XVI INTRODUCTION
une place de plus en plus large. Assaillie comme une barrière et défendue comme un rempart, elle est devenue, en plusieurs États, la position maîtresse et comme la clef des champs de bataille politiques. Cela est si vrai qu'en maintes contrées, chez tous les peuples catholiques notamment, on tend à classer les partis moins d'après leurs sentiments politiques que d'après leur attitude vis-à-vis de l'Eglise. On fait de ce qu'on appelle le cléricalisme la pierre de touche des opinions.
Cette propension, si contraire à l'esprit et aux espérances du vrai libéralisme, s'expliquerait mal si la sphère des intérêts religieux n'était beaucoup plus vaste qu'elle ne le semble au premier abord. Les préoccupations religieuses, on l'a vu maintes fois dans les dernières années , compliquent et passionnent bien des questions diverses. C'est dans le champ de l'enseignement surtout que les partis politiques sont exposés à des conflits avec l'Eglise ; c'est sur ce terrain glissant que l'Etat est le plus souvent poussé à entrer en lutte avec efle au nom de la raison, de la science ou de l'intérêt national. Oubliant son
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incompétence en matière de doctrines, il se laisse parfois entraîner à faire contre les idées relijpeuses ce qu'il a lon<|temps pratiqué à leur profil. Il se laisse investir du rôle et des fonctions de la religion; il a ses dogmes phiiosoj)liiques ou scientifiques qu'il fait prêcher au peuple, et jus(ju'à ses catéchismes qu'enseigne une sorte de sacerdoce laïque. 11 (end à s'arroger le droit qu'il dénie à l'Eglise, le droit de façonner les générations à sa ressemblance et de couler les âmes dans un moule de son choix, en sorte que si les prétentions de certains croyants nous ramèneraient au moyen âge , celles de certains démocrates nous feraient reculer jusqu'à cette espèce de communisme moral où l'enfant, regardé connne chose publicjue, était la propriété de la cité.
Quelle déconvenue pour les libéraux, qui avaient proclamé le principe de l'incompétence de l'Etat et qui en attendaient la pacification religieuse ! L'idée de liberté, faussée par les passions d'un fanatisme à rebours et les instincts autoritaires de la démocratie, semblait rayée du programme du libéralisme,