I. La voûte du transept a 35 mètres de hauteur
CATIIKDRALES GOTHIQUES
montre un des meilleurs exemples du style gothique naissant. Le plan est en croix latine, à trois nefs, avec transept très accusé et chœur très allongé. Entre les nefs et ses collatéraux il y a alternance de piliers et de colonnes isolées comme à Noyon, conséquence de l'emploi des voûtes sexpartites, à doubles formerets et à doubleaux de recoupement. Des archets basses percent le mur au-dessus des bas-côtés.
On pénètre dans l'intérieur de l'édifice en descendant plusieurs marches. L'impression est médiocre, le vaisseau est peu élevé, surtout les bas-côtés, surmontés de tribunes ; la nef est trop courte, inégale dans ses travées et ses détails ; on a tout sacrifié au chœur. Les collatéraux étroits se resserrent à mesure qu'on approche du portail. Les chapiteaux se distinguent par des sujets symboliques et d'élégantes sculptures.
Cette église, qui offre presque les prémices du style ogival, en laisse voir aussi les derniers abus ; les clefs pendantes des voûtes du transept contrastent par leur téméraire allure avec l'admirable sévérité et la sage logique des débuts de la construction.
A l'Ouest, au côté du portail, se dressent deux sveltes tours, dont une seule, celle de Sud, a reçu son fier couronnement, haut de 78 mètres, en forme de flèche octogonale de pierre, dentelée et épaulée de pyramides et de lucarnes, et garnie de crosses pyramides sur toutes les arêtes. C'est une des plus belles tours de France, un chef-d'œuvre inspiré, selon M. Lefebvre-Pontalis, d'un des clochers de Saint-Denis ; elle rappelle aussi celle de Chartres ; elle s'aperçoit d'une lieue à la ronde. La tour du Nord est plus petite. Au triple portail, la baie centrale, cintrée en tiers-point, l'emporte sur les autres ; elle a des voussures peuplées de statuettes, elle est garnie de statues romanes et ornée d'un zodiaque en petits bas-reliefs. Ses sculptures, exécutées en i 180, représentent la mort, l'ensevelissement et le couronnement de la Vierge. La façade est percée d'une grande verrière à meneaux du XVI' siècle, et de trois roses ; celle du centre, étoilée de douze raies, est surmontée d'une aérienne balustrade à jour, qu'habitent des anges, et qui offre un des beaux spécimens de l'art français. L'ensemble de cette façade, un peu étroite de perspective, offre un caractère d'élancement extraordinaire.
On admire au portail septentrional une rose flamboyante. Les portails latéraux contrastent avec la noble simplicité du portail oriental par la multiplicité des ornements dont ils sont surchargés ; les statues y abondent. La salamandre de François I" court dans les ajours des balustrades.
CATHEDRALE DE SKKZ
Le chevet se distingue par ses absides romanes en cul-de-four (').
La flore de Senlis est celle du gothique à son début. L'acanthe domine dans la nef et dans le chœur ; c'est une acanthe passant à la feuille de vigne ; le nénuphar règne en souverain dans le triforium.
Le pavé de l'église contient de nombreuses dalles funéraires à effigies. Dans la chapelle Saint Rieul repose Mgr de Roquelaure, le dernier évêque de Senlis (-).
Vn. — CATHEDRALE DE SEEZ (3)
LA cathédrale de Séez apparaît au loin, selon l'expression de M. E. Bergounioux, au milieu d'une vaste plaine, comme un navire à l'ancre sur une mer doucement agitée, avec ses clochers en flèches, de loin pareils à une mâture dégréée {').
Solidement construite au XI 11" sur un terrain compressible, restaurée au XV^ et au XVI I^ et XVI 11^ siècles, la nef a pu traverser les siècles, mais le chœur a dû être reconstruit de nos jours. Cette partie, d'une hardiesse savante, se distingue de la nef plus ancienne (1220- 1240), qui est de style gothique normand.
On ne peut citer qu'un seul maître-d'œuvre, d'époque récente, Jean Audis, occupé à la restauration en 1433. L'église fut incendiée en 1049, '^''^ du siège que dut entreprendre l'évêque Yves de Bellesme pour rentrer dans sa ville épiscopale, où s'étaient installés de vive force des aventuriers, les trois frères Sorenge. Commencée en 1053, sa reconstruction dura jusqu'en 1 126, bientôt suivie d'une nouvelle destruction (-). Elle fut reconstruite, enfin définitivement, au commencement du Xllle siècle en pierre Chailloué (Orne), par Jean de Bernières, figuré dans le vitrail du chevet entre saint Gervais et saint Protais, patrons de l'église, qui semblent remercier l'évêque d'avoir rebâti leur temple. Le chœur fut repris à la fin du XI IL siècle. Incendiée en 1375 par « un feu
1. Les portails du Nord et du -Sud représentent Tart du XV' siècle et le goût de la Renaissance. Leurs niches nombreuses sont vides pour la plupart. La mouluration soulignée de rinceaux est d'une richesse inexprimable. Les tympans sont ajourés. Sur la pointe de la porte du Nord est sculptée une Salamandre dans les flammes ; sur celle du Sud, figurent les armes de France. Le larmier s'infléchit de manière à encadrer les sculi)tures. Deux galeries surmontent les deux portes, surmontées elles-mêmes de coursieres avec balustrades, puis viennent les grandes fenêtres avec leurs belles roses surmontées de pignons ouvragés, avec rampants garnis d'ajours ; l'ensemble est flanqué de deux tourelles ouvragées comme dès bijoux. Le temps a respecté toute et tte dentelle de pierre. L'ordonnance de ces portails rappelle celle du portail de Beauvais. C'est le grand constructeur Martin Chambridge, qui avait conçu ce dernier (1500-1552) ; or c'est son fils Pierre, qui vers 15 19 fut appelé k Senlis pour reconstruire le transept. Dizieulx, qui lui succéda en 1544, respecta son œuvre. Sur les deux portails on n'aperçoit que des feuilles de chêne.
2. Abbé Balthazar, Cathédrale de Senlis (Revue de l'Art chrétien, année i86j).
3. V. Bulletin monumental, année 1884, p. 294. — L. V. Dumaine, La cathédrale de Séez, coup d'œit sur son histoire et ses beautés. Séez, Montauzé, 1892. — In-8", 75 p., 2 pi.
4. L. de la Sicotière et A. Paulet Malassis, Le département de l'Orne, archéolooique et pittoresque, 1S45. —V. H. Maurais et H. Baudouin, Essai hist. sur la cath. et te Chapitre de Séez, 187g. — V. Ruprich Robert, La cathédrale de Séez.
5. V. L. Régnier, La cathédrale de Séez, Caen, 1890. — Abbé H. Marais et H. Baudouin, Essai historique sur la cathédrale et le Chapitre de Séez. — R. Triger, Notices sur la cathédrale de Séez. F^evue historique et archéologique du Maine, t. XLVll, 1900.
d'aventure >, ravagée par les guerres, elle menaçait ruine au XV<- siècle. Jacques de Silly fonda la ■confrérie des SS. Gervais et Protais, qui procura les ressources pour d'importances réj^arations, et sauva les portails et les tours. On fit là, et à 1 entrée de la nef, de très curieux travaux de restauration. Ces tra\.uix Inniit npi' .:•: \\ II .t ,ui XVII I«; siècles. Cette cathédrale ab.sorba la
fortune de plusieurs évéques.
Le plan présente la plus grande analogie avec celui de l'église abbatiale de Saint-Pierre-sur Dives. Ce plan est régulier et intact: belle croix latine, .nimbée d'un ambulacre et d'une couronne de cinq chapelles absidales rayonnantes et profondes ; triple nef sans chapelles, dont les collatéraux contournent le chœur; transept accentué, dont l'un des bras; celui du Nord, est accompagné de chapelles, tel est l'ensemble. Une lanterne couvrait jadis la croisée du transept. Tout l'édifice est couvert de croisées d'ogives, sauf Tintertransept, qui offre les voûtes à lierres avec un œil au lieu de clef.
Les arches sont à plein cintre à nervures multiples posant sur des colonnes rondes avec chapiteaux à deux rangées de crochets.
Le tri forium offre à thaque travée deux arceaux subdivisés chacun en deux lancettes.
En tête s'ouvre un triple et riche portail, dont l'ouverture centrale offre un abri très profond entre de vigoureuses piles épaulant les tours. La façade occidentale, fort encombrée par ces grosses piles, est d'une grande originalité avec ses dtux étages de quintuples baies. Le grand portail, en avant corps saillant, s'enfonce sous de profondes voussures; il a perdu ses statues latérales. En arrière s'ouvrent les portails latéraux. Le portail méridional rappelle celui qu'éleva Jean de Chelles au croisillon Sud de Notre-Dame de Paris; l'entrée de gauche a été refaite au XVI' siècle dune façon mesquine. Les tours, en partie reconstruites, se terminent par des flèches ajourées d'une rare élégance, réédifiées en style du XIV' siècle ; nous comprenons qu'on n'ait pas encore osé installer les cloches dans leur loge aérienne.
Les pignons du transept, aveugles et mas-sifs dans le bas, flanqués de pyramides, sont, plus haut, percés à jour comme une dentelle, par une rose superposée à une galerie.
CATHÉDRALE DE SÉEZ
La nef et le portail portent les caractères du style du commencement du XII I^ siècle, tel qu'on le retrouve à Saint- Pierre-sur- Dives, à la collégiale de Morlaix, au chœur de Bayeux.à la façade de Lisieux, à la croisée de Rouen, aux caroles du Mans. La nef offre un type accompli du gothique normand, tandis que le transept accuse une inspiration toute française.
M. L. Régnier a fait remarquer, que le transept semble avoir été ajouté après coup comme à Sens, à Senlis, à Meaux, à Paris (').
Les arches des nefs, aux cintres obtus, aux moulures trop multipliées, retombent sur des colonnes monocylindriques ; elles sont surmontées d'un triforium à baies géminées plus légères.
En pénétrant dans cette église, on est frappé de la légèreté de l'ensemble ; la perspective du chevet est admirable ; les voûtes de la nef, fort bien tracées, rappellent Poitiers et Angers ; les chapelles se font remarquer par leur profondeur comme au Mans.
Tel est ce bijou monumental, que les outrages conjurés des événements et des hommes ont éprouvé cruellement.
Malgré les reconstructions considérables accomplies depuis soixante ans, une réédification est reconnue indispensable. Si elle s'accomplit, la cathédrale de Séez ne sera plus, dit M. Régnier, un monument précieux à étudier pour les archéologues, mais elle restera ce qu'elle est actuellement, une des plus belles ésflises de Normandie.
IXTEKIP:UU de la cathédrale de SEEZ.
Peu d'églises gothiques ont inspiré tant d'inquiétude sur leur avenir. Dès l'année 1516, la multitude, assemblée à l'occasion de l'indulgence du Grand Pardon pour les croisades contre les Turcs autour de l'autel dressé sous le grand portail, fut prise d'une panique meurtrière : on s'imaginait voir les flèches trembler sur leur base (ces flèches dont les pierres étaient, chose curieuse, scellées par des goujons en os de moutons). Les tréteaux furent culbutés, l'évêque renversé, les bonnes gens piétines, étouffés. Ce monument précieux, si caduc, fut l'objet d'un des premiers travaux de