‹ Les causeurs de la RévolutionChapitre 13 sur 42 · I. — MALLET un PAN · texte numérisé non relu

I. — MALLET un PAN

Louis XIV dcmnndail au cardinal de Janson oà il an si bien appris la politique : c Sire, répondît le prél diplomnle, c'est lorsque j'étais évêque de Digne, en coi ranl avec une lanterne sourde, pour faire un maire de ville d'Aix. » En elTel, la politique se compose d'appren tissages successifs où la connaissance des petites afTaii m6ne à l'inlelligence des graiides : et sans doute, I minuscules révolutions de cette République de Geoèi que Voltaire prétendait poudrer lont entière à bli lorsqu'il secouait sa perruque, n'ont pas peu contribué: faire comprendre à Mallet du Fan la marche, les moyei le but de la Itévolulion française. C'est un noble spe tacle, bien propre à relever le sentiment de la digni humaine, que celui de ce républicain de Genève, ro« liste on France, ministre in partibus de la monarchïft agonisante, qui ne veut contenter d'autres poi'sonnes qttc' sa conscience, la vérité, la logique, qui, soit qu'il écrii». dans le Mercure, soit qu'il corresponde avec ses amis avec les cabinets européens, soit qu'il s'adresse dans i brochures au peuple, aux rois ou aux émigrés, dissèq

1 . Né «Q 174B, mort en 1800. — Mémoires et Corresponrfanwi Hlaliet du Pan, recueillis et mis en ordre par M. Sayous. I11-8. — Salnto-Beuve, CiNieriMtfu Lundi, l. IV, — Paul Tlmreu*^ Dangin, ItoyaliisUt et Républicains, i vol. la-S, Pion, édit. Bl Bulv. — Hatln, HUloire de la Presse.

les hommes et les événements en chirur^'ieii poliliijue consommé, détermine la maladie, indique le remède, qui parla fermeté du son lalenl, sa fiëre indépendance, la hauteur de sa probité, se Tait respecter de ions : consullé, sinon écouté par les princes, il se montre, dans toute la force du mot, historien à la journée, historien pionnier, devance bien souvent le jugement de la postérité et meurt en 1800, pauvre, épuisé, l'âme meurtrie par tant d'échecs, mais toujours fidèle fi son idéal, combattant sur la brèche jusqu'au dernier soupir. Dans ce paysan du Danube de l'émigration, il y a aussi le tempérament d'un chef de parti, coup d'œil rapide, prescience des mouvements de l'ennemi, connaissance profonde du cœur humain, de la tactique et de la slralégie nécessaires : il ne manque à ce général que des soldais. Il a aussi un caractère digue des héros de Corneille, et, quant à l'écrivain, l'abbé do Pradt le place parmi les meilleurs de son temps, à côlé de madame de Staël, de Burke, de Rivarol, Il n'est pas QD styliste, ni un bel esprit comme ce dernier, il a moins de coloris et de pittoresque dans l'expression, mais combien plus de clairvoyance pratique, de sens moral et de précision I Et puis, quelle mordante éloquence, obtenue sans effort, combien de traits énergiques, incisifs, lorsque cegrand avocat consultant de la royauté voit qu'on tourne le dos au succès, qu'on perd la partie avec les mains pleines d'aloutsl a Monsieur, qui vous a lu, vous estime, lui écrivait Joseph de Maistre... Autant que J'ai pu vous connaître en vous lisant, vous aimez à faire justice, s En elTel, il ne pouvait supporter ce qu'il appelait lui-même le tourment du silence : dire la vérité à tous, aux grands comme nus petits, lui était un besoin impérieux, et il l'a

^^ dite.

LES CAGSEERS

dite, au risqae de sa torinne, de sa vie, celui qui pom se d^t^erner à lui-même ce Ger témoignage : < Quoique il étranger et républicain, j'ai acquis au prix de quatre aB|j écoulés sans que je fusse assuré en me couchant de i réveiller libre ou vivant le leademaîn, au prii de tro décrets de prise de corps, de quatre assauts civiqm dans ma maison, et de la eonfiscation de toutes mes prq priétésen France, j'ai acquis, dis-je, lesdroilsd liste; el comme, ù ce titre, il ne me reste plus à gagner* que la guillotine, je pense que personne ne sera tenlé'de me la disputer. *

En même temps qu'il montre ce qu'il faut faire, ce qu'il faut éviter, qu'il trace un saisissant tableau des torts et des fautes des partis eu 1793, qu'il désosse eti qttoli|ue sorte la Constituante et établit son bilan, îl rudoie tous les sopbismes, ne permet pas qu'on s'endorme sur l'oreiller de l'illusion. Vous croyez, bobines gens, que le désordro amène l'ordre, que la démocratie meurt d'elle-mfime? Erreur profonde : le désordre est « uneiret qui devient cause toute-puissante, lorsqu'il est manié par une force qu'aucune autre ne contre-balance >. Il s'a&f J croît de ses propres ravages, il se fortifie, il s'organise^l il crée dos intérêts nouveaux. D'ailleurs n'est-il pas < à l'csseni^e de la démocratie d'aller toucher le pôle t qu'aucun obstacle ne l'arrête » ?

Mallol du Pan ne commet pas la faute si commun»; déitaigner les ressources de ses adversaires. Sans dod observe-l-il, les armées abandonnent les destins de l'B h quelques conjurés obscurs dont Calilina eùl à [ voulu pour ses crieurs publics; mais au milieu du d aarroi des autres partis, soûls Us jacobins ont m&rt

DE LA 1ÎÉV0LCTIÙN. 1Î7

consUimmeut an but, seuls ils éUienl une faclion, ks autres n'étaienl que des cabales, a C'est une graiiiJe et terrible mesure de prudence d'avoir su se melire au-dessus de toutes les formes, et d'avoir employé à l'éi^rd de toul leur sol les mesures qui se praLiijueut daus un vaisseau en péril, ou dans une ville assiégée. »

Dans les Considérations sur la BéBolution française, il développe très finement cette idée qu'il n'y a plus que les esprits Taux qui aient raison, car < l'iiisloiie du temps n'est qu'une liste d'invraisemblnnces s ; il montre l'élut véritable et non le roman de la France révolutionnaire. « Dans les temps ordinaires, les têtes sages sont tes têtes modérées ; dans les temps de crise, les létes ardentes sont les têtes sages. C'est la terreur que re^oiveiit leslhclieuxqui cimente leur union je' est la terreur qu'ils renvoient qui cimente leur puissance, s

Autant il aime àse proclamer de l'école de Montesquieu, autant il est peu de celle de Jean-Jacques, dont le Contrat social ne lui semble qu'un timide exlraîl de celui de Mai'climont Needham, Quant à Voltaire, il l'apprécie avec mesure et raconte l'bistoire si plaisante du traité conclu entre d'Alembert et lui, traité d'après lequel le poète ne cessait de s'extasier sur les tableaux littéraires du géomètre, et le géomètre sur la profonde philosophie du poète. Et cette boutade de Voltaire, dînant avec d'Alembert, Condorcet, faisant sortir ses domestiques: « Maintenant, leur dit-il, continuez vos propos contre Dieu, mais comme je ne veux pas être égorgé el volé celle nuit par mes domestiques, il est bon qu'ils ne vous écoutent pas. *

Il décrit à merveille la maladie sodaYe 4ft wsîi \Kmsïi,

LES CAUSEUR8-J ta roliede t'impossiblL', des panacées soBventin^, lli^ pertinence des faiseurs de systèmes, de celte populace d'écrivail leurs qui regardent toutes leurs opinions comme des dogmes, leurs décisions commo des oracles, loH récits comme des procès-verbaux, tous ces docteurs m) dernes, accoutumés à gouverner avec des mois le g entier, de la pointe du Spitzberg au cap de I)anne-E$| Tance. « Pas un commis-marchand formé par la Icclw de l'Hèloïse, point de maître d'école ajant traduit d pages de Tite-Live, point d'artiste ayant feuilleté Itollit pas un bel-esprit devenu publicistc en apprenc cœur les logogripbes du Contrat social, qui ne fasse laf. }ou['d'hui une constitution. Cependant la socîétës'écroal^ durant la recherche de cette pierre philosophale de lu politique spéculative; elle reste en cendres au fond 6 creuset. Comme rien n'otlrc moins d'obstacles que i perfectionner l'imaginaire, tous les esprits remuantsg répandent et s'agitent dans ce monde idéal... » Il aime la liberté,

L'âme des grands travaux, l'olijel des nobles vœuï,

mais il la croit inintelligible pour le Français et const qu'elle se perd constamment par ses efforts pour s*ag;ri dir: a C'est un malheur pour le genre humain, qua celte idole des grands cœurs reçoit des on Irages de lami même de ses adorateurs... Chaque abus de son pouvi forme un esclave en quelque coin du monde, el, dans lassitude de l'anarchie, on apprend à se dégoûter de l'ïi dépendance. Ses excès sont donc un crime contre U nations... Il faut toujours observer qu'en France, la loi, ni le pouvoir qui en émane, ne sont respect*

qu'autant qu'ils se fonl respecter par fa crainte. PersoDiic u'obéil quand il sent qu'il peut désobéir impuné-

Ses comptes rendus des séances de la Constitua nie dans le Mercure, très lus et goùlés dans toute l'Europe comme des modèles de discussion lumineuse et impartiale, lui ont appris à.démouler le pantin parlementaire, à deviner de loin les intrigues des coulisses, à arracher les voiles, les orneraenls dont les jouniaus complaisants parent l'aclcur politique, s Chaque séance est un jnensonge de plusieurs heures à l'aide duquel on déguise ses propres intentions. La crainte d'être sonpfonué d'idées contraires à celles que l'on professe fait exagérer encore la dissimulation. Les papiers publics qui transcrivent les débals de la Convention ne reprtïsenlent donc que l'histoire d'une mascarade. > Ne pensez pas que le tableau soit chargé. Garai, ce maitre rhéteur, avoue dans une lettre de 1792 à Condorcet qu'il dramatisait et embellissait ces séances de la Constituante qui furent <s moins des combats d'opinions que des combats de passions, qu'où y entendait des cris beaucoup plus que des discours. De ce qui n'avait été qu'un tumulte, j'en faisais un tableau... je rendais tous les sentiments des personnages, mais non pas toujours avec les mêmes expressions; de leurs cris je faisais des mots, de leurs gesles furieux des attitudes, et lorsque je ne pouvais îuspii'er de l'estime, je lâchais de donner des émotions. » N'est-ce pas dans le même esprit qu'un orateur célèbre se vantait du posséder à l'ond l'art de grouper tes chiffres, que certain notaire du théàlrc d'Emile Augier expose sa ihëorie ; tourner la loi en la respectant ? qu'un grand écrivain contemporain parle

H en la respec

de l'art de solliciter doucement les textes? Et, après toul, ne sait-on pas que la vérité, mfime dans les gouvernements parlementaires, est presque toujours ce qu'on ne dit point?

Mallct du Pan a très bien discerné l'imprévoyance et In faluité de Necker' : « Il confondait l'opinion do Paris, de renflouement el de la minute, avec celle que le temps et les lumières ont formée; il se crut inébranlable sur celle pyramide de sable, s Et de même, dans une langat forte, pleine de sève, où l'esprit de profondeur n'exclnï pas quelque âpreté, il dénonce l'inflnenre prépondéraBW de Paris, qui ne s'occupe nullement des provinces. I4 prétendus amis du peuple qui sont en réalité les boui reaux de ses droits, l'insensibilité de la foule devant M scènes de la Terreur : « Abuser de sa force lorsqu'à l'emploie, trembler lorsque l'autorité est vigoureusl voilà le partage de la multitude... l'opinion, dans iM temps de révolution, appartient toujours à celui qui est le maître. » Et quant au bas peuple de Paris, avant et après le 9 Thermidor, il reste toujours « un animal enragé, malgré sa misère profonde ».

]1 sait les vices du siècle el comment des caractères 'efféminés engendrent des mœurs cruelles : c Poflr cou- \ sommer la Révolution, il suffisait de déchaîner les vioc féroces contre les vices lâches, el de mettre aux prises Ifl^ passions amollies avec les passions brutales de la mutt^ tude. ï

i BU]

\ cHtt

1. Cette apprâciaUon ne vise, bien enlondu, que [teclier, mlnfst iDsiiffisiiiil de la. monarcbie en face de la Hévoluiion, el ouMeojealde reiidre hommage à. «es taleols de ilnaailer, de puUU cHtc, à ses vertus privées.

^^r DE LA ItËVOLUTtOH. ]3t

a Le tihéralismc est une niaiserie, a dit le prince de Bismarck, tandis que la révoliilion est une force dont il faut savoir se servir, h Mallel du Pan ne veut ni s'en servir, ni la servir, mais pour la combattre, il l't'ludie à fond, sans rien dissimuler de sa puissance, de ses cbauces de durée, de ce fanatisme d'égalité snr lequel repose la rtligion révolutionnaire : « Tandis que cette foule de i;ens d'esprit, pour qui la ItévoluLion est encore une émeute de séditieux, attendent, comme le paysan d'Horace, l'écoulenienl du ruisseau; tandis que les déclamaleurs plirasent sur la chute des arts etderindusliîe, peu de gens observent que, par sa nature destructive, la Révolution amène nécessairement la République militaire... î Parlant de la première invasion des barbares contre l'empire romain : « Ony découvre, remarque-t-il,l'ima^'e de celle dont l'Europe est raenacée. Les Huns el les Hérules, les Vandales el les Golbs ne viendront ni du Nord ni de la mer Noire, ils sont au milieu de nous. >

Robespierre mort, la Révolution change àl'instanlde caractère ; les grands acteurs ont été massacrés ou mis en fuite, l'ère des idoles populaires et des charlatans en chef «Bl close, il ne reste que des doublures. Les tlierniidoriens sont t des valets qui ont pris le sceptre de leurs maîtres après les avoir assassinés ». Qu'on se garde bien toutefois d'en faire fi ! ' Individuellement, la Convenlion est composée dcpygmées; mais ces pygmées, toutes les fois qu'ils agissent en masse, ont la force d'Hercule, — celle de la fièvre ardente. »

Puis, malgré les crimes de la Terreur, la RévoliiUon invoque le patriotisme des intérêts, le bourgeois vainqueur de la noblesse, Jo paysan acl\&tQ\ic 4a\i\.fttvî> tva.'âa-

LES CAL'SEIIRS

r naiix, le soldat devenu odicier, sans compter le presti^

I de CCS armées vicloiieuses où semblenl s'élre rérngiéet

^^^ les vertus de ta nalioD, de ces armées qui ne sonl n

^^^L royalistes, ni républicaines, mais françaises:! La grande 1

^^H majorité des Français ayant participé à la Révolution pv J

^^^B des erreurs de conduite ou par des erreurs d'opinion, S

^^^K n'est que trop vrai qu'elle ne se rendra jamais à discr

^^^P tien à l'ancienne auforilé ou

^^^ de desceiidre dans le cœur humain pour se convaincre d

I cette vérité, i

La rtévolulion a les timides, les lâches, les agioteul pour recrues, mais surtout elle vit, elle dure par Ifll fautes des gouvernements étrangers, des émigrés et dof princes. Dans sa correspondance avec de Pradi, le marS chai de Casiries, le comte de Sainte-Âldegonde, Portalis, du Panât, Malouel, Mounier, Monllosier,La11y-ToUendal, dans ses divers écrits, Mailet du Pan redouhie d'instances, de conseils prophétiques. Il voit que la République jeté l'interdit sur l'Europe, ï qu'elle la mange reuillel feuille comme une pomme d'artichaut » et il ne sW étonne guère, car l'Europe est finie et elle l'a voulu ; t ne reste que t cent Étals pourris, divisés, hébétés, goi

I vernés par des marionnettes de papier mâché.

Le gouvernement en Europe êlaitdepuis trente ansiu L mascarade ; on allait par le mouvemejit imprimé, mai

I au premier choc, ces vieilles machines sont tombées «

L poudre... Le 18 Fructidor pourrait bien être le 10 Ao^

l de l'Kurope... »

Une contre-révolution n'étant autre chose qu'o révolution contre la révolution, il faut combattre cellSj L ci par ses propres moyens, moins les crimes toutttfMj

que rien ne saurait légitimer. Il imporle à tout prix de rassurer les intérêts, de dénienlrer qu'on ne déclare la guerre qu'à la Convention et au jacohinisme, qu'il ne s'agit nulleineut de l'aire triompher la cause de l'absoltitisme : t Si l'ou n'en venait pas à bout, je le proclame hautement, la Révolution serait indestructible... il est aussi impossible de refaire l'ancien régime que de bàlir Saint-Pierre de Rome avec la poussière des chemins... s

Royaliste européen plutôt que royaliste français, Mallel du Pan voudrait donc entraîner les rois dans une guerre sociale contre la Révolution, non contre la France. Mais il les a jugés, mesurés, eux et leurs ministres, et s'écrie dés le mois de janvier 1792 : «Il n'y a plus d'Europe!... » (I Lorsqu'on a quarante ans, et qu'on n'est pas absolument dépourvu de jugement, on ne croit pas plus à l'empire de l'expérieuce qu'à celui de la raison : leurs instructions sont perdues pour les gouvernements comme pour les peuples, et l'on est heureux de compter cent hommes sur une génération à qui les vicissitudes humaines apprennent quelque chose. De loin en loin, il s'élève quelques hommes d'État supérieurs aux événements qu'ils savent prévoir, préparer et conduire ; mais la routine ou la nécessité gouvernent ordinairement le monde, el la vieille Europe renferme malheureusement plus d'ouvriers que d'architectes, » En ctTcl, il n'esiste parmi tes coalisés qu'un seul grand homme, Catherine II; qu'un véritable homme de guerre, Souwarof. Mais Catherine H s'occupe de la Pologne et la Russie ne dirigera ses armées contre la France qu'en 1790.

Un spirituel sénateur, Al. de Kerdrel. me définissait

un jour les ultras : « Ce sont des gens qui habitent dan( la lune, el qui voudraient que chacun la prit avec Im dents, j NalurellemenI les émigrés exaltés écbleiil e fureur contre cet émigré si raisonnable, et ne parleuï rien moins que de le pendre après la contre-révolulioa. De son cùté, il rabroue vertemenl les Marats à cacarfy blanche, ha gascons delà politique, ces bonnets rougti déguisés qui, à l'exemple des jacobins, ont leurs formule^ leur régime de terreur et jusqu'à leur « pèreDuchesne>i ce Pellier, védacleurde l'Ambigu, à Londres, en i temps qu'ambassadeur du roi nègre Christophe, buvaQ en vin 4e Champaijne les appoinlemetits qu'ot payait en sucre. Ce singulier personnage avait fait faio par un ébéniste de Londres une petite guillotine qu'j exposait moyennant un sf/iff/in^ pour les dernières plac et une couronne pour les premières. Il avait inscrit e gros caractères à la porte de sa baraque : « Aujourd'hui on guillotine une oie, den:ain un canard, t On juge s'il abandonna avec empressement ce métier lorsqu'on lu proposa de devenir le coryphée de la guerre contre l<f monarchiens, ses anciens amis.

Des vîuJences, des injures de ces énergumënes, Mallel du Pan n'a cure, Bt il répondrait volontiers comoi Tliurlow à Pitt qui lui demandait : i Vous me halssCi donc bien d'avoir sacrifii; Hastings? — Je ne prostitue pl{ une aussi belle passion que la haine pour un acte qui s mérite que le mépris. » Mais il déplore leur intlueM prépondérante dans les conseils des princes, inllueuf qui aboutit à la déclaralion de Vérone, à l'expéditian d Uuibcron, à tant d'aulrus témérités maladroites : s'est formé en Europe une Wç,»!* 4% so\s. ftl de fanaliqU

DE LA UÉVOLUTION. 135

qui, s'ils le ponvaicnt, interdiraienl h riiommela faciill<;de voir et de penser. L'image d'un livre leur donne lo Msson : parce qu'on a abusé des lumières, ils exteiminci'aienl (eus ceux qu'ils supposent éclairés; parce que des scélérats etdes aveugles oui rendu la liberle horrible, ils voudraient gouverner le monde à coups de sabre et de bâton. Persuadés que, sajis les gens d'espril, on n'eut jamais vu de révolution, ils espèrent la renverser avec des imbéciles. Tous les mobiles leur sont bons, excepté les talents. Pauvres gens qui n'aperçoivent pas que ce sont les passions beaucoup plus que les connaissances qui bouleversent l'univers, etque,siresprila été nuisible, il faut encore plus d'esprit que n'en ont les méchants pour les contenir et les vaincre ! »

Entre temps, le publiscile ne dédaigne pas la note gaie : il rapporte le cri de ce vieux puritain d'émigration entendant parler des exploits de Bonaparte : « Ne vojezvous pas que ce sont de vieilles gazettes de Louis XIV qu'ils font réimprimer? » Quelqu'un appelle ironiquemcul le directoire : « Un roi en cinq volumes. — Oui, mais ils sont si plats qu'on pourra les relier eu un seul. » Dans un café de Paris, on causait de la difficulté des approvisionnements : « Oui, s'écrie uii plaisant, car ils ne nous reste que cinq cartouches. » Un voyageur entend son hôtelier ordonner au garçon d'écurie « d'aller à la recherche des représentants » ; il s'informe. — C'étaient les dindons de la ferme qu'on désignait ainsi.

El cette boutade sur la liberté révolutionnaire : « Ce

projet. est détestable, on y voit denx chambres et point

de salle à manger. — Vous en direz tout ce que vous

^joni^, on l'acceptera librement soaa cernais vftft^V.T.

LES CftCSITES

4i FhB wT^HÈÊt pas mh pin ce patsan tna^

È^rwmrtïïià à bise des jeunes gens.

oiliM: cCop>«nese>ranls,eesoa(

RcaeQle arec soin las; les réparties orilé sur les murs dl |M-fHl|i»lMBlkedebréactWD :

àElecfccrIsnqirïl accepte le minislël

«née lifti» : < T«^ férins par la loi de Moïse q

i' £l : < Ta^ ■'«HcBem pas ensemble le WaTel l'àDe. 1

Le bana ie Bntaii mhaèoe uo solliciteur qui l'eo-

nanit :

c S'il j aiait en France trois bomoies comme vons, j qaitteniâ i l'histaol le ministère.

— Si Votre Eicelleace tenl allendre on ioslant, je vi loi cherther les deui antres, i ! Le daapbin atoiuut à Louis XT que si les j<5suîles ti

disaient de descendre du trûne. Il le Terait.

f CommeDi donc?... repartit le roi, et s'ils tous ontoi

tnaientdV monter?» Le dauphin tomba à la renverse dai on faute uil.

11 est (lit dans notre Évangile que lorsque Dieu c la terre, on lui représonla que la France englouti rail U aulits Klals; itrépondil que c sa volonté étail îmmoabl mais que, par compensation, tous ses habitants auraiOl Uléte tournée ». (Comie Waldslorfl.)

( Yous sonnez le tocsia, disait en 1790 un minislrs à l'éïèijue de Verdun.

— Il le Tant bien, monseigneur, puisque Tons mêliez le feu pni'loul. s

Lui-nnËme applique à Paris sous le régime de U Terreur celle belle pensée sur Alhènes dévastée par Alaric : t C'est la peau vide et sanglante d'une victime ofTerte au sacrifice; il ne lui reste que des rochers, des décombres et des rhéteurs ».

Il excelle à lancer le trait acéré, humorislique, amer, qui entre dans la mémoire pour n'en plus sortir,

« On ne combat pas une tempête avec des feuilles de papier, dit-U, sachant bien que l'action est tout, qu'on ne saurait attendre ni grandeur, ni énergie de têtes noyées dans l'océan des sottises imprimées, et répétant avec Montaigne :

a L'écrivaillerie est le symptôme d'un siècle débordé. »

î Je ne crois pas que l'histoire doive être uo greffe criminel.

» Les lois seraient mieux faites à coups de dés que par les suffrages d'une multitude.

ï Un homme public ne doit montrer que i'esprîl de son état.

D Ce n'est pas le courage que je redoute dans les factieuî, c'est la peur.

Toute la Révolution est et sera jusqu'au bout une suite de coups de mains; l'avantage restera donc à celui qui gagne ses adversaires d'une minute,

» Paris est comme une France k part,

» Les chouans n'ont que des moyens de révolte, non

de succès.

138 LES cirsEiris

> Le caracUre nalioiul a ^èlerBB

luIiOD : siinullanémenlCTaelleetfr cieiue, iinpélii^t»« dans lendeniaiii ans motir, anssî lé g er» d que dun» la prospérité, iDca^aUc de | d'aucune ré/texJon, Tendanllenu le lit où elle doit coucher le s«ii cette nation, telle on la refoit t •era jusqu'à la fin des siècles.

» Le gouvenieoient ne sobsisle qo'en ^sant de* dn qui en font à leur tour.

« La Këvolulioii a achevé d'éteindre en Franre l'iitfli moral. Le crime, l'opinion, l'obéissaore, tool est *é k )'ari.i; l'honnête homme même a besoin d'être acfai car il participe plus qu'aacon anire à la misère | bliijue. »

Miilk'l du Pan a déploré ' la mort de Loais XTII, s veii ue le 8 juin i 795, après une longue a^nie au Templ^ parco qu'elle a fait sortir la royauté de France, livré la coiiNtitutionnels à la merci des émigrés. « Que l'Enropi re(!oiin;iiM»e ou non le roi, cela ne vaut pas six liar c'est de la France et non d'étrangers battus, conspué^ bals, queluroidoil se Taire adopter; s'il pense autrement il finira comme le roi de Sidon, par être jardinier, i

Et il ne bo lasse pas de répéter qu'il faut écouter l'ii tériuur xi l'on veut entreprendre quelque chose de si lido.

(il! qu'il faut aussi, c'est le désaveu le plus éclatant i tous ces « lirochuriers incendiaires, de tous ces frénétiqul

1. Voir le livre de ït. Chantelauzc, touù A^I-7/, son rnfanct. I pritoB, si ta mort au Temple.

DE LA RÉVOLUTION, 13tl

massacranla qui parlenf à l'arniL'); de Condé, dans les cabiiruls, dans les cercles, comme Gengis Khan ne parlait pas à la tèle de deux cent mille Tartarcs », c'est l'exclusion de oes gens « élrangers aux arts révolulionnaires, lioniLiies de paille qui voient des clochers dans la lune »; c'est le reuonceuient aux équipées à la Qiiiberon, aux extravagances à ta Coblentz, aux romans de chevalerie des Dunois, des Gaatoa de Foix, des rois qui parlent de conquérir leur royaume sans avoir un bataillon et qui parlent à Vérone comme Henri IV parlait et pouvait parler sur le champ de bataille d'Ivrj. a Les monarchistes ne redoutent rien tant que nos grandes mesures, nos grandes armées, nos grands projets dont nous avons vu de si grands résultats!... Encore un coup, posez votre tonnerre impuissant, c'est une partie d'échecs, et non une lambonrînade que vous avez à Jouer... Mais toujours point de chefs, point d'hommes à millions, point de noyau d'armée, point de centre d'opinions et de doctrines auquel on puisse se rallier! »

De bonne heure, il devine l'afTaissement de l'esprit public, la lassitude générale, le désir passionné de la paix, dégénérant en scepticisme i a: La masse commence à oublier qu'il y ait jamais eu un roi, et, une fois la paix faite au dehors, et miré^'ime douï au dedajis, le peuple n'aura plus d'inlérét à désirer un autre ordre de choses. Ceux qui y aspirent, étant sauvés des cachots et des guillotines, se contenteront d'une mauvaise auberge, sans faire un pas pQur atteindre un château où ils seraient beaucoup mieux logés... Que Carnot ou le duc d'Orléans, que Louis XVIII ou un infant d'Espagne soient roi, pourvu qu'ils gouvernent tolérahlemenl, le public sera

I chose

coulent. On prérèrerait la royauté si on pouvait à sdq réveil la trouver réiablie sans secousses el sans dangers... C'est le comble de la démence de croire que ce mênK^I peuple ira s'exposer à une révolution pour restituer ce qu'il a gagné... Chacun ne pense plus qu'à jouir, boire et manger. On ne pense plus qu'à soi, et puis à soi, toujours à soi. s

Il avu trenle fois le port, et la tempête rejette sans cei le vaisseau en pleine mer : les princes n'écoutentque excentriques, les ambitieux médiocres, et il semble qu' aient gagé de se perdre en dépit des. circoiistanci Uallt!l du Pan perd palience, un cri de colère lui échappe: « Il n'est pas un révolutionnaire qui ne doive rester en apprenant de quelle indigne manière sont Imités ce qui ont défendu avec le plus de constance et de cour: les intérêts de la maison de Bourbon. Les princes resl ront ce qu'Us sont; ils n'emploieront jamais que espèces... La monarchie rétablie ne le sera pas | vous; vous serez repoussés par ceux qui l'auront refaîl (ommepar ceux qui l'ont détruite... Les derniers S tuai raisonnèrent et se conduisirent comme on rai comme on se conduit aujourd'hui; on finira comnK eux... Ou ne recouvrera la monarchie que sur di monceaux de cendres et de cadavres, et après avoir vu usurpateur en saisir et en conserver les rênes peut-êl fort longtemps. >

Les disputes des émigrés, voulant se partager la peam l'ours avant de l'avoir lue, lui rappellent ce fou qui sait k un autre fou : « Tu le prétends Dieu le (ils, mais: cela était, moi qui suis Dieu le père, j'en saurais queli chose. » El, apostrophant rudement Hongaillard : <

DE LA RÉVOLUTION. llr

en éles-vous donc? Est-ce au niomenl présent ou au\ [n'ophélies de Nostradamua?... Ce sont les fantômes dans les ténèbres de la mort... Baissez la toile, la pièce est jouée. >

La pièce est jouée en effel, sa prédiction s'accomplit, et il n'a pas le temps d'apprécier toutes les conséquences du 18 Bruntiaire : « Attendons la moisson, disait-il, pour juger de la semence... Bonaparte est roi, combien de temps le sera-t-il? llala tète dans les nues; sa carrière est un poème; son imagination, un magasin de romans liéroiques; son théâtre, une arène ouverte à tous les délires de l'entendement ou de l'ambilion. x Au printemps de 1800, la plume tombe des mains de ce vaillant', il meurt le 10 mai, et ses amis durent se cotiser pour payer ses funérailles : la postérité qui révise lanl de procès mal jugés en première Instance, commence à lui rendre justice, elle lui applique celte devise inscrile sur un de ses ouvrages : Nec temere nec timide; ni témérairement, ni timidement, et consacre une gloire qui doit être clière à tous les amis de la vérité, de la justice et de l'honneur.

On est toujours le jacobin ou le réactionnaire, l'utopiste on le sceptique de quelqu'un. Comme on rapporte tout à

1. M en 1740. mort ea ISU. — Mémoires de Malouel, publiés par son petil-flls lo baron Malouet.â vol. la-H. )>]oq, ûdit. — Sainte- Beuve, Nouveaux Lundit, t. XI, Calmann L6vy, édit. — Bardoux, le Comte de Sfonlloiier, Calmann Lévy, édIt. — Léonce de Laverpiei Bteue det Deux Monde», i^'"^ 181Ï-

I tta

le voit hors de soi ([ue soi-même, chacui W en JDgeaut les autres, fait l'uiiologie de son caractère, d< sa conduite, et nos applaudissemenls, nos criliques aboi lissent, par une sorte d'action réflexe, à la glorificatî de nous-HiÈmes. Un tel vous semble un cerveau brùlé vous vous imaginez avoir le génie de la prudence et que déesse Minerve habite en vous. Vous laxeî votre d'égoîsme : discrètement vous laissez entendre par la générosité, la conliance, la grandeur d'àme vous sai échues en partage. X'" touche à la perfecliou... seuh ment X'" vous ressemble en tout point,.., à part ce tement, le seulement du Faux Bonhomme de la comédi de Barrière. Comment la vanité, rélernelle vanité, mi des aclions humaines, n'a-t-elle point d'autels, elle trouve si peu d'infidèles?

Malouet n'a pas échappé ft la loi commune. Tandît' que les émigrés le haïssent comme jacobin, que d'Esprdménil le surnomme «l'hérétique à bonnes intentions», que Ferrand écrit : « Malouet méritait d'élre pendu bieo qu'il fût honnête homme », Mirabeau répète sur lui In propos de Plutarque : «qu'il tenait de bons propos mal k propos », et beaucoup de députés le considèrent comme dupe ou complice de la cour. Plus tard, Napoléon l'appelie: ■ » Monsieur l'idéologue, parce qu'il gardait en son âuM le culte de la monarchie représentative, parce qu'aussi U n'approuvait pas toujours la politique impériale. Tous, d'ailleurs, apprécient l'intégrilë scrupuleuse', les talents administratifs, la fermeté héroïque, la modération in-

1. La probité, dit excelle m ment Malouet, n'est point d'orgueil, c'est un capital sans produit hors les limites conscience.

loint un ndl imites de '^M

DE LA UÉVOLDTION. 1«

flexible de ce grand fonctionnaire. Secrétaire d'ambassade àLisbonne, commissaire à Saint-Domingue, inlendant de Ca; enne, întendaiil de la marine à Toulon, il s'élail montré égal et supérieur k ses diverses tâches : député à la Consliluanle, il défend avec la plus noble conslance lu roi, la royaulé, la liberlé'. « Il est, dit Burke, le dernier qui ail veillé auclievelde la monarchie expiran te, el l'on sait que lorsqu'il entra aux Tuileries après Vareones, la reine dit au dauphin : « Mon fils, connaissez-vous monsieur? n —Non, ma mère, répondit l'enfant, — C'est M.Malouet, reprît la reine, n'oubliez jamais son nom. î

Dénoncé, poursuivi depuis le 10 Août, échappé par miracle aux assassins, il parvient à passer en Angleterre. Le procès du roiluiajanl rendu «l'énergie de la douleur» il réclame vainement l'honneur de défendre Louis XVI. Napoléon rouvre au proscril les portes de la France, le nomme commissaire général de la marine, préfet marilime à Anvers, où il accomplit de grandes (.hoscs dans un cadre restreint. Conseiller d'Etat, l'indépendance de sa

1. Hallet était curieux comme un enRiat do toutes les figures des émigrés; il demanda prËdsément d'aller se promener au Parc ta Bruxelles). Ne voalani pas laisser oulragor un de ses amis, Montlosler s'actiemina avec lui. décidé à rupousscr la violtuce par la violence. Ils eulrËrent ainsi dans ia prnmeaade, MonUasier lui donoant le bras et enfonçant de temps eo temps son cbapeau pour l>ien Mre comprendre qu'il élall décidé à repousser toute insulte. Il y eut quelquQs rires, i]uelqucs cbuchotemeots, mais rleu de plus. M alouet arrive desoncûté à Bruxelles. LuiauHSl manifeste le désir ue se rencontrer à la promenade avec ces Tous d'émigrés, comme II les appeUll. Montlasler prit les mêmes précautions; mais, tandis que Mallet avait un extérieur rude, Maloiiel avait tant de grâce dans les manières, quelque chose de si t)ionvtillanl et si indulgent pour tout le monde, que lout le monde le lut pour lut. ^ltB.t:dQus, ^^^Eùmte lie ^OHiloiier, p. ÉG.)

^^■'Wi LES cACSLrt<

^^V paml« et de 30 Moseils, » éiaagfnbmÊm ^ Psifé^

^^B llcrn if. Ftutfîe, SI pairiotifaeieaa^iMlBatliRalbéb-

^^H^ |ràc«el l'exil i l'eaiperenr ae {Mttk pteca faildc dé-

r voncmeiil (juc f ce cléTOoemcnl tàtaï ami friacn fiï n

I lOiit t'ubjcl ». La première Rest^usliMi In nanl caÊâé

^^ Je |)ortcrL<uiUe de la marine, il osa 6ms crlK Ucke k

^^^k TMlc de B(t.s Torrps el mogml Ie6 septembre ISI-I, empor-

^||^P Uni dans doute avec lui celle eâpênsce ^oe la FniKe

^^ nvnillDnA)!*.^ If l>(irl cl ne se rejclteraîl plus en pleine

Ivmpl^lc, espi^rniice biea vaioe daas un pars « où lesopi*

liions el lus cac.irdofi lieanenl plus de place que les priu-

I Cljicii *. Il iJO l.iissail à ses eufanU, suifant i'eipre£>ion

i]ti cliaiicclier Dnmbi-ay, • que Théritage de »ou uom el

I l'inuiiiple de ses vertus ». L'Etal fit les frais de ses Toné-

^^ nllles.

^^B Lt)N Mémoireg de Malouet, un des meilleurs lÎTres

^^^ ((U'iiu nit laits Mur la Cuiisliluaiitc, doDDent l'idée d'un

' éiTivalii élOicaiil el précis, sévère aux folles de gauebe el

dVxIrAiiie droite, moins préoccupé de l'éclat de l'expre»-

itoii i|Uu do lu justesse et de la clarté de l'idée, ennemi de

e h il^clkiiialioni 'les assertions hasardées, des prétendus

I lIllU putllifs fondés sur des oui-dire : oo y sent l'homme

qui u manli^ les grandes alTaires, appris lavie ailleurs que

dans U'» livri'», qui puise dans son expérience même ces

Diii ui<t'rtu», ces hautes inspiralionsauxquelles princes el

iiiinitlrpH, s'ils oiissmil prêté l'oreillo, auraient dû peut-

élro Itiur taltit. Manxoni disait de Cavour qu'il avait lotit

d» riiomnio d'rltal, la prudence et même l'imprudcncs;

A Maluu(>t ml)nqul^rt■ut cette imprudence du génie, cette

volinilrï «up^riouro, ees dons sublimes qui conjurent les

t'rlêtt», ifuitipleiil les èv4i\en\on\6 «\ &\x\%%nt. W ftassioo%

DK LA HÉVOLUTION. Ub

mais sa perspicacité Tut rarement en défaut. A propos de l'indétision l'oncîère de Louis XVI, il écrit ; a II y a tel capitaine de |;renadiers qui l'eût sauvé, lui et l'Étal, s'il l'avait laissé faire. »

J'imagine que Malouet aurait su choisir ce capitaine.

Avant de partir pour les états généraux, il avait revu & Marseille l'abbé Rajnal ', qui, très inquiet des exagérations de l'opinion publique, connaissant la pusiltanimilé du roi, de son conseil, lui linl ce langage : « Je vous aurais détourné de votre projet si vous aviez fait la même faute que moi de vous signaler parmi les enthousiastes de la liberté et tous ceux qu'on appelle ou qui se disent philosophes. Dans l'état actuel des choses, je ne puis servir ni le peuple, ni le roi. Le premier croirait que je me suis vendu à la cour, si je parlais aulrenieiit que mon livre, et la cour se défierait de moi comme d'un ennemi, si je voulais défendre l'autorité légitime. Ainsi je me refuse obstinément à toute proposition de dépulntion; ma's vous, qui m'avez parlé raison quand je m'en écartais, allez essayer ce langage ; je souhaite qu'il réussisse, mais je ne l'espère pas. »

L'abbé Raynal, qui autrefois... et oon qui depuis...

I. Frédéric II, raillant son loa soleanel, écrivail k d'Alcmbert : • J'ai cru m 'entre tenir avec la Provideace. s 11 lui donna un jaur celle Icijon de politiqne : t Uonsieur l'abbé, vous D'aimex pas le despotisme, ni moi non plus ; mais savEz-vous où je vols le despollsmB? dans l'injustice et l'Ignorance... Il taal qne chaque peuple soit gouferné selon Bon gtnie, ses mœur» et ses besoins; vous demandez beaucoup plus, vous autres phitosopiies; maUsl vousËttez à la tËle dos alTalres, vous laisseriez là vos livres, a L'abbé acquiesçait cl ajoutait : < niais dans la foule des rois, combien peu de Frcdci'lcsl 1

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combinaison, à connaître les hommes, diriger les dioiv, à prOseiiler un plan arrfilé de concessions, de réformes, qui, au lieu de tout ébranler, consolide les bases de l'auturilé?

La marquise de Lambert écrivait à l'un de ses amis : a Qu'on trouve de peuple à la cour 1 J'appelle peuple tout ce qui pense bas et communément. La cour en est remplie. » Pour ne pas s'exprimer aussi dnrement, Malouet blâme hautement les courtisans auxquels il reproche d'accélérer la catastrophe en se déclarant et contre le roi et contre les ministres, l'attitude de la noblesse à la Constituante] à l'étranger. La démocratie, coufesse-t-il, et toutes ses fureurs sont nées des prélenliuus inilautes de l 'aristocratie... £t dans sa Lettre aux ÉtHigrants : « Vous vouliez ce dont on ne voulait plus, sans savoir empêcher ce quu l'ou voulait et sans rien mettre â la place... Si vous mêlez vos sentiments à une colère étrangère, quelque fondés que vous soyez daus vos griefs, lous n'ëles plus des citoyens français. Pour venger vos injures, il faut les oublier, i

Quant aux orateurs du câlé droit, Maury, Cazalès, l'abbé de Mûntes<juiou, a ils ont trouvé l'art de discréditer avec beaucoup d'esprit les meilleurs principes, lesplussames maximes, de n'avoir presque Jamais lorl en morale, mais presque toujours en politique... Ils défendaient avec chaleur les bases fondamentales de la monarchie, de lu rc! igion, de la propriété, qu'ils éiiranlaient ensuite en y met tant'Ies privilèges et les abus d'un régime dont on ne voulait plus: et la confusion malhabile du prinripal et de l'accessoire les a rendus, bien malgré eux, complices de ^deslJ^UCliou qu'ils redoulaictit. s

Cependant, landis que tout s'ugitait aulour de To^e gouyernemenl hésilail, attendait, appelait tous les périls sans eu repousser aucun. Le dédain avec lequel on parlait à la cour du parti populaire, persuadait aux princes qu'il n'y aurait qu'à enfoncer son chapeau pour le disperser; et, le moment venu, l'on ne savait même pas enfoncer son chapeau. Il fallait, comme dans un graud incendie, « se presser de faire la pari du feu et sauver la cité aux dépens d'une portion des faubourgs », se souvenir « qu'il n'y a que deux manières de diriger les hommes avec succès, une force agissante dirigée par la raison, oa une raison attirante qu'on ne puisse pas croire dépourvue de force. La force sans la raison brisera tout; la raison sans la force ne conservera rien. »

Le parti populaire avait pris l'habitude de tout mettre en question et de considérer le gouvernement comme une chose à créer plutôt qu'à réformer : il crut qu'il ne devait pas rester pierre sur pierre de l'ancien édifice au moment où on en construisait un nouveau. D'ailleurs, il eut l'art de se présenter tout d'abord en masse, de réduire la question au plus simple terme : mous voulons la liberté, et à cette parole qui fut bientôt consacrée, des millions de voix répondirent dans les clubs, dans les carrefonrs : Nous la voulons. Voilà toute la force, toute la magie de la Révolution. Les arrière-pensées se voilent sous celte enseigne nationale s tandis que ceux qui conleslentles conditions et les moyens sont inévitablemenlj classés parmi les ennemis du bien public ». Malouel re-^' marque justement l'empire des idées simples et positives sur la multitude, lorsqu'elles répondent à ses goûts, à ses besoins. La foule est simpliste, les détails lui échappent

DE LA RËVOLUTIOI«. U9

elle ne voit qu'en gros, déleste les solutions mixtes el court aux extrêmes.

Malouel affirme que la masse du parti populaire, la masse du parti royaliste n'avaient aucun projet coupable et ne manquaient point de courage; la première subissait une mauvaise direction, la seconde n'en avait pas : voilà loule la différence. 11 y a plus, la très grande majorité des citoyens, à Paris, dans les provinces, dans l'Assemblée, ne coopérait aux désordres, activement ou passivement, que dans l'intention d'éviter de plus grands maux.

Au reste, le club des Jacobins vivait au jour le jour, comme le parti de la cour. L'historien, s'il est impartial, sera fort embarrassé d'allacher un nom à chaque action criminelle. « Dans l'agitation violente d'une grande multitude, un mot dît au hasard ou à dessein, tue un homme, brûle une ville... La fureur du peuple est une véritable électricité morale et pbysique. Le premier venu qui demande du sang est toujours obéi, qu'il soit animé par une inimitié personnelle ou par l'ivresse générale... La Terreur, dont les républicains purs ne proclament le régne qu'en 1793, date, pour tout homme impartial, du Uiuilletl789...»

Historien consciencieux, Malouet refuse de mettre toujours une faction en évidence, de lui rapporter, comme à un centre, tous les attentats. Mais il a vu, dans tous les partis, un étal de choses tellement désordonné en fausses combinaisons, en caractères faibles et violents, en prétentions et en oppositions insensées, qu'il devait en résulter tout ce qui est arrivé, même le crédit des Marat e^es Robespierre. Il a remarqué tout ce qu'il y a de

tSO LES CAUSEURS

inachîiml dans les mouvcmenls (Tnne ^nde assemblée ; la vanîlé d'une femme, la colère d'un étourdi H'empnrcnt de ces grands corps et les enflamment »nssi viol(!mment qno peuvent l'être des individus, 11 conslalB que, en 1788, l'esprit universel était celui de l'iudspendunce : clergé, noblesse, parlement, tiers-étit, chacno réclamait da nouvelles prérogatives pour soi HÎens, el la suppression ou la réduction de celles des autres.

Ce qu'il veut, il le dit à plusieurs reprises : une révo* lution contre lus abus, non contre les personnes et conli» les proprii^lés. Il avertit ses collè^oies que tout gouvernfrnii>nl est comme une exception au droit naturel; qa# rhaque liomme ne s'unît au bien général que par si raison, tandis que ses passions l'en éloignent. Pour a perdu de vue cette vérité, les théoriciens philosophes ost lï^it lie nous des sophistes pratiques, et les Français sont' tombés dans l'erreur commune que, pour jouir de b lîborté, il rnul renverser le pouvoir. AuxyeuxdcMalouAt la liberté no se trouve que lA où dominent la raisof'^* l'honneur ol la probité; elle n'existe point sans la pl^ Itramie sécurité pour les personnes el le respect le plu iii\iiilidile pour les propriétés, et le genre de liberté qit |i>i'iiii't la violation de tous les droits constitue un bon riUlu ilcspolisme. Ceux qui dirigent une révolution s'ïiiS vestissent d'une véritable dictature en morale et en po)^ lique. Lamartine a poétisé cette pensée en disant : celqj qui l'rtmd la responsabilité d'une révolution est un fo^ lérat ou un Dieu.

Ainsi les bons n'ont pu Taire aucun bien, et les insij wis, par lépéi-eté, par violence, ont presque loujoure fai

tsoSi

DE LA RÉVOLDTION. lot

plus de mal qu'ils ne le Toulaleal. Nous qui raisoimuiis jiisle, gémissail-il, nous ne prévoyons presque jamais avec précision aucun événement, parce que les actions des hommes ont fort peu de ressemblance aux bons raisonnements.

On a fait de la constitution un code d'anarchie : elle ordonne la pratique de la justice, l'obéissance aux lois, et elle livre tous ces trésors aux caprices et aux fureurs populaires; on a placé la souveraineté en abstraction, oublié qu'un droit n'est rien s'il ne repose sous la garde d'une protection efficace; on a voulu établir la liberté ayant le gouvernement; la Commune de Paris, dès la lin de 89, est déjà un empire dans l'empire, ïmperium in imperio. Ne semble-t-il pas que Malouet ait répondu d'avance à la question qu'il se pose lui-même? Par quelle cruelle fatalité l'absurdité a-t-elle toujours été plus puissante que la raison? L'éloquence, le courage, la vertu ont été inutiles ; la faiblesse toujours funeste, l'audace sans talents, l'exagération sans motifs, la violence sans nécessité ont opéré avec une facilité étonnante tous les maux qui nous ont accablés... Marius gouvernait ses démocrates, Sylla ses aristocrates, Cromwel! ses puritains; chez nous, l'anarchie a commencé par l'anarchie; elle est sortie tout armée dn cerveau de la multitude. Un seul mot, l'égalité, a bouleversé les léles, et aucune forte lète ne s'est montrée pour les contenir. Il fallait pousser en avant pour se faire remarquer. Aucun homme fort, dans cette grande époque, si l'on excepte Mirabeau, n'a précédé ^

I^^Mi

LES CiCSEOS

t[). — MODItlER

i La carrière politique de Mouiiier, aussi courte qag

brillante, se développe font entière entre ces élals provinciaux (iu DauphinË dont il est l'àme, qui tinrent une si grande place dans les préliminaires de la Révolution, el les journées des 5 et 6 octobre 1789. où, président de l'Assemblée constituante, il vit l'émeute dicter ses

f volontés aux pouvoirs publics. Inconnu le 10 mai 178S,

l'orateur de Vizille et de Romans est célèbre quelques mois après, pour avoir réuni la noblesse, le clergé, Uf tiers état de sa province dans une commune action, tracj à la France le cbemin de la résistance légale, signifia

\ an ministère que l'époque du bon plaisir avait pris finj

que des droits appartenaient aux sujets, droits qui sotlf le principe et le lien de leurs devoirs, revendiqué bardt< ment les vieilles franchises de la nation. Il soutient celld thèse si bien formulée par madame de Staél : t Cerf l'arbitrairequi est nouveau el la libertéqui est ancienne i| que rimpdt en France doit être librement consenti par IM députés de cens qui le supportent, et tout d'abord trouva le moyen de couper court aux tergiversations, de coih

1 traiudre le gouvernement à réunir les él.its giénérauxj

1 1. Mé en 1T5S, mort en 1806. — De Litizac de Laborle, i

Joifph itOttnier,ia vie poUlique etstsimits, io-S, Pion. — Œuvres f de Moiraicr : ^louvclUi obitrvatiom tur ta itaU ginérCHie. —

I ConiiilêratioMt aur let gouvernementi. — Recherchas iMr let mkh*^'

qui ont empêché tes Français de ilerenir iilire^. — Adolpk». ~^| De Vin/laenee atlribuée aiu philotophes, aux franct mapoiu tt "i^H tllK minet. ^^Ê

crj^aniser la grève des coiitribuablBS, refuser le payement de l'impôl. A sa voix, l'assemblée de Vîzille arrêle que les trois ordres du Dauphiné ne sépareront jamais leur cause de celle des autres provinces; qu'eu soutenant leurs droits particuliers', ils n'abandonneront pas ceux de la nation, elle vote le doublemeut du tiers, sans lequel, disait Mounier, on ne saurait vaiucre les résistances des privilégiés, sans lequel on risquerait d'appreuilre à l'Europe « que les Français ne savent ni supporter la servitude, ni mériter la liberté >.

De telles mesures, unies à l'affirmation constante des droits nécessaires de la monarcbie, excitaient en France une indicible émotion*. Lorsque Mounier fut présenté au roi par l'archevêque de Vienne, comme Louis XVI remerciait le prélat c d'avoirsauvé leDauphiné»:* Sire, répondit Pompignan', ce n'est pas moi, c'est notre secrétaire

1. Moimier avaJI tu âclaler des divisions pendant les dcrniËres séances de la Bsssion de RomanB. L'archevêque d'Embrun, priiiftt éloquent, ambiUeui et décrié pour ses mœurs, élait à la léte des diiiidenli, et il lui échappa un jour de dire qu'avec le sysléme suivi dans les élections, les deux premiers ordres oiaient f..... ■ Monseigneur vient de parler en capitaine de dragons, rcparUt le comte de Lablache, je vais mWorccr d'opiner en prélat, u

3. Dans son excellente monographie, M. de Lanzac de Laborte rapporte que les Temmes du DauphlnË envoyèrent au roi une adresse où elles menaçaient à leur taiioa de refuser l'ImpAt : t Noa, nous ne saurions nous résoudre à donner le jour à des enbinta destloét à vttTe dans un pays soumis au despotisme. »

3. A la CoDsllluaute, Mounier compte parmi les plus termes appuis de sa politique le clergé du Dauphiné, et i. sa tfile l'archevêque de Vienne, auquel on disait en riant : o Monseigneur, après avoir combattu avec acharnement les philosopbes, vous vous Mies it prât leur exécuteur testamentaire, s La noldesse du Dauphiné, et

n particulier les oomies de Morges, de Lablache, de Virleu, prêtèrent ausd i. Hounl'.r le concours le plus constant.

^^^P 1S4 LES CirSËCRS

W général. » « Depuis l'Œil-de-Bœur, jusqu'au port Saïnt-

I Nicolas, écrit plus tard Camille DesmouJiiis, le nom de

P M. Meunier Volait de bouche en bouche. C'est ce grand

I homme, disail-on, qui le premier a fait accoucher la

L constitution à l'assemblée provinciale de Romans; c'est

^^H^ lui qui sera le restaurateur de la France, i Et Bivarol le ^^^K nommera en tète «: de ces premiers apôtres de la liberté. ^^^P alors les seuls hommes courageux du royaume, bient I accusés de faiblesse et de lâcheté par ceux mêmes qnl

' tremblaient naguère sous la verge des ministres t. L*

\ générosité de la noblesse et du clergé, la modération des

membres des communes, le calme des spectateurs aoi séances de Romans, la liberté des suffrages, les succès obtenus par la seule puissance de la justice et de la raison, tant d'heureux symptômes avaient rempli d'illusions Mounier, lui déguisaient les obstacles. Il comptait sans ^^ le peuple de Paris; ayant beaucoup étudié les institutions ^^^v 'anglaises, il connaissait mal l'histoire de Paris, les temps ^^^B'd'É tienne Marcel, de la Ligue, de la Fronde. « I) y a, ^^^ écrivail-il plus tard, il y a nécessité de confier plus de force au pouvoir exécutifdans un grand Étal que dans une petite république. On ne dirige pas une armée comme une légion, et une lég^ion comme une compagnie de soldats; il faut toujours proportionner le levierà la pesanteur du corps qu'on veut mettre en mouvement, i De même Romans n'est pas Paris et les mêmes précaations ne conviennent pas pour une petite ville et une capitale de six cent mille habitants.

même temps qu'à la Constituante il prend l'initialire da scrmenl du Jeu de Paume et des protestations tontce )e renvoi deNccVer,\\d\CTt\ieiés\VÈtlos

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extrêmes, prêche la sagesse après la victoire, défend les justes prérogatives de la couronne. D'ailleurs oii continue à Toir tout en beau : le 15 juillet, Lally-Tollendal, Clermont-Tonnerre, le duc de LiancourI, exaltent les vainqueurs de la Bastille ; M. de Juigoé lui-même propose k ces étranges diocésains d'assister fi un Te Deiim solennel à Notre-Dame, a Tout le monde semblait avoir la téle tournée, écrit Montlosier; j'ai entendu Mounier lui-même, le fervent royaliste Mounier, dire à l'Assemblée : « Ah!

> messieurs, quel beau spectacle! la place était couverte

> d'une foule prodigieuse de citoyens arméset non armés ! » Il est vrai qu'il proposait d'élever, sur les ruines de celte prison d'Élat, la statue de Louis XVI « restaurateur de la liberté et du honbeur de la France ». Alors, en effet, les plus sages font leur petite excursion dans l'île tl'Ulopie ou dans le royaume de Salente et personne ne songe à prononcer le mol de Casimir Périer après 1830 ; ï S'il est beau d'avoir fait sortir tout ce peuple de ses demeures, il serait plus beau de l'y faire rentrer. »

A partir du 14 Juillet, Mounier s'efforce de lutter contre l'anarchie pour les vrais principes de gouvernement, el d'enrayer la marche de la Révolution. « Nous croyions, dit-il à Virîeu, dans le jargon mythologique de répoque,qu'il était nécessaire d'avoirla massue d'Hercule pour écraser les abus, et il nous faudrait les épaules d'Atlas pour soutenir la monarchie, s 11 déplore la mollesse des députés bien intentionnés dont beaucoup, pour rester jusqu'à la fin des séances, ne consentaient même I, pas « à retarder l'heure de leurs repas », Membre du comité de constilulion, il combat les principes que La t fayette et Sieyès veulent proclamer dans Va. itOixtft.^-vaw

166 LES CADStURS

des droits de riiomme', publio quelques bruehures oj^'1 pour redresser l'opinion publique, il célèbre le ril'giinedç I ses préférences, la monarchie représenlalive, avec deiB Chambres, à l'exempie do l'Angleleire ; « La rcprése tatioD du peuple, malgré tous les sophismes des adrain leurs outrés des Grecs et des Romains, est vérilablemei la plus belle, la plus heureuse de toutes les înstitutjgiu poliliques. » « Croyez-moi, remarquait plus tard Cavotuj la plus mauvaise des Chambres est encore préférable j la plus brillante des antichambres. » Seulement ce gra magicien savait l'art de captiver son parlement, i s'assurer sa fidélité', si bien qu'à Turin c'était p un lieu commun dédire : < Nous avons un guuvernem«g nous avons des Chambres, une constitution, tout cela^ s'appelle Cavour. »

Les deux Chambres comptaient des adversaires résoins i gauche et à droite : la petite noblesse ne voulait pas d'une Chambre haute, parce qu'elle craignait de n'fl^J point faire partie, d'autres poussaient à la politique d<jB catastrophes pour arriver plus vite à la réaction. L'al^fa Maurj- le confessait avec égoïsmc : t Si vous établissia deux Chambres, voire constitution pourrait se maintenir. >

1. tt VÈYaag\]B, èccivail Mallet du Pan, a donna la |ilus courte dérIaralioD des droits de l'iiomme lorsqu'il a dit : g Ne fais pasi autrui ce que tu ne voudrais pas qui le Tût feil, > — o Pourquoi, Observe Alalouet, pourquoi doue coin m en m r par transporW l'iiomme sur une Eiaute montagne et lui moni limites, lorsqu'il doit eu descendra pour trouver dos borDql|j chaque pas ! •

!. Voici encore deux spirituels préceptes do Cavour ; parlant aux Temmes qu'on apprend à parler ai Les peuples sont gouvernéspardesanticbambros, par desct Jt coucher ou par des chambres parlem salaires. „

Vainement Mounier el ses amis allèrenl-ils de rang en rang pour entraîner les ticniiles : un de ceux-ci leur répondit : « Je ne veux pas faire égorger ma femme et mes enfanls. » Le système des deux Chambres ne réunit que 89 suffrages, celui de la Chambre unique en obtint 819. Lally-Tolendal déduisait en ces termes la philosophie de ce vote : a Ce sont deux étranges bases pour une constitution que la peur d'être assassiné et l'envie de la faire crouler, »

La même défaite attendait les modérés sur la question du t)e(o,qui, habilement exploitée par les meneurs, devint pour le peuple un fantôme, une sorte de croquenii laine politique.

On a bouleversé le nioriilo avec des mots,

soupire le poète- Rivarol énumère plaisamment celte nuée d'adversaires de la sanction royale « la balle et les clubs, l'Académie et la police, les filles et les philosophes, les brochures et les poignards, ceux qui raisonnaient sur le veto, ceux qui le croyaient le grand mot du despotisme, ceux qui le prenaient pour un impôt ».

Le 28 septembre, Mounier', âgé de trente ans à peine, est élu président de la Constituante : on sait sa courageuse altitude pendant ces journées d'Octobre qui placèrent la royauté, l'Assemblée sous la dictature parisienne. Je n'en

i. Il s'était fait accompagnera Vereailles de sa fummes el de ses enboLs, ce qui avait donn<^ lieu ft une réllexion aussi it^jusle que piquante de Mirabeau : i Venir aux étals généraux arec sa femtne et Bes enbnls, .qu'est-ce autre chose que donner des anses pour TOUS souleror? » Mirabeau reprochant ,\ Mouuier d'avoir peut-être : envie de se laisser corrompre ! Le trait n'eat-il pas plaisant?

^^^^ pncie:

veux relenir qu'un seul trail. — Le 5, enlre onze heured el midi, Mirabeau vint su placer derrière lui et ditt < Monsieur le président, quarante mille hoffltnes armé^ arriventde Paris. Pressez la délibération; leveala sëancej trouvez-vous mal; dites que vous allez chez le roi. —A ne presse jamais les délibérations, ,1e trouve qu'on iielS presse que trop souvent. — Mais, monsieur le président ces quarante mille hommes... — Tant mieux, ils n'oA qu'à nous tuer tous, mais tous, entendez-vous bien; Iq alfaires de la République en iront mieux. — Monsieur 1 préaident, le mot est joli. » Mouniern'airaail guère Min beau et se méfiait de celui sur lequel il a porté ce jugft ment : « Je n'ai jamais connu un homme d'un espri plus éclairé, d'une doctrine politique plus judicieuse < d'uu cœur plus corrompu. »

Apres l'attentat d'Octobre, Meunier désespère de pou voir servir la cause de l'ordre à Paris, sous la fertile ^ populace : il part le premier, selon l'expression 4 M. de Laborie, pour entraîner ses collègues, cnrame n général qui monte à l'assaut, alors qu'il devait s'éloig le dernier comme un capitaine qui quille un vaisseU désemparé. Il se flattait de soulever sa province et d venger le roi, mais toute velléité de résistance s'évanoiii bienlât, ses amis eux-mêmes osaient à peine prendre couleur, les jacobins du cru firent rage contre lui; ou venait crier devant la porte: « Monsieur Veto, à la lan--1 terne! » Sa vie n'était plus en sûreté i. Il donna sa demi*

1. Curttus, le propriétaire des tlgures de cire, av&lt, au ilébul4j laRévoluUoD, plaidé dans sa galerie l'effigie de Mounier: le n: lui parut opportun d'en faire ua BarDave. Procédé emprunté ti Romains qui seconienlalent de remplacer les lèles des statucadi anciens par elles des nouveaux tavorls.

LA RÉVOIUTION. 1£9

sion de dépiilé et s'enfiiil en Suisse'. Le bruit s'étant répandu à Paris qu'il ouvrait un cours de droit public, Mallet du Pan le démentit de la inaniéro suivante : « Quelques folliculaires de la capitale ont imprimé sur M. Mounier qu'il donnait un cours de droit à Genèvo. 11 en donne un, en elTet, et bien mémorable, k tous les hommes publics, en leur montrant, par sa présence à l'étranger, un exemple de l'ingratitude populaire et du sort réservé à tout citoyen qui voudra servir le peuple sans partager ses excès, sans l'égarer par de lâches complaisances, et sans se laissergouverner par son aveuglement... »

Pendant cette émigration forcée qui dura plus de dix ans, Mounierpartage son temps entre des écrits politiques, quelques voyages, l'enseignement de l'histoire et de la philosophie au chîiteau du Belvédère, mis à aa disposition par le duc de Saie-Weimar, où il fonda un établissement desliuc à préparer les jeunes gens à la vie publique au sortir de leurs études classiques'. Son journal de voyage contient le récit d'une aventure à l'auberge de Soleure où il tombe au milieu d'émigrés français fort bruyants qui le reconnaissent et, sans prononcer son nom, affectent de maudire les libéraux. L'un deux ayant traité Lally- Tollendal de bâtard, Mounier sortit de sa réserve, défendit

1. Va Appel aa Tribunal de l'Opinion iju'il publia alors, amena une réplique lie Boiss; d'Anglas où l'on remarque ccUc ma.\lme ; « H. Mounier ne sentit pa^ que cliaoger avec les cIrcoDS lances, ce n'est pas réellement cbanger. »

2. On pourrait y voir un prÉciirseur de notre École iet Science» libre» et politiqueii qui. sous la direction d'homuieslrës illstlogués, ■M, Boutmy, Sorel, Vandel, etc., a déjà, donné et donnera d'excellé r^ultats.

^^bW r^ultat

LES ClUSEDRS son ami, el le repas s'aclieva au milieu du tnmude. Quelques jours après, rencontrant un émigré qui entamait avec lui une longue discussion, il s'écrie avec désespoir < J'ai cru que je portais mon auberge avec moi.

Le style de Mounier n'est pas eiempl d'enflure, rap^ pelle trop le procédé de l'orateur, et demeure inférieur I ceini de Malouet, de Mallct du Pan surtout; cependant on j' démêle desërieuses qualités: vigueur, abondance, logique' serrée, éloquence peu originale, mais naturelle et d'un jeli: bien spontané.- Il aime les comparaisons comme celle-ci : ' t Ceux qui hasarderaient leurs vies et leurs fortunes sar' une mer orageuse, dans un bfitiment d'une forme ju»^' qu'alors inconnue, contraire à toutes les règles de 1 construction, dont la voilure arrêterait la marche, bîea< loin de la favoriser, dont les parties mal liées tendraient à se disjoindre, el dont les interstices lu seraient pénétrer l'eau de toutes parts, ne seraient pu plus insensés que ceux qui ont voulu concilier l'ordre p blic avec la constitution nouvelle. » Dans ses Recherche sur les causes qui ont empêché les Français de deveni* libres, il développe celte thèse que la Constituant!^ asservie au joug de la populace parisienne, a fait pesM sur la France le plus accablant despotisme, semé partoil le désordre et l'anarchie.

Dans Adolphe, on remarque plusieurs obserralioa) d'une certaine portée, celle-ci entre autres sur la fàcheiu influence de Rousseau: t Cependant le peuple, tout e applaudissant à ces rêveries, s'attachait moins aux bonimA qui lui donnaient des illusions qu'à ces illusions mémesp de sorte que les premiers ambitieux, une fois parrcDai' à l'élévation sur des cadavres, ont tenté vainement d

^^^P DE LA RËVOLL'TION. IBl

mettre un terme à des horreurs devenues pour eux inutiles. Tout scélérat qui s'arriMait dans sa marche périssait soua les coups de ceux que le mouvemeiil furieuï imprimé par les maximes d'égalilé el de souveraineté du peuple précipitai! sur ses pas. »

Un aucien jésuite, l'alibé Barruel, publie à Londres, en 1797, ciuq volumes, où il prétend démontrer que la Révolution française résulte de trois grandes conjurations

I fusionnées : la conjuration philosophique, celle des francsmacoDS et celle des illuminés d'Allemagne. Les émigrés le portent aux nues et Mallet du Pan constate ironiquement le succès : < Attribuez la chute de la monarchie française à l'ordre des Templiers et à ses successeurs, aux rêveries ininlelligenlos de quelques pédants d'Allemagne que vous ne comprendriez pas vous-même... Montrez-nous que, dans son ensemble et ses détails, la Révolution fut préméditée, organisée et déployée comme un aulumale, dans les mains de Vaucauson. Qu'il n'y ait rien pour vous d'obscur ni de douteux. Soyez tranchant dans vos inlerprôlalions et vos jugemeuls; copiez des sollises de parti el des bruits de société; écrivez l'histoire comme VAlinanach Boiteux; vous aurez des prûneurs et une pension de votre libraire, s Mounier entreprit de réfuter les théories de l'abbé Barruel ; à côté de lii'ades assez médiocres sur la philosophie du xviii' siècle, les ordres monastiques, VÊitiUe de Jean- Jacques, sa brochure renferme des traits à méditer, comme cette imprécation contre ceux qui voient dans le despotisme jacobin la preuve de la nécessité du despotisme mojiarchique : «Malheur à ceux qui croient que Robespierre leur a révélé le secret do la puissance 1 » El cet éloge de la

!()! LES CAUSECRS DE LA BÉTOLUTIOS.

modération : « Parc* qu'il est quelquefois arrivé que de! hnmmcs timides ou égoïstes ont roalu honorer du ooni de modération leur lâcheté ou leur iadifféreDce. on croit assez communément que des principes modérés sont des indices de faiblesse; tandis qu'on ne peut éviter l'errenr qu'en adoptant de tels principes, qu'il faut beaucoup de fermeté pour y rester fidèle, et que les faibles se passionnent pour les opinions eiagérées et passent successivement de i'nne à l'autre. «

Cependant l'exil se prolongeait : s'il croyait encore &li monarchie, Mounier ne croyait plus au monarque : il sollicila, obtint en 1801 sa radiation des listes de l'émijiralion. En 1802 le premier consul le nomme préfet, en même temps « que le citoyen Alexandre Lanielh, eiconstituant > ; en 1805, il est appelé au conseil d'État, et fnil à l'empereur, un jour que celui-ci lui reprochait il'étre encore l'homme de 1789, cette réponse, plus spirituelle qu'il ne le pensait Ini-même : t Sire, les lenps changent, les principes ne changeai pas. » < Celui-là était un honnête homme *, dit Napoléon en apprenant au conseil d'Elal la mort de Mounier. survenue le 25 janïîer 1806. Ajoutez h cet éloge le jugement de madame de Slaîl: < C'était un homme passionnément raisonnable >, ipii résume mieux encore la vie de l'ancien président de la Constituante. Combien rares en effet sont reux qiû niellent la passion dans la raison! Combien plus rares, ceux qui joignent à ces vertus le succôs qui les décuple aux yeux des peuples, ceux dont on peut dire : Ce fut on grand homme modéré!

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