ANGLETERRE
L'INCArACITÉoriginelle de l'ouvrier Saxon, dit M. Lawrence Harwey, explique le plafond en bois régnant partout en Angleterre, où les arcades sont d'abord portées sur des piliers ronds et trapus. L'évolution de l'architecture a pour base la transformation du pilier rond dans le pilier gothique continental et dans le pilier rectangulaire. Il y a un rapport intime entre les éléments du support et ceux de la superstructure.
Le gothique anglais fut à son origine l'œuvre de la race conquérante.On le divise en cinq styles:
le style de transition ou anglo-normand, de 1 154 à 1 189,
le style Plantagenet, ow primait e (Early engitsh), de 11 89 à 1297,
le style Edouard, ou decorated, de 1297 à 1382,
le ?,ty\e perpendiciilar, de 1382 à 1550,
le style Tudor, ou anglais fleuri, ou late perpendicular, de 1490 à 1558. . Le style primaire ofiTre des fenêtres dépourvues de meneaux, groupées par deux ou par trois. Plus tard, des colonnettes divisent les baies; elles font ensuite place aux meneaux du decorated. Dans le style Tudor, vraiment national, abondent l'arc brisé à quatre centres et les vastes verrières, avec meneau.x verticaux.
Les deux dernières époques sont caractérisées par l'envahissement de la forme, par la décoration et le développement des curieuses voûtes en parasol ou en éventail dites " Fan Vaults ", à nervures postiches, dont le premier type se rencontre au cloître de Glocester.
Un autre élément prédominant en Angleterre est le créneau, souvenir de la conquête. Dans le style Tudor il apparaît partout. Dans la région d'York, les chevets sont plats, les couvertures en terrasse, les murs crénelés, les tours carrées, les meneaux perpendiculaires.
L'emploi de la charpente comme superstructure fit abandonner les chevets en abside, pour les chevets plats percés de vastes verrières. Par esprit utilitaire, on adopta des combles déprimés ; les terrasses abondent, chose étonnante dans un pays brumeux ; à mesure que le Normand français accuse l'acuité de ses toitures, l'anglo-saxon abaisse ses combles. L'un veut saisir par la silhouette. l'autre par la masse. Les deux genres coexistent et contrastent.
Les monuments gothiques anglais sont empreints d'un caractère nettement national. Ils frappent par leur énorme dimension. Les premiers monuments gothiques sont dus aux Cisterciens : l'abbaye de Fountains est leur œuvre.
Au début abondent les grandes collégiales. Elles se dressent au milieu de vastes parcs dans l'enceinte de maisons canoniales, fermées par des portes monumentales comme celles d'une ville.
C'est en Angleterre qu'on rencontre les plus longs vaisseaux d'églises.
Il est intéressant de résumer ici l'évolution de la voûte anglaise. Un nouvel élément s'introduisit dans l'organisme des voûtes, à savoir la /ierne, qui était apparue en Angleterre dès 1230, et
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CATHEDRALE DE LINCOLN 263
qui en devint un accessoire inséparable à partir de 1240. Le compartiment central de la crypte de Glascow, une des plus belles et des plus récentes de l'Europe, date des environs de 1260. Ici, la disposition nouvelle se trouve greffée sur l'ancienne, déjà partiellement exécutée. Ainsi, les bas-côtés de la crypte, qui remontent à 1235, sont couverts de simples croisées d'ogives, aux moulures épaisses et toriques. Au centre, les profils sont plus fouillés, et le tracé des nervures rappelle l'ichnographie des pièces isolées, salles capitulaires, etc. C'est la voûte en étoile, telle qu'elle figure dans l'album de YiHars de Honnecourt, dessinée, Quichcrat l'a démontré, de 1240 à 1251.
Après les liernes apparaissent les tiercerons, spécialement nécessaires en Angleterre, pour soutenir à un point intermédiaire, les liernes qui offrent fort peu de flèche.
Puis le système se développe, engendre les contre-liernes ou goussets, les tiercerons multiples, pour aboutir à la voûte dite en éventail, ou à nervures ramifiées, qui sont une des particularités les plus remarquables du gothique anglais ; on en voit un spécimen remarquable à la chapelle de St-Georges (Windsor). Les nervures deviennent plus étroites et plus élancées pour mieux se dégager. Pendant ce temps (la première moitié du XII L siècle), les profils des moulures fournissent des indications chronologiques infaillibles, surtout ceux des nervures. A Glascow leurs profils accusent cinq époques distinctes, allant de 1220 à 1270 pour les quatre premières, la cinquième est postérieure.
L'accolade se montre vers 1290 et est usuelle au XIV'' siècle.
Le chapiteau en forme de frise règne à la même époque
Après avoir puisé ses premiers éléments en Normandie, l'architecture anglaise s'est parfois retrempée encore dans la suite à la source française ; le chœur de Cantorbéry est purement français. Mais plus tard le génie britannique reprit tout son empire et développa tous ses caractères.
L'art français est élégant et simple, l'art anglais se montre surtout riche et compliqué. Les fenestrages des verrières se développent surtout dans le sens vertical ; les cintres des fenêtres s'aplatissent en arc Tudor. Les divisions horizontales, prépondérantes dans le style anglo-normand, disparaissent, et les lignes verticales dominent. Les façades se couvrent à profusion de moulures et d'ornements. Tel est le decomted style, en honneur sous Edouard II, Edouard III et Richard II, auquel succède le perpendicular style, qui a duré depuis Henri IV' jusqu'à Henri VIII.