Cf. plus loin, p
3. Amédée Thierry s'est emparé de cette hypothèse de Fréret et, selon son habitude, l'a poétiquement développée (Histoire des Gaulois, 5e éd., t. I, p. 123).
4. Fréret, comme la plupart des modernes, attribue le texte cité par Solin (Gallorum veterum propayinem Umbros esse) à Bocchus, écrivain plusieurs fois nommé par Pline et qu'on a cru avoir été un des affranchis de Sylla. Mais le texte de Solin, tel qu'il a été établi par M. Mommsen, rapporte cette citation à M. Antonius, c'est-à-dire, suivant M. Mommsen, à M. Antonius Gnipho, auteur né en Gaule qui vivait vers l'an 100 avant J.-C. (cf. Teuffel, Geschichte der rërn. Literatur, 5e éd., t. I, p. 267). Personne ne méconnaîtra l'autorité de cette assertion, émanant d'un savant gaulois très considéré. Quand Suétone nous dit qu' Antonius Gnipho était né en Gaule, in Gallia nalus, il entend évidemment par là la Cisalpine, c'est-à-dire la Haute-Italie.
Nous réunissons ici les principaux textes relatifs aux Ombriens :
Hérodote, I, 94. Les Lydiens bannis de leur pays vont d'abord à Smyrne, puis, après avoir côtoyé différents pays, ils abordent en Ombrie, où ils bâtissent des villes.
Hérodote, IV, 49. Le Carpis (Drave?) et l'Alpis (Inn?) sortent du pays au-dessus des Ombriqws, coulent vers le nord et se jettent dans lister.
Philiste de Syracuse, frag. 2 (P. H. G., I, p. 184). Quatre-vingts ans avant la guerre de Troie, les Ligures, sous la conduite de Siculus, abordent en Sicile. Siculus était fils d'Italus et ses sujets reçurent de lui le nom de Sicèles; les Ligures avaient été chassés de leurs terres par les Ombriens et les Pélasges.
Théopompe, frag. 142 (P. H. G., I, p. 302). La nation des Ombriens, habitant auprès de la mer Adriatique, mène une vie efféminée comme les Lydiens ; la fertilité de leur territoire leur a donné la richesse.
Scylax, Périple, 16 (G. G. M., I, p. 24). Après les Samnites vient le peuple des Ombriens, où est la ville d'Ancône. Cette nation honore Diomède, dont elle a reçu des bienfaits, et possède un temple qui lui est dédié. La navigation le long des côtes d'Ombrie prend deux jours et une nuit. Après le peuple ombrien viennent les Tyrrhéniens.
Scymnus, Orbis descriptio, v. 366 (G. G. M., I, p. 211). Après les Messapiens [et les Samnites] viennent les Ombriens, qui passent pour mener une vie efféminée, semblable à celle des Lydiens (cf. plus haut le fragment de Théopompe, que le pseudo-Scymnus suit et cite en ce passage).
Les deux passages attribués à Aristote où il est question des Ombriens (Meteor., II, m, 42; De mir.ausc, $0) n'ont pas de rapport avec l'histoire de ce peuple.
Lycophoron, Cassandra, v. 1352 sq. « Puis les éperviers, quittant le Tmole et Gimpsos et les flots du Pactole qui roulent de l'or... s'élancèrent vers Agylla en Ausonie, engageant une guerre farouche contre les Ligustins. Ils prirent Pise et ils soumirent toute la terre voisine des Ombriens et les hauteurs escarpées des Alpes. » Les éperviers (xîpxo-.) sont Tyrrhenus et Lydus, les fils du roi lydien Atys.
Le scoliaste de Lycophoron, commentant le vers 1360, écrit : "0[*6poc, yévo; TaXaTwv. Ce texte (qui remonte peut-être à Timée) doit être rapproché de celui de M. Antonius Gnipho (ier siècle av. J.-C.) : « Galhrum veterem propaginem Umbros » (cité par Solin, éd. Mommsen, p. 37, 9).
Strabon, V, i, 10 (trad. Tardien, t. I, p. 358) : « Parlons maintenant de ces populations qui occupent en deçà du Pô l'espèce d'enceinte semi-circulaire que forment, en se rejoignant vers Genua et Sabata, les monts Apennins et la chaîne des Alpes. Autrefois les Boïens, les Ligyens, les Sénons et les Gésates s'en partageaient la meilleure partie; il n'en reste plus aujourd'hui, par suite de l'expulsion des Boïens et de l'extermination des Gésates et des Sénons, que les tribus d'origine ligyslique et les colonies romaines. Ajoutons que dans ces colonies on trouve aussi mêlé à
l'élément romain un fond de population ombrique, parfois même tyrrhénienne. Il y avait, en effet, avant que les Romains eussent commencé à étendre leur puissance, une sorte de lutte établie entre les deux nations ombrienne et tyrrhénienne à qui exercerait la prépondérance en Italie, et, comme elles n'étaient séparées que par le Tibre, il leur était facile de franchir celte barrière pour s'attaquer réciproquement. Arrivait-il aussi que l'une des deux nations entreprit une expédition contre un pays voisin, l'autre aussitôt, pour ne point demeurer en reste, envahissait le même pays : c'est ainsi qu'à la suite d'une expédition des Tyrrhéniens contre les populations barbares de la vallée du Padus, expédition d'abord heureuse, mais qui, par la mollesse des vainqueurs, avait bientôt abouti à une retraite honteuse, on avait vu les Ombriens attaquer à leur tour les peuples qui venaient de chasser leurs rivaux. Puis, des contestations s'étant élevées entre les deux nations au sujet des pays qu'elles avaient conquis tour à tour, chacune y avait envoyé, de son côté, un certain nombre de colonies ; mais les Ombriens, qui étaient moins loin, en avaient naturellement fondé davantage. Or, ce sont ces colonies que les Romains ont reprises; seulement, comme, en les augmentant de nouveaux habitants, ils ont généralement conservé ce qui restait des anciennes races qui les avaient précédées dans le pays, on peut, même aujourd'hui que tous les peuples de la Cisalpine portent le nom de Romains, distinguer encore ceux qui sont d'origine ombrienne ou tyrrhénienne, tout comme on y distingue les Hénètes, les Ligyens et les Insubres. » — V, 7 : « Ravenne passe pour avoir été fondée par les ïhessaliens, mais il parait que ces Thessaliens ne purent tenir aux agressions et aux outrages des Tyrrhènes; ils admirent alors dans leurs murs les Ombriens, dont les descendants occupent la ville aujourd'hui encore, et s'empressèrent de regagner leur patrie. » Denys d'Halicarnasse, Antiq. Rom., I, 10: « Quelques historiens disent que les Aborigènes étaient des colons des Ligyens, peuple voisin des Ombriens (ô[j.opoûvTa>v 'Ofiêpixot;). » — I, 13: « Je crois que les OEnotriens, outre les autres cantons d'Italie entièrement déserts ou mal peuplés, s'emparèrent d'une partie de l'Ombrie... Qu'on ne croie pas trop légèrement que les Aborigènes étaient ligyens, ombriens ou de quelque autre nation barbare. » — 1, 16: « Ce fut dans le canton de Réatc que les Aborigènes établirent d'abord leurs demeures, après en avoir chassé les Ombriens. » — « I, 18 : « Pour ceux des Pélasges qui s'étaient avancés au milieu des terres, ils traversèrent les montagnes de l'Italie et arrivèrent au pays des Ombriens, voisins des Aborigènes. Ces Ombriens occupaient, alors, plusieurs contrées de l'Italie. C était une nation des plus grandes et des plus anciennes (xoù yjv toûto to £ôvo; èv toî; rcavù [xéya te xa\ àpyaXov). » — I, 20 : « Les Pélasges persuadèrent aux Aborigènes de s'unir à eux contre les Ombriens et avec ce secours ils s'emparèrent de Crotone. » — I, 26 : « Vers la deuxième génération avant la guerre de Troie, les Pélasges commencèrent à être dans une mauvaise situation (xaxoOaôai). Ils subsistèrent, cependant, encore après l'embrasement de cette ville, mais réduits à un très petit nombre. Toutes leurs villes avaient été détruites excepté Crotone, la célèbre ville des Ombriens (ë$w Kpitwvo; t^ç lv '0(i6pi-
xoïc uôXewç àÇto).ÔYO"j). » — I, 27 : « Tyrrhenns et les Lydiens abordèrent aux côtes occidentales de l'Italie habitées par les Ombriens, où ils établirent leurs demeures et fondèrent des villes qui subsistent encore aujourd'hui. » — I, 29 : « Il fut un temps où les Latins, les Ombriens, les Ausones et plusieurs autres peuples étaient appelés Tyrrhéniens par les Hellène?. » — 1, 89 : « On a lieu de s'étonner que Rome ne soit pas devenue entièrement barbare, après avoir reçu des Opiques, des Marses, desSamnites, des Tyrrhéniens, des Bruttiens et plusieurs milliers d'Ombriens et de Ligyens. » — II, 49 : « Zénodore de Trézène, qui a écrit une histoire des Ombriens, dit que ces peuples habitèrent d'abord le pays de Réate, mais qu'ayant été chassés par lesPélasges, ils vinrent s'établir dans celui où ils demeurent présentement et que, changeant de nom en même temps que de pays, ils prirent le nom de Sabins au lieu de celui d'Ombriens. » — VII, 3 : « En la LXIV* Olympiade (524), Miltiade étant archonte d'Athènes, les Tyrrhéniens, qui avaient habité autour du golfe dTonie d'où ils furent, dans la suite, chassés par les Celtes, entreprirent avec le concours des Ombriens, des Dauniens et de quelques autres barbares de détruire Cumes, ville grecque fondée dans le pays des Opiques par les Érétriens et les Chalcidiens. Ils marchèrent contre elle avec cinq cent mille hommes d'infanterie (?) et dix mille chevaux. » — VII, 72 : « Quelques savants considèrent les jeux et les danses satyriques, ces vieilles institutions, comme dues à l'influence des Ligyens et des Ombriens. Ces usages ne sont d'invention ni ligyenne ni ombrienne, ils viennent des Hellènes. » Florus, I, 17 : « Les Ombriens, le plus ancien peuple de l'Italie. » Pline l'Ancien, III, 8 : « Les Ombriens ont autrefois été chassés d'Étrurie par les Pélasges, ceux-ci par les Lydiens appelés Tyrrhéniens. » — III, 9 : « Cette terre (la Campanie) a été occupée par les Osques, par les Grecs, par les Ombriens, par les Étrusques, par les Campaniens. » — III, 19 : « Ici se range la sixième région, comprenant l'Ombrie et le territoire gaulois autour d'Ariminum. A Ancône commence la côte dite de la Gaule Togata. Les Sicules et les Liburnes ont habité une grande partie de cette contrée, particulièrement les districts de Palma, de Pretutia et d'Adria. Us furent chassés par les Ombriens, ceux-ci par les Étrusques, les Étrusques par les Gaulois. Les Ombriens sont regardés comme la nation la plus ancienne de l'Italie et l'on va jusquà croire qu'ils ont été appelés ainsi par les Grecs, comme ayant survécu à des pluies qui inondèrent le globe terrestre'. On lit dans les histoires que trois cents de leurs villes furent soumises par les Étrusques... Caton a rapporté qu'Améria [ville ombrienne] fut fondée 964 ans avant la guerre de Persée » [c'est-à-dire en 1133 av. J.-C.]. — III, 20 : [Dans la huitième région ou ÉmilieJ « sont Ravenne, ville des Sabins, et Butrium, ville des Ombriens 2. »
1. Cf. Servius, ad Aen., XII, 753; Isidore de Séville, IX, H, 87.
2. En résumé, nous voyons par ces textes : 1° que les Ombriens sout une des plus anciennes ou môme la plus ancienne nation de l'Italie (Denys, Florus, Pline); 2° qu'ils ont chassé les Ligures (Philistc), les Sicules et les
Si Pline fait chasser les Ombriens d'Etrurie par les Pélasges et si Denys les en fait déloger par les Tyrrhéniens, il y a toute apparence que les Pelasses du premier sont identiques aux Tyrrhéniens du second. Si Zénodore les fait chasser de Réate par les Pélasges et Denys par les Aborigènes, c'est encore que les Pélasges de Zénodore sont identiques aux Aborigènes de Denys. En présence de pareilles divergences, on voit le peu d'importance qu'il faut attribuer aux désignations ethniques dont se sont servis les auteurs anciens. Tout ce que l'on croit entrevoir, c'est que les Ombriens succèdent en Italie à une population ligure et s'y trouvent aux prises avec les Tyrrhéniens, qui finissent par l'emporter sur eux. A l'époque proprement historique, ils sont refoulés dans les cantons montagneux de l'Apennin et passent, comme les Ligures, pour des montagnards : leur plus forte levée, en 225, ne dépasse pas le chiffre de vingt mille hommes1. Ce sont les derniers restes d'un peuple autrefois très puissant, dont la domination ancienne sur la Toscane est attestée non seulement par l'histoire, mais par la toponymie : on y trouve, en effet, une rivière du nom à'Umbro, un tractus Umbriae, et l'ancien nom de Clusium, Camars, reparaît dans celui de la tribu montagnarde des Camertes 2.
Nous possédons, de la langue des Ombriens, un document d'une importance capitale pour la philologie : c'est la série des tables de bronze qui, découvertes en 1444 à Gubbio (lguvium), portent un rituel très détaillé écrit en partie dans l'alphabet latin, en majeure partie dans un alphabet d'origine étrusque.
Liburnes (Pline); 3° qu'ils ont été, à leur tour, chassés par les Pélasges d'Etrurie (Pline), du pays de Réate (Zénodore), par les Aborigènes du canton de Réate (Denys), par les Aborigènes et les Pélasges de Crotone (Denys), par les Étrusques-Tyrrhéniens d'Etrurie (Hérodote, Denys), de Campanie (Strabon), de la côte adriatique (Pline); 4° qu'ils ont longtemps lutté avec les Tyrrhéniens pour la prépondérance en Italie (Strabon, ; 5° qu'ils sont distincts des Ligures et deslnsubres (Strabon); 6° qu'on leur a attribué une origine celtique (Marc Antoine Gnipho).
1. Voir Nissen, Italische Landeskunde, t. I, p. 505, d'après Polybe, II, xxiv, 7; Silius, VIII, 449.
2. Ibid., p. 506, d'après Pline, III, 8; Liv. X, 25; Polybe, II, xix, 5.
La linguistique a établi que la langue de ces tables appartient à la même famille que l'osque et le latin. Mais ces inscriptions ne sont pas antérieures à l'an 200 avant J.-C, alors que la période de la puissance ombrienne, celle qui nous a occupés dans les pages précédentes, est de sept ou huit siècles plus ancienne. Il n'est donc pas légitime de vouloir tirer de là une conclusion pour cette époque reculée. C'est d'ailleurs ce que nous dit M. Bréal, le savant éditeur et traducteur des Tables Eugubines1 : « Nous nous garderons de mêler la question d'ethnologie avec la question de linguistique : l'expérience prouve trop souvent que les renseignements de l'une et l'autre science ne sont pas d'accord. Les Ombriens, quoique de race celtique, ont pu, comme leurs frères de la Gaule, renoncer à leur idiome pour adopter un dialecte italique ; ou bien encore, on peut considérer les frères Altidiens (la confrérie de laquelle dépendait le temple d'Iguvium) comme une confrérie italiote établie au milieu d'une population de langue et d'origine différentes. Bornant donc nos observations à l'idiome des Tables Eugubines, nous dirons que ni pour la phonétique, ni pour la grammaire, il ne rappelle les idiomes celtiques. »
On sait aujourd'hui que le latin et le celtique sont des langues sœurs, plus proches parentes entre elles qu'elles ne le sont du grec ou du sanscrit. Cette parenté s'explique par l'hypothèse d'une période dite italo-celte, où les tribus qui devaient devenir les Italiotes et les Celtes étaient encore réunies. Quand il s'agit de l'époque la plus ancienne de l'histoire ombrienne, il est permis de transporter dans l'ethnographie le terme linguistique à! halo-Celtes. Les Italo-Celtes furent le premier ban de populations qui introduisirent une langue aryenne en Italie ; et les témoignages historiques semblent prouver que ces Italo-Celtes furent les Ombriens. Nous ne prétendons pas autre chose.
Les archéologues italiens les plus autorisés, MM. Ed. Brizio, P. Orsi, Oberziner — nous ne parlons que de ceux qui ont