Polybe, II, xvii
2" Qu'à la même époque leur domination s'étendait dans l'Italie du sud sur les contrées voisines de Capoue et de Nola, où, suivant leurs usages, ils avaient fondé douze cités, comme ils l'avaient fait dans l'Etrurie centrale, leur premier établissement. La même organisation avait été établie par eux dans la Cisalpine1. Or, aucune invasion ne chassa les Étrusques de la Campanie. Ils en furent expulsés par un soulèvement de la population rurale. Leur système même d'occupation, fondé sur la possession de quelques villes, laissant la campagne aux mains des anciens colons, montre assez que le résultat de leurs conquêtes n'était pas un déplacement de populations, mais seulement la substitution d'une domination à une autre. Les Etrusques, en Campanie et en Cisalpine, s'étaient emparés de contrées particulièrement riches. Ils les avaient exploitées en excellents administrateurs, se gardant bien de tuer la poule aux œufs d'or. Quand ils évacuèrent les territoires de Capoue et de Nola, on ne voit pas qu'aucune perturbation, en dehors de ce changement de régime, se soit produite chez les Samnites. Leur disparition de la Cisalpine, si les causes de la ruine de leur pouvoir furent différentes, n'amena pas plus de changement dans la composition de la population indigène. Cette population, les Gaulois non plus ne l'exterminèrent ni ne l'expulsèrent. Elle resta ce qu'elle était sous la domination étrusque, ayant seulement changé de maîtres. L'archéologie démontre cette permanence mieux encore que tout raisonnement.
Nous nous croyons en droit d'affirmer que les tribus sédentaires et agricoles, dont Polybe nous fait un si séduisant tableau, occupaient la contrée depuis plus de six cents ans au moment où il écrivait. Ce chiffre de six cents ans est un minimum. Les Étrusques avaient soumis ces régions sept cents ans avant notre ère; nous devons supposer, puisqu'elles attiraient alors les convoitises de leurs puissants voisins, qu'elles étaient déjà mises en culture depuis plusieurs siècles. On ne
i. Tite Live, V, xxxin.
se trompera guère en plaçant vers l'an 1000 avant J.-C. l'arrivée des tribus qui les exploitaient dans l'Italie du nord.
Quelles étaient ces populations? Dire qu'elles portaient déjà le nom commun de Celtes serait assurément aller trop loin. Nous n'avons pas le droit d'affirmer qu'au xe-vuie siècle le nom des Celtes fut déjà celui d'un groupe prépondérant, encore moins qu'il eût déjà pénétré au sud des Alpes. Il est vraisemblable que les tribus celtiques ne se distinguaient encore, en ces temps reculés, que par leur nom particulier, celui du clan auquel elles appartenaient. Mais il ressort du récit de Polybe qu'elles étaient apparentées de très près aux tribus qui devaient plus tard porter le nom de Celtes; elles en avaient le costume et les mœurs et, presque aussi certainement, bien que nous manquions de témoignages à cet égard, la langue. Quand les Galates, le second ban des Celtes du nord, apparaissent, ils reconnaissent en eux des frères.
Nous disons que les populations de la Cisalpine soumises aux Etrusques avaient déjà, bien avant la conquête gauloise, le costume, les mœurs, probablement la langue des Celtes de Polybe. Cette vraisemblance, que l'archéologie nous fait entrevoir, peut s'autoriser de la distinction qu'établit Polybe entre les Celles de son temps, les alliés d'Annibal, et leurs voisins orientaux les Vénètes. Les Vénètes n'avaient point été soumis à la domination des Etrusques; ils étaient restés ce qu'ils étaient à l'origine et l'on sait que leurs établissements sur les bords de l'Adriatique remontaient à une époque très reculée. En chassant les Etrusques de la vallée du Pô, les Gaulois les laissèrent également libres. Or, ces Vénètes, qui étaient une des plus anciennes populations de la Cisalpine, ne se distinguaient des Celtes que par le langage ; ils en avaient, suivant Polybe, le costume et les mœurs1. On ne peut supposer que les Yénètes aient emprunté ce costume et ces mœurs à des ennemis dont ils ne parlaient pas la langue. Après la prise de Rome, c'est une menace d'invasion des Vénètes sur le terrritoire celtique qui