TRANSEPT DE LA CATHÉDRALE DE SENS
de l'architecture ogivale à son berceau, mais beaucouj) moins parfaite. On y constate des gaucheries, des disproportions qui trahissent la période d'enfance et la nouveauté des méthodes ; cependant elle est d'une grandeur imposante et d'un grand intérêt.
L'édifice est construit en pierre de Bailly, en Yonne. II fut surtout Kœuvre de Guillaume de Sens, «aussi habile en charpenterie qu'en architecture», selon l'expression du chroniqueur anglais, Gervais de Cantorbéry ; on sait qu'il fut choisi en i 175 pour reconstruire la cathédrale de Cantorbéry, dont l'archevêque, Thomas Becquet, avait séjourné à Sens.
La partie principale de l'édifice a été commencée en 1 140 et Fig. 106. — CONTREFORT DU terminée en 1268 ('). A la fin du XI IP siècle on a modifié la partie supérieure des murs au-dessus du triforium, changé les fenêtres et remanié la chapelle de Saint-Savinien, qui s'élève au chevet. Vers la même époque on a commencé le transept et élevé la façade principale sur les fondations du XII' siècle. Plus tard on ajouta des chapelles entre les contreforts du XIV" siècle. Vers la fin du XV^ siècle, l'architecte Chambidge éleva le transept sur les fondations du XI 11^ siècle.
Le plan offre une amplification améliorée de la collégiale de Poissy : une nef avec collatéraux à tribunes, des croisillons de transepts munis d'absidioles, un chœur avec déambulatoire à travées très évasées et une couronne d'absidioles ; tels sont les traits saillants de ce curieux monument. Les dimensions principales sont 1 1 1 mètres de long et 24 de haut. Le plein-cintre normand y lutte encore avec l'arc brisé et lui cède le terrain. Dans la nef, couverte de voûtes sexpartites, se voit encore un rappel de l'école rhénane, l'alternance de gros piliers avec les colon- i
nés ; seulement celles-ci sont par couples alignées transversalement et soutenant un même abaque. Les collatéraux ont des croisées simples {"). La claire-voie du rond-point est formée de baies à deux lancettes surmontées d'un trilobé. Dix chapelles entourent les nefs, dix autres rayonnent au chevet. Nous avons vu plus haut que cette cathédrale est la mère de celle de Cantorbéry dans sa région absidale. La façade a subi l'influence
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de bamt- Denis. Au pignon est figure le plus gracieux concert pj, ^a base d'un pilier d'anges qu'on puisse rêver. La voûte de la grande nef est du kond-point
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encore établie sur plan carre, avec doubleau de recoupement et
doubles formerets, ce qui n'empêche pas les arcsboutants de se reproduire identiques
i. Ses successeurs sont restés inconnus, jusqu'à Nicolas de Chaumes, qu'on retrouve en 1319, aidé de l'appareilleur, Pierre de Roissy ; puis vient Jean de Varnifroy, auteur de la galerie supérieure de la tour du Sud. Les comptes mentionnent ensuite Nicolas de Reuilly (1361-1378), Etienne de Jacquin (139 3-1407), son fils Jean (1415), Verain Moreau (1439), Simonet Mercier (1457-1467), François Nobis {1468) et Antoine Lusurier.
2. On remarque ici une curieuse anomalie, c'est la grosseur exagérée des piles et faisceaux des colonnes qui alternent avec ces colonnes géminées. Le système des voûtes sexpartites ne justifie pas la surlargeur des grosses piles, et nous considérons comme plausible l'hypothèse que nous a communiquée M. A. Chabeuf : il est convaincu que ces piles ont été formées de rappliques ajoutées contre les colonnes géminées primitives ; qu'on retrouverait sans doute à l'intérieur des maçonneries. Ces gros piliers ont dû être préparés pour recevoir de plus puissantes arches que celles qui s'y appuient. Il y a là un repentir, ou un remaniement motivé par la reconstruction, sans doute à la suite d'un incendie, des voûtes hautes.
à chaque petite travée. Les arcs-boulants du cliœur (vers 1500) offrent avec les murs un curieux raccord incurvé de leur rampant fy/;'. loô). Ici se produit la suppression de la claire- voie haute des collatéraux. On voit à tous ces traits combien l'édifice est curieux à étudier au point de vue de la genèse du style ogival.
A l'extérieur il exprime plutôt la solidité que l'élégance : fenêtres étroites, contreforts lourds, murailles massives, arcs-boutants égaux appuyant des retombées inégales. Le style très pur de la façade occidentale contraste avec les richesses des pignons
du transept aux roses fiamboyantes.
De la riche statuaire gothique, on garde la belle statue de saint Etienne, adossée au trumeau central du portail du milieu. Mentionnons le campanile octogone de l'angle Sud-Ouest ; le portail latéral du Sud avec sa grande verrière représentant la Résurrection et le Jugement dernier ; et le portail Nord, dit de Moïse, ce riche morceau de sculpture du XVI'' siècle, surmonté d'une belle rose.
Le roman Heuri domine dans les nefs et le chœur, le gothique déjà décadent, au transept ; ce mélange fâcheux d'éléments d'architecture divers est rehaussé par des vitraux du XI 11" et du XVI" siècle, par des sculptures exquises, surtout celles de la façade principale, et par les grandes roses du portail d'Abraham et du portail de Saint-Etienne. Le Florentin Servandi a élevé en 1742, le maitre-autel surmonté d'un baldaquin en marbre aux formes classiques.
Malheureusement le Chapitre a fait disparaître, dès 1768, le labyrinthe qui ornait le pavé des nefs, sous prétexte qu'il était devenu, au lieu d'un moyen de gagner des indulgences, un sujet d'amusement pour les enfants, une sorte de jeu de marelle. Il était formé, chose particulière, par des dessins de plomb incrustés dans la pierre blanche. Il avait trente pas de diamètre, et pour le parcourir entièrement il fallait deux mille pas, trajet que l'on accomplissait en une heure ; on l'appelait « la lieue » de Sens.
A gauche de l'entrée du chœur est l'autel où l'évêque Ghaultier Cornu maria saint Louis, tandis que ses derniers successeurs reposera dans le sanctuaire, dans le tombeau du Grand Dauphin. Le pallium royal est conservé dans le trésor.
Sous le chœur furent enterrés jadis les chanoines et les évêques ; une plaque de marbre noir marque la place de chacun dans le pavement du sanctuaire. C'est dans la chapelle de Saint-Martin qu'est placé le monument du cardinal Bernadou, dont l'inauguration a eu lieu en 1896. A une horloge, du XX^I" siècle un ange frappe les heures (').
Fig. 108. — TKASSKPT NOKD DE I,A CATHÉDItAI.E DE SENS.
I. La restauration de la cathédrale de St-Ktienne a été efifectuée par VioUet-le-Duc d'une manière trop radicale, témoins les nombreuses sculptures inutilement remplacées, mais heureusement conservées, qu'on peut voir dans les souterrains de la belle salle synodale. D'autres et importants travaux de restauration ont été encore récemment exécutés à la métropole de .Sens sous la direction de M. Louzier, surtout à la chapelle absidale, dédiée à saint Savinien. Construite au XIII' siècle, en 1475, le Chapitre y faisait faire une clôture de bois pour enfermer la. /t'irairie de l'église. En 1521, Gilles de Barville, archidiacre de Melun, < fit réparer de ses deniers cette chapelle, l'orna de peintures, de lambris et de sièges tout autour >. H fit remplacer la clôture en bois par une balustrade de pierre, et
CATHÉDRALE DE SENS
On a respecté d'intéressants fragments de fresques exécutées par Gilles de Barville.
Victor Hugo, le grand faiseur d'antithèses, dit quelque part, que tout est par paire à la cathédrale de Sens : tour de pierre et tour de plomb, chapelle romane et église gothique, rose de Jean Cousin représentant le ciel et rose de Robert Pinagrier figurant l'enfer ; tombeaux du Grand Dauphin par Coustan et du Cardinal Duprat par le Primatice ; tapisserie de Nancy avec l'histoire d'Esther, et tapisserie de Arriège avec l'Adoration des bergers ; chefs de saint Romain et de saint Victor ; manteau de Charles X et Chape de saint Thomas Becket (') ; la relique de la vraie Croix donnée par Charlemagne et la Chapelle en vermeil donnée par Napoléon, etc. (').
Des treize chapelles dont le XIV'^' siècle avait doté la cathédrale de Sens, quatre seulement subsistent encore. < Il y a quarante ans, dit la Sonainc religieuse de Sens, maigre d'énergiques protestations, toutes les chapelles des bas-côtés de la nef furent impitoyablement démolies pour être remplacées par les étranges constructions que l'on sait. Des sommes considérables furent consacrées à cette déplorable opération. Les droits sacrés de l'unité de style le voulaient ainsi, dit-on Quoi qu'il en soit, l'expérience a sans doute paru suffisante, puisque, depuis, au lieu de donner suite au plan de M. Lance, on consolide et on restaure ce qu'il démolissait. » D'après les projets de M. Bérard, architecte diocésain, on a procédé à la réfection des voûtes, dont les claveaux de craie ont été remplacés par de la pierre, au grattage complet des murailles et à la restauration des parties mutilées.
De superbes verrières du XIV*^^ siècle, provenant des chapelles démolies en 1850, restaurées par M. F. Gaudin, ornent les vastes fenêtres de ces chapelles. Dans les rosaces de ces verrières sont représentés la Résurrection des morts et le Jugement. Des personnages, de grandeur naturelle, occupent les baies, dont la partie inférieure porte les armoiries du prélat donateur, Etienne Béquart, mort en 1310.
La verrerie de Sens est du plus haut intérêt: trois vitraux sont hors prix et datent probablement de la fin du XII" siècle. Les siècles suivants y ont apporté leur contingent. Jean Cousin, natif des environs de Sens, y est représenté par deux vitraux d'un dessin serré et d'une harmonieuse coloration.
Les deux grandes roses flamboyantes du transept, si magnifiquement ajourées, sont occupées par des chefs-d'œuvre de la Renaissance. Au pignon du croisillon Nord est figuré le plus gracieux concert d'anges qu'on puisse rêver. M. l'abbé Chartrain en a fait une belle description.
Le monument du XV° siècle, aux ciselures si habilement fouillées, adossé au troisième pilier, côté de l'Évangile, de la cathédrale de Sens, porte le nom à'autel de
fij;. lOÇ. — ADTEL DIT DE SALAZAR DE LA CATHÉDEALE DE SENS.
dota les quatrefeuilles qui couronnent les fenêtres, de belles verrières à ses armes. (Ils ont été transportés depuis quelques années dans les fenêtres de la chapelle voisine, dédiée à sainte Colombe.)
En 1774, les élégantes arcatures et les délicates ciselures gothiques furent brutalement martelées pour être recouvertes par le froid et laid placage qui vient de disparaître. Ce travail avait coûté 7000 livres. 11 n'en est resté que l'autel en marbre d'un bon style, ainsi que le groupe qui le surmonte et qui représente le martyre de saint Savinien.