‹ Les célébrités du jourChapitre 16 sur 42 · I.AMAIt ri.M^. loi · texte numérisé non relu

I.AMAIt ri.M^. loi

Le succès des Mnlllutiaiis lut KuropéfU ; liO, ()()() t.'X(,'iiii)Iaircs eu l'urcnl veudus tiTs-nipidciuciit. Le ;,fouveriierneii( ne i)ii( lain; uioiiis (|U(! d liiniorcr le poète. Le ministre, eu lui envoyant, au nom du Roi, uiaf.'nili(|ueuieiit reliées, la collection des chefs-d'œuvre de la lau;'ii(' IVançais*! et celle des auteurs latins, le pria d'accepter ce don " connue une preuve de l'estime qu'il portait au méiile de Fauteur des Mêdilatmis. »

Peu de temps après, Lamartine l'ut attaché à la légation de Florence. Il revit l'Italie, mais non plus comme un jeune honnne inconnu et cherchant sa voie ; il y arriva cette fois précédé par sa gloire naissante. Un vers des Mrditdtians ayant froissé le patriotisme italien, il en résulta nu duc! retentissant ; le poète reçut une assez grave hlessure. <-•■ i'iit pendant ce voyage qu'il connut et épousa madame de Lamartine. Il fut successivement secrétaire d'amhassade à Naples , puis à Londres , chargé d'affaires en Toscane, ministre plénipotentiaire en Grèce, où il précéda Byron qui devait bientôt y veuii', suivant l'expression d'un autre grand poète :

i'oui liiiir l'ii héius sou iiiinioi'li'l l'iiiiui !

Eu 1829 r.\cadéniie le nomma en remplacement du comte Daru. La joie que lui causa son élection fut de courte durée; un horrible et douloureux événement le priva tout à coup de sa mère , de la sainte femme qui avait exei-cé sur son âme et sur son esprit une si heureuse inlluence ! Madame de Lamartine s'était placée dans une liaignoire vide ; en voulant la remplir d eau froide d'abord , elle se trompa et l'eau presque bouillante lui causa une si vi\e douleur qu'elle perdit la tète et ne songea pas à refermer le robinet. On accourut à ses cris, mais il était déjà trop tard. Elle expira , après trois jours de cruelles souffrances, dans les bras de son fils désolé.

La révolution de Juillet interrompit la carrière diplomatique de Lamartine ; il \ renonça de son plein gré, malgré les offres qui lui furent faites par le nouveau gouvernement , non que ses principes fussent contraires à ceu.x que la révolution venait de faire triompher, — depuis longtemps son esprit s'était élevé au-dessus des fragilités de l'esprit de parti, — mais il concevait à son activité un rôle plus utile et plus vaste. Il voulut aborder la tribune. Sa candidature, proposée aux électeurs censitaires de Toulon et de Dunkenjue, fut reponssée. On sait comment se faisaient alors

un 1. A MA 11 II m:.

les élt'clidiis. O"*'''!^"^'' liiciii'iiis se dispiilcniciil les voles ri (•(HKliiisaiciil an scrutin le Iroiipeau élccloral. Oiirllcs cliaiiccs (tniivail a\(iir un poM(! , et surtout un poMt> (pii a\ail rir allaclir à la rScsIauratinu. au inilicu de ces petites inirijiues (pic lapelissait encore l'fMroit esprit de cNulier ?

Lamartine se consola aisément de son échec. Coninic l'Italie avait attiré sa jeunesse, l'Orient attirait sa virilité. Il résolut d'aller le visiter. .11 l'rèta à Marseille un vaisseau entièrement à ses ordres, et au mois de mai 1832 il s'y embarqua avec sa femme et sa fille Julie, adorable enfant qui ne devait plus revoir la France , et dont son père a innnortalisé le souvenir ! C(î fui un départ triomphal.

Quelques amis , un médecin , de nombreux serviteurs accompagnaient le poète da-ns cette excursion princière qu'il a racontée avec tant de charme; dans un livre que nous avons tous lu. Ce voyage dura seize mois; nous en connaissons tous les épisodes , nous savons comment il perdit sa fille à Beyrouth, comment l'accueillit lady Stanhope, cette femme étrange qui lui prédit en termes sibyllins un grand cataclysme européen et le rôle de sauveur qui l'attendait dans sou pays. Le récit de ce voyage en Orient , malgré l'importance excessive que le poète y donne à sa personnalité , est un des livres les plus intéressants que Lamartine ait publiés. Ou le relit sans fatigue et on le relira plus encore à mesure que les événements appelleront sur ces belles et malheureuses contrées l'attention de l'Europe.

Pendant que Lamartine parcourait l'Orient , les électeurs de Dunkerque se ravisèrent. Ils avaient refusé de l'élire quand il sollicitait' d'eux ce témoignage de confiance ; ils l'élurent quand il était loin de sa patrie et quand son esprit était plus loin encore de cette petite ambition , un instant caressée.

A son retour, il alla prendre possession de son siège au Palais-Bourbon. On était alors en 1834 , c'est-à-dire au milieu des complications et des difficultés les plus vives que devait traverser le gouvernement de Juillet. La politique était humble au dehors , mestjuine et tracassière à l'intérieur. Les esprits se rétrécissaient dans de petites intrigues de parti , dans d'obscures

iiiriM''('s uoiiscfiM'iiii'iihilcs : la pi-usc la plus Miluain' (li''liiii(lai( des i(\;;i(nis oniciollcs f'I |)olili(|ii('s.

Qu'allait faire l'ii un Ici iiiilicu ce liai'di pciiscur . rc iloux cl i^iaiid poète ?

Quand il parut pour la première lois à la tribune, pour la iliscnssinn fie l'adresse au Roi , il causa <"i ces lumnètes lioui'fieois \einis là de tous les coins de la France, un ('lonnenient ui(Mé île (pielque dédain et d'Iiilaritè. 'I Nous sommes des gens d'affaires, des gens positifs et pratiipies, que nous veut ce rêveur, ce poète! Va-t-il nous répéter des vers, va-t-il jouer de la lyre ? »

Le rêveur, le poète ne joua pas de la lyre, nv ii'cila point de vers, mais dans un langage inconnu au monde parlementaire, dans une l'orme splendide. dans une prose admirable, il ravit ces bons boui'geois au septième ciel. Ils s'anuisèrent assez de la piditique hunuiinr ])réconisée |»ar rélo(|uenl orateui-. La politi([ue Innnaino '. Quelle bête est-ce là ? Qu'est-ce quelle a de commun avec le tiers pai'ti . le juste milieu et les carlistes? Mais (juand, à propos d'un crédit de 1,200,000 francs destiné à bâtir un prétoire en vue des procès politi(]ues dans le palais du Luxembouig, il trouva de beaux et généreux accents pour réclamer l'amnistie, des applaudissements se firent entendre, timides d'abord, puis la fdiambre arriva à l'enthousiasme lorscfiie l'orateur s'écria : « \h \ Messieurs, gardez-vous des légistes! (Il faut se souvenir que la Chambre en était peuplée) ne vous laissez pas entraver par ces hommes qui ne voient de légalité que dans la chicane! La grande loi, la loi suprême c'est la politique, et la vraie politique c'est l'humanité! Mettez la main sur vos consciences , laissez battre votre cœur sous la main du législateur. Demandez-vous sans préoccupation, sans peur, sans colère, si vous \oulez que les cachots se rouvrent , que les victimes respirent , (jue les récriminations s'amortissent , (pie les partis et le gouvernement désarment ! Écoutez la réponse que vous vous ferez à vous-mêmes el , ne craignez rien . cette réponse sera assez politique si elle est assez magnanime. »

La séance fut suspendue , ce qui est la plus haute expression de l'admiration parlementaii-e. Il revint souvent sur ces id(''es et son éloquence emporta la Chambre vers les préoccupations qui lui étaient le plus antipathiques. Dans la séance du '^ février 1835 il abordait en ces termes le plus grave des problèmes sociaux. « La Révolution française nous a laissé à résoudre la question du prolétariat , celle qui repose au fond de toutes les autres , celle peut-être qui les résume toutes. Vous murmurez contre

lui I \M \i! 1 1 m;.

(Tux ijiii In s(iiil('\('iil , sdiis les accuse/, (l'iiiic pcrliirhalioii (juils sijiiialciil mais (|ii ils ii nul pas l'aile. \(iiis l'écarle/, en \aiii de \<»s [)eiiséos , cnriime lin nuage sur iidlre liori/oii. h^lle ('■chilcni en uni' t'.rjilvsion terrible tôt on t(inl . si la sdcii'té ne la résdiil pas. » Les collègues dt! Lamartine coiitiiiiiaienl à dire : c esl un iè\eiir ! OnaUendre d'un lioninie ipii ne se [iliail an jdii,!.; d'ancnne coleiie , (|iii élevail la p(dili(pie à de lelles lianleurs !

Quand viiil la discussion des trop lameiises lois de septembre ipii l'ureiit le coiitre-coii|) de l'attentat Fiesdii , Lamartine lit à celle législation draconienne lu pins généreuse el la plus vive opposition. La liiierté de la presse trouva en lui un dél'enseur éloquent el comaincii ; en la délendani contre des atta(|ues insensées, contre des passions aveugles et irritées, il détendait son propre berceau, il défendait une des l'orces vives de loul pays libre. C'est une justice à lui rendre qu'en toute circonstance, au pouvoir comme liors du pouvoir et dans les circonstances mêmes où il eut le plus à se plaindre des injustices de la presse, il fut l'inéliranlable avocat de cette liberté précieuse. Dans un splendide discours il prononça ces prophéti(jnes paroles qu'on ne saurait trop redire: u Les gouvernements libres, difticiles par la presse, sont impossibles sans elle ! 11 faut la supporter on renoncer à la liberté. 11 faut la vaincre en la mettant dans son tort oti In hnirner pour f<oi. Mais la nier, mais la briser, mais l'étoutTer . c'est une entreprise insensée qui retombe sur ceux qui la tentait. Cela mine en arrière et les nations ne reculent pas pour longtenqis. Cela mine à Moscou ou à Prague par le chemin de la tyrannie et de raveuglemeut ou par le cliemin de la révolte... Je repousse ces lois comme un humiliant désaveu (|ue la liberté, à laipielle. j'ai foi, ferait d'elle-même ! Nous avons combattu quarante ans pour la discussion libre et nous reviendrions de quarante années en arrière par un seul vote ! Je ne suis pas un homme de Juillet, mais je suis un homme du pavs et du lemps ; la houle du pays el du leiiips rejaillirait sur nous ! »

Le talent oratoire de Lamartine grandissait dans chacune de ces luttes. Sa parole pompeuse acquérait cette précision et cette netteté qui sont les qualités essentielles de l'orateur politique. Sa carrière parlementaire ne fut certes pas sans

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erreurs, il se loui\()\a jjUrl'ois cl nolaiiinit'iil dans la disiiissidii (•t'Ii'lirc de la loi dite loi de disjonction, mais sa prohité [K)liti(|iif ne fui jamais soupçonnée. En revanche,à comhien dcpnijcls idilcs, de micsiiics libérales il prêta le secours de son adiuirahle talcnl ! 11 souliiil prcsciue seul, eu I8.'i7, le uiiiiislère Mole contre les etforts et les intrigues de la coalition. 11 lut, a\ec M. dciTracy, l'adversaire ardent de la peine de mort; avec M. Passy, celui de la traite des noirs. Ce grand et vigoureux esprit ne pouvait toucher à un(! (jucstion . si minime qu'elle lut, sans l'élever vers quel<iues sommets inaccessibles au vulgaiiT-. l'n(î commission parlementaire, chargée d'exaiuiucr uue proposition soumise à la (Chambre sur la nécessité de donner uu costume ofticiel aux n-présentans de la nation, confia à Lamartine le soin de rédiger le rapport. Les partisans du projet avaient invoqué l'exemple de la Constituante, de la CouM'utiou, <les Cin(j-Cents, des Assemblées de l'Empire qui, toutes, avaient adoplé jfour leurs membres un costume et des insignes spéciaux. « Pourquoi, dit l'illustre rappoi'tenr, pourquoi l'Assemblée Constituante prit-elle le costume du Tiers-État? C'est que c'était le signe de la victoire sur les classifications sociales (ju'elle venait de renverser; c'est que c'était Ihabit du vainqueur... Quand la Convention revêtit ses insignes militaires et terribles, c'est ({u'elle n'était plus un corps législatif, c'est qu'elle était le gouvernement et larmée, la nation armée ellemême; c'est que les membres d'un Corps qui pouvait, d'un geste, lancer quatorze armées sur nos frontières, étaient d'assez terribles fonctionnaires pour que leurs fonctions fussent écrites sur leurs habits. . . La pensée de l'Empire et de ses assemblées muettes chamarrées de broderies était une pensée antireprésentative, une pensée (pii voulait, autant (juc possible, faire disparaître aux yeux du peuple les représentants du peuple, en les confondant avec des courtisans. »

Inutile d'ajouter que la proposition fut rejetée.

Il fut admirable dans la discussion relative à la suppression des tours pour les enfants trouvés. Nous voulons citer quehpies phrases seulement. ([uel(|ues mots pris au hasard, dans nos souvenirs:

« Tout ce que vous économisez, c'est la mort (jui le gagne!

<i II y a des abus, vous dit-on. Oui, et ces abus, c'est quelques milliers d'existences conservées ; quelques mois de nourrice et de pension , payés de trop, selon vous, pour enrichir le pays de populations saines et utiles. . . Mais économise-t-on sur la vie des hommes? Tout ce que vous gagnez n'est-il pas gagné aussi par le crime et par la mort ? . . . La charité est l'élément divin jeté par Dieu même dans les rapports sociaux pour dignitier les gouvernements et

Km I \ \i Ali 1 1 m;.

(Mever la |)(>lili(|ii(' fi la (liyiiiir de la vcitii. l'arldiil m'i il y ii en socuH('\ poincnirmciil , nalioii , il \ a eu cliaiilr h^alc sdiis une Idiinc on sous une ailiro, sans (|U(>i II' iiiimkIi' aurait péri! »

Un jour, irpondaril à .M. (Uiizol . il ddiiua h la p(ilili(|u(' coiisfM'valricc cl prOijiTSsivo iino largeur de hase (|ue huis ses amis p(»lili(|ues. le coiiile .Mol(' en tête, ii'aoeeplaiciit pas : " On a ('-iiiis à ccUe li-il)une une Ihéoiie daiii^cfeusp : ccllo de la prépondérance des classes nKnennes. du youvenieiueul des (•lass<'s niovennes. (letle (liéorie est opposée au véritable sens do la Hévohilioii française. Lo mol de c/ffM^'v a été complètement elTa(;é par la Révolution de 89. Le gonvernenient que nous comprenons, c'est lo sonvernement /7ow fmtx, par tOKS , (le tous, dans la proportion, dans la limile rie leuis droits, de leurs garanties, de leuis capacités et d(> leurs lumières. »

La projet des l'orlifications de Paris le rencontra poui' ad\ersaire. 11 écrivit un rappoit extrêmement remarquable, un chef-d'a'UM-e sur le projet de loi relatif à la propriété littéraire, et il soutint la discussion, nous ne dirons pas seulement avec talent, mais avec une rare habileté et un charmant esprit. On avait plusieurs fois invoqué son exemple et son nom dans le cours des débats. Il termina sou discours par ces paroles que la Chambre couvrit d'applaudissements :

« On a parlé de moi en termes trop bienveillants dans cette atlaii-e : je n'en parle pas moi-même. Je sais les limites de mon horizon borné, boi-né pouimon nom, borné pour ma fortune d'homme de lettres. Je n'ai pas d'enfant : je suis désintéressé par le côté de la gloire, par la médiocrité de mes œuvres : elles ont déjà plus que ce qu'elles méritent. Je suis désintéressé du côté de l'avenir par ma solitude ici-bas. Mais mon bonheur, ma fortune, ma gloire seraient, je l'avoue, d'obtenir de la justice de mon pays cette loi généreuse, ce patrimoine de (juehpies années de plus pour mes maîtres, mes émules et mes amis. "

Uni! citation encore, elle a une assez grande impoitance en ce moment où les prétentions cléricales deviennent de plus en plus vives et exigeantes. C'était dans une discussion soulevée par des interpellations de M. Thiers et relatives à l'exécution de la loi sur les congrégations i-eligieuses. Lamartine explique ainsi les modifications qui se sont produites dans ses opinions ; il dit comment il s'est, élevé de la foi de son enfance à une foi supérieure, comment son horizon s'est élargi ; laissons-le parler :

« Élève des Oratoriens, puis élevé dans une maison de Jésuites,

tolérée à cette époque, sous l'Empire, j'ai respiré, depuis, l'air de mon siècle, je me suis imprégné de toutes les idées de mon époque, j'ai perdu et gagné

I, A MA II 11 m;. 107

(les (i|)iiii(nis ('iili('i'(!m('iil (liflV'rentes de ccllos (|iii ini' riiicnt iii(iil(jii(''fis vu poliliiiuc, en religion, en Iib(M'(é dans mes pri'iiiici's jouis : m.iis (o (jiio je n'ai pas perdu, ce (pio vous ne \ou(lii<'/. pas ipic j'eusse perdu, c'est mou iiîspecl, ma l'econuaissance pour les premiers maiires lUi mou enlanee

«Toul à, l'Iieure M. Berryer loiiail le (loucordal de Napoléon comme une a-uvre de f,a''nie social et politupie. J'ose le dire, comme je l'ai toujours pensé, le Cloncordat lut une œuvre rétrograde et une faute |)oliti(pi(!. Du point de vue de l'affranchissement de l'esprit humain et de la divinité des croyances, ce fut une rechute dans le système des reliiiions d'État. Napoléon lil rétrograder la législation de fout le xv m» siècle : il enchaîna l'Église à son trône; il mit le nom de l'empereur dans le catéchisme de Dieu : il fit de la servitude un dogme, des choses saintes un instrument de gouvernement, instrumentuni fcgnil II refit un matériel des cultes, comme il aurait refait un matériel d'armée; il refit un établissement ecclésiastique dominant: mais refit-il une foi? Non, car il eût été Dieu

« On citait à l'appui de l'alliance des deux pouvoirs le grand nom

de Bossuet comme le chef de l'Église gallicane. Savez-vons ce que faisait ce chef libéral de l'Église gallicane? Il faisait des dragonnades

" Il n'y a de paix que dans la liberté des cultes, dans la séparation

graduelle, successive, dans le relâchement systématique et général des liens qui unissent l'Église à l'État »

Il n'y avait plus là de rêveries, de nuages, de vagues déclamations. Le poète était devenu homme politique. Le Roi lui offrit à diverses reprises un portefeuille; il ne faisait pas cette chasse là. Il refusa. La ville de iMacon, hère de son fils, le nommait membre de son conseil municipal , puis le département de Saône-et-Loire l'appelait à la présidence de son Conseil général.

Aux faciles et lucratives grandeurs du pouvoir, il préféra sagemeut les modestes et humbles fonctions électives que lui offraient la confiance et les sympathies de ses concitoyens. Il s'occupa avec dévouement des affaires communales et départementales qui lui étaient confiées, mais il tint à conserver son indépendance à la Chambre. Sou heure n'était pas venue encore. Il poursuivit ses luttes généreuses, étranger aux préoccupations de l'esprit départi, étranger à toutes les intrigues, dédaignant les ambitions vulgaires. Le pouvoir devait un jour venir à lui dans des circonstances périlleuses, son nom devait plus tard devenir le cri de ralliement de toutes les opinions; de toutes les frayeurs, la sauvegarde de tous les intérêts. Mais n'anticipons pas sur les

liw i.AMAii I im;.

l'Vt'Mcmi'iils. l.aiiKirliiic icsia liilt-lc à son l'ùlc ri ;i sa iiiissiini. le ;^(ni\('riifiiM'iil ;j:lissait sur la pciilc (|iii mi'iii' aux aliiuics; il lit pour le iciciiii'. pour Irclaircr, tout co (|u il ('lail liuniaincinciil possililc de lairc. Il pailail aux pires des sourds, à ceux <pii ne ncuIciiI [uiiul ciilcudic.

(;<> fui pcudaut celte deruièie période du rèjiiie de Louis-I'liiiippe (jue le (aient oratoire de Lamartine atteif^nit son plus vif éclat ; il semblait se préparer à l'œuvre ((ue, (|uel(|ues années plus tard, il devait accomplir. Sa parole a une puissance (jui uc lient pas seulement comme beaucoup de personnes le croient, à la pompe du langage . à la piol'usion ou à la grandeur di's images qu'il em[)loie. sans doute cette puissance doit beaucoup à la l'ornie du discours, à la beauté (lu geste, à la pureté de l'accent, à tout ce qui constitue en un mot le talent de l'orateur, mais sa véritable source est dans lànui, dans la conviction connuunicative, dans ce qu'on pourrait appeler l'éloquence morale de Lamartine. Nous avons été assez heureux pour entendre tous les grands orateurs qui, depuis 18^iU, ont porté si haut et si loin la gloire retentissante de la tribune l'rau(:aise; chacun d'eux obtient par des procédés qui lui sont propres le résultat qu'il veut atteindre, mais nous ne croyons pas nous tromper en disant (pie Lamartine est celui qui, à un moment <lonné, exerce la plus rapide intlueuce sui' lauditoii-e (pii l'écoute, celui qui fait le plus tôt passer sou âme dans l'ànie de ses auditeurs. Nous ne disons pas qu'il produise cet efl'et duuiue fois qu'il parle en public. Le sujet, l'inspiration, le milieu y font beaucoup; mais dans les occasions décisives, chaque fois qu'une question importante a été agitée, l'éloquence du poète a fait pencher la balance en faveur de la cause (pi'il défendait. Lamartine s'est trompé souvent; (jui donc est infaillible? plus souvent encore il a été l'irrésistible champion de la vérité; heureux ceux de qui 1 ou peut rendre un tel témoignage.

Les préoccupations, les soins nombreux de la vie politique ne suffisaient pas à absorber l'activité de son génie. En même temps qu'il discutait les intérêts de sa commune, ceux de sou département, ceux de la P'rance, il produisait des œuvres littéraires tie premier ordre, il écrivait Jmeli/ti, la Chute d'un Ajige, les Confidences, le Tailleur de Saint-Point, Geneviève, il préparait des travaux hisfi>riques considéraljles, tels que Y Histoire delà Restauration, Y Histoire de In Turquie, les monographies des hommes illustres, et tant d autres pul»lications qu'il revoit aujourd hui pour les châtier, les épurer et les juger en dernier ressort avec une consciencieuse impartialité. 11 est triste de songer qu'il n'est pas jusqu'à l'accomplissement de cette tâche suprême (jui n'ait été mal interprétée par la malveillance de ses détracteurs. Les uns accusent

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