V. E. VVoiller et Desjardins, ouvrages cités
CATHEDRALE DE BEAUVAIS
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voûtes du chœur de Beauvais, qui s'envolent jusqu'à quarante-huit mètres de hauteur, sont le triomphe des constructeurs. On ne peut pousser plus avant l'art de soutenir dans l'air une construction colossale, tout en débarassant le sol le plus complètement possible de supports encombrants (').
Pourtant on était allé plus loin encore dans la construction primitive, qui avait coûté les plus grands sacrifiées, pour laquelle on avait créé des confréries, multiplié les indulgences, organisé des quêtes, des sermons, des processions solennelles de reliques, imploré les faveurs royales et que deux incendies successifs avaient détruite en iiSoet en 1225. Milon de Nanteuil, voulant étonner le monde par la hardiesse de ses conceptions, avait d'abord élevé ce vaisseau sur des supports trop espacés et plus sveltes encore. On se demande comment les fidèles osèrent s'aventurer sous ces voûtes aériennes, qui menaçaient de les ensevelir sous leurs ruines. Etabli sur des fondations puissantes l'édifice fut commencé en 1225, mais la construction tarda, le chœur ne fut fini qu'en 1272 Les maîtres d'œuvres d'alors avaient entrepri»?, Mï^ avec la matière une lutte sans merci ; ils avaient ,'^,)p[i[^ poussé l'audace jusqu'à la témérité. Les voûtes 2Z~^ à peine construites, avec une intrépide légèreté, '^^ s'écroulent et sont relevées ; en 1 272 on les bénit ~,^^^=i=. en grande pompe et allégresse, mais l'épouvantable catastrophe de 1284, précédée de l'écroulement de 1247, démontra l'impossibilité de maintenir un tracé plus que hardi. Cette catastrophe se produisit, sans faire de victimes, douze ans après la construction. 11 était donc établi que les ingénieurs du XI IL siècle avaient atteint les limites précises de la résistance de la matière, ou l'avaient à peine dépassée ; la construction pouvait se tenir debout ; il lui manquait seulement la surabondance de force nécessaire pour durer. De 1284 à 1338 près de 80.000 livres furent dépensées en réparations.
En 1338, maître Enguerrand le Riche reprit l'œuvre abandonnée; les piliers furent renforcés et les voûtes refaites. On doubla le nombre des travées en établissant des piliers intercalaires d'un effet nuisible à l'élégance. Ce fut l'œuvre de Guillaume de Roye et de son appareilleur AUert d'Aubigny ( ). Plus tard, sous François I", Martin Cambiche, François Maréchal et Jean Vast, aussi insensés que Milon de Nanteuil, voulurent élever sur la croisée une tour qui égalât en hauteur la coupole de Saint- Pierre de Rome ; ils voulurent démontrer que le style gothique pouvait élever ses flèches aussi haut que le classique, ses colonnades. L'élégante pyramide qu'ils édi-
CATHEDliALE DE BEADVAIS.
1. Note historique et descriptive de l'église cathédrale de Saiîtt- Pierre de Beauvais, Beauvais, 1829, in-8. Cathédrale de Beauvais, étude des voûtes, par P. Planât Benonville, V. Constructions 7iiodernes, 1824-311, 1894,
2. V. Benonviile, Constructions modernes, 1S94, p. 321 ; 1895, p. 311.
CATHEDRALES GUTHIUUES
lièrent à la croisée, comptait un pied de moins seulement de hauteur que le dôme de iMichel-Ange. Cette flèche aérienne, tout ajourée, d'un effet magnifique, formait une lanterne garnie de vitraux de couleur ; aux nuits solennelles une lampe y brillait, et la faisait apparaître au loin comme un phare céleste. Cette merveille, qu'on a nommée une prodigieuse folie, se dressait depuis cinq ans dans les airs, à 150 mètres de hauteur, quand elle s'effondra en 1573; par une nouvelle permission de Dieu les fidèles venaient de sortir de l'église en procession.
Le vaisseau de Beauvais n'offre qu'un chœur allongé à cinq nefs, de la fin du XII I' siècle (1 247-1272), allongé de son transept (i 500 à 1548) et une travée de la nef Sa longueur n'est que de 63 mètres, sa largeur au transept en atteint 58, 70 ; sa hauteur sous clef est de 48, 18 ; le faite du grand comble s'élève à 68 mètres.
La lumière y pénètre à flots entre des piles d'une hardiesse et d'une élégance inouïes, par des baies de i 7 mètres de hauteur. Les arcades du triforium offrent un ajourement encore inconnu jusqu'alors, et la structure des arcs-boutants, des combinaisons sans exemple. Le déambulatoire est éclairé au-dessus des absidioles à l'instar d'une vraie lanterne. Les pignons du transept sont ajourés de résilles merveilleuses, avec de grandes roses, aux intéressantes combinaisons géométriques, reperçant tout le mur entre deux jolies tourelles très ornées.