I. La Roumanie
La Roumanie actuelle se compose de deux Etats distincts : l'un que les Européens appelaient Valachie, mais que les habitants appelaient Muntenia ou Tsara Româneasca (pays roumain) et l'autre qui s'appelait la Moldavie.
Leur cohésion dans un seul Etat n'a été reconnue qu'en 1862 et, on lui donnait le nom, dans les actes diplomatiques, ou de Principautés unies ou Principautés danubiennes. Le nom de Roumanie n'est devenu officiel que vers 187/i. Il a été consacré dans le traité de Berlin de 1878.
D'après l'ouvrage de M. Xenopol^ les Roumains sont les descendants des colons envoyés par Trajan vers 107 pour peupler et occuper la Dacie. Ils ne venaient pas d'Italie, mais ex toto orbe romano, du monde Romain tout entier : leur langue officielle fut le latin.
Les Roumains revendiquent, comme leur domaine, l'ancien
I. Histoire des Roumains de la Dacie Trajane^en français, 1 895).
royaume de Dacie, dont la capitale était Sarmizegethus, située dans la Transylvanie. La vallée oii elle se trouvait porte maintenant le nom de Hatszeg et sert de lit à un affluent du Maros, lequel va se jeter dans la Tisza.
Toutes les revendications des nationalités sont fondées sur le droit historique. Il est donc nécessaire de jeter un coup d'oeil sur les diverses situations que les Roumains ont eues dans le passé.
L'histoire des provinces moldo-valaques est assez obscure jusqu'au treizième siècle. Elles soutinrent des luttes contre les Hongrois et, en 1889, elles subirent, comme alliées des Serbes contre les Turcs, leur part de la défaite de Kossovo.
Dans la seconde moitié du quinzième siècle, le roi de Hongrie, Mathias Gorvin, écrit au roi de Pologne : « Les voïvodes de Valachie et de Maldavie flattent alternativement les Turcs, les Tartares, les Polonais et les Hongrois, de sorte que, parmi tant de maîtres, leur perfidie reste impunie. » Sentant leur faiblesse, ils avaient recours à toutes sortes de ruses avec leurs voisins plus puissants.
A l'intérieur, les élections d'un hospodar faites tous les sept ans par les boyards constituaient une anarchie permanente à laquelle les provinces n'échappèrent pas en se résignant au protectorat des Turcs.
Ceux-ci les firent gouverner par des phanariotes qui les pillaient. Mais un nouveau facteur politique intervint, la Russie.
Le 10 juillet 177^, elle restitua à la Porte les deux provinces et la Bessarabie, mais avec un droit d'immixtion dans leur gouvernement et leurs relations.
Ce droit fut renouvelé dans les traités de 1779, de 1783, de 1792. Le traité de Bucarest de 1812 rendit la Bessarabie à la Russie. Le 17 mars 1826, l'empereur Nicolas exigea de la Porte l'évacuation des Principautés et le règlement de la question serbe. Le traité d'Akermann compléta le traité de Bucarest et un acte séparé plaça la Moldavie et la Valachie
376 LBS CONSÉQUENCES
SOUS le protectorat de la Russie. La Porte essaya de se dégager et provoqua une expédition russe qui, le i4 septembre, la força de reconnaître à la Russie le libre commerce sur la mer Noire et dans tout l'Empire Ottoman, le libre passage des détroits etle droit à une indemnité de guerre de 187 millions de francs. Les Hospodars, la Valachie et la Moldavie, au lieu d'être élus pour sept ans, furent désormais élus à vie. La Russie fit gouverner ces provinces par le comte Kisseleff qui donna un des rares exemples de ce que peut faire un despotisme éclairé : mais il laissa les paysans soumis à de lourdes corvées avec une réduction de 22 à 6 hectares de l'étendue de terre que le propriétaire devait leur remettre.
En août i834, Alexandre Ghica fut nommé hospodar de Valachie et Michel Stourdza hospodar de Moldavie, Ghica fut déposé en 1842 et remplacé par Georges 0. Bibesco. Les hospodars n'étaient plus liés à la Porte que par un hommage au moment de leur élection. Je passe sous silence les agitations intérieures de la Valachie.
L'union des deux provinces fut décidée en principe par le congrès de Paris de i856 : Napoléon III voulait, en créant un Etat assez fort, séparer la Russie des provinces slaves des Balkans; la Prusse, affaiblir l'Autriche; le Piémont,' établir un précédent en faveur du principe des nationalités; et la Russie, amoindrir l'Empire Ottoman. L'Autriche et la Turquie seules y étaient opposées. La Grande-Bretagne se montrait réservée.
En 1869, la double élection du prince Alexandre-Jean Cuza par la Moldavie et la Valachie fit l'union. Une monarchie constitutionnelle fut établie par la constitution de 1866 et le prince Charles, officier de l'armée prussienne, second fils du prince Charles Antony de Hohenzollern-Sigmaringen fut élu comme prince régent. Il avait vingt-sept ans.
En 1871, les Roumains se prononcèrent énergiquement pour la France. A la suite d'une émeute, les insurgés poursuivis furent acquittés.
Quelque temps après, un Allemand, Stransberg, qui avait obtenu grâce à l'appui du Prince, une concession de chemins de fer, fit faillite.
Des agressions se produisirent contre la colonie allemande. Le Prince réunit le conseil de Régence et offrit d'abdiquer. Le parti conservateur roumain eut peur. Les élections lui furent favorables et le Prince resta au pouvoir.
En 1878, non seulement la Roumanie donna le passage à l'armée russe, mais y joignit son armée qui joua un rôle important dans la campagne. La Roumanie fut délivrée de tout rapport avec la Turquie, mais la Russie la remercia de son concours en lui reprenant, en échange de la Dobroudja, la portion de la Ressarabie qui avait été cédée à la Moldavie après la guerre de Grimée. Lord Reaconsfield écrivit à ce propos que « l'ingratitude en politique est souvent la récompense des plus grands services ».
La Roumanie fut érigée en Royaume en i88i,et la constitution subit quelques remaniements en i884.
On connaît le rôle de la Roumanie dans la guerre balkanique. Malgré les manœuvres de l'Autriche-Hongrie, elle intervint au moment de la guerre engagée par la Bulgarie contre la Serbie. Sans tirer un coup de fusil, elle imposa le traité de Bucarest et recueillit un coin de la Bulgarie de 834o kilomètres carrés et de 354 ooo habitants.
Elle a actuellement i4oooo kilomètres carrés et 7600000 habitants.
IL — Les Roumains forment dans la Transylvanie et le Hanat un groupe de 3 millions de têtes. Ils sont en lutte avec h' s Magyars depuis le onzième siècle. Trois questions continuent à les en séparer.
La question du langage, la question religieuse, la subordination politique. La loi électorale votée le 8 mars i8i3 a ii,^gravé la situation des Roumains : d'après l'ancienne loi !<• rapport du droit électoral de chaque nationalité au total
des électeurs était de io,6 p, loo; il n'est plus que de 9,9] tandis que le rapport à la population est de 16,1.
Les Hongrois ont arrangé leur système d'enseignement] de manière que-les établissements classiques ne soient fréquentés que par i Roumain contre i3 Hongrois : 49 48a| contre 3 908.
Dans les établissements non classiques, il y a 8872 Hon-I grois contre 281 Roumains. Quoique les Roumains soient passionnés pour la musique, on compte dans les écoles de musique sur 7471 Hongrois seulement 45 Roumains. Dans les universités, il y a 465 Roumains contre io653 Magyars*.