SCANDINAVIE
L'ART religieux Scandinave tire ses caractères de l'emploi de la brique et d'influences étrangères, l'influence anglaise, l'influence allemande, et surtout l'influence française. A partir de 1290, celle-ci se fait sentir par le canal de la Flandre. L'ordre cistercien fut puissant en Suède; la première abbaye cistercienne, celle d'Alvastra, est imitde de Fontenay ; l'abbatiale de Warhen reproduit le plan de Cîteaux, celle de Bergen a des caractères normands, celle de Soro a des voûtes gothiques boni bées, analogues à celle de l'Anjou (').
L'influence anglaise s'accuse vivement à Hamar, à Stavanger, ainsi qu'à Tlirondhjen, dont le chœur rappelle celui de Salisbury. L église franci.scaine de Sainte-Catherine de Wisby rappelle celle de Marbourg (-).
Les églises gothiques Scandinaves sont petites, à trois nefs. Parfois le chœur, carré ou en rotonde, forme une construction indépendante, séparée de la nef rectangulaire par l'arc triomphal et un pignon à gradins. L'église de Kiifsjo offre un chœur triangulaire, comme l'ancienne église d'Edschult, qui fut une des plus remarquables de la Suède. Après coup on a ajouté aux vieilles églises, en guise de clocher, le Klochscapel, sorte de pylône portant le beffroi de la sonnerie.
La construction en brique comporte des piliers octogones, des voûtes d'arêtes à nervures prismatiques sur rpoulures, un chœur plus bas que la nef, une tour carrée en tête.
CATHEDRALE D'UPSAL
UN des plus remarquables témoins du rayonnement du style gothique français sur l'Europe est cette belle église, le Upsala Domkyrka, qu'un maître maçon de Paris alla construire en Suède au XI II" sièc'e, accompagné de dix aides. C'est la plus grande église de tout le Nord de l'Europe (^), depuis que la cathédrale de Trondhjen en Norwège n'offre plus au culte que sa partie orientale.
La construction en fut commencée en 1289 par Etienne de Bonneuil, « Tailleur de pierre, Maistre de faire l'Église de Upsal en Suède », comme il est dit dans le contrat passé avec lui en 1287 à Paris, par lequel il s'engageait de prendre modèle sur Notre-Dame de Paris (*).
Il est vrai que le modèle a été suivi avec une très large liberté. On le comprend d'ailleurs par ce fait, que la construction devait être réalisée tout en moellons et en briques, hormis quelques pierres nécessaires. Les sculptures ont été exécutées ultérieurement par des maîtres français.
D'ailleurs, après la mort du maître parisien, le style en fut modifié. Les tours occidentales, aussi élancées que la tour Notre-Dame sont puissantes, et surmontées de flèches aiguës, ne datant que de la fin du XVI IP siècle.
1. M. C. Enlart a mis en lumière les analogies de l'architecture Scandinave avec celles de la France (\'. Uatchiltclurc du moyen âj^e en Scandinavie).
2. V. M. H. Mandelgren, Afonuments Scandinaves au moyen âge, l'aris, 1862. — de Marsy, Architecture religieuse de Scandinai te ; Rer'ue de l'Att chrétien, 1872.
3. Elle me<>urc 370 pieds en longueur, 141 en largeur, 115 en hauteur.
4. Voir Guide du l'oyageur en Suède. Stockholm, 2' édit.. 1874.
CATHÉDRALE DE DRONTHEIM
Le plan de l'édifice est du moins bien conforme au type français, sinon au modèle parisien : triple nef portée sur vingt-quatre piliers, collatéral prolongé autour du chœur qu'il enveloppe de ses déambulatoires et de ses chapelles, transepts à pignons flanqués de tourelles, un campanile de charpente sur la croisée. La longueur de l'édifice est de iio mètres, la largeur de ^2.
A l'intérieur, rien de la merveilleuse décoration sculpturale qui fait l'orgueil de l'art parisien. Au lieu des belles colonnes aux chapiteaux fleuris, des piliers en briques à moulures toriques, dépourvus de base et de chapiteau, soutiennent de puissantes arches en tiers-point moulurées. Au-dessus règne un étage plein que perce seulement un petit oculus à chaque travée ; la claire-voie offre des baies modestes divisées en triplets. Les voûtes sont en croisées d'ogives. Les portails latéraux sont remarquables.
La belle cathédrale a été, de nos jours, restaurée... en ciment ! Les chapelles latérales ont été transformées en chapelles funéraires. Elles sont remplies de tombeaux d'illustres personnages, parmi lesquels figure entr'autres celui de Linné. :.+
Fig. 2yj. — PL.\N DE LA CATHÉDRALE D'UPSAL.
IL — CATHEDRALE DE DRONTHEIM
(en Norvégien TRONDGEN).
SUR une hauteur à l'extrémité de la ville, au quartier de la Munke-Gade, s'étend un parc très ombragé ; sous ses beaux arbres sont de nombreux bancs où l'on vient pour prier plutôt que pour se reposer ; car ces bancs sont placés chacun devant un jardinet qui couvre une tombe, marquée par une modeste épitaphe, et le parc est un cimetière.
Au milieu se dresse la cathédrale, qui est l'église la plus grandiose et la plus richement décorée de la Scandinavie. Fondée sur le tombeau de saint Olaf, par le roi Olaf Kyrre, elle fut agrandie et érigée en archevêché en 1151. L'archevêque Eisteim (i 168- II 88) construisit le transept et son dôme, ainsi que la salle capitulaire. Le beau chœur fut reconstruit en 1248 par l'évêque Sigurd Sim ; il semble avoir eu pour modèle la cathédrale de Salisbury. Son rond-point s'est effondré au XIV' siècle comme celui de Beau vais ; on dédoubla les travées, et l'on transforma l'abside en une sorte de rotonde séparée du chœur par une riche clôture ajourée, montant jusqu'à la voûte {').
Cette rotonde réalise une disposition spéciale à la Norwège, où beaucoup de chœurs