La France artistique et nwnumentale, t. I, p
fig. 6s. — FAÇADE DE LA CATHÉDRALE DE REIMS.
posait la première pierre de la nouvelle cathédrale. Elle fut commencée par le chœur et l'œuvre fut poursuivie vers le portail, élevé vers 1300 (').
Les nefs offrent un allongement extraordinaire. On a dit que le Roi, reconnaissant
au XIV'' siècle
''' ^ ill^^^^^^^^^™ qu'elles étaient trop courtes pour contenir la foule au jour du sacre, ordonna de les allonger de quatre travées. M.
Demaison a établi que c'est une erreur, c'en est fait de cette légende (-').
L'imprudence de deux cou-
I. Une première dédirace eut lieu dès 1 2 1 5 ; une grande partie (lu vaisseau était debout en 1241 ; à cette époque le chœur était voûté ; les chanoines prirent possession du chœur à la Noël de cette année. On peut croire que vers la fin du XIII* siècle, la membrure du grand portail, sinon sa merveilleuse imagerie,était terminée. Le transept ne fut achevé qu'en 1295, et la façade principale, avec ses belles tours, qu'en 1427. Un incendie terrible détruisit en 14S1 les toitures et les cinq belles flèches du transept, qui ne furent pas reconstruites ; elles donnaient à la silhouette extérieure sa plus puissante expression, comme le montre la vignette qui suit. Cette dernière nous fait voir quelles devaient être ces flèches occidentales qui, sans doute, n'ont jamais existé. — Demaison, liulUlin archéologique du ComiU des travaux historiques, 1901, p. LIX a.
2. Les travées construites en dernier lieu ont été non pas une ajoute, mais la continuation du plan primitif, < onçu sur un plan très allongé comme les églises germaniques voisines.
On sait par l'inscription du labyrinthe, que la grande rose qui s'ouvre dans la façade est l'œuvre de Bernard de Soissons, l'architecte qui dirigeait les travaux sous l'hilippe le Bel et est cité en 1287. Demaison, Bulletin monumental, I, 6, 1902.
Maître Adam, contemporain de S. Louis, était architecte de la cathédrale ; Colard Gidry y était maître-maçon au .\V» siècle. — V. Demaison, Comité des travaux historiques, Itulletin, 2' livraison, 1901.
fif. 66. — VUE DES PII.IEK.S DE LA (•.\TI1KI>UAI.E DE UELMS
CATHEDRALE DE REIMS
vreurs alluma, l'an 1481, le feu dans les combles couverts de plomb. Frappée par ce désastre, Notre-Dame ne se releva guère que sous Charles VIII et Louis XII. Plus
IXTKUTEUH riE LA CATHEDltALE DE HEIMS.
tard survint le délabrement, où l'incurie de nos ancêtres laissa tant d'édifices admirables. Viollet-le-Duc, Millet, Ruprich-Robert, Darcy ont successivement travaillé, depuis, à sa restauration, mais pas toujours avec une suite parfaite. Chacun des trois premiers de ces éminents architectes lui a infligé, notamment, une portion de galerie différente.
Ajoutons que le monument est resté au-dessous du rêve de ceux qui l'ont conçu.
\'ioIlet-le-Duc estimait que l'étage ne répondait pas à la puissance du soubassement ; d'après lui des retraits sont visibles au-dessus des bas-côtés ; les nefs n'atteindraient pas la hauteur du projet primitif. Selon M. Demaison (■) il faut abondonner
l'hypothèse de ces repentirs, et la légèreté des terminaisons est due plutôt à une recherche d'élégance qu'à une variation dans les projets.
La cathédrale de Reims brille par les beautés de son architecture autant que par le prestige de ses grands souvenirs historiques. Ses murs, tout ciselés, étaient bien faits pour soutenir dignement l'éclat des pompes royales. De riches édicules couronnant à la fois les contreforts et les piliers-butants, lui donnent un grand caractère d'unité.
Ils sont habités par d'admiribles figures d'anges et de mis. On est surtout frappé de il perfection exquise des ,> :,culptures et de leur richesse f'i déconcertante. Les nombreux vitraux anciens sont d'une beauté suave. Le chœur, exigu, a été augmenté aux dépens de la croisée et même de la nef, mais le portail, avec ses ravissantes sculptures historiées reproduisant un thème com[)let, une vraie somme iconographique, est le plus somptueux de tous ceux qui existent.
< La basilique de Reims, dit M.GonseC^), a été le type idéal d'une grande cathédrale gothique. Tout y avait été accumulé pour enchanter le regard et émouvoir l'esprit.
> A l'extérieur, avec ses huit flèches et les innombrables dentelles de ses clochetons et de ses galeries montant vers le ciel, avec la hardiesse, l'immensité de ses distributions, le développement splendide de son plan cruciforme, avec ses deux cloîtres et ses magnifiques dépendances, elle apparaissait comme l'expression sublime du génie septentrional et le point culminant de l'idée chrétienne.
Fig. 6S. — CATIIÉDIIAI.E DE UEIMS, AVA.NT LINCK.NIHI
Bulletin monumental, n.
Ouvrage cité, p. 8.
, 6* année, 1902.
CATHEDRALE DE REIMS
> A l'intérieur, c'était un éblnuissement. Toutes les ressources de la décoration y avaient été prodiguées. Les yeux, véritablement, ne savaient à quelle merveille se prendre, et si un miracle nous eût conservé ce merveilleux ensemble, rien au monde ne s'y pourrait comparer. >
« Dans l'écrin monumental de la France, dit ailleurs le même auteur ('), l'illustre et gigantesque cathédrale de Reims tient une des premières places. A l'égal de Notre-Dame de Paris elle éveille un monde de sensations, de pensées, de souvenirs. II ierait oiseux de rechercher si la basilique rémoise l'emporte sur la basilique parisienne. Entre les grandes cathédrales françaises : Chartres, Paris, Reims et Amiens, qui sont les quatre merveilles de l'art gothique, le choix semble bien difficile. Chacune d'elles a ses beautés originales, son individualité, chacune d'elles forme un cosmos, un tout complet dont les multiples expressions se fondent dans une unité harmonieuse.
De chacune d'elles, cependant, émerge une dominante : à Chartres, c'est le clocher ; à Paris, c'est la façade ; à Reims, c'est la statuaire ; à Amiens, c'est la nef Ceux qui aiment la sévérité et les viriles énergies du XI 1° siècle, préféreront Chartres et Paris ; ceux qui inclinent vers les élégances, les audacieu.ses envolées et le rationalisme du XIII«= siècle, préféreront Amiens ; ceux enfin que passionnent les créations parlantes de la sculpture, mettront Reims au-dessus de tout. »