‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 94 sur 134 · LES FAUTES DE LA RÉACTION · texte numérisé non relu

LES FAUTES DE LA RÉACTION

. Ayant ouvert, l'autre jour, le Soleil, organe du futur Roy de France j'y lus cette phrase :

« La République en est à cette période critique oit^ ayant exploité tous les sentiments, spéculé sur toutes les passions déchaîné toutes les conifoitises, elle risque de crouler sous les lassitudes, les désillusions et les dédains du peuple !! »

Je ne sais si cette phrase vous fait la même impression qu'à moi, mais il me semble bien l'avoir déjà lue. Est-ce dans le Soleil, il y a un an, ou dans quelque autre journal du Roy, il y a dix ans que je Tai lue ?... Je ne saurais préciser. Mais certainement je l'ai lue et vous l'ayez lue comme moi.

C'est qu'en réalité, voilà quelque trente-cinq ans que les organes conservateurs prédisent la chute de la République... pour l'année prochaine. C'est Phistoire du barbier de village qui rasera gratis... demain. Cela met l'eau à la bouche des réactionnaires et le savon sur les joues des hommes barbus qui veulent être rasés sans payer; mais, malheureusement pourlesunsetlesautres, demain ne vient jamais, la République continue à vivre et le barbier à encaisser son argent.

Il faut avouer d'ailleurs, que les conservateurs ont fait leur possible pour perdre à jamais leur parti, et le perdre sans dignité et sans honneur. Leur politique a été celle du tout ou rien. Je n'en connais pas de plus imbécile. Comme si la vie n'était pas une perpétuelle école de transition et de transaction !...

Tout récemment encore — c'était en 1899, aux heures tragiques de l'Affaire Dreyfus — ces mêmes royalistes et bonapartistes se sont déshonorés en suivant les Coppée, les Lemaître, les Syveton et autres étoiles du Nationalisme. Et cependant, certains journaux conservateurs avaient lancé le cri d'alarme. Le Figaro de Francis Magnard avait eu, dès 1897, une attitude très digne, très courageuse. Il n'est pas jusqu'à l'Autorité de P. de Cassagnac et jusqu'au Soleil à'I^A, Hervé qui n'aient essayé d'ouvrir les yeux à leurs lecteurs.

Mais non, les conservateurs furent volontairement sourds et aveugles. Ils préférèrent écouter les organes de

ranti-sémitisme et du nationalisme. Beau résultat pour eux : dispersion des Congrégations, séparation des Eglises et de t'Etat, etc.

II faut reconnaître cependant — car nous devons être justes, mêmes pour nos adversaires — que certains catholiques sincères et intelligents avaient vu le péril où les conduisait Thabituelie politique de leur parti. C'est ainsi que M. Léon Chaine, Tun des chefs du parti catholique de Lyon, prononçait il y a quelques années, à Theure où soufflait la tourmente, ces fortes et prophétiques paroles : « Catholiques y catholiques^ vous avez laissé voiler la statue de la Justice, ne vous étonnez donc pas de voir renverser celle de la Liberté, »

Mais la parole de M. Léon Chaine ne devait pas être plus écoutée que ne Tavaitété, quelques années plus tôt, celle des Paul Viollet, des Leroy-Beaulieu, des Pichot, etc.

Dans le même sens, je viens de lire une excellente brochure ayant pour titre : Les leçons de la Défaite^ par labbé Jehan de Bonnefoy, qui montre clairement que les réactionnaires sont les seuls responsables des malheurs qui I les ont atteints et qui ont frappé TEglise de France. I L'auteur, qui est un prêtre d'esprit très libéral, un peu dans le genre de Tabbé Loisy, explique que si les catholiques étaient restés sur le terrain religieux au lieu de conspirer perpétuellement contre la République, celles-ci ne les aurait jamais inquiétés.

Mais Tabbé Jehan de Bonnefoy va encore plus loin. Il démontre rigoureusement que le parti nationaliste fut le grand coupable, celui qui porte toutes les responsabilités. Et comme ce parti n'a existé que grâce aux mensonges du général Mercier, c'est ce dernier que l'abbé de Bonnefoy accuse en ces termes :

oc Mercier est l'artisan inconscient de l'œuvre de désorganisation religieuse accomplie en ces dernières années. A lui tout seul cet incorrigible aura, en un certain sens,

causé plus de mal à TËglise de France que tous les efForts réunis des libres^penseurs pendant un siècle. ».

Voilà d'excellentes paroles que nous livrons à la méditation des catholiques sincères.

Armand Charpentier.

La Revue Latine (Paris), 25 juin 1907.

Paris s 2 mai iQO^, Monsieur et cher Confrère,

Je reçois l'article que vous avez bien voulu consacrer à mon roman : La Beauté du Devoir^ dans le dernier numéro de la Revue Latine.

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier, et cela d'un cœur sincère, de votre amabilité. Vous avez parlé de mon livre avec une impartialité, plutôt flatteuse, à laquelle je m'empresse de rendre un complet hommage.

Ceci dit, permettez-moi quelques observations.

Vous avez établi un rapprochement entre mon livre et le Dreyfusisme^ Il est incontestable que sans l'affaire Dreyfus, je ne l'aurais probablement pas écrit. Sur ce point, je suis d'accord avec vous. Mais, où je me sépare de vous, c'est sur la généralisation que vous essayez d'établir. Qu'il y ait eu des dreyfusards antipatriotes c'est certain. Mais il est non moins* certain qu'il y a eu des dreyfusards patriotes. Votre collègue M. Georges Duruy, pour ne citer que celuilà. en est un exemple de marque. Il serait donc plus exact dédire qu'il y a eu des patriotes et des antipatriotes dreyfusards ; de même des libre-penseurs et des catholiques (voir pour ceux-ci M. Aynard, l'abbé Brugerette, M. Léon Chaine, etc.).

bientôt. L'importance de cette publication n'échappera à personne. Ces deux tomes, en effet, grâce à cette sorte de collaboration de tant d'esprits si divers, constitueront comme un procès-verbal d'une partie de Topinion publique sur certaines des questions les plus discutées et les plus importantes de notre époque.

Félix Leprotty.

Le Siècle (Paris), 23 mai 1907.

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