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symétrique. La collection de l'Ére nouvelle offrirait peut-être, si on la lisait assidüment , une réponse à tous les desiderata sur cette matiére. Mais ne serait-il pas injuste d'imputer au P. Lacordaire, comme définitives, les opinions émises dans un journal quotidien qui lui a donné tant de soucis, et qui a eu de son consentement, ou méme de son fait, une mort si précoce aprés une vie si précaire? Dira-t-on qu'on pouvait renouer les fils de son système au moyen de ses œuvres inédites dont M. l'abbé Henri Perreyve vient de commencer la publication par un volume qui porte ce titre : Lettres du P. Lacordaire à des jeunes gens? Mais cet héritier littéraire de l'immortel restaurateur de l'ordre de saint Dominique en France, s'il n'était pas l'héritier présomptif, n'est pas non' plus un héritier présomptueux, et il serait le premier à regretter qu'on imputát à son glorieux ami les commentaires que sa plume élégante et légére met en téte des piéces du grand maître comme un filigrane destiné à sertir de précieuses reliques. Du moins c'est ainsi que nous jugeons son zéle filial, quoique nous ayons quelques reproches à lui faire.
C'était bien assez de recueillir les moindres feuilles volantes consacrées par la belle écriture du grand orateur, il ne fallait pas ramasser jusqu'aux paroles que l'improvisation avait risquées, et dont l'oubli effacerait un jour l'imprudence. Nous savions bien que les directeurs du Cercle catholique avaient cru pou-
XII PRÉFACE
remède envoyé par la Providence à une maladie humainement désespérée, on a répondu aux hésitations des hommes graves qui doutaient de la nouvelle médication et qui voulaient des exemples, par la liberté comme en Belgique. Mais la petite Belgique, enclavée dans la population de l'Europe la plus dense, assujettie à des répercussions continuelles de la politique internationale, quelque séduisante qu'elle füt d'abord, a bien pu paraitre un champ-clos d'expérimentation mal choisi et peu concluant. Du reste la Belgique n'a pas tardé à se gáter méme au milieu de conditions exceptionnelles, et aprés qu'on a entendu les doléances du parti catholique belge pendant quinze ans, la liberté comme en Belgique a exercé beaucoup moins d'attraction. Mais il existait une terre transatlantique dont on parlait moins et à laquelle on révait davantage, un vaste continent où la liberté moderne, loin d'être implantée d'une manière plus ou moins artificielle, était née avec la civilisation, où elle avait produit une grande république dont on racontait des merveilles de courage, de richesse, d'industrie, de patriotisme, près desquelles l'Europe chrétienne pâlissait et pâlirait de plus en plus, à moins qu'elle ne se hâtât de copier les nouvelles méthodes de self-government. Sans cette transformation, l'Europe rivale de l'Amérique devaitsubir la mémeinfériorité que de deux armées s'avangant sur un champ de bataille, celle qui garderait des fusils à mèche vis à vis de l’autre qui aurait
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des fusils rayés. Les nations du vieux monde, encoreun peu christianisées dans leur expression politique, gráce aux concordats que la sollicitude des papes leur a ménagés quand elles n'étaient plus capables de porter le droit canonique intégralement, ces nations devaient étre devant les citoyens gigantesques du Nouveau Monde comme des Chinois en face des Européens.
Il est certain que le prestige était puissant, et que des esprits supérieurs, pour peu qu'ils s'écartassent des données de la foi, pouvaient s'y tromper. L'Église en partieulier semblait n'avoir qu'à se louer de cet état de choses. Elle circulait au milieu de cette fourmilliére humaine presque sans entraves, pourvu qu'elle empruntát un costume déguisé. L'avenir était peutétre là en germe. On avait donc trouvé sur l'autre rivage de l'Océan, la solution de ce nœud gordien qui avait épuisé la patience du Moyen Age et que le génie moderne plus indompté menagait d'un coup d'épée : les rapports de l'Église et de l'État. Il ne s'agissait que de les supprimer tous! Quant aux lois sur la presse que l'Europe avait faites, défaites et refaites, rien n'était plus aisé que la rédaction de ce code, il suffisait de faire une loi qui défendit d'en faire aucune. Tout cela était simple comme une idée de M. Émile de Girardin, hélas! et vide comme elle! Cette apparence de peuple, cette ombre de civilisation s'est évanouie dans l'espace de deux ans; ces États-
XIV PRÉFACE
Unis recelaient des ferments de discorde pires que les haines européennes dans les plus mauvais temps de notre histoire. La guerre a pris là des proportions de colère et de massacre qu'il faut comparer aux collisions des Impériaux et de Taipings qui nous arrivent en méme temps de l'autre bout du monde, et la supériorité incontestable de ces fréres féroces d'Amérique dans la banque, la marine et l'industrie, ne leur a donné que la liberté de tuer à grande vitesse autant d'hommes que les guerres de religion en avaient consommé en cent ans, et que l'épopée militaire de l'Empire en avait rassemblé pour jouer son drame en cinq actes et vingt tableaux. o.
Cette expérience si bien commencée a si mal fini, qu'elle devrait désillusionner tout le monde; on avait bâti en quelques mois des villes admirables d'architecture, et tout s'est écroulé en quelques heures. C'était si beau! D'où pouvait venir une catastrophe si incompréhensible? Une enquéte est votée qui améne la découverte d'un léger vice de construction ; pour aller plus vite et dépenser moins on avait omis partout de faire des fondements! Et les courages s'équilibrent tellement, la rage du duel est si atroce, que si les vieilles nations européennes qui vivent encore de la tradition chrétienne, tout altérée qu'elle soit, que si la France, l'Angleterre et la Russie ne s'interposent pas, les États-Unis d'hier vont se dévorer aujourd'hui,