LE POINT DE DÉPART
Le procès de Sarajevo. — Pas de rapport entre l'assassinat de l'archiduc
et la guerre.
Une dépêche du 28 octobre a annoncé que le jugement n été rendu dans le procès de Sarajevo,
Les accusés, Danilo llio, Veljko Cubrilovic, Nedo Kerovic, Misco Jovanonic, Jakov Milovic, sont condamnés à mort par strangulation. Mikar Karovic est condamné à l'enceliulement pour la vie. Danilo Princep, Nedjelko Cabrinovic,Trifko Grabez sont condamnés .>.() ans d'encellulement.
Celte dépêche a passé inaperçue. Les conséquences de r.issassinat de l'archiduc François-Ferdinand, le 28 juin, ont
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été telles qu'elles l'ont fait oublier. On ne connaît pas les débats du procès. Ces condamnations frappent neuf personnes. Les juges ont dû discuter le degré de culpabilité de chacune d'elles, puisqu'elles n'ont pas été toutes condamnées à la même peine; mais des hommes, complètement étrangers à ce crime, ont perdu la vie par dizaines de milliers, ont subi des blessures de tout genre, des femmes et des enfants ont été torturés et égorgés, des milliers de maisons ont été détruites, les misères et les deuils se sont accumulés en Serbie, en Belgique, en France, dans la Grande-Bretagne, en Russie, en Allemagne, en Autriche-Hongrie. Pourquoi ces victimes immolées aux mânes de l'archiduc François- Ferdinand. ^* Gomment un acte, qui n'engageait que la responsabilité de ceux qui y avaient participé, comme auteurs ou comme complices, a-t-il pu entraîner des sacrifices humains tels qu'ils dépassent en horreur tout ce que les légendes et l'histoire nous ont transmis?
Dans le numéro de juin du Journal des Économistes, examinant les risques de guerre et les charges militaires, je terminais mon article en disant :
Dans chaque pays, les hommes politiques devraient s'attacher à mettre en regard la valeur des causes objectives des risques de guerre et les charges de la paix armée. La disproportion est complète. Restent les causes subjectives. Celles-ci sont impondérables. Elles dépendent de certains états psychologiques dépourvus de tout critérium. Mais on suppose dans les relations ordinaires de la vie que les gens agiront d'une manière raisonnable.
Est-ce une trop grande ambition de demander que les hommes qui détiennent le pouvoir chez les diverses nations|agissent de cette manière?
Gomme la guerre actuelle le prouve, cette ambition était trop grande. L'empereur François-Joseph et l'empereur Guillaume II; leurs conseillers, le comte Tisza, premier ministre de Hongrie ; le comte Berchtold, président du Gonseil commun des ministres de la Monarchie austro-hongroise;