STYLE GOTHIQUE DU PORTUGAL
A L'EPOQUE gothique l'influence française, apportée par les Croisés, continue à s'exercer sur l'architecture religieuse portugaise. Les seigneurs français furent suivis des religieux clunisiens et cisterciens et d'architectes. La plupart des sièges épiscopaux furent donnés à des religieux de Cluny. La disposition du déambulatoire ne se retrouve toutefois qu'à la cathédrale de Lisbonne et l'abbatiale d'Alcobaça, construites par les cisterciens à la: ressemblance de la cathédrale de Poitiers. Le portail Sud de Belem est dû à des Français (').
L'usage de l'avant-chœur encombrant la nef n'a pas pénétré dans le pays.
La cathédrale de Porto, le cloître de la cathédrale d'Evora, l'ancien couvent de Sainte-Claire à Coimbre, l'église de Chambles représentent le XIII« siècle. Le style gothique ne progresse pas au cours du XIV'^ siècle.
Alcobaça, Bathala et Thomar sont comme des livres ouverts qui racontent l'histoire du peuple portugais. Sous les voûtes d'Alcobaça, édifiées par Alphonse Henrique, reposent ses successeurs qui affranchirent le pays. Bathala garde ceux qui, avec Jean I^'' et son fils le Navigateur, conquirent l'Océan, et Thom-ar résume la gloire et les infortunes du Portugal ; tout cela est imprimé dans la pierre, dans les styles roman, gothique et manuélien.
L'abbaye dominicaine de Bathala (-), est le joyau de Portugal. Bâtie d'un seul jet, sur un plan cistercien d'une belle ampleur, longue de 79 mètres, large de 22, elle passe pour une des belles œuvres européennes de la fin du moyen âge. L'architecte Portugais Alphonse Dominguez l'éleva de 1385 à 1440. Elle est toute fleurie, toute brodée, toute dentelée avec des contreforts entrecoupés de bandeaux, des arcs-boutants ajourés de quatre-feuilles, des murs couverts de moulures verticales, de puissantes corniches à balustrade. Elle n'a pas de triforium ; son transept remonte à l'époque romane et est dû à Maître Huguet, un Français.
L'art portugais reprit un vif éclat au début du XVI'^ siècle, au moment où le pays s'enrichit à la suite de la découverte des Indes. On vit alors s'élever douze élégants monastères, dix superbes églises, quatre grands hôpitaux, une série de châteaux, etc., dans le style appelé Manuélien. du nom du roi Don Manuel. On y trouve un mélange d'Italien, d'Indouet de gothique flamboyant. Ce style tient à la fois de l'art gothique et de l'art de la Renaissance. Les églises de Coimbre, de Belem et de Thomar sont les types les plus complets de ce style.
Le grand monastère de Belem fut construit par l'architecte Portugais Boytaça. Commencé en, 1500, il était en pleine construction en 15 17. Le portail du croisillon Sud, œuvre très remarquable fut bâti par un Français nommé Maître Nicolas (qui travailla également à Coimbre), et ses confrères nommés Jean de Rouen, Jacques Longuîn et Philippe Odoart (3).
Ce fut Boytaça qui mit à la mode les arcs à contrecourbes, les fûts à torsades, les troncs écotés, les câbles et ornements nautiques qui foisonnent désormais en Portugal.
Le chœur de Belem marque l'abandon définitif du style gothique pour celui de la Renaissance, introduite également par des Français, notamment par Jacques Longuin, Nicolas et Philippe Odoart, que Don Manuel avait appelés à sa cour.
1. Don Manuel avait appelé de Rouen plusieurs artistes français. (V. Eude, Congres des Soc. Savantes de Lisbonne, 1896).
2. J. Murphy, Église de Bathala en Portugal, 1845 et L. de La Sousa.
3. On rencontre encore à cette époque à la cour de Portugal trois autres Français : Nicolas Chatrans, Jérôme et Simon de Rouen (v. Congr. des Soc. Savantes, 1896). — E. Eude, Études d'architecture en Portugal. De tinfluencc française dans le style manue'lin. In-8°, 3 pi. Paris, Imp. nationale.