HALLSTATT ET LES CELTO-GALATES
La découverte d'une nécropole très considérable, renfermant des antiquités toutes antérieures à l'ère romaine, dans une région isolée des Alpes d'Autriche, a été un événement dans l'histoire de l'archéologie. Commencées en 1846, poursuivies avec assez de méthode pendant les années suivantes, ces fouilles ne peuvent pas encore être considérées comme terminées à l'heure actuelle. Dès 1848, un savant de Sanct-Florian, Joseph Gaisberger, publia une brochure intitulée : «Les tom-
beaux de Hallstatt », où il décrivit le contenu de 58 sépultures. D'autres furent signalées par Simony et Gaisberger de 1850 à 1858. Les trouvailles se multiplièrent alors jusqu'en 1864, époque à laquelle fut close la première période des fouilles. M. de Sacken, directeur du Cabinet des antiques à Vienne, fut chargé de résumer les résultats acquis et le fit dans un volume intitulé : « La nécropole de Hallstatt dans la Haute-Autriche et ses antiquités » (en allemand), qui parut à Vienne en 1864. C'est un in-4° accompagné de 26 planches, auquel il faut encore recourir aujourd'hui comme à la source d'informations la plus sûre, bien qu'on puisse reprocher à l'auteur d'avoir trop négligé, parmi les découvertes, les objets qui ne flattaient pas ses instincts d'artiste, d'antiquaire de l'ancienne école habitué aux monuments grecs et romains.
Sacken avait plusieurs fois visité les fouilles, mais il ne les avait ni dirigées ni surveillées. Cette tâche avait incombé à Georges Ramsauer, homme sans instruction archéologique, mais zélé, auquel on doit une longue série inédite de procèsverbaux relatant l'inventaire des tombes et d'aquarelles représentant leur contenu. Un exemplaire de ces procès-verbaux et de l'album dont ils sont le commentaire existe au Musée de Saint-Germain; et il y en a un second au Musée impérial de Vienne et un troisième au Musée Ashmoléen d'Oxford.
« Nulle part, écrivait en 1867 M. de Sacken, nulle part on n'a observé, dans une même région, des modes d'ensevelissement si divers et en partie si étranges (comme l'incinération partielle des cadavres, la réunion, dans une même tombe, de cadavres inhumés et incinérés) ; nulle part on n'a constaté, sur une aussi grande échelle, le mélange complet des styles du bronze et du fer, avec la prédominance nettement marquée du style propre au bronze. Il faut aussi insister sur l'extraordinaire variété des formes et des ornements qui sont représentés ici avec une telle richesse qu'on peut y reconnaître comme le trésor des types usités à la fin de l'âge du bronze et au début de l'époque du fer. La nécropole d'Hallstatt représente cette période d'une manière si complète, si distincte, que les objets recueillis pourront, à l'avenir, être considérés comme des types, offrant de nombreux points de comparaison avec les découvertes faites ailleurs. »
La prédiction de M. de Sacken s'est réalisée et on parle au-
jourd'hui couramment de X époque de Hallstatt, du style de Hallstatt, etmême, plus brièvement, du « hallstattien. » Ces manières de s'exprimer ont l'avantage de ne pas impliquer une thèse ethnographique, mais ce serait vraiment pousser un peu loin la prudence, ou plutôt la timidité, que de se contenter de désignations aussi vagues et de ne pas chercher à préciser les relations des hommes de Hallstatt avec ceux des autres groupes alpestres et danubiens.
En abordant les Alpes Noriques, l'archéologue se trouve dans un milieu nouveau pour lui. Les types de Vadena, de Golasecca, d'Esté, de Villanovane sont plus au premier plan.
Fig. 82. — Fourreau historié d'une épée de la Tène.
Sans doute, ils se retrouvent encore; le lien entre les contrées du midi et celles du nord des Alpes n'est pas rompu; mais ces types sont plus rares et d'autres prennent le dessus, ceux mAme que l'on a qualifiés à'hallstattiens.
La nécropole de Hallstatt ne se distingue pas seulement des nécropoles primitives qui nous ont occupés jusqu'ici par l'âge des objets, qui, dans leur ensemble, paraissent plus récents, et par la présence de formes nouvelles : elle s'en distingue avant tout par l'apparition de sépultures à inhumation, recouvrant des squelettes près desquels reposent des armes, et, en particulier, une grande épée de fer. Cette épée typique a pu passer, pendant quelque temps, pour celle que Polybe et Tite-Live
ont décrite plusieurs fois et qu'ils ont attribuée aux envahisseurs gaulois de l'Italie; mais cette manière de voir se heurte contre un fait, à savoir qu'on n'a pas encore découvert une seule épée de ce genre en Italie. Il y faut donc renoncer. La longue épée dont parlent Polybe et Tite-Live, l'épée gauloise classique, nous parait être bien plutôt l'épée delà Tène, épée d'un caractère très différent dont l'ornementation relève d'un autre art (iig. 82) et dont bon nombre d'exemplaires se sont retrouvés dans les sépultures gauloises de la Cisalpine.
Nous ne sommes plus, à Hallstatt, en présence de cimetières homogènes, comme ceux de Golasecca, Este, Villanova : les nécropoles hallstattiennes sont des cimetières mixtes, où la variété des rites paraît attester une juxtaposition de tribus obéissant à des traditions religieuses différentes, et, par con-
Fig. 83. — Grande épée de Hallstatt1.
séquent, de provenance géographique diverse2. Dans les vieilles nécropoles italiennes, de Golasecca à Albano, nous trouvons des tribus restées pures, attachées à leurs coutumes nationales, où ne paraît aucune trace de classes subordonnées les unes aux autres ni de mélange de populations. L'absence de toute caste guerrière s'y reflète nettement dans le mobilier des tombes, où les armes sont si rares, alors qu'elles sont fréquentes à Hallstatt. Là, tout atteste l'existence sinon d'une caste, du moins d'un groupe militaire, associé à une autre classe d'habitants paisibles dont la richesse des sépultures atteste le bienêtre. Si à Hallstatt, et sur plusieurs points de la vaste région qui s'étend de Salzbourg à Sigmaringen et à Inspruck, de Gralz à Aquilée, les incinérés sont encore les plus nombreux et les plus riches, les inhumés ont déjà leur part du pouvoir; or, ces