu

VI. — CATHEDRALE D'ORVIETO

CE vaste monument est un des chefs-d'œuvre de l'art gothique en Italie. II fut commencé en 1290 par l'architecte Siennois Lorenzo Maitani. C'est une basilique spacieuse à trois nefs, en croix latine, portée par des colonnes et des arcades pleincintre, au-dessus desquelles règne une large frise décorative. Au-dessus sont percées

I. Benois, Resanoff et A. Krakau, MonographU de lu calhédraU d'Orvié/o, Paris, Morel, 1S7;

CA'IIIICDRALKS GOTHIQUES

les baies ogivales de la claire-voie ; un plafond couvre les nefs. Le chœur est carré, muni de bas-côtés et Manqué d'une série d'absidioles.

L'église est gothique, mais de ce gothique qui admet toutes les licences. La belle façade, d'une riche polychromie, imitée de celle du dôme de Sienne, est plus élégante, plus élancée, mais fort, surchargée d'ornements enchâssés dans des

membrures, qui sont plutôt des cadres que des organes architecturaux. Cela fait l'effet d'un meuble colossal et précieux, plutôt que d'une construction ; mais c'est d'une merveilleuse coloration. Ce monument produit au beau soleil du soir un effet incomparable, avec ses sculptures en marbre blanc dorées par le temps, ses mosaïques, ses bronzes, et sa riche polychromie. Au fond, c'est une assez pauvre bâtisse ; c'est par la couleur qu'elle triomphe.

Elle offre comme la cathédrale de Sienne une façade surmontée de trois grands frontons, qui fut en grande partie l'œuvre de Laurent Mailani. L'arc brisé s'y mêle au pleincintre.

La porte principale s'encadre de voussures concentriques en retraite sur des piédroits ébrasés, selon le beau modèle roman. Les minuscules portes latérales s'ouvrent sous de fausses fenêtres dans des arcades étroites, aux cintres pointus. Les trois portails sont surmontés de gables analogues à ceux qui couronnent les retables italiens. D'autres gables pareils couvrent les travées correspondant aux trois nefs, encadrés de fresques et séparés par des sortes de pilastres qui les dépassent comme des pinacles. Au milieu, à l'étage, s'ouvre une jolie rose dans un cadre rectangulaire trop raide. Le portail est couvert de bas-reliefs en marbre blanc retraçant l'histoire de la vie humaine.

Quand on pénètre à l'intérieur on éprouve un certain étonnement de voir la lumière tamisée doucement par des plaques d'albâtre, qui remplacent les fenêtres des nefs latérales, laissant les tympans seuls aux vitraux. Ce mode de clôture remonte à l'époque primitive (1292). L'ordonnance est imposante et sévère; les trois nefs, couvertes de charpentes apparentes, sont séparées par des arcades plein-cintre que portent des piliers robustes, formés, comme les murs d'Assise, en pierre alternativement noire et blanche. Les marbres les plus rares ont été employés au décor, marbres ciselés, incrustés, découpés à jour, marbres antiques apportés de Rome, de Sienne,

//,-. 2.'S. — ïfCUI.PTUUES DE LA FAÇADE DU LA CATHKDHALli D'OUVIKTO.

CATHÉDRALE DE PADOUE

de Carrare, albâtres de San Antonio ; des mosaïques tapissent les champs encadrés par ces marbres aux belles couleurs, etc. La structure en assises alternes de marbre blanc et noir frappe vivement les yeux et les offusque un peu. Le chœur est plus étroit que la nef, et les bras du transept sont inégaux.

Les fresques qui ornent le transept et les voûtes du chœur sont mal conservées. La chapelle du Saint Corporal, côté de l'évangile, contient un bel autel, orné, sous

Fîg. 22Ô et 22y. — CATHÉDRALE D'OKVIÉTO. — DÉTAILS.

un portique-retable d'un bas-relief, représentant la Nativité ('). Mais tout disparaît devant l'admirable ensemble des peintures de la chapelle neuve de Saint-Brice, ébauché par Fra Angelico et terminé par Lucas Signorello ; ce sont des m.onuments de la peinture italienne. Gabriel Mercanti achevait la décoration picturale en 1612.

Le vitrail historié qui termine l'abside est de Jean di Bonino d'Assise (1334).

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