Polybe, II, xvn
3i Cours de M< Bertrand à l'Kcole du Louvre.
Après l'expulsion des Étrusques, la domination passe à des clans celles ou galales. Les Laens, les Lébéciens, les Cénomans s'établissent sur le territoire libéré, sans rencontrer, à ce qu'il semble, aucune résistance de la part des populations non étrusques. Dans leurs expéditionssurClusiumelsur Rome, comme dans les campagnes suivantes, ils n'ont aucun besoin de se prémunir contre le mauvais vouloir des vaincus. L'hostilité des seuls Vénètes les inquiète, parce que les Vénèles, en effet, ne sontpas des Celtes.
Sous quel aspect Polybe nous représente-t-il les envahisseurs gaulois du ive siècle? Il nous les montre campés plutôt que fortement établis en Cisalpine; ils semblent n'avoir pas encore pris racine dans le pays.
« Ils vivent dispersés dans des villages sans murailles '. Les mille choses qui font le bien-être de la vie leur sont inconnues. Ils n'ont d'autre lit que le foin ou la paille, ne mangent que de la chair, mènent, en un mot, la vie la plus simple. Étrangers à tout ce qui n'est pas la guerre ou le pâturage, toute science leur est inconnue. Leur richesse consiste seulement en or et en troupeaux, les seules choses qu'ils puissent, en toute circonstance, emporter avec eux et déplacer à leur gré. »
Peut-on dire plus expressémentqu'ilsn'étaientquecampésen Cisalpine, à peu près comme les Francs en Gaule au début de la conquête? Polybe ne les distingue-t-il pas ainsi expressément du fond de la population qui sème le blé, cultive la vigne, élève des porcs pour l'exportation et vit de cette vie plantureuse qui fait l'admiration de l'historien? Les documents archéologiques nous montrent de plus que ces vieilles populations, qui avaient été pendant plusieurs siècles à l'école des Étrusques, n'étaient pas étrangères aux délicatesses de l'art.
En présence de ces faits, faut-il s'étonner que ces bandes armées dont le séjour intermittent dans ce pays a duré deux cents ans à peine, y aient laissé si peu de traces matérielles de leur passage, ou plutôt de leur domination? Ces observations s'appliquent aussi bien à la Cispadane qu'à la Transpadane, aux Cénomans et aux Sénons qu'aux Boiens.
1> Polybe, II, xvn.
M. Edouard Brizio, le savant professeur d'archéologie de Bologne, dans un récent travail sur les tombes et nécropoles gauloises dans le Bolonais, arrive à des conclusions analogues aux nôtres. Nous traduisons :
« Les textes historiques attestent qu'après avoir mis au pillage l'Italie centrale et s'être trouvés en lutte avec les principaux peuples établis alors dans la péninsule, Ombriens, Étrusques, Romains, Campaniens, Grecs, après avoir remporté des victoires éclatantes et éprouvé de terribles revers, les Gaulois, toujours nomades, toujours vagabonds, toujours batailleurs, commencèrent à se mettre à la solde des Carthaginois, des Samnites et des Étrusques contre lesquels ils avaient d"abord combattu. Us errèrent longtemps à travers l'Italie sans trouver une demeure fixe. Le Périple dit de Scylax, remanié entre 338 et 335 avant J.-C., assigne aux Gaulois, restes de la grande expédition celtique, la seule partie du littoral comprise entre Spina et Adria, zone étroite qui semble correspondre à la Silva litana, mentionnée par des écrivains postérieurs et près de laquelle les Gaulois infligèrent et subirent de grandes défaites. Il est certain qu'en 20 J encore avant J.-C., ils n'avaient pu obtenir des Étrusques un territoire propre, non tam quia imminui agrum, quam quia accolas sibi quisque adjungere tam efferatae gentis homines horrebat (Tite-Live, X, 10). »
Si nous n'avions pour nous guider que les traces matérielles laissées en Cisalpine par les Gaulois de l'histoire, laconclusion logique serait qu'il n'y a point eu de conquête gauloise en Italie, point de conquête sérieuse, du moins, comme celle de la Gaule parles Romains et plus tard par les Francs. « x4.vant 1 878, écrivait en 1886 le professeur Castelfranco1, on ne connaissait aucune sépulture gauloise en Italie; on les déclarait introuvables. » Mais si les Gaulois de l'invasion historique sont difficiles à saisir, faut-il avouer notre impuissance à retrouver les traces des Celtes dans la péninsule? Cet aveu, qui serait humiliant pour l'archéologie, ne s'impose heureusement pas à la science.
Les nécropoles pré-galatiques sont très nombreuses dans toute l'étendue de la Cisalpine (Cispadane et Transpadane). Plusieurs de ces nécropoles remontent aux environs de l'an 1000. Il s'agit de savoir si la plupart ne sont pas celtiques. A part les sépultures étrusques à chambres, tombe a
1. Pompeo Castelfrauco, Liguri-Galli c Galli-Romani, Panne, 1886.
camere, sur Je caractère desquelles il n'y a pas de doute possible, on peut dire que toutes les autres nécropoles restent indéterminées, en présence du grand nombre et de la diversité des désignations que l'on a proposées pour elles. Ces mêmes sépultures primitives sont attribuées par les uns aux Etrusques, aussi bien que les tombe a camere, par d'autres aux Pélasges, ou aux Italiotes, ou aux Ombriens, ou encore aux Ligures ou aux Illyriens, par quelques archéologues enfin aux Celtes, chaque opinion ayant ou ayant eu pour répondants des savants de grand mérite, qui ont étudié les antiquités sur le terrain même.
Quelques-unes de ces nécropoles, comme nous l'avons dit, sont celtiques aux yeux mêmes des archéologues italiens'. C'est de cette série que nous devons parler d'abord.