‹ Les Celtes dans les vallées du Pô et du DanubeChapitre 56 sur 144 · Strabon, VII, i · texte numérisé non relu

Strabon, VII, i

3. Zeuss, Die Deutschen undihre Nachbarslaemme, Munich, 1837, p. 218.

(à rapprocher de Tarv-enna et de Metio-sedum), Curia (à rapprocher de Tricorii, Curiosolites), Magia (à rapprocher du suffixe magus, de Magontiacum), Matreja (cf. Medio-matricum, Noreja, Celeja), les noms cités par Ptoléméc Bpayôoo'jpov, 'Exxôôoupov, 'Eêô8ovpov, Apouaôjjuxyo;, TaSycxtTiov (cf. Tasgetius dans César), puis Cambodunum, Brigantium, Brixentes, Ojévwve;, Oùéwiot — tous ces noms ne peuvent être que celtiques. Le nom de peuple Vindelici dérive de la racine-., VliSD que l'on retrouve dans Vindobona, Vindomagus, Vindonissa... Les noms vindéliciens Artobriga, Bojodwum, Parrodunum, Consuanetes (à rapprocher de Condrusi, Suanetes, Convictolitanes), Licus, Licates (cf. 'A(x6î-Xtxot), ne laissent subsister aucun doute sur leur descendance. A cela s'ajoute un témoignage ancien qui a sa valeur. Zosime, qui qualifie Carnuntum de ville celtique (II, 10 : èvKapvo-jtw ■tcôXei KeXxiitîj), appelle les troupes du Norique et de Rhétie, qui comprenait alors la Vindélicie, légions celtiques, Ktl-ziv.à. râytiaTa (I, 52). Que ces peuples étendus au loin n'aient été que celtisés à une époque postérieure par les Celtes, cela n'est pas du tout croyable, d'autant moins qu'en leur qualité de populations libres et adonnées au brigandage elles vivaient dans un état d'hostilité avec leurs voisins et que les Romains, lorsqu'ils les soumirent, trouvèrent déjà chez elles des noms celtiques1. »

Deux archéologues autorisés, MM. Giovanni Amennone Oberziner et Paolo Orsi, se sont récemment occupés des Rhètes. Or, l'un et l'autre, après un examen approfondi, concluent contre la thèse qui voit dans les Rhètes des Étrusques. L'un et l'autre y reconnaissent un groupe à part, se rattachant à la grande migration dite aryenne, à laquelle les populations néolithiques durent, entre autres avantages, la connaissance des métaux et dont les Celtes faisaient partie.

Les Rhètes, à leurs yeux, appartiennent au premier Aye du fer italien. Ils sont les frères en civilisation de nos tribus insubriennes, ainsi que de l'ensemble des tribus qualifiées d'anticoitaliques par Conestabile. M. Orsi donne aux nouveau-venus, successeurs, selon lui, des néolithiques Ibéro-Ligures, le nom général à'Umbro-ùalici, repoussant celui de Proto-etrusci(\yi'di proposé M. Helbig. « Tous ceux, dit-il, qui son-l familiers avec les récentes découvertes archéologiques, sont obligés de reconnaître que l'industrie, l'art, la culture générale [civiltà) du

i. Zeuss considère comme celtiques toutes les populations des Alpes méridionales, à l'exception des Euganéens qui seraient étrusques, et des Lépontieus qui seraient peut-être Ligures [op. laud., p. 231).

premier âge du fer présentent, à l'exception des palafittes, une remarquable unité, avec les seules variétés locales que le temps apporte en toute chose à ce qui dure. A l'ensemble de ces populations on peut appliquer le nom d'Umbro-italico. » Cette thèse est, en somme, identique à celle que soutient M. Oberziner. Disons plus : c'est au fond, si Ton n'attache pas une importance exagérée aux mots, la thèse de M. flelbig.

En quoi consiste, en effet, la thèse de M. Helbig1 ? Audessous de la civilisation étrusco-hellénique , c'est-à-dire audessous de la belle civilisation étrusque, existe, en Italie, une couche antérieure uniforme, ou ne présentant, du moins, que des variétés qui n'en rompent pas l'unité ; cette unité caractérise aussi bien les populations que leur état de culture. Toutes mériteraient l'appellation à'italici ou à'Antico-italici, des Alpes au bord du Tibre, sans excepter celles des vallées rhétiques, de la future Etrurie et même de la Sabine. Les Vénètes et les Ligures — quelques-uns ajoutent les Euganéens — devraient seuls en être exclus. C'est à ce fond commun qu'appartiennent les Umhri et les Proto-Etrusques. Les Etrusques de l'histoire ne sont autre chose, suivant M. Helbig, que des Italici orientalisés.

Telle est la doctrine séduisante qui domine actuellement en Italie. Un explorateur de mérite, au zèle duquel sont dues les fouilles de Vétulonia, déclare que ces vérités sont aujourd'hui si bien établies qu'on ne peut rien ajouter à leur démonstration; il suffît de constater qu'elle est faite.

« Désormais, écrit M. Falchi*, il est avéré que toutes les nécropoles primitives (pré-étrusques), tant de l'Italie centrale que de la Circumpadane, sont liées entre elles par les rapports les plus étroits de rites, de mobilier funéraire, de coutumes; cette communauté s'affirmant par l'usage uniforme de l'incinération, par la forme à peu près identique des ossuaires, recouverts d'une mince écuelle renversée, placés dans la terre vierge ou dans une cavité préparée ad hoc. Dans l'urne ou à côté d'elle sont déposés les objets ayant appartenu au mort et qui, dans toutes les

1. Voir surtout sou graud article dans les Annali dell' Inslituto, 1884, p. 108-188.

2. lsid. Kakhi, Vétulonia e la sua necropoli antickissima, Florence, 1892, p. 240.

nécropoles, sont, à peu de chose près, les mômes. Ces remarques s'appliquent aussi bien aux sépultures primitives de Golasecca, d'Esté, de Villanova, de la Certosa, de Corneto-Tarquinia, qu'à celles de Vetulonia. »

Le terme à'Italici est bien vague. Il équivaut à cette périphrase non moins vague : « populations aryennes ayant les premières occupé le nord de l'Italie. » Mais ces mêmes populations, l'archéologie les montre également aux sources du Danube, dans les vallées de l'Inn, de la Save, de la Dravc et jusqu'aux pieds des Pyrénées. Or, si les populations du nord de l'Italie peuvent être qualifiées d'italiques ou de proto-étrusques en majorité (Helbig), personne ne songera assurément à appliquer la même désignation aux tribus de même origine, ou du moins de même civilisation, établies au nord et à l'ouest des Alpes, qu'il est, au contraire, fort naturel de qualifier de celtiques. Le nom à.'' Illyriens conviendrait aussi aux populations situées plus à l'est ; d'ailleurs, une tradition ancienne nous représente Celtus, Illyrius et Galas comme trois frères*.

Pour nous, notre conviction est qu'il faut rattacher la majorité des tribus alpestres, y compris les Rhètes, comme aussi les Insubres, aux Umbri, ces frères aînés des Celtes — Urnbri, vête r es Gai H 2.

Fréret, dont le coup d'œil était si pénétrant, nous a précédés dans la voie de ces conjectures 3 :

« Des Illyriens d'une part4, des Ibères* de l'autre, commençaient à se fortifier en différentes contrées de l'Italie, lorsqu'ils furent troublés dans leurs possessions par de nouveaux hôtes qui vinrent en grand nombre s'en emparer les armes à la main. Ce sont les nations celtiques qui pénétrèrent en Italie par les gorges du Tyrol et du ïrentin. Le nom d'Ombri,

1. « Polyphème, dit-on, eut de Galatée trois fils, Celtus, Illyrius et Galas, lesquels, partis de Sicile, devinrent les chefs des peuples qui s'appelèrent ensuite Celtes, Illyriens et Galates. m (Appien, De reb. illyricis, II; éd. Didot, p. 271.)

2. Galloriim veterum propaginem Umbros esse M. Antonius refert. (Solin, ad. Mommseu, p. 37, 9.) Ce renseignement a été copié par Servius, ad Aen., XII, 753. Cf. plus loin, p. 72, note 4.

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