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sont des alliances d'un jour, et ce n'est pas ce que nous pouvons et devons désirer, en matière de relations avec ceux qui ne pensent pas comme nous. Notre entente ne peut aboutir qu'à marquer les positions et à préciser des points de départ.
C'est un devoir pour nous, que commande la justice, d'adhérer au vrai, partout où nous le rencontrons, et de promouvoir le bien, chaque fois que c'est possible. Faisons-le au moins théoriquement, sans nous aventurer à l'aveugle à consentir .des collaborations pleines de danger. Faisons-le de façon à pouvoir montrer à ceux qui nous combattent que l'idéal pour lequel ils luttent ne rencontre, en fait, d'autre obstacle que celui que créent les erreurs qu'ils professent. C'est au nom même de leurs principes et de leurs aspirations que nous pouvons nous élever contre eux, toutes les fois que ces principes sont bons et que ces aspirations sont justes. Si les principes sont mauvais et les aspirations chimériques, nous pouvons et nous devons le proclamer, en nous appuyant pour le faire sur cette soif de vérité et sur cette volonté de bonheur qui persistent toujours à l'intime de toute conscience humaine.
Au programme des revendications des peu-
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pies rangés sous les drapeaux de l'Entente sont inscrits le rétablissement de la Justice dans les relations internationales et le retour au Droit des gens. Ces vues sont catholiques. îVous les avons faites nôtres et nous sommes persuadés qu'elles demeureront irréalisables, tant que les lois de la morale catholique ne régleront pas les rapports des nations et des individus. C'est à soutenir cette thèse que nous devons nous appliquer et c'est l'intérêt apologétique du rôle joué par un cardinal Mercier, par exemple, qu'on y peut voir un prince de l'Eglise s'appuyer sur le catholicisme pour mettre en évidente lumière le bon droit de la cause qu'il défend.
On peut déterminer, vers le catholicisme, une sorte d'attrait dans les esprits et dans les cœurs, le faire aimer de ceux qui l'ont combattu et souhaiter vrai de ceux qui le repoussent, sans verser, pour autant, dans le libéralisme doctrinal ou pratique. Nous reconnaissons que ce n'est pas toujours facile. On nous concédera bien que c'est possible, à condition que le dernier mot soit à l'Eglise infaillible et que la prudence et l'obéissance règlent les entreprises de conquête de chacun.
On peut réclamer des réformes sociales en se garantissant du socialisme, en prenant des
sûretés vis-à-vis des erreurs qu'il professe et en faisant voir, dans ces erreurs mêmes, l'obstacle à ces réformes.
C'est à nous, en maints domaines d'action, de ne pas arriver bons derniers et comme paraissant à la reiiîorque des autres. C'est à nous de dégager notre originalité en nous posant carrément tels que nous sommes, sans viser à faire figure de gens (( avancés » et en nous garant des surprises de la surenchère. Il y a danger aussi à rester en arrière et à laisser les questions se débattre et se régler sans nous, ce qui revient à dire qu'elles se régleront contre nous.
Comprendre l'incrédulité, extraire des erreurs la part de vérité qu'elles renferment, quand elles en contiennent, ce sont là des actes de justice. La bonté et la justice exigent aussi que nous n'employions dans la lutte que des moyens qu'approuve la plus rigoureuse et la plus scrupuleuse honnêteté.
Parmi les plaintes légitimes que nous faisons entendre, il en est une qui revient souvent sous la plume des catholiques. Certains procédés d'attaque dont on use à notre égard, dans la presse et dans les relations sociales, nous éjneuvent et nous scandalisent, parce que, s'ils sont de bonne guerre, ils ne sont
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pas de bonne foi. Si nous voulons que l'opinion se range de notre côté, après avoir flétri et démasqué ces manœuvres, n'y ayons jamais recours, et ne craignons pas de désavouer ceux des nôtres qui se risqueraient à employer ces armes déshonorantes. La vigueur contre les doctrines s'aliie à merveille, quand on le veut, avec le respect pour les personnes qui les professent. Il est des hypocrites qu'il faut confondre et des sophistes dont le crédit doit être ruine. Ce but peut être atteint sans l'emploi de paroles dissonantes. Al la longue, le public que flattent les disputes nous rendra justice. Si nous voulons qu'on cesse de prêter une oreille complaisante aux accusations dont on nous abreuve, efforçonsnous de désaccoutumer lecteurs et auditeurs, d'une certaine forme âpre et méchante où tombent si souvent discussions et polémiques. Telle est d'ailleurs la ligne de conduite que préconisa maintes fois et que suivit toujours le cardinal Mercier, a Expliquant un jour, écrit M. Georges Goyau, que la libre-pensé? athée est incapable de sauvegarder la moralité et qu'elle a perdu ses titres à la répression du crime, il se haie d'ajouter : <( J'ai visé « les doctrines et me défends de juger ceux « qui en sont imbus ou qui les préconisent.
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« L'homme qui s'égare vaut toujours mieux « que ses principes, parce qu'il y a dans la « conscience, un frein naturel qui empêcha (( l'homme d'aller jusqu'au bout de la logi- (( que de son erreur. Par contre, le disciple « de la vérité est toujours inférieur à son pro- « gramme parce qu'il y a, dans le cœur de « i'homrne, des convoitises mauvaises qui, si (( elles ne sont pas combattues, paralysent la (( volonté et la retiennent au-dessous de l'idéal « auquel elle aspire (i). »
Rien n'est plus vrai. Au reste, frapper fort n'est pas synonyme de frapper juste. Certain ton de raillerie et de persiflage ne remplace jamais un bon argument. Mettre les rieurs de son côté, pour un temps, c'est apparemment efficace ; une heure vient oij ces mêmes rieurs, ayant réfléchi, jugent sévèrement ce dont ils s'étaient amusé et en découvrent la faiblesse. La loyauté, la générosité, la courtoisie, l'urbanité polie sont des vertus chrétiennes. Pratiquons-les les premiers afin que ceux qui ne les pratiquent pas ne puissent nous répondre en nous priant de nous giié-
1. Georges Goyau, Le Cardinal Mercier, dans la Revue des Deux Mondes, 15aoùll917. — Cardinal Mercier, Œuvres pastorales, t. Iil, p. 343.
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rir nous-mêmes, si nous voulons avoir le droit de leur faire ensuite la leçon.
C'est encore le cardinal Mercier qui a écrit : « Lisez l'Evangile, le récit des Actes des. apôtres, les lettres de saint Paul et vous serez, je crois, étonnés de la part minime faite par ces grands convertisseurs à l'attaque directe du mal, à l'offensive contre l'impiété. Leurs paroles sont, presque toutes, des paroles d'amour (i). » Comme le dit M. Georges Goyau : « La dialectique même, cette dialectique qui fît sa première gloire, est à ses yeux dépassée par la force probante de l'amour (2). >
V^isons donc à instruire et à montrer à ceux que nous instruisons que nous les aimons. Ne soyons pas des négatifs, à la manière de ces, journalistes qui ne comprennent la presse que comme un moyen de (( taper » sur ceux qui ne partagent pas leurs idées et pour lesquels c'est un axiome que l'adversaire ne peut rien faire de bon, ou à la façon de ces prédicateurs dont toute la verve s'exerce, devant les fidèles, contre des absents auxquels on rapportera, déformés et exagérés, les propos tenus.