INTERIEUR DE LA CATHEDRALE DE MANTE.S
XL — CATHÉDRALE DE TOURS C)
SI Amiens est la conception d'un architecte de génie, Saint Gratien de Tours est l'œuvre d'un constructeur accompli, qui pourrait bien être Etienne de Mortagne, qualifié de maître-d'œuvre en 1279, l'auteur probable de la magnifique abbatiale de Marmoutiers, lequel eut pour successeur Simon du Mans.
Ce gracieux monument, qui est un chef d'œuvre, rivalise avec Reims, Amiens, Bourges et Paris, sinon par l'étendue, du moins par la pureté de son style et par sa
I. V. Bulletin tnonumental, 1891, p. 92 ; 1892, p. 38 Tours. Tours, 1875.
Abbé C. Chevalier. Hist. et desaipt. de lu cathédrale de
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légrèreté presque sans exemple. Elle s'élève sur les ruines de 1 église romane de Saint- Maurice, détruite en ii66et au cours du XII I' siècle. Les anciens fondements en déterminent la largeur, mais le chevet fut conçu sur un plan nouveau, le beau plan rayonnant du gothique français. Alors se développa le superbe ensemble de quinze
chapelles entourant le déambulatoire. En
1 236, un concile provincial affectait à l'œuvre les amendes de certains délits punissables par rOfficialité. A la fin du XI II' siècle, les deux portails latéraux étaient achevés.
Comme les travaux languissaient au XIV'' siècle, les chanoines tentèrent de réveiller l'ardeur des fidèles par la fondation d'une confrérie deSaint-Gratien, qui fut chargée de recueillir des fonds ; son vocable passa à la cathédrale. Ce ne fut toutefois qu'en 1430 qu'on remit sérieusement la main à l'œuvre pour achever l'église jusqu'au portail et qu'on termina les deux tours romanes, déjà hautes de 25 mètres, et qui avaient échappé à l'incendie de 1166. La tour du Nord ne fut complétée qu'en 1547. Le XIV' siècle avait vu s'élever le transept et la première travée de la nef. On ne connaît pas le rôle du maître de l'œuvre, André hrérédoux, signalé en 1385 ; mais Guillaume Leroux est considéré comme l'auteur de la magnifique charpente qui couvre la partie de la nef achevée en 1430. En 1432 l'architecte célèbre Jean de Dammartin parait comme maitre des maçonneries jusqu'à 1453 ; il termina la nef. Jean Papin (t 1480) commença le portail. Le cloître du Nord est l'œuvre de Jean Durât.
La grande façade si richement décorée, fut achevée en 1440. Après trois siècles, les travaux parvinrent à leur terme.
Le plan est en croix latine.
La grande façade, ornée d'un portail qui abrite 36 statuettes, percée à jour du sol
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CATHEDRALK DE TOURS
au faîte, ouverte par une rose losangée tlamboyante garnie de vitraux du XV^ siècle
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se dresse comme un immense réseau de dentelle merveilleuse de richesse, mais d'un
Cathédrales Gothiques.
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caractère moins pur que le reste du vaisseau. Les trois portails, avec leurs arches festonnées. leurs gables ajourés et leurs sculptures ; les contreforts richement ouvrés et le pignon tleuronné, avec sa galerie, encadrent cette somptueuse fenêtre.
Au transept Sud, au-dessus du portail règne une galerie ajourée ; plus haut s'ouvre
une belle rose aux pétales en forme de lancettes géminées ; elle est barrée par un curieux montant ; ses fenêtrages s'inscrivent dans un carré, avec des roses aux angles.
Les deux tours majestueuses, hautes de 70 mètres, sont légèrement différentes et de largeur inégale ; avec leurs contreforts ouvragés comme des étuis précieux, leurs murs tapissés de lenestrages aveugles, leur couronnement élégant, en forme de dômes à lanternons, elles sont comme des joyaux rappelant l'orfèvrerie par la finesse de leur travail, bien que ce décor pèche par la profusion et s'achève en formes entachées de renaissance classique. La tour du Nord renferme Xescalier royal, bâti sur la clef d'une voûte dont les nervures seules subsistent.
L'abside est admirablement développée. Construite de 1 1 70 à 1547, elle embrasse par son
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style gothique, mais le plan général est du XI I l'siècle et rappelle celui de la cathédrale de Reims, avec ses arcs boutants à double étage et à double travée, avec ses absidioles rondes et romanes à la base, gothiques plus haut et polygonales. Le chevet, exquis de proportions, impressionne vivement. C'est la partie la plus remarquable de l'édifice.
A l'intérieur, seize colonnes rondes cantonnées de quatre colonnettes portent de minuscules chapiteaux, très élégamment feuillages. Le vaisseau, très haut, paraît un peu étrange. Le triforium offre des panneaux rectangulaires encadrant chacun deux arcades géminées ; les fenêtres hautes, très grandes, déploient une extrême élégance avec leurs baies à deux meneaux, au tympan tréflé. Les voûtes, à nervures toriques, sont d'aspect aérien. Les chapelles rayonnantes sont percées de lancettes.
CATHEDRALE DE TOURS
Les vitraux de Tours sont nombreux et célèbres. On admire dans les nefs deux verrières du XIII«= siècle: sur un fond de grisaille se détachent en deux rangées les évêques de Tours et « les prêtres de Lochs » ; et, dans les baies inférieures et hautes du chœur, quinze vitraux légendaires, exécutés de 1250 à 1297 et bien conservés: ensemble rare et imposant, d'une coloration puissante, où domine le rouge. Sans égaler ceux du Mans et de Chartres, ces vitraux présentent une savante harmonie.
Au croisillon Nord, sous la rosace, les fenêtres sont garnies de vitraux intéressants du XV= siècle. Mais ils ne sauraient être comparés à ceux qui décorent la façade principale.
Dans la rangée de lumières placées sous la grande rose, on remarque quelquessuperbes figures du XVl'^^ siècle, vigoureusement dessinées et harmonieusement coloriées.
Parmi les anciens tombeaux on conserve ceux de trois archevêques et le chef-d'œuvre des frères Juste ou Lejuste, consacré aux enfants de Charles VIII et qui, exécuté en 1506, provient de la collégiale de Saint-Martin ; violé en 1793, il fut rétabli à la cathédrale en 18 15 et restaureen 1825 (i).
La cathédrale de Tours a été restaurée par les soins de M. Lambert.
Les cloîtres, qui remontent au XV siècle, contiennent de beaux morceaux de sculpture ; les locaux élégants de la Psallette, avec leur charmant escalier à tourelle, constituent un savoureux spécimen de la première renaissance qui allie ses jeunes grâces aux coquetteries séniles du gothique mourant.
Près du chevet s'élève le palais archiépiscopal, rebâti au XV= siècle. Son pignon s'orne d'une élégante tribune employée jadis à la proclamation des jugements du tribunal ecclésiastique A l'intérieur subsiste une chapelle romane et une tour de l'ancienne enceinte gallo-romaine.
/'»>. 12b. — CHEVET DE LA CATHÉDRALE DE TOURS.
I. S. Bellenger, Z<j Totiraine, 1S45. — J.-J. Bourrasse, Zrt; Touraùie, histoire et monuments, 1855. — Ch. de Grandmaison, Jours archéologique, histoire et monuDunts, 1879.