INTRODUCTION XLVII
y accompagne, partage volontairement leur captitivité pendant quatre mois, et quand enfin ils sont libres (26 mars iSSg), grâce à l'intervention du consul vénitien d'Alexandrie \ il se rend avec eux à Damas, et refait en leur compagnie le pèlerinage de Saint-Paul des Déserts, de Sainte-Catherine du Sinaï et de Jérusalem. De là, après un nouvel arrêt forcé à Beyrouth, les pèlerins regagnent la France, en passant par Chypre, Rhodes et Venise.
C'est pendant ce voyage, auquel devait certainement participer Jean de Crésecque, que furent composées les Cent Ballades^ comme le dit le Livre des faits. M. Hellot * trouve « inadmissible « que, partis pour un pèlerinage en Terre-Sainte, « des chevaliers aient employé leurs loisirs, volon- « taires ou forcés, à improviser en 8204 vers, de « longues discussions, d'une moralité assez légère « parfois, sur l'amour profane. » Rien au contraire n'est plus naturel pour quiconque connaît bien l'esprit de cette époque et ses goûts chevaleresques, où se marient facilement la dévotion et la galanterie. C'était un devoir pour tout chevalier de mettre en pratique, en tout temps, en tout lieu, en dépit des obstacles et des dangers, les règles de la chevalerie et de la courtoisie, parmi lesquelles le culte de la poésie amoureuse n'était pas une des moindres. Boucicaut et ses amis, bien loin de renoncer à un pareil passe-temps, devaient tenir à honneur; même sous la tente du désert ou dans les caravansérails primitifs de la Palestine, même