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GRAVELLE URIQUE

Caractères physiques et chimiques de l’acide urique. — Les sables et graviers uriques sont généralement assez consistants, de couleur jaune ou rouge-brique plus ou moins foncée, suivant que l’acide urique, qui pur est incolore, s’est plus ou moins chargé des principes colorants de Turino, l’urochrome et l’uroérythrine. Très-peu soluble dans l’eau, il exige dix-huit mille fois son poids d’eau froide et quinze mille fois d’eau bouillante pour se dissoudre. Il cristallise en tables rectangulaires, et c’est sous cette forme qu’on le rencontre le plus généralement sous le microscope; néanmoins, suivant l’axe suivant lesquels ces cristaux sont groupés, ils présentent des aspects très-variés que nous reproduisons d’après l’ouvrage du docteur Rabuteau (1).

(1) Eléments d’urologie. Paris, Lauwereyns, 1875.

L’acide urique traité par l’acide nitrique se dissout en donnant lieu à un dégagement de vapeurs nitreuses; si on évapore par la chaleur et qu’on ajoute au résidu avec un agitateur quelques gouttes d’ammoniaque, on voit se produire une magnifique couleur pourpre. C’est la réaction ca-

Fig. 1. Cristallisation de l’acide urique sous ses diverses formes.

ractéristique de l’acide urique. — Qu’elle soit due à la murexide (purpurate d’ammoniaque), comme on l’a cru longtemps, ou à l’isoalloxanate d’ammoniaque, comme semblent le prouver les recherches de M. E. Hardy (1), cela importe moins aux praticiens qu’aux chimistes; la réaction n’en est pas moins facile à saisir et à obtenir, surtout si on n’ajoute l’ammoniaque qu’avec précaution.

De beaucoup la plus fréquente, la gravelle urique comprend aussi bien la gravelle d’acide urique que le groupe tout entier des urates de soude, de chaux, de magnésie et de potasse. C’est par excellence la gravelle des adultes, des habitants des villes et des gensriches. Sur cent calculs d’acideurique,soixante-

(1) Annales de chimie , 1864, t. II, p. 372.

qiiinze sont fournis par les habitants des villes. Beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme, on la rencontre néanmoins chez celle-ci plus souvent qu’on ne le croit généralement, et voici ce que les huit premières années de ma pratique à Contrexéville m’ont appris à ce sujet:

Hommes 822

Femmes 197

Enfants de 1 à 13 ans 9

Total 1028

Ainsi, sur plus de mille malades, les femmes figurent encore pourprés d’un cinquième du chiffre total.

Hippocrate a dit : Millier podagra non laborat nisi cum menslrua defecerint ( Ap . 29, sect. vi). Cette assertion est, à notre avis, beaucoup trop absolue, car nous verrons plus loin des jeunes femmes faire exception h cette règle; il est vrai, néanmoins, que l’âge moyen de nos malades hommes est de cinquante et un ans, et celui des femmes de près de quarante ans.

La physiologie pathologique de la gravellc urique, ou mieux, de la diathèse urique, peut se résumer en deux mots : elle est le résultat d’un excès de recettes sur les dépenses de l'économie. Les matériaux apportés par l'alimentation subissent, dans la trame des tissus qu’ils sont appelés â renouveler incessamment, des combustions dont un des prin-

cipaux produitsestl’urée, produit excrémentitiel rejeté à l’extérieur par différentes voies, mais surtout par les reins. Lorsque, soit par suite d’une accumulation trop grande de matériaux, ou par suite d’une élaboration insuffisante, cette combustion est incomplète, il se forme au lieu de l’urée, corps soluble, un corps moins oxydé et presque insoluble, qui n’est autre que l’acide urique. Dans l’état de santé, il n’en est engendré par le sang qu’une faible proportion, puisque l’urine de vingtquatre heures n’en contient que 50 centigrammes en moyenne, tandis que la quantité d’urée rejetée pendant le même temps par cette voie peut être évaluée h 25 grammes.

L’acide urique une fois en excès dans le sang peut se comporter de différentes façons : 1° il s’agglomère dans les reins sous forme de sables ou de graviers et constitue la gravelle urique; 2° il donne lieu aux manifestations articulaires et extra-articulaires de la goutte; 3° enfin, il détermine du côté de la peau certaines maladies que M. Bazin range dans le groupe des arthritides. Pour qui douterait de la présence en excès de l’acide urique dans le sang des graveleux, l’expérience de Bail doit dissiper tous les doutes. Chez un graveleux de cinquante ans, qui n’avait jamais eu de goutte articulaire, un vésicatoire fut appliqué au creux épigastrique. La sérosité fut recueillie dans un verre de montre et additionnée de quelques gouttes d’acide chlorhy-

drique . Il s’y forma rapidement de très-nombreux cristaux d’acide urique.

Quant à sa présence dans le sang des goutteux, les recherches de Garrod l’ont établie d’une manière irréfutable (1).

Enfin, pour les manifestations cutanées, n’a-t-on pas trouvé dans la sueur qui succède à un accès de goutte des urates en abondance; celle-ci a même laissé quelquefois sur la peau des urates affectant la forme d’une poudre légère et brillante, comme l’a écrit le docteur Lhéfitier. Plus récemment, Gigot- Suard a provoqué des manifestations cutanées chez des sujets auxquels il administrait de l’acide urique.

Tels sont les principaux désordres que peut produire l’acide urique accumulé en excès dans l’économie. Mais nous nous occupons ici plus spécialement de la gravelle urique seule; nous n’avons plus h établir ses liens de parenté bien connus avec la goutte. Tout le monde sait aujourd’hui qu’un goutteux peut engendrer des graveleux, et réciproquement. Du reste, ces deux maladies coexistent fréquemment, et sur 1028 graveleux uriques, nous en avons trouvé 241 qui avaient des accès de goutte alternant avec des coliques néphrétiques. Quant au diabète, sur 270 observations recueillies par Durand-Fardel, cet auteur a trouvé 38 malades

(I) Garrod, la Goutte, traduction Ollivier et Bergeron. Paris, Delahaye, 1867;

qui avaient la goutte ou la gravelle; et sur le nombre de graveleux que nous venons de citer, nous avons observé 27 cas de diabète, dont quelques-uns avaient en môme temps la goutte et la gravelle. Enfin, les relations de la colique hépatique avec la diathèse urique ne sont pas douteuses pour tous les médecins qui, comme nous, voient un grand nombre de graveleux et de goutteux. Le docteur Willemin, de Vichy, a publié des observations trèsprobantes à cet égard.

Etiologie de la gravelle urique. — Parmi les graveleux venus à Contrcxéville, la cause prédominante qui a déterminé leur maladie est une des suivantes :

1° L’hérédité;

2° Certains troubles de l’appareil digestif;

3° L’excès d’alimentation;

4° Le défaut d’exercice;

5° Les émotions morales violentes;

6° Le traumatisme de la région rénale.

J'ai recherché chez la majeure partie des malades atteints de gravelle urique auxquels j’ai donné des soins la cause de leur maladie. Ma question : Pourquoi avez-vous la gravelle? les surprenait souvent étrangement, et je devais leur démontrer que, dans l’intérêt de leur santé future, il était plus qu’utile de nous livrer ensemble à cette recherche, qui m’a permis d’arriver à des résultats aussi intéressants pour le malade que pour le médecin.

Voici clans 583 cas les résultats que j’ai obtenus :

Hérédité 191

Trouble de l’appareil digestif 160

Excès alimentaires 101

Vie sédentaire, défaut d'exercice 95

Emotions morales violentes 35

Contusion des reins 1

Chez les autres malades, ou les causes étaient multiples, ou il m’a* été impossible de les déterminer.

L hérédité est malheureusement trop démontrée et trop universellement admise pour qu’il soit nécessaire de la prouver. Combien de fois n’ai-je pas vu, pour ma part, deux frères ou un père et son fils venir en même temps réclamer mes soins (1). Mais parmi ces faits, il en est un tellement exceptionnel, à cause cle l’âge du jeune sujet, que je vais le relater ici :

Mrac H***, jeune femme de vingt-six ans, des environs de Bar-sur- Aube, était depuis quatre ans sujette à la gravelle, lorsqu’en 1873 elle vint faire à Contrexéville une cure sous la direction de notre confrère le docteur Aymé. A la suite de cette sai-

( l ) J’ai vu, en 1874, le fds et le petit-fils de la princesse U..., venue clle-mcme, cinquante ans auparavant, à Contrexéville, Ions trois atteints de gravelle urique.

son, qui ne présenta rien de particulier, la malade éprouva une modification heureuse dans son état général et peu après devint enceinte. Il est à remarquer que, chez les jeunes femmes atteintes de gravelle, et jusque-là stériles, Contrexéville produit ordinairement le môme résultat. Cette grossesse l’empêcha de revenir en 1874 faire une seconde saison, et les symptômes de la gravelle reparurent dans les premiers mois de l’année 1875; la malade - eut même dans les trois derniers mois de sa grossesse des crises néphrétiques qui, plusieurs l'ois, induisirent en erreur le médecin de cette dame, en lui faisant supposer qu’elles étaient déterminées par un accouchement prématuré. Enfin, la malade mit au monde, en octobre 1875, un enfant bien constitué. A peine âgé de quinze jours, cet enfant souffrait déjà des reins et tachait ses langes d’acide urique expulsé par la verge sous la forme de sable rouge. Toutes les six semaines environ, il était sujet à de véritables crises néphrétiques , pendantlesquelles il vomissait et se tordait dans des douleurs qui lui arrachaient des cris aigus. Les reins étaient alors douloureux au moindre toucher et la crise était suivie d’une expulsion abondante de sable urique.

Mme H*** amena son fils, alors âgé de onze mois, à Contrexéville, au mois d’aout 1875, et on vit à la fontaine un jeune buveur de plus; car l’enfant se trouva bien d’une faible dose du Pavillon ajouté à son lait. Sous cette influence, son appétit se déve-

loppa; son état général, ébranlé par ces crises successives, s’améliora ; ses forces augmentèrent notablement et il expulsa sans douleurs une quantité relativement très-considérable d’acide urique. L’urine, recueillie à grand’peine, vu l’àge du jeune malade, ne présentait rien de particulier, si ce n’est un excès d’acide urique; sa densité, de 1020, était normale; la couleur jaune ambrée, la réaction normalement acide; pas de traces d’albumine ni de sucre; enfin, l’examen microscopique n’y laissait voir que de gros cristaux d’acide urique.

Ce fait est jusqu’à présent unique dans son genre. L’existence de dépôts uratiques dans les reins des nouveau- nés est aujourd’hui bien connue, soit qu’on l’attribue, comme Virchow, aux changements qu'amène, quarante-huit heures après la naissance, l’action des influences extérieures : le froid, la lumière, l’alimentation sur le jeune individu; soit, qu’avec plus de raison, on se rende aux arguments de M. le professeur Parrot, qui a fait voir que l’urine de jeunes enfants jouissant d’une santé complète n’est pas chargée d’urates; mais qui ne l’a rencontré que dans celle des nouveau -nés atteints de sclérème, de vomissements, de diarrhée, et ayant dans le sang, par suite de ces troubles des fonctions digestives, une quantité anormale de déchets protéiques, incomplètement brûlés. Mais ici, nous avons affaire à de véritables crises néphrétiques chez un enfant de moins d’un an, alors que

la mère elle-même en était atteinte pendant sa grossesse. C’est donc avant tout l'hérédité qui est en cause, et d’une manière non douteuse.

Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de donner d’autres exemples, et nous dirons que la cause la plus fréquente de la gravelle est l'hérédité, c'està-dire que les parents d’un graveleux auront été graveleux ou goutteux, mais plus généralement graveleux; en effet, d’après les résultats de nos observations , nous n’admettons pas , avec sir H. Thompson, l’alternance des deux maladies d’une génération à l’autre, qui ferait qu’un graveleux engendrant le plus souvent un goutteux, celui-ci engendrerait à nouveau un graveleux, comme l’a écrit cet auteur dans ses Clinical Lectures , publiées à Londres en 1873.

Nous allons passer maintenant à la cause suivante, qui est aussi fort intéressante à étudier et plus fréquente qu’on ne le suppose généralement.

Les troubles des fondions digestives, comme cause de la diathèse urique, ont été surtout étudiés par le docteur Mercier (1), et nous sommes comme lui d’avis que, si on ne les a pas signalés plus souvent, c’est qu’ordinairement à la question : «Avez-vous un bon estomac?» les malades vous répondent souvent : « Ali! monsieur, je digérerais du fer ! » alors que, par un interrogatoire plus approfondi, on voit

(1) Traitement de la gravelle et de la pierre urinaires. Paris, Delahaye, 1872.

ces mêmes malades se plaindre d’assoupissement après le repas, d’aigreurs, d’éructations, de ballonnement du ventre, etc. On a vu, du reste, par notre statistique, qu’après l’hérédité, c’est la cause que nous avons rencontrée le plus souvent chez nos malades. Il est évident aussi que cette cause est en grande connexité avec les deux suivantes, que le malade qui mangera trop ou trop bien digérera souvent mal; que le malade qui ne prend pas d’exercice présentera également des troubles digestifs; mais néanmoins, dans chacun des cas observés, j'ai cherché à classer le malade sous la cause la plus marquante de celles qu’il pouvait invoquer. Lorsqu’un malade qui, comme l’avait déjà observé Magendie, « par son régime alimentaireetson genre de vie, semble ne devoir jamais être atteint de la gravelle et pourtant en souffre», il y a lieu de rechercher une cause à cet état. Le plus souvent alors, j’ai observé que ces malades avaient été dyspeptiques pendant plusieurs années avant l’apparition de la gravelle; que la quantité d’acide urique diminuait lorsque les digestions étaient meilleures ; et qu’enfin, sous 1 influence du traitement hydro-minéral, ou voyait en même temps s’amender l’état de l’estomac et celui des reins. J’ai cité dans mon travail sur les eaux de Contrexéville, publié en 1869, une observation de dyspepsie flatulente, avec production consécutive de gravelle urique, qui a été guérie après une seule saison. J'ai eu depuis des

nouvelles de ce malade et sa guérison s’est maintenue. Je pourrais rapporter ici l’histoire de malades qui, après avoir été dyspeptiques pendant quatre, six, et même dix ans, ont vu un jour apparaître la gravelle urique et ont retiré les meilleurs résultats de leur cure hydro-minérale; mais je craindrais, par des observations qui présentent entre elles la plus grande analogie, d'étendre outre mesure ce travail sans profit pour le lecteur.

L excès d' alimentation est la cause la plus connue et la moins discutée de la diathèse urique. La quantité et surtout la qualité des aliments amènent cet excès de recettes sur les dépenses de l’économie qui se traduit par l’inévitable acide urique.

Parmi les aliments les plus nuisibles, il importe de citer en première ligne la viande et surtout les viandes noires, gibier, bœuf, mouton. Néanmoins, c’est une erreur de croire que l’alimentation animale soit aussi coupable qu’on le suppose. Suivant Lehmann, une nourriture exclusivement animale donnerait U, 40 d’acide urique, alors qu’une nourriture mixte donnerait 1 s , 1 0 et une nourriture végétale, 1 gramme. Une alimentation épicée, les salaisons, une cuisine recherchée et succulente sont au moins aussi dangereuses.

Les alcooliques sont des agents bien plus dangereux dans l’alimentation, au point de vue de la production de l’acide urique. Les excès de vins, de liqueurs et d’eau-de-vie ont amené bien des ma-

lades à Contrexévillc. Les vins mousseux sont, comme l’a établi M. le professeur Bouchardat, surtout à redouter pour les personnes affectées de polyurique (diathèse urique). Sous leur influence on voit la quantité des dépôts uriques augmenter dans les urines. Chacun, dit notre excellent maître, peut répéter cette observation : Qu’il examine l’urine la nuit qui suit un repas où le champagne a été pris en abondance; dans ce cas, on remarque presque constamment un dépôt d’acide urique. Nous ajouterons à cette opinion d’un auteur qui fait loi en pareille matière, que nous avons souvent observé le même résultat chez nos malades après l’ingestion des principaux vins de Bourgogne, alors que la même dose de vin de Bordeaux, je parle de doses modérées, ne donnait pas lieu à la production d’acide urique. Les vins d’Espagne et les vins alcooliques en général sont dans le même cas. Le cidre, surtout lorsqu’il est ancien et chez les personnes qui n’en ont pas une grande habitude, produit encore les mêmes résultats, ainsi que les bières fortes et surtout les bières anglaises.

A côté des alcooliques, M. Bouchardat place les corps gras qui, pris en trop grande quantité, favorisent à la longue la formation de l’acide urique en excès. Sous l’influence des alcooliques, cette formation est beaucoup plus rapide. Nous n’avons pas été à même de vérifier cette opinion du savant professeur, non plus que celle-ci, également

émise par lui : que les sucres ingérés en grande quantité ont aussi une influence fâcheuse. Cet auteur ajoute que certains aliments herbacés sont encore mis en cause. « Quelques auteurs, dit-il, attribuent assez d’influence aux asperges, aux haricots verts. Ce sont des questions qui méritent d’être sévèrement contrôlées par l’observation. »

Ici, au contraire, nous avons à faire connaître ce que notre expérience et de nombreuses observations nous ont appris, en disant que si chez tous les graveleux l'ingestion de l’asperge ne donne pas lieu à des phénomènes appréciables, chez un nombre néanmoins assez considérable, que nous pourrions évaluer à 20 malades sur 100, l’ingestion d’asperges est suivie de maux de reins plus ou moins violents et quelquefois, à bref délai, d’une colique néphrétique. Nous n’avons jamais remarqué quelle fût suivie de l’expulsion plus marquée d’acide urique, ce qui nous a amené à supposer que l’asperge ne produisait pas d’acide urique, mais qu’en congestionnant passagèrement nn rein qui en contenait déjà , elle facilitait l'agglomération des sables et pouvait amener la formation de petits graviers.

Quant aux haricots verts et à l’oseille que nous ajouterons à cette liste, ils agissent différemment; il est beaucoup plus rare de les voir donner lieu à des maux de reins, mais plus fréquent de voir

leur ingestion suivie d'émission d’acide urique. Néanmoins, un certain nombre de malades qui alors n’excéderait pas G ou au plus 8 pour 100 des graveleux que j’ai observés accusent des douleurs après l'ingestion d’oseille et à peine 3 pour 100 après l’ingestion de haricots verts. Chez quelquesuns d’entre eux cela est si net, que, malgré un goût prononcé pour ce légume, ils y ont renoncé spontanément.

11 s’agit bien entendu ici exclusivement de malades atteints de gravelle urique, rendant habituellement du sable rouge ou des graviers rouges et non de l’oxalate de chaux. Néanmoins, il est un fait que le microscope seul m’a permis de constater, c’est que l’urine des graveleux uriques contient très-souvent , parmi les cristaux d’acide urique, des cristaux d oxalale de chaux et cela au moins dans le tiers des observations microscopiques que j ai faites à Contrexéville.

Il est encore un légume dont il importe de parler et cela surtout pour les habitants du midi de la France, de l Espagne, de l’Amérique et de certaines colonies, c’est de la tomate qui, employée fréquemment dans ces contrées sous forme de soupes à la tomate et de salades de tomates vertes, constituent pour les malades atteints de gravelle un aliment aussi dangereux que 1 oscille.

Il est peut-être encore dans les pays d’outre-mer certains aliments à prohiber aux graveleux, mais

nous les connaissons peu et mal en France. J insisterai seulement auprès de mes confrères sur ce point, que, si un de leurs malades est Américain, Egyptien ou Espagnol, lui défendre l’oseille ne signifierait rien, car il en mange peu ou pas, alors qu’au contraire il fait souvent abus des tomates rouges ou vertes. Au contraire, dans d’autres pays, ceux du nord de la France, par exemple, la tomate est peu usitée et l’oseille entre dans l’alimentation journalière.

Le défaut d'exercice est, par ordre de fréquence, la quatrième cause de la diathèse urique. C’est dans cette catégorie que se rangent les habitants des grandes villes, de Paris en particulier, que leurs habitudes, leur goût ou leur profession retiennent sédentaires plus qu’il ne le conviendrait dans l’intérêt de leur santé. Certes, ces mêmes malades pèchent quelquefois aussi par un excès d'alimentation ou plutôt par une nourriture trop succulente, mais parmi eux il est qui, enchaînés par leur profession â un travail de bureau, ont beau se priver du côté de la table et mener un régime sévère, l’absence d’exercice musculaire ne leur permet qu’une oxydation incomplète de leurs aliments et les condamne à rester graveleux.

Je vois, au contraire, parmi les malades de cette catégorie qui suivent les règles d’hygiène que j’ai cru devoir leur conseiller, et se livrent chaque jour . à un exercice approprié à leur âge et à leur genre

de vie, des résultats très-satisfaisants. Pour n’en citer qu’un, je relaterai le fait suivant.

M. R... habite Paris; sa fortune, sa position, ses relations jointes à sa qualité de célibataire, le mettent à même de satisfaire ses goûts pour la bonne chère, et, malgré sa position, il prend très-peu d’exercice; aussi, en 1872, vient-il, sur les conseils du professeur Charcot, demander à la source du Pavillon un soulagement à la goutte dont il a déjà eu plusieurs accès, et à la gravelle dont il est également atteint. Une première saison lui procura un soulagement notable, mais dès son retour à Paris, et ayant repris le même genre de vie, il fut de nouveau sujet à un accès de goutte au mois de mars de l'année suivante et expulsa en juin deux petits. graviers. Revenu à Contrexéville en 1873, il comprit enfin la nécessité de l’exercice que nous lui avions recommandé et se décida sur nos instances à faire tous les jours une séance d’escrime de trente à quarante minutes au moins; depuis, malgré une table très-recherchée et un appétit plus qu’ordinaire, il n’a vu reparaître ni accès de goutte, ni colique néphrétique. 11 est venu, il est vrai, chaque année faire appel à l’efficacité de la source du Pavillon; mais, étant donné son régime alimentaire, dans lequel entrent malheureusement trop souvent les truffes, le bourgogne et autres vins généreux, elle n’aurait pas seule suffi à le préserver des atteintes de la goutte et de la gravelle, si une plus grande dépense ne lui avait

permis de faire une plus forte recette alimentaire.

Je pourrais citer, par opposition à cette observation, l'histoire de deux jeunes ecclésiastiques élèves du grand séminaire de Saint-Sulpice et tous deux affectés non héréditairement de gravelle urique. Ici, l’excès d’alimentation ne pouvait entrer comme cause déterminante, la table du séminaire différant entièrement de celle de M. R. Nous avions, au contraire, affaire à la gravelle par défaut d’exercice et aussi à celle que le professeur Bouchardat, si souvent cité par nous, pense occasionnée par insuffisance de la respiration , dans le cas de repos absolu, d’air vicié ou insuffisant, de gêne apportée aux fonctions pulmonaires par l’air échauffé des salles d’étude.

Il est évident que, dans ce cas, qui est commun à beaucoup d'employés de bureau, la marche à l’air libre ou un exercice musculaire approprié est le moyen hygiénique le plus efficace pour prévenir le retour de la maladie.

Les émotions morales violentes peuvent enfin déterminer aussi, mais dans une proportion beaucoup plus modeste, l’apparition brusque de la gravelle. Cette cause n’est point indiquée dans la plupart des auteurs qui se sont occupés de cette question. M. Bouchardat seul dit dans son mémoire sur la goutte, la gravelle et les calculs urinaires, publié en 1867, que les émotions vives, comme les violents accès de colère peuvent déterminer une

polyurique passagère; le chiffre de trente-cinq faits de ce genre, que nous avons recueilli, prouve en faveur de leur fréquence relative. Malheureusement la maladie qui en résulte est loin d’être toujours passagère, surtout si la cause est persistante comme un violent chagrin.

Parmi ces faits, je me bornerai à citer les suivants ;

M. T..., homme de quarante-cinq ans, vigoureux, bien constitué, mais d’une nature impressionnable, apprend brusquement la perte d’une fortune considérable, et en demeure très-profondément affecté, et alors que ses parents n’avaient jamais vu trace d’acide urique, alors que lui-même, qui menait une vie active et sobre et jouissait jusque-là d’une santé parfaite, n’avait jamais aperçu le plus petit sable dans ses urines, il est pris brusquement d’une crise néphrétique violente suivie de l’expulsion d’un gravier d’acide urique.

Mme D..., dans des conditions de santé identiques, perd à la fois son mari, qui occupait une position très-élevée, et sa fortune, se trouvant ainsi réduite à subvenir par son travail à ses besoins et à ceux de sa fille. Cette dame voit, à lage de trentetrois ans, ses époques disparaître et est prise de coliques néphrétiques. Neuf ans après, en 1872, sous l’influence d’une seule saison à Contrexéville, la menstruation se rétablit et les crises cessent.

Mmo M..,, jeune femme de vingt-six ans et d’une

santé parfaite jusque-là, est réveillée une nuit en sursaut par les cris: Au feu! Elle se lève précipitamment et voit les flammes monter devant sa fenêtre. Huit jours après la poignante émotion quelle avait éprouvée, survient, au grand étonnement du médecin qui l’avait vue naître et qui connaissait toute sa famille, une crise néphrétique qui l’amène à Contrexéville. Chez cette dame, la menstruation n’a pas été suspendue, mais la régularité en a été troublée; elle fit une saison, en 1873, à Contrexéville et je n’ai plus eu de ses nouvelles.

M, K... perd, pendant la dernière guerre, un fils unique, et en demeure, ainsi que sa femme, inconsolable; peu après il est pris d’accès de goutte, de gravelle et sa femme de coliques hépatiques.

11 est, je pense, inutile de multiplier les exemples, car ceux que je viens d’énumérer me semblent suffire à prouver l’exactitude de ce fait que les émotions morales peuvent occasionner la gravelle.

Toutes ces diverses causes peuvent se combiner entre elles et je n’ai que trop souvent occasion de voir des malades qui les présentent réunies par leur faute ou malgré eux, soit des gens qui, fils de graveleux, mangent trop ou trop bien, soit de gros mangeurs qui font peu ou point d’exercice. Enfin, il est bien certain que si les émotions violentes donnent des graviers à des personnes qui étaient jusque-là d’une bonne santé, les graveleux n’y seront pas moins sensibles ot nombre d’entre eux, après un en-

nui ou une contrariété, souffrent des reins, comme j’ai occasion de le constater fréquemment.

Une dernière cause accessoire de la production de l’acide urique, mais qui, celle-là, agit plus sur les goutteux que sur les graveleux, n’est autre que l’insuffisance des fonctions cutanées, et cela se comprend facilement en se rappelant que l’acide urique est en partie éliminée par la peau. De là l’utilité des frictions chez ces malades, utilité si grande, que Sydenham disait que tout homme qui aurait le moyen de s’attacher un esclave chargé de le frictionner tous les jours serait pour toujours affranchi de la goutte. Or ce qui est vrai pour la goutte l'est également pour la gravelle urique.

Nous devons encore noter parmi les causes qui peuvent produire la gravelle, le traumatisme des reins et surtout les chutes ou les coups sur la région rénale. Citées par Wilson, les observations qu’il a données n’ont pas semblé assez probantes aux auteurs de travaux sur la gravelle, pour admettre cette cause. Sans conteste néanmoins le fait suivant semble être un exemple de gravelle par traumatisme.

Le jeune L..., enfant de treize ans, m’est adressé par le docteur Monory, chirurgien de l’ïïôtel-Dieu de Saint-Quentin, avec les renseignements suivants : en mai 1875, cet enfant a eu une colique néphrétique ; il est depuis neuf ans sujet à des douleurs rénales se propageant par les uretères jusqu’à la

vessie, et rend des urines chargées d’acide urique.

— Pus d'antécédents héréditaires. — D’où provenait donc cette gravellc acquise chez un enfant de treize ans? .1 appris, en interrogeant avec soin mon jeune malade, qu’il avait fait d’un premier étage une chute sur le dos neuf ans auparavant, et je n’hésitai pas à faire remonter à cette chute l’origine de la gravclle. L’urine, examinée à l’arrivée, ne contenait ni albumine ni glycose; la densité, la réaction étaient normales; seul le microscope laissait voir, avec quelques cristaux d’acide urique, de rares cellules épithéliales. L’enfant supporta fort bien son traitement, les maux de reins s’apaisèrent et j'espère qu'avec de la persévérance nous arriverons chez lui à une guérison durable.

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