Elle fut couverte en plomb en
CATHÉDRALES GOTHKJUKS
moment propice : la ferveur des constructeurs pieux était en ce moment à son comble. L'évoque et les chanoines abandonnèrent de leurs revenus pour une période de trois ans et l'enthousiasme du peuple pour la réédification de la cathédrale fut tel, que dès i 198 le chœur était probablement déjà livré au culte. C'est le premier monument chrétien auquel la population tout entière ait travaillé en corvées volontaires : « C'est un prodige inouï, dit un document de l'époque ('), que de voir des hommes puissants, fiers de leur naissance et de leurs richesses, accoutumés à une
vie voluptueuse, s'attacher à un char avec des traits, et voiturer les pierres, la chaux, le bois, tous les matériaux nécessaires pour la construction de cet édifice sacré...» Nous avons peine, dans notre tiédeur actuelle, à nous imaginer avec quelle ferveur et quelle persévérance les fidèles se livraient à ces grandes entreprises. «jA^< ■- ^'^T'^ |T"xdT^lL IJ T)&s habitants de Rouen, munis de la béné-
I \ 1 [-5 .'y^ 'X'î^<1re diction de leur archevêque, accouraient à Char-
"^ ♦ t V^ -*-» -^ ^^-'*v .;*i ff tfes augmenter le nombre des travailleurs, et
leur exemple fut suivi par les fidèles de différents diocèses de la Normandie. Ces voyages et te- g ces travaux ne s'entreprenaient que dans de i^ pieuses dispositions. On ne partait pas sans s'être confessé et réconcilié, et maints procès se trouvaient ainsi dénoués. Les pèlerins se nommaient un chef, qui distribuait les emplois à chacun. On travaillait dans le recueillement et la prière. Pendant la nuit, on plaçait des cierges sur les chariots disposés autour de l'église, et l'on veillait en chantant des hymnes et des cantiques. Ainsi s'exécutaient ces merveilleuses constructions du moyen âge, que l'on peut qualifier d'héroïques à l'égal des croisades.
Commencée après l'incendie de i 134, reprise après celui de 1 194, qui n'avait épargné que les cryptes, les tours et la façade antérieure, la nef fut achevée à la fin du règne de Philippe- Auguste (1302), qui y contribua personnellement pour 200 livres. La consécration eut lieu en présence de saint Louis et de sa famille, au milieu d'un grand concours de prêtres et de fidèles, en 1 260. On chercha la pierre jusqu'à Berchères (Hure et- Loir).
^L Merlet a fait connaître plusieurs des maîtres-d'œuvre ( ).
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1. Lettre aux religieux de Tutteborg (Angleterre) en 1145. (IJournand, Histoire de l'Art chrétien, t. 1,