Isid., Origm.sJWlll
Que la francisque ait été par excellence une arme de jet, c'est ce que prouve, à défaut des textes, la forme môme de cette arme. Lorsque les Francs de Théodebert envahissent l'Italie, Procope nous dit qu'ils portent une épée, un bouclier et une hache de 1er à manche de bois très court; au signal donné, ils jettent leurs haches et rompent ainsi les boucliers de leurs adversaires'. Nous savons d'ailleurs par Sidoine Apollinaire que les Francs lançaient leurs haches avec une telle précision qu'ils pouvaient désigner à l'avance l'endroit qu'elles frapperaient :
Excussisse citas vastumper inane bipennes Et plagae praescisse locum,clypeosque rotare Ludus, et intortas praecedere sallibus haslas, Inque hostem venisse prius*.
Il est vrai que le poète qualiûe, ici comme ailleurs, les haches franques de bipennes, alors qu'elles ne sont jamais à double tranchant; mais, dans la langue du vc siècle, bipennis était devenu un simple synonyme de « hache », et avait perdu sa signification précise. Déjà Tibulle emploie bipennis dans le sens de couleau ou de rasoir :
Ipsa bipenne suos caedit violenta lacertos3.
Samuel Fergusson, Specht et Lindenschmit ont depuis longtemps invoqué, à propos du texte d'Isidore sur la cateia, le projectile australien et africain appelé boumerang*, arme en bois de forme coudée, que l'on a d'ailleurs imitée en fer. On sait que le boumerang, habilementlancé, peut revenir presque à son point de départ. C'est ce que dit Isidore de la cateia : Si ab artifice mittatur, rursus venit ad eum qui misit. Mais il est bon de rappeler que, dans la mythologie germanique, le marteau lancé par le dieu Thor revient se placer, après chaque coup, dans la main du dieu " ; on pourrait donc penser que le renseignement donné par Isidore est moins la constatation d'un fait usuel que l'écho d'une tradition poétique ou le résultat d une comparaison ambitieuse entre le guerrier germain et le dieu des combats qui le protégeait.
Salomon Reinach.