XXXIV
(4) TiTE-LiVE, XXXIV, 13, ti'ad. Gaucher : lamen addere hoc in fœdere volueriint nt imperii stii Hiberus fluvius esset finis.
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tervalle. On sait que Tite-Live, dans la quatrième et la cinquième décades, ne se sert que de deux annalistes romains, Cl. Quadrigarius et Valérius d'Antium. Il ne parle pas ici du premier. Donc il n'a dû recourir qu'au second. Mais Valérius d'Antium était regardé, dans l'antiquité même, comme un auteur peu scrupuleux, qui avait falsifié l'histoire, sous prétexte de l'embellir. Quelle créance alors mérite le récit d'Appien et de Tite-Live sur le contenu du traité de 226 ?
On voit de quelle importance est la recherche des sources où ont puisé les historiens anciens. Pour savoir ce que vaut leur témoignage, il faut savoir quels sont leurs garants, sur quelles autorités ils appuient les faits qu'ils avancent.
Si l'historien postérieur avait rendu presque exactement le modèle dont 11 s'inspirait, connaître ce modèle serait d'un puissant secours pour faire la critique de l'historien postérieur conservé. Or, on a dit que chaque historien ancien reproduisait, pendant de longs passages, le récit d'un auteur unique, et ne connaissait guère d'autre moyen de se servir de ses devanciers que de les copier. Cette hypothèse a été inspirée par une observation juste, c'est que dans la quatrième et la cinquième décades, pour les faits qui se passèrent en Grèce et en Asie, Tite-Live, pour de longs fragments, suit mot à mot Polybe (I). On en a conclu qu'il avait employé dans toutes les décades la même méthode pour les auteurs dont il s'inspirait, et que les autres historiens anciens avaient fait comme Tite-IJve. C'est ici une induction vicieuse, parce qu'elle est trop généralisée. Une foule de recherches ont prouvé qu'on ne pouvait absolument pas l'accepter dans toute sa rigueur.
D'ordinaire l'histoiien postérieur a modifié ce qu'il empruntait à un de ses devanciers, et cela d'après des récits
(1) Cf. H.NissEX, Kritische Unlersuclmngen ubo- die Qiiellcu dcr vierten und fûnften Dekade des Livius.
parallèles au preinier. ou d'après son propre jugement et sentiment. La méthode de composition des historiens conservés n'était pas aussi simple et rudimentaire qu'on le dit. Ils n'avaient pas toujours, comme Tite-Live dans la quatrième et la cinquième décades, la bonne fortune de rencontrer un Polybe, à qui ils pouvaient se fier absolument. Ils devaient chercher à rendre la véritable physionomie des événements, malgré les contradictions des différents témoignages.
La critique minutieuse des historiens conservés et l'étude sévère des sources où ils ont dû puiser pour composer leurs ouvrages est la condition préalable et nécessaire pour retracer après eux les époques qu'ils ont décrites. Cette méthode est sûre, mais lente. On ne peut guère espérer, en l'appliquant, pouvoir raconter toute l'histoire d'un grand peuple. Il faut se borner à certaines époques, ou même à certains épisodes. Mais du moins on est assuré de faire une œuvre durable, et non un travail éphémère. On trouve des erreurs chez les principaux historiens modernes qui ont retracé les préliminaires de la seconde guerre punique. C'est que la finesse d'esprit et la profondeur de vue ne suffisent pas toujours. Il faut encore l'étude patiente, qui envisage une question sous tous ses aspects et qui n'est pas satisfaite dès qu'elle est arrivée à une explication vraisemblable des événements. Car le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Un jour un savant étranger, dans le laboratoire de Claude Bernard, s'étonnait que l'illustre physiologiste se livrât à des expériences en apparence superflues. « Ne faites pas attention, répondit Claude Bernard ; je cherche à me démolir. » Ce n'était pas tout d'avoir trouvé, pour certains phénomènes, une explication plausible; il imaginait des cas où cette explication fût insuffisante ou en défaut, c'est-à-dire dût être complétée ou rejetée. Il faut faire de même dans les recherches historiques. Il ne suffit pas qu'une explication convienne pour certains événements ; il faut qu'elle rende
compte de l'ensemble des faits. Lucrèce donne plusieurs explications, parfois contradictoires, du même phénomène physique. Une seule, cependant, est vraie et même toutes sont peut-être fausses. Mais que lui imi)orte qu'on adopte une explication plutôt qu'une autre? Toutes étant naturelles ruinent la croyance à l'intervention des dieux dans les affaires du monde, croyance qu'il veut détruire. La pratique de Lucrèce n'est plus de mise aujourd'hui.
Dans toutes les sciences autres que les mathématiques on ne peut arriver qu'au probable: mais la probabilité peut être si grande qu'elle équivaut à la certitude. La gravitation universelle n'est qu'une hypothèse ; mais, tous les faits la confirmant et aucun n'étant en contradiction avec elle, on la regarde comme une loi. Cette méthode est bien différente de celle qu'on a prétendu quelquefois suivre dans la recherche des sources où ont puisé les auteurs anciens. M. Keller dit (1) qu'il ne servirait de rien de lui montrer des cas particuliers où sa théorie est en défaut, qu'il faut en prouver l'erreur fondamentale (2). Nous croyons, au contraire, qu'un seul fait en contradiction avec une hypothèse prouve que cette hypothèse est fausse ou incomplète, et, par conséquent, ne saurait être élevée au rang de loi.
Mais Valérius d'Antium est-il bien la source commune de Tite-Live et d'Appien pour le traité des Romains avec Hasdrubal?On lit dans Tite-Live (3): « Selon Valérius d'Antium, on tua ce jour-là plus de quarante mille ennemis. Caton, qui cependant ne déprécie point ses hauts faits, se borne à dire qu'il y eut beaucoup d'ennemis tués, sans préciser le nombre. » Tite-Live, pour raconter la guerre de Caton en Espagne, en même temps que Valérius d'Antium, avait donc sous les yeux un ouvrage de Caton lui-même (4).
(1) Der zweite punische Krieg iind seine Quellm, p. 166.
(2) On a dit en ce sens que le tout commande les parties.