XXXIV
(4) TiTE-LivE, XXXIV, 13, trad. Gaucher : Tamen addere hoc in fœdere voluertmt ut imperii sut Uihei^us fluvius esset finis.
tervalle. On sait que Tite-Live, dans la quatrième et la cinquième décades, ne se sert que de deux annalistes romains, Cl. Quadrîgarius et Valérius d'Antium. Il ne parle pas ici du premier. Donc il n'a dû recourir qu'au second. Mais Valérius d'Antium était regardé, dans l'antiquité même, comme un auteur peu scrupuleux, qui avait falsifié l'histoire, sous prétexte de l'embellir. Quelle créance alors mérite le récit d'Appien et de Tite-Live sur le contenu du traité de 226 ?
On voit de quelle importance est la recherche des sources où ont puisé les historiens anciens. Pour savoir ce que vaut leur témoignage, il faut savoir quels sont leurs garants, sur quelles autorités ils appuient les faits qu'ils avancent.
Si l'historien postérieur avait rendu presque exactement le modèle dont 11 s'inspirait, connaître ce modèle serait d'un puissant secours pour faire la critique de l'historien postérieur conservé. Or, on a dit que chaque historien ancien reproduisait, pendant de longs passages, le récit d'un auteur unique, et ne connaissait guère d'autre moyen de se servir de ses devanciers que de les copier. Cette hypothèse a été inspirée par une observation juste, c'est que dans la quatrième et la cinquième décades, pour les faits qui se passèrent en Grèce et en Asie, Tite-Live, pour de longs fragments, suit mot à mot Polybe (1). Od en a conclu qu'il avait employé dans toutes les décades la même méthode pour les auteurs dont il s'inspirait, et que les autres historiens anciens avaient fait comme Tite-Live. C'est ici une induction vicieuse, parce qu'elle est trop généralisée. Une foule de recherches ont prouvé qu'on ne pouvait absolument pas l'accepter dans toute sa rigueur.
D'ordinaire l'historien postérieur a modifié ce qu'il empruntait à un de ses devanciers, et cela d'après des récits
(1) Cf.H. NiSSEN, Krilische Untcrsuchnngen iiher die Quellcn cler vierten und fûnften Dekade des Livius.
parallèles au premier, ou d'après son propre jugement et sentiment. La méthode de composition des historiens eon* serves n'était pas aussi simple et rudimen taire qu'on le dit. Ils n'avaient pas toujours, comme Tite-Live dans la quatrième et la cinquième décades, la bonne fortune de rencontrer un Polybe, à qui ils pouvaient se fier absolument. Ils devaient chercher à rendre la véritable physionomie des événements, malgré les contradictions des différents témoignages.
La critique minutieuse des historiens conservés et l'étude sévère des sources où ils ont dû puiser pour composer leurs ouvrages est la condition préalable et nécessaire pour retra* cer après eux les époques qu'ils ont décrites. Cette méthode est sûre, mais lente. On ne peut guère espérer, en l'appliquant, pouvoir raconter toute l'histoire d'un grand peuple. Il faut se borner à certaines époques, ou même à certains épisodes. Mais du moins on est assuré de faire une œuvre durable, et non un travail éphémère. On trouve des erreurs chez les principaux historiens modernes qui ont retracé les préliminaires de la seconde guerre punique. C'est que la finesse d'esprit et la profondeur de vue ne suffisent pas toujours. Il faut encore l'étude patiente, qui envisage une question sous tous ses aspects et qui n'est pas satisfaite dès qu'elle est arrivée à une explication vraisemblable des événements. Car le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Un jour un savant étranger, dans le laboratoire de Claude Bernard, s'étonnait que l'illustre physiologiste se livrât à des expériences en apparence superflues, t Ne faites pas attention, répondit Claude Bernard ; je cherche à me démolir. » Ce n'était pas tout d'avoir trouvé, pour certains phénomènes, une explication plausible; il imaginait des cas où cette explication fût insuffisante ou en défaut, c'est-à-dire dût être complétée ou rejetée. Il faut faire de même dans les recherches historiques. Il ne suffit pas qu'une explication convienne pour certains événements ; il faut qu'elle rende
compte de l'ensemble des faits. Lucrèce donne plusieurs explications, parfois contradictoires, du même phénomène physique. Une seule, cependant, est vraie et même toutes sont peut-être fausses. Mais que lui importe qu'on adopte une explication plutôt qu'une autre ? Toutes étant naturelles ruinent la croyance à l'intervention des dieux dans les affaires du monde, croyance qu'il veut détruire. La pratique de Lucrèce n'est plus de mise aujourd'hui.
Dans toutes les sciences autres que les mathématiques on ne peut arriver qu'au probable: mais la probabilité peut être si grande qu'elle équivaut à la certitude. La gravitation universelle n'est qu'une hypothèse ; mais, tous les faits la confirmant et aucun n'étant en contradiction avec elle, on la regarde comme une loi. Cette méthode est bien différente de celle qu'on a prétendu quelquefois suivre dans la recherche des sources où ont puisé les auteurs anciens. M. Eellerdit(l) qu'il ne servirait de rien de lui montrer des cas particuliers où sa théorie est en défaut, qu'il faut en prouver l'erreur fondamentale (2). Nous croyons, au contraire, qu'un seul fait en contradiction avec une hypothèse prouve que cette hypothèse est fausse ou incomplète, et, par conséquent, ne saurait être élevée au rang de loi.
Mais Yalérius d'Antium est-il bien la source commune de Tite-Live et d'Appien pour le traité des Romains avec Hasdrubal?On lit dans Tite-Live (3): c Selon Valérius d'Antium, on tua ce jour-là plus de quarante mille ennemis. Caton, qui cependant ne déprécie point ses hauts faits, se borne à dire qu'il y eut beaucoup d'ennemis tués, sans préciser le nombre. • Tite-Live, pour raconter la guerre de Gaton en Espagne, en même temps que Yalérius d'Antium, avait donc sous les yeux un ouvrage de Caton lui-même (4).
(1) Der zweite punische Krieg und seine Quellen^ p. 166.
(2) On a dit en ce sens que le tout commande les parties. |3) XXXIV, 15.
<4) Quel était cet ouvrage ? On serait d'abord porté à croire qu«
Uxi fragment de Catoii (1) nous montre qu'il avait eu soin de relever toutes les prétendues violations par les Carthaginois du traité de paix avec les Romains, entre la fin delà première guerre punique et le commencement de la seconde. Rien d'étonnant alors qu'il ait parlé de cette addition au traité dont Âppien aurait puisé la mention dans Valérius d'Ântium.
M. Hesselbarth dit (2) : c Les soldats de Gaton devaient être très instruits en histoire, si, en entendant les paroles de Gaton, ils comprenaient de quelle addition à quel traité il s'agissait. Combien il eût été plus simple de dire : Hasdrubail denunciaveruni ! > Mais la façon vague dont s'exprime Caton semble prouver qu'il s'agit ici d'un bruit général, plutôt que d'un fait précis et positif: c'était une opinion accréditée et que les soldats comprenaient à demi-mot. Si cette opinion était générale, elle avait dû être reproduite par tous les annalistes romains, et non en particulier par Valérius d'Antium. Il est, par suite, très douteux qu'il soit la source où ont puisé Tite-Live et Appien.
Ce qu'il y a de sûr, c'est que cette tradition est exclusivement romaine. On s'est quelquefois demandé si elle ne remontait pas jusqu'à Fabius Pictor (3). Mais, comme Polybe ne parle pas d'elle, même pour la combattre, il est probable qu'elle est postérieure à Polybe. Elle était peut-être déjà chez Cœlius Antipater, qui écrivit après Polybe.
On peut dire en général à quelle source puise un auteur ancien^ et si cette source est grecque ou romaine, nationale ou étrangère. Mais il est très difficile de citer des noms précis, à moins qu'ils ne soient donnés par l'auteur ancien lui-même. Ce qui augmente la difficulté, c'est que le plus
c'étaient les Origines. Mais Tite-Live ne parait pas s'être servi des Origines de Gaton. Aussi les critiques modernes ont plutôt pensé qu'il s'agissait du discours adressé au peuple par Gaton à son retour.
(1) H. Peter, Hist. rom. frgt., frgt. 84.
(2i Prog. citéy p. il, note. Gf. Op, cit., p. 100.
(d) Woi^FFLiN, Antiochos von Syracus und Cœlius Antipater,^. 39.
souvent les ouvrages dont s'est servi un auteur conservé sont aujourd'hui perdus, de telle sorte qu'on ne peut faire que des conjectures plus ou moins hasardées sur la nature et le contenu de ces ouvrages. Nous possédons rarement des fragments étendus ou des parties intactes d'un écrivain primitif reproduit par ses successeurs. Cette bonne fortune a permis pour la quatrième et la cinquième décades de Tite-Live de faire presque sûrement le départ entre ce que l'historien latin doit à son devancier grec et ce qu'il emprunte aux annalistes romains. Mais, parmi ces annalistes, lequel suit-il, à un moment donné, à l'exclusion de tous les autres?
Pour la troisième décade de Tite-Live et en particulier pour les deux premiers livres de cette décade, qui correspondent au livre III de Polybe, la question se complique encore. On a cru pouvoir dire que Tite-Live n'avait pas Polybe sous les yeux. Alors tous deux se seraient servis d'un modèle commun, Silénos ou Fabius Pictor, et cela Polybe directement, Tite-Live par l'intermédiaire d'un annaliste romain, Cœlius Anlipater. Cette hypothèse souffre bien des difficultés. D'abord, c'est expliquer ce qu'on connaît en partie par ce qu'on ignore absolument, obscurum per ôbsctirius. Ensuite, il est facile de prêter les caractères les plus contradictoires à ce dont on ne saurait déterminer la véritable nature. Enfin, c'est faire de tous les écrivains anciens de misérables copistes, qui auraient seulement reproduit un ouvrage antérieur. On pourrait encore le croire pour Tite- Live, qui avait à parcourir toute l'histoire romaine depuis les temps primitifs, avant les rois, jusque vers la moitié du règne d'Auguste. Mais comment attribuer une pareille méthode à Polybe, qui ne raconte l'histoire des pays méditerranéens que depuis la première guerre punique jusqu'à la prise de Carthage et de Corinthe, c'est-à-dire pendant un peu plus d'un siècle?
Un double écueil doit être évité dans les recherches de ce genre, l'' C'est de croire vrai partout et toujours ce qu'on a
reconnu comme tel une fois, dans une circonstance particulière. C*est ainsi qu'on a voulu appliquer à tous les histojpiens anciens la pratique de Tite-Live vis-à-vis de Polybe, dans la quatrième et la cinquième décades. C'est ici une induction vicieuse, parce qu'elle est trop généralisée et trop précipitée.
29 II faut prendre garde d'appuyer une longue suite de déductions sur des prémisses qui ne sont .pas ellesHnêmes complètement certaines. Il faut toujours se souvenir de Spinoza : il bâtit tout son svstème sur la définition de la substance. Si on lui accorde l'exactitude de cette seule définition^ tout ce qui suit en découle nécessairement.
Il est impossible, pour la Grèce et Rome antiques, d'écrire sur une époque particulière une histoire durable et vraie, si l'on ne fait pas une critique rigoureuse des auteurs anciens qui ont raconté la même période, en cherchant les sources où ils ont puisé leur récit et en s'aidant de toutes les ressources de la comparaison et du raisonnement. Mais il ne faut pas oublier que dans les mathématiques seules on peut arriver à une certitude absolue, que toutes les autres sciences ne font que donner des probabilités plus ou moins grandes, et que l'étude des sources, en particulier, ne peut atteindre qu'une probabilité très faible.
On le voit par les divergences qui ont partagé jusqu'à ce jour les érudits sur la question de savoir si Tite-Live s'était servi de Polybe dès le commencement delà troisième décade. Cependant les circonstances ici sont extrêmement favorables, puisque nous avons complet le livre III de Polybe. Comment s'étonner dès lors que pour les annalistes à qui doivent être rapportés les passages du XXI« et du XXIP livres de Tite-Live non empruntés à Polybe, puisqu'ils n'ont pas chez lui leurs analogues, la plus grande diversité d'opinion règne entre les érudits ? Les uns tiennent pour Fabius Pictor, d'autres pour Cœlius Ântipater, d'autres enfin pour Valérius d'Ântium, Cincius Âlimentus ouSilénos. Il est très
difficile, pour ne pas dire impossible, de décider à quel annaliste romain Tite-Live prend tel détail ou telle partie du commencement de la troisième décade. Mais on peut'à tout le moins déterminer, avec une certaine vraisemblance, les modifications que Tite-Live apporte à Polybe, ou les additions faites à son récit, additions qui contredisent souvent, parfois sans qu'il s'en aperçoive, ce qu'il raconte d'après l'auteur grec.
Critique des vingt premiers chapitres du livre XXI de Tite-Live.
Nous nous proposons de faire ici cette étude pour les vingt premiers chapitres du livre XXI de Tite-Live, c'est-à-dire pour les préliminaires de la seconde guerre punique, jusqu'à ce qu'elle ait été déclarée solennellement dans le Sénat de Carthage par les députés romains.
Tite-Live commence la troisième décade en imitant Thucydide ; il a été imité à son tour par les historiens romains postérieurs. Vient ensuite une courte notice sur Hamilcar, Hasdrubal et Hannibal. Ce passage doit être emprunté à un annaliste romain, à cause des détails odieux qu'il contient sur les rapports d'Hamilcar avec Hasdrubal et d'Hasdrubal avec Hannibal. On y reconnaît l'idée de Fabius Pictor, d'attribuer la seconde guerre punique plutôt aux Barcas qu'au gouvernement de Carthage. Mais Tite-Live a lu certainement Polybe, car l'auteur des décades dit que ce qui excitait surtout le ressentiment d'Hamilcar, c'était la perte de la Sicile et de la Sardaigne, la première cédée par suite d'un désespoir précipité, la seconde ravie perfidement par les Romains. Tite-Live ne fait pas difficulté de reconnaître la politique déloyale de Rome que Polybe avait indiquée en plus d'un endroit et que les historiens romains postérieurs dissimulèrent. Mais bientôt après Tite-Live s'écarte de Polybe : il dit que la guerre des mercenaires dura cinq ans, Polybe trois ans et quatre mois. Les conquêtes d'Hamilcar en Espagne n'étaient qu'un moyen pour recommencer la guerre
contre Rome : t Ou pouvait voir, dit Tite-Live, qu'il médi* tait une guerre plus importante que celle qu'il faisait pour le moment, et que, s'il eût vécu davantage, il aurait conduit en Italie les Carthaginois qu'y conduisit plus tard Hannibal. • Hamilcar commanda pendant neuf ans en Espagne. Après sa mort il eut pour successeur, pendant huit ans, son gendre Hasdrubal. Ces chiffres sont d'accord avec ceux donnés par Polybe. A la fin du chapitre 2, Tite-Live donne, sur le traité d'Hasdrubal avec les Romains, les détails que nous avons examinés plus haut.
Tite-Live raconte ensuite qu'Hasdrubal envoya demander à Carthage Hannibal, le fils d'Hamilcar. Â ce propos il place dans la bouche d'Hannon, le chef du parti opposé à celui des Barcas, toutes les calomnies colportées à Carthage et complaisamment acceptées à Rome contre les généraux de l'armée d'Espagne, ennemis des Romains et de l'oligarchie carthaginoise. On trouve dans le discours d'Hannon les accusations sous lesquelles on a essayé d'accabler la mémoire d'Hannibal. Tite-Live donne de celui-ci un très beau portrait, dont le commencement est peut-être inspiré par des historiens carthaginois, mais dont la fin est empruntée, sans nul doute, à des annalistes romains (1). c Avec ce mélange de vertus et de vices, continue Tite-Live, il servit trois ans sous Hasdrubal. » C'est ici une inexactitude. Hannibal était en Espagne au moment où son père fut tué. Tite-Live nous a dit qu'il avait neuf ans au départ d'Hamilcar pour l'Espagne. Gomme Hamilcar y resta neuf ans, Hannibal avait à la mort de son père dix-huit ans. Nous ne savons pas qu'il soit alors retourné à Carthage (2). Ce serait seulement cinq ans plus
(1) « De si grandes vertus avaient pour contrepoids de bien grands vices : une cruauté sans bornes, une perfidie plus que punique ; pour lui rien de vrai, rien de sacré, nulle crainte des dieux, nul respect du serment, nulle religion. ■
(2) Après Zuma, Hannibal disait dans le Sénat de Carthage (TrrE- LiVE, XXX, 37) : « Parti à neuf ans, je reviens après trente-six ans
tard qu'Hasdrubal l'aurait fait venir auprès de lui. Il avait alors vingt-trois ans. C'était bien tard pour être le mignon de son beau-frère (1).
€ Du jour où il fut nommé général, dit Tite-Live (2), il sembla qu'on eût assigné à Hannibal pour province l'Italie et la guerre contre Rome. » Tel devait être le secret dessein d'Hannibal. Mais il ne le montra pas avant d'avoir achevé la soumission de toute l'Espagne au sud de l'Èbre. Tite-Live voulait, sans doute, raconter immédiatement l'agression d'Hannibal contre Sagonte. Mais il vit chez Polybe que cette attaque avait été précédée par deux campagnes très laborieuses. Donc il commença par rendre compte de ces deux campagnes, en reproduisant avec exactitude le récit de Polybe, sinon qu'il précise davantage ce que l'historien grec avait laissé dans le vague (3).
c Les hostilités n'avaient pas encore éclaté avec Sagonte^ dit Tite-Live au commencement du chapitre suivant (4) ; mais déjà on préparait la guerre, en lui suscitant des querelles avec ses voisins, surtout les Turdétans. Comme ce peuple était soutenu par celui-là même qui faisait naître la
d'absence. » Il n'était donc pas revenu en Afirique depuis que son père l'avait emmené avec lui en Espagne.
li) Tite-Live dit qu'Hannibal servit trois ans sous Hasdrubal. Il a sans doute confondu ces trois ans avec le temps qui s'écoula entre l'époque où Hannibal, après la mort d'Hasdrubal, fut nommé général en chef et celle où, après la prise de Sagonte, il entreprit sa marche contre les Romains, de l'Èbre en Italie.
(3) Gf. LuTERBAGHER, De fontxhus lihrorumXXl et XXII Titi Livii, Strasbourg, 1875, p. 32 sq. — Ces deux campagnes sont très importantes. Dans l'une d'elles Hannibal et son armée coururent de grands dangers. M. Mommsen n'en dit rien, ce qui fausse son récit. De môme, pour le traité d'Hasdrubal avec les Romains, M. Mommsen ne fait pas connaître les circonstances dans lesquelles ce traité fut conclu : la menace d'une invasion de l'Italie par les Gaulois cisalpins. On ne saurait, dès lors, comprendre le véritable état des choses et le vrai sens du traité d'Uasdnibal.
. (4) Gh. 6.
contestation, il devint évident qu'on cherchait, non une discussion loyale, mais un prétexte à une collision. • C'est ici la tradition romaine, qui accusait Hannibal d'avoir provoqué la guerre. Les provocations vinrent plutôt des Sagontins, qui se sentaient soutenus par Rome.
< Sagonte, continue Tite-Live, envoya donc à Rome une ambassade demander du secours (1). > Ce point est très important. Suivant Tite-Live, une première ambassade aurait été décrétée, mais non envoyée. Suivant Polybe. au contraire, cette ambassade serait venue trouver Hannibal dans ses quartiers d'hiver à Carthagène. Les instructions données, d'après Tite-Live, à l'ambassade de Valérius Flaccus étaient très nettes et très énergiques. On aurait déjà songé à Rome à toutes les mesures à prendre pour une guerre avec Carthage. Âppien et Zonaras ne mentionnent pas la première ambassade dont parle Polybe. Celle qu'ils font d'abord partir correspond à celle de Valérius Flaccus ; mais ses instructions sont beaucoup moins énergiques que chez Tite-Live : en cas de refus d'obéissance de la part d'Hannibal, elle doit aller à Carthage, pour se plaindre de la violation des traités et pour demander qu'on lui livre Hannibal. Cette ambassade a le même succès chez Appien et Zonaras que chez Tite-Live: elle n'est pas reçue par Hannibal.
Il est facile de comprendre pourquoi Tite-Live a supposé qu'on avait donné à l'ambassade de Valérius Flaccus des instructions si énergiques : il voulait, autant que possible, défendre sa patrie contre le reproche d'avoir abandonné ses alliés, les Sagontins. C'est pour cela qu'il a réuni les divers événements dans le plus court espace de temps possible. La première ambassade romaine décrétée n-'a pas le temps de partir : on annonce que Sagonte est assiégée. De même Tite- Live nous dit que l'ambassade des Sagontins, pour demander du secours, vint à Rome sous le consulat de Scipion et de
(i) Lire toute la fin du chapitre 6.
Sempronius. C'est évidemment un anachronisme, comme plus tard Tite-Live le reconnaîtra lui-même.
On s'est demandé de quels annalistes Tite-Live d'un côté, Appien et Zonaras de l'autre, reproduisaient ici le témoignage. Comme Tite-Live donne pour chef à l'ambassade non reçue par Hannibal Valérius Flaccus, on a supposé qu'il puisait chez Valérius d'Antium, qui, en toute occasion, prenait soin de rehausser la gloire de la gens à laquelle il appartenait. Appien et Zonaras, qui prêtent aux députés romains des instructions moins énergiques que chez Tite-Live, ne peuvent s'inspirer du même annaliste que lui ; ils reproduisent probablement le récit de Cœlius Antipater, qui n'avait pas la même hardiesse que Valérius d'Antium à dénaturer les faits (1).
On trouve chez Cicéron un passage qui montre que Valé-
(i) 0. Gilbert, Op. cit,, 221 sq. Nous avons vu qu'on attribuait à Valérius d'Antium le récit erroné sur les clauses du traité d'Hasdrubal avec les Romains, qu'on lit à la fois dans Tite-Live et dans Appien. Ce point est douteux ; mais on en a conclu que Valérius d'Antium était la source principale d'Appien. M. Hesselbarth, après avoir d'abord partagé l'opinion de ceux qui prétendent que Tite-Live ne puise pas dans Polybe dès le commencement de la troisième décade (Cf. Hessëlbarth, De jowgrna Canncnsi, 1874 ^, la rejette aujourd'hui. Mais il n'a pu se débarrasser tout à fait de Thypothèse, généralement acceptée dans ces derniers temps, qu'on a nommée la >oi de l'usag"^ des sources par les historiens anciens. Il s'efforce de prouver qu'Appien s'est surtout inspiré de Valérius d'Antium dans ses livres sur l'histoire de l'Espagne^ de la Libye et d'Hannibai. Mais, outre les cas indiqués plus haut pour le traité des Romains avec Hasdrubal et les ambassades à Hannibal et Garthage, le récit de Tite-Live pour la marche d'IIannibal sur Rome, avant la prise de Gapoue, semble emprunté c> Valérius d'Antium, et celui d' Appien et de Zonaras à Cœlius Antipater. (H. Haupt, Mélanges Graux f p. 23 sqq.). M. Hesselbarth n'admet pas ce résultat ; il r^iserve, sans doute, Valérius d Antium pour Appien. Gomme le récit de Tite- Live est encore inférieur à celui d'Appien, il ne reste d'autre hypothèse que celle d'un faussaire inconnu pour la source de Tite-Live. — Pour les deux derniers livres de la troisième décade on a cru aussi pouvoir affirmer qu'Appien et Zonaras se servaient de Cœlius Antipater. (Cf. ZiELiNSKi, Die letzten Jahre des zweiten punischen KHeges, p. 136 sqq.)
rius Flaccus était bien un des députés envoyés en Espagne à Hannibal (1). Seulement les instructions rapportées par Gicéron sont beaucoup moins énergiques que celles mentionnées par Tite-Live, et concordent avec celles dont parlent Âppien et Zonaras. Gicéron cite plusieurs fois Tbistorien Cœlius Antipater. Brutus avait fait de son ouvrage un abrégé dont Gicéron s'est servi dans le de Divinatione. D'un autre côté, comme il ne parle jamais de Valérius d'Antlum, on a conclu qu'il ne l'avait pas lu, ou même ne le connaissait pas. Peut-être l'envoi de Valérius Flaccus en Espagne à Hannibal, comme député, était-il mentionné dans les Annales des Pontifes. Sa mission était un fait, pour ainsi dire, consacré, et l'on ne saurait croire qu'elle ait été imaginée par Valérius d'Antium. On voit combien il est difficile de rapporter à un annaliste particulier, à l'exclusion de tous les autres, un détail contenu chez les historiens postérieurs (2).
Niebuhr disait que le récit du siège de Sagonte dans Tite- Live devait être emprunté à Gœlius Antipater. La même opinion a été soutenue par M. Wolfflin (3). Toutefois on peut remarquer dans Tite-Live, outre des preuves certaines qu'il avait lu le passage de Polybe sur la prise de Sagonte, des détails qui rappellent Appien, suivant qui Sagente ne fut pas emportée de vive force, mais obligée de se rendre par la famine (4). La tentative d'Alcon et d'Alorcus pendant le
(1) Philipp., V, 10, 27 : Nmi enim ad Hannihalem mittimus, ut a Sagunto recédât, ad qiiem mi^erat olim senatus P. Valerium Flaccum et Q. Bœbium Tampilum : qui, si Hannibal non pareret, Karthaginem ire jussi simt,
{2) Âppien et Dion Gassius avaient peut-être la simplement Tite-Live et remarqué la similitude, que nous indiquerons plus tard, entre les instructions données à Valérius Flaccus et à Q. Fabius. Dès lors, ne pouvant reproduire le récit de Tite-Live, ils prirent celui de Polybe. Ils seraient donc plus indépendants qu'on ne dit.
(3) Op. cit., p. 35.
(4) TiTE-LiVE, XXI, 41, 12 : Simul crescit inopia reruvn. On trouve des traces de cette tradition chez les auteurs romains (Cf. Wolfflin, Op. cit., p. 36).
siège prouve que les Carthaginois avaient des amis, sinon un parti, dans la ville assiégée. Suivant Fabius Pictor, reproduit par Appîen, et Diodore (1), les Sagontins, profitant d'une trêve, élevèrent sur la place publique un bûcher, y portèrent leur or et leur argent, le fondirent ensemble, pour empêcher qu'on pût $'en servir, et firent contre les Carihaginois surpris une sortie désespéiée. C'était une perfidie, dont ne s'aperçut pas l'annaliste romain. Si les Sagontins observèrent leur serment vis-à-vis de Rome, il n'en fut pas de même visà-vis d'Hannibal. Cœlius Ântipater. la source principale de Tite-Live pour le siège de Sagonte, corrigea la faute; il garda le bûcher, mais il ne parla pas de la sortie, et prétendit que c'était Hannibal qui, pendant une trêve et avant que les Sagontins n'eussent envoyé leur réponse, avait profité de l'occasion favorable fournie par la chute d'une tour pour emporter d'assaut la ville dégarnie de défenseurs, et faire massacrer presque toute la population mâle, non-seulement ceux qui étaient en âge de porter les armes (2). Les anna-^ listes romains n'avaient pas voulu laisser à Hannibal l'honneur de prendre Sagonte dans un assaut loyal, ni la joie de s'emparer d'un butin considérable. Sagonte n'ayant pas été sauvée par les armes des légions, Cœlius Ântipater l'avait défendue avec celles de la rhétorique. Polybe donnait un récit différent, que Tite-Live mentionne, en le faisant çTécé" der de qiuimqtuim (S). M. Wolfflin condamne les philologues
(4) WôLFPUN, Op, cit. y p. 37.
(2) Tite-Live justifie cette prétendue cruauté d*Hannibal, qui aurait été irrité par la perte de l'or et de l'argent attendus. Tite-Live ne reproduit donc pas servilement son modèle Cœlius Ântipater.
(3) XXI, 15 : «La prise de Sagonte donna un butin considérable. Bien que les assiégés eussent dégradé à dessein tout ce qu'ils avaient de précieux, bien que le carnage eût fait à peine quelque distinction d'âge et que les prisonniers eussent été abandonnés aux soldats, il est certain que le produit dçs ventes donna encore une forte somme et que beaucoup d'objets de luxe et d'étoffes de prix furent envoyés à Garthage. »
qui, au lieu de signaler les contradictions, essaient de les concilier. On pourrait dire la même chose pour Tite-Live.
Tite-Live s'aperçoit alors d'une méprise chronologique dont il s'est rendu coupable (1). Le chapitre suivant nous oflfre les mêmes invraisemblances (2). Il est faux que les Romains aient craint alors pour Rome. Chez Tite-Live on ne rabaisse les Gaulois que pour exalter l'armée carthaginoise et ses généraux.
Après le récit des préparatifs pour la guerre contre les Carthaginois, c les Romains, dit Tite-Live (3), afin de mettre la justice de leur côté avant d'entamer la guerre, députent en Afrique cinq ambassadeurs d'un âge vénérable..., pour demander aux Carthaginois si c'était au nom de l'État qu'Hannibal avait assiégé Sagonte. Vraisemblablement on l'avouerait, on en revendiquerait la responsabilité ; dans ce cas les ambassadeurs devaient déclarer la guerre au peuple carthaginois •. Mais ces instructions . sont tout à fait les mêmes que celles de la précédente ambassade, sinon que Valérius Flaccus n'avait pas été chargé de déclarer la guerre. Cette objection est si naturelle que Tite-Live éprouve le besoin d'y répondre quelques lignes plus bas (4). De plus, les Romains ne savaient pas quelle réponse on ferait à leurs députés. Aussi nous étonnons-nous de lire dans le chapitre précédent (5) : c Le peuple fut invité à ratifier et à ordonner
{i) Ihid. : ff Selon quelques historiens le siège de Sagonte avait duré huit mois « , et la fin du chapitre.
(4) Ce sont les premières paroles qu'il met dans la bouche du sénateur carthaginois qui essaie de repousser Vultimatum de Fabius : « Romains, dit-il {ibid.), votre première ambassade était bien téméraire, quand vous demandiez qu'on vous livrât Hannibal ; celle-ci, plus modérée jusqu'à présent dans les termes, est en réalité plus violente encore. Alors, en effet, Hannibal était seul accusé, seul réclamé; aujourd'hui c'est à nous qu'on veut arracher l'aveu de la faute, pour nous en demander aussitôt satisfaction. »
(5) Ch. 17.
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1a déclars^ioa de guierr» eoDtre CarihAge. • Mais la gu6rr^ n'était pas encore déclarée. Si le gouveraemeat de Gartbâge Allait abandonné Hannibal, lui auraitHoa niéanmoins déclaré la guerre, ou aurait-on élevé quelque prétention exorbitante, eomme l'obligation pour lui de livrer et, au besoin, de combattre Hannibal ? La conduite des Romains lors du commencement de la troisième guerre punique le ferait supposer.
Le chef de l'ambassade romaine chargée de porter à Carthage VuliiTTtatum du Sénat, était, suivant Tite-Live,Q. FabiuSi celui qui fut surnommé plus tard le Temporisateur. Or, Q. Fabius s'était opposé à L^itulus, qui demandait, après la prise de Sagonte, une déclaration de guerre immédiate aux Carthaginois (1). Q. Fabius espérait qu'une menace de guerre déciderait le Sénat de Carthage à séparer sa cause d'avec celle d'Hannibal et à sacrifier ce dernier. Q. Fabius représentait l'opinion, qui semble avoir été dominante alors à Rome, qu'il y avait de graves dissentiments entre le gou^ vernement de Carthage et les Barcas. Cette opinion, au rap'port de Polybe, était soutenue plus tard par Fabius Pictor, le parent du Temporisateur. Celui-ci se trompait, au moins en partie. Pour masquer cette méprise et surtout pour dé^ tourner le reproche d'avoir odieusement laissé périr les Sagontins, Tite-Live, certainement d'après les annalistes ro^ mains qui avaient raconté l'histoire de cette époque, avait réduit le plus possible la durée du siège de Sagonte, avait imaginé le projet d'ambassade que la nouvelle de l'attaque de la ville empêcha de partir, avait supposé que la seconde ambassade, repoussée par Hannibal, ce qui était une violation du droit des gens, avait demandé à Carthage qu'on livrât le général qui assiégeait Sagonte. De même, l'ambassade de Q. Fabius, suivant Tite-Live, n'était que pour la forme : on
(1) ZoNARAS, VIII, 23. Tite-Live (XXI, 6) plaee tout de «lîte après la nouvelle de l'attaque de Sagonte, les discussions dans le Sénat romain qui n'eurent lieu, en réalité, qu'après* la prise de cette viUe.
était bien résolu à recourir aux armes, quoi qu'il arrivÀt. En Msant de Q. Fabius le ebef de l'ambassade cbargée d'aller' déclarer la guerre & Gartbage, on éloignait tout soupçon qu'il eût jamais conseillé et fait triompher une politique plus prudente, mais moins noble et moins généreuse.
Tout eela était faux. Ce n'était pas Q. Fabius, mais Fabius Butéo qui était le chef des députés romains (1). La fameuse déclaration de guerre ne s'accorde pas du tout avec ce que Qous satons du Temporisateur, mais elle est très bien imaginée pour l'idée générale que Tito-Live, d'après les annalistes romains, voulait nous donner des événements. Peutêtre ces détails invraisemblables se trouvaient-ils déjà chez Fabius Pictor (2).
Pour la discussion du point de droit dans le Sénat de Carthage, Tite-Livese sert évidemment dePolybe. De même, et encore plus, lorsqu'il examine sur qui doit retomber la responsabilité de la seconde guerre punique (3).
{i) A. ScHAEFER : Commeniationes in honorera Momms,, p. 8sq.
(2) Hesselbarth, Op. cit., p. 137.
(3) Cf. POLYBE, III, 29 et TiTE-LiVE, XXI, 19. On a noté ici une différence ou plutôt une méprise, qui vient de ce que Tite-Live n'a pas bien compris ou exactement rendu l'historien grec. Tite-Live dit: Et cum adsumerc novos liceret socioSy quis œquum censeret aut ob nulla quemquam mérita in amicitiam recipi Qut receptos in fidem non defendi ? La première partie de la conclusion est étrange : « Qui croirait juste, dit Tite-Live, de recevoir parmi ses alliés un peuple non en considération de ses services ? » L'expression est ambiguë : il pouvait s'agir de services rendus ou à rendre. C'était le second cas qui était vrai pour Sagonte. On dirait que Tite-Live craignait d'avouer que les Romains avaient fait alliance avec Sagonte, non parce qu'elle leur avait rendu des services, mais parce qu'elle pouvait leur en rendre. Mais c'est ici quelque chose d • naturel, et non de juste. Tite-Live a mal traduit l'expression eaoç de Polybe. Polybe avait dit, d'une façon parfaitement claire : « Il est manifeste que sûreté était promise non pas seulement aux alliés que les Républiques (de Rome et de Carthage) pouvaient avoir alors, mais aussi à ceux qu'elles pourraient plus tard acquérir. La vraisemblancey d'ailleurs, est pour cette opinion, "G h^ xat Rdcvroi; av etxô; slvai BdÇeie. Jamais ni Rome ni Carthage n'auraient souscrit à un traité qui leur eût enlevé la faculté d'attacher à leur
L'examen des vingt premiers chapitres du livre XXI dé Tite-Live montre que l'auteur latin se sert de Polybe dès le commencement de la troisième décade, par exemple pour les causes assignées à la seconde guerre punique, pour les campagnes d'Hannibal çn Espagne avant d'assiéger Sagonte, pour le butin fait à la prise de cette ville, pour les prétendus torts d'Hannibal, qui serait responsable de la seconde guerre punique. Mais ces points, malgré leur importance, n'occupent qu'une place assez restreinte dans le récit de Tite-Live. Tout le reste est emprunté aux annalistes romains, qui s'étaient certainement efforcés de donner partout le beau rôle à leurs compatriotes, même au prix d'inexactitudes et d'invraisemblances.
cause, suivant les circonstances, les peuples qui pouvaient se donner à elles comme d'utiles alliés et de fidèles amis, ou qui les eût contraintes, après avoir accepté leurs services, de négliger le soin de leurs injures. » (Cf. Hesselbarth, Op, cit. y p. 148 sq.)
Conclusion.
Résumons, en peu de mots, les points examinés plus haut.
Pour les causes et l'origine de la seconde guerre punique, le récit de Fabius Pictor et des autres historiens critiqués par Polybe peut parfaitement se défendre. Il est très probable qu'il y avait à Carthage un parti de la paix et un parti de la guerre, et la tentative d'Hasdrubal pour changer la forme de gouvernement à Carthage n'a en soi rien d'invraisemblable. Les causes immédiates de la guerre furent bien la prise de Sagonte, qui montra aux Romains qu'Hannibal n'était pas disposé à souffrir de provocations ni d'injustices, et le passage de l'Èbre, qui n'eut pas lieu avant la déclaration de guerre, mais auquel on pouvait s'attendre au premier jour. D'un autre côté, Polybe a raison de voir la cause première de la seconde guerre punique dans le ressentiment, pour les Romains, d'Hamilcar, qui fit partager sa haine à ses compatriotes. Hamilcar avait bien compris qu'il ne pouvait pas y avoir place, à côté des Romains, pour une autre puissance indépendante. Deux États, dans l'antiquité, ne savaient pas vivre en paix, en face l'un de l'autre, dans une sorte de surveillance armée, qui aurait produit une rivalité féconde (1).
Pour la question de droit, on peut dire que les Carthagi-
(1) Ce fut probablemept un malheur pour Rome de n'avoir plus à craindre, après la ruioe de Carthage, d'ennemis énergiques et capables de lui rëîisister.