LA BLESSURE ET L’OPÉRATION
rien que le dégoût et que la répulsion. « L’impression » de son entourage fut telle qu’au premier moment on » crut que quelque objet malpropre avait été jeté sur » M. Carnot. »
Mais tout de suite il dit : « Je suis blessé ! » et, sa tête se renversant, il perdit connaissance.
Jusqu’à la préfecture, le trajet dure dix minutes. On peut se le représenter ainsi, d’après le récit des médecins :
La face exsangue, le pouls imperceptible, les mains glacées, le Président était pareil à un cadavre. Pour savoir s’il pouvait encore percevoir la douleur et réagir, on lui pinçait la peau, en lui flagellant le visage ; on avait retroussé la chemise blanche pêle-mêle avec la moire rouge du grand cordon de la Légion d’honneur. Au niveau du foie, sous les côtes, une petite plaie béante de deux centimètres de large laissait baver du sang noir qu’on étanchait avec un mouchoir chiffonné, et l’on allait, parmi les cris furieux de la foule, le galop de l’escorte, le vacarme des fourreaux de sabre, qui empêchaient d’entendre la respiration du blessé.
A la préfecture, où on l’étendit sur un lit de camp, on comprit qu’il respirait encore.
M. Poncet lava ses mains au sublimé, mit un doigt dans la plaie, en explora la profondeur, puis agrandit l’incision de haut en bas pour se donner du jour et connaître toute la vérité. Il vit la veine-porte ouverte; il y avait hémorragie interne : du sang en grande quantité avait envahi le péritoine; le pronostic était fatal à bref délai.