LE CONFLIT DES DEUX CIVILISATIONS
..uUses de guerre immédiate. — La guerre préventive. — Le conilit de la civilisation guerrière et de la civilisation productive.
De ces faits nous pouvons tirer les conclusions suivantes :
Le Kaiser et les hommes qui l'ont poussé à la guerre ont voulu liquider des difficultés intérieures par une grande crise. C'est une conception analogue à celle de la grande catastrophe qui éclaire de ses lueurs sanglantes les rêveries des socialistes révolutionnaires et que Karl Marx et Engels ne cessaient de montrer à l'horizon.
Une grande guerre, supprimait le souvenir des révélations sur les mœurs extraordinaires des favoris de l'empereur, le prince d'Eulenbourg, le comte de Sanders, etc. Elle masquait l'anarchie politique dans laquelle se débattait le gouvernement allemand ^
Elle refaisait l'armée dont les faiblesses avaient été dénoncées dans le livre léna ou Sedan, par Franz Adam Begerlein. Elle renforçait le prestige de l'armée ébranlé par des incidents comme celui de Saverne.
Un article du t> mars igi/i de la Gazette de Cologne disait qu'en 1917,1a Russie aurait achevé la transformation de son armée de terre, établi une flotte sérieuse dans la Baltique, fortifié le golfe de Finlande, réorganisé son corps d'officiers et établi un réseau de lignes stratégiques en Pologne. De plus le renouvellement du traité de commerce avec la Russie
I. V. Sa[)rà. Première partie. Ch. v. Le Goaverntincnl du Kaiser,
aurait lieu en 1917. En l'écrasant auparavant, l'Allemagne lui imposerait les conditions qu'il lui plairait.
11 fallait broyer la France de manière que l'Empire allemand ne la trouvât plus jamais devant lui dans sa politique internationale.
La France avait fait sa loi de trois ans. Elle avait réuni deux classes et avait licencié la classe exercée; son armée serait beaucoup plus forte en 1916, en 1916, en 1917. Ses socialistes avaient voté la grève générale en cas de guerre. Ses finances étaient embarrassées. Ses ministres avaient voté contre la loi de trois ans. Un sénateur, M. Humbert avait prouvé que de nombreuses et grosses négligences existaient dans l'administration de l'armée. On se retrouverait en face de l'armée de 1870, sans qu'il y eût un général dont le prestige s'imposât.
La Grande-Bretagne continuait de donnerdes centaines de millions pour sa flotte. L'Allemagne s'épuiserait avantd'épuiser la volonté et les ressources britanniques. Il fallait profiter de ce qu'on avait obtenu. Le moment était donc favorable pour faire une guerre préventive.
En déclarant la guerre en 1914, le Kaiser ne faisait qu'en avancer la date dans de meilleures conditions ; car cette guerre était la conséquence fatale de sa politique. Elle était l'expression de la doctrine qui place le militarisme au-dessus de tous les besoins de la civilisation, la guerre étant nécessaire à l'Etat.
Un Belge, M. Léon Ilennebicq, dans son livre, Vimpérialisme économique anglais, célébrait avec enthousiasme l'impérialisme germanique :
L'Allemagne, à la fois agressive et méthodique, a grandi dans l'industrie et le commerce, en appliquant aux luttes économiques les principes de son grand État-major; c'est un impérialisme militaire. (P. 276.)
Tout impérialisme économique ou non se traduit par Vultima ratio, la violence.