XV. - CATHÉDRALE DE LYON
L'EGLISE de Saint-Nizier fut la cathédrale primitive de Lyon. La primatiale actuelle àe. Saint-J ean ne brille pas par l'unité qui caractérise les chefs-d'œuvre ; elle est au contraire remarquable par la façon particulière dont le gothique s'y mêle au roman. A ce titre nous nous en sommes occupés dans le tome I. On y remarque le mélange du plein-cintre et du tiers-point dans les parties les plus anciennes. Si elle n'est pas des plus belles, elle est fort intéressante. Son plan est en tau. Le chœur est du XI I^ siècle, la nef, des XIII<= et XIV^ ; une grande partie de la déco-
I. V. BcKule, Mono^çraphic de ta iathidrah de Lyon. Lyon, 1880. — M<;nestrier, Histoire comulaire de la ville de Lyon. — C. Guigne, History of the Catludral.
CATHÉDRALE DE LYON
ration est du XV^. La construction commença vers 11 18. De 1199 à 1230, on construisit avec la rose septentrionale, la voûte, l'abside et le transept. La façade et le portail appartiennent au XVI' siècle ainsi qu'un des clochers. Robert-le- Maçon y était occupé en 1147. Le maître d'œuvre était Gauthier en 1270, Jean Richard en 1292, Jean de Longmont de 1316 à 1320, Jean de Remaçin en 1359, ?U avec Guillaume Marsat, Jean de Sainte-Albine en 1362, Jean Bertel d'Auxerre en 1368, Jacques Morel, Jacques de Beaujeu ( 1 370- 1418) qui acheva la façade et sa rose. Jacques Morel a brillé comme sculpteur et il est l'auteur du magnifique mausolée du Cardinal de Saluées Lyon, du tombeau de Charles de Bourbon et du roi René. Le Chapitre de Lyon remplaça cet artiste nomade par Pierre Noyset, puis par Jean Robert (1430) et Antoine Montais (1450). On le voit, la primatiale de Lyon connaît ses auteurs plus que beaucoup d'autres (').
Le chœur offre un des plus anciens exemples de voûtes en culde-four, signalée comme telle par Viollet-le-Duc ; sur cette vieille conque romane ou plutôt latine on a greffé le transept et les nefs gothiques. La nef, dont l'axe est légèrement brisé, a huit travées ; elle est séparée du chœur, plus bas, par un pignon percé d'une rose ajourée comme celles de la façade et des croisillons. Les voûtes sont sexpartites, forme que nous avons expliquée à propos de N.-D. de Laon.
Vu du bas de la nef, le vaisseau est admirable. Les nefs sont partagées en trois par des piliers en faisceaux de colonnettes et ornées d'un triforium qui fait le tour de l'église. L'ensemble rappelle les églises rhénanes. Trois frises en marbre, incrustées de ciment rouge, ceignent le chœur à diverses hauteurs ; c'est un genre de décoration qu'on ne retrouve qu'à la cathédrale de Vienne, en Dauphiné.
Le transept se dissimule sous la forme de deux tours carrées. Celle du Nord renferme une grosse cloche fondue en 1662.
La façade, avec ses trois portails inégaux et surmontés de gables aigus, sa rose gothique et son pignon émergeant entre deux tours trop courtes et comme avortées, forme comme un écran anachronique devant les nefs.
I. H. Stein, Les architectes des Cathédrales françaises. Paul Laurent, 1909.
Fis- '37-
ATHKDIÎALE DE LYON.
La première chapelle à droite, dite chapelle des Bourbons (XV^s.), offre une vraie dentelle de pierre.
Saint- Jean possède un riche trésor. On remarque, aux côtés de l'autel, deux croix conservées depuis la tenue du Concile général de 1174, en signe de l'union de l'Église latine et de l'Église grecque, convenue entre les Pères du Concile et les envoyés de l'Orient, union que S. S. Léon XIII a entrepris de nos jours de reconstituer. Les fenêtres sont ornées de remarquables vitraux des XII I^^ et XI V^ siècles, qui ont été restaurés.
La fameuse horloge mécanique construite par Nicolas Lippius de Bâle (1598), récemment restaurée ('), est une des précieuses curiosités de Lyon et une des horloges les plus remarquables qui soient en France, surtout depuis que la célèbre horloge de la cathédrale de Strasbourg a cessé de compter parmi les richesses artistiques de ce pays. On peut constater, en comparant l'ouvrage actuel à une gravure contemporaine de son auteur, quels fâcheux remaniements elle a subis au cours des siècles ('). Hors d'usage depuis longtemps, elle a été remise en état de nos jours. Une légende ancienne explique ainsi les fonctions du mécanisme :
« Le coq qui chante. — La cloche qui sonne l'heure. — Les petites cloches qui sonnent le Sainte S/>in/tis. — L'ange qui ouvre la porte pour saluer la Vierge Marie. — Deux testes de lyons qui remuent les yeux et la langue. — L'astrolabe montrant les heures, le soleil en son degré et le mouvement de la lune. — L'almanach perpétuel qui montre, tous les jours de l'an, les Testes et l'an bissextil. »
La voix du coq est bien un peu enrouée, mais on a tenu à lui conserver l'anche métallique, qui a trois siècles et peut-être plus. 11 serait facile d'y substituer une voix plus naturelle et plus jeune ; mais ce ne serait plus la voix du coq historique de l'horloge de la cathédrale de Saint-Jean.