‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 26 sur 144 · Justin, XL1II · texte numérisé non relu

Justin, XL1II

3. Mommsen, Rômische Geschichte, 8° éd. (1888), t. I, p. 327.

quante ans d'intervalle, et cela dans un pays où de nombreuses tribus avaient sans cesse été en lutte les unes avec les autres. César nous dit qu'il y avait guerre entre elles presque chaque

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la gaulb au sixième siècle (d'après le récit de Tite-Live).

année*', le grand nombre des oppida et lieux fortifiés antérieurs à la conquête romaine prouve qu'il en avait été ainsi longtemps auparavant.

2° Que les six ou sept tribus de la Gaule centrale avaient

i. César, Bell. Gall., VI, 15.

conservé pendant ces cinq cent cinquante ans les mêmes cantonnements, la même importance relative non seulement entre elles, mais à l'égard des autres groupes du nord, de l'ouest et de l'est. En effet, Tite-Live nous dit qu'elles constituaient la troisième partie de la Gaule [Celtarum quaepars Galliae tertia est), passage où il suit évidemment le début du livre de César : « La Gaule tout entière se divise en trois parties, habitées, la première par les Belges, la seconde par les Aquitains, la troisième par ceux qui s'appellent eux-mêmes Celtae et que nous appelons Galli. »

3° Que la Gaule, à cette époque reculée, et malgré la tendance au morcellement des populations d'origine celtique (organisées en clans jaloux de leur indépendance), était parvenue à l'état d'un empire centralisé, ayant un chef unique auquel obéissaient non seulement les Bituriges,- ses sujels directs, mais les Ambarres, les Arvernes, les Carnutes, les Aulerques, les Sénons.

4° Que la population sous un seul règne avait augmenté dans de telles proportions que la terre ne pouvait plus nourrir ses ' habitants, malgré la fertilité du sol.

5° Qu'Ambigat jouissait d'une assez haute autorité pour pouvoir déterminer six cent mille hommes, soit environ cent cinquante mille familles, à abandonner leurs foyers pour aller chercher fortune dans des contrées inconnues, dont l'une au moins, comme l'a fait observer M. Mommsen, était occupée par la puissante nation des Etrusques; ceux-ci dominaient alors sur une grande partie de l'Italie du sud et du nord, dont ils ne furent expulsés qu'au commencement du iv° siècle par un soulèvement armé des populations combiné avec l'invasion celtique de 395.

6° Que Bellovèse et Sigovèse avaient pu s'entendre avec les chefs du pays où ils comptaient se fixer, à l'effet de trouver sur leur route des guides et des ravitaillements suffisants. Cette difficulté avait vivement frappé Fréret, qui, dans ses mémoires sur les Cimmériens, considérés par lui comme des Gaulois, est amené à supposer que, maîtres de la Bohême dès

le vin8 siècle avant J.-C, ils avaient pu, par l'entremise des Helvètes, donner la main aux bandes de Sigovèse :

« Il faut supposer, dit cet illustre érudit, pour rendre vraisemblable l'expédition deSigovèse, que des chefs cimmériens déjà établis en Bohême servaient de guides à Sigovèse, l'instruisant de la route que devait tenir sa colonie ainsi que des endroits où elle pouvait passer les rivières et traverser les montagnes avec moins de peine. Alors les Boïens et les Tectosages n'arriveront plus dans un pays désert et ennemi. Ils y trouveront des alliés qui auront préparé ce qui était nécessaire pour les faire subsister à leur arrivée et pour faciliter leur établissement. Ce n'est là, je l'avoue, qu'une pure conjecture, mais le fait du passage et de l'établissement d'une colonie sortie du cœur de la Gaule dans l'extrémité orientale de la Germanie étant reçu de toute antiquité et prouvé par des témoignages formels (?) de César, de Strabon, de Tacite, de Plutarque, etc. *, quoique nous en ignorions le détail, il est permis à un critique de proposer des conjectures sur les moyens qui peuvent rendre le fait probable. »

Fréret ne paraît pas avoir songé que les Boïens pouvaient bien exister en Bohême au vie siècle sans qu'ils y fussent nécessairement venus de la Gaule. Il n'y a pas moins un grand fond de vérité dans son opinion. Il n'est guère douteux, en effet, que bien avant le vie siècle, des Celtes (nous ne disons pas des Gaulois) aient occupé non seulement la vallée du haut Danube, mais une grande partie des vallées des Alpes, se trouvant, par suite, en contact avec les Etrusques. Ïite-Live, sans se douter des contradictions qu'il accumule dans cette partie de son œuvre, par suite de la divergence des sources qu'il consulte, constate clairement cet état de choses au chapitre xxxm du livre Y :

« Pour moi, dit-il, je ne contesterai pas qu'Aruns ou tout autre Clusirn amena les Gaulois devant Clusium; mais un fait certain, c'est que ceux qui assiégèrent cette ville n'étaient pas les premiers qui eussent passé les Alpes. En effet, deux cents ans avant le siège et avant la prise de Rome, les Gaulois avaient passé en Italie; et longtemps avant les Clusiens, d'autres Étrusques, qui habitaient entre les Apennins et les Alpes, avaient eu souvent à combattre contre des armées gauloises. »

1. Fréret aurait bien fait de citer ces « témoignages formels »; ilsn'existeut pas.

7° Que la majorité des tribus (nationes) émigrées, tant en Germanie qu'en Cisalpine, auraient perdu dans leur pays d'adoption sinon leur personnalité, du moins leur nom, que les tribus mères conservaient au contraire soigneusement. Sur septnationes ayant, au dire de Tite-Live, suivi Bellovèse au delà des Alpes, six en effet, et les plus célèbres, étaient inconnues de Polybe au commencement du 11e siècle, à savoir : les Bituriges, les Arvernes, les Carnutes, les Aulerques, les Eduens, les Ambarres. Le nom des Senones surnage seul, tandis que d'un autre côté les tribus qui jouent un rôle en Germanie avant la conquête romaine, les Ardyes, les Agones, lesBoii1, les Japydes, lesTaurisci, les Scordisci, les Carni, les Noriciont, s'ils y avaient jamais séjourné, disparu de la Gaule sans y laisser aucun souvenir, à l'époque où écrivaient César, Diodore et Strabon. Les Tectosages seuls figurent encore des deux côtés du Rhin.

Une observation de M. d'Arbois de Jubainville mérite aussi d'être prise en grande considération, La plupart des éditions de Tite-Live font passer les émigrants de Bellovèse per saltus Tnurinos, débouchant ainsi dans les plaines dont Turin est le centre. Or, dans les dernières éditions critiques, les mots per saltus Taurinos, qui manquent aux meilleurs manuscrits, ont disparu, pour être remplacés par une leçon qui indique une direction bien différente. La voie suivie par les Gaulois aurait été celle des Alpes Juliennes, conduisant du Noricum à Aquilée et de là en Vénétie. Sur cette voie, tracée sur la carte de Peutinger, décrite dans l'Itinéraire d'Antonin, se trouvait Noreia, capitale des Taurisci, que Sempronius Asellio, à la fin du 11e siècle avant notre ère, plaçait non en Germanie, mais en Gaule. La confusion entre Taurisci si Taurini était facile. D'autre part, Posidonius nous apprend que les Taurisci étaient des Celtes2.

1. A l'époque où César entrait en Gaule,' les Boii étaient cantonnés sur la rive droite du Rhin, donnant la main aux Helvètes.

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