‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 2 sur 49 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce titre : Let Cent meilleurs poèmes lyriques de la langue /ratifaisey demande quelques explications.

Et d'abord, il ne faut point s'attendre à trouver ici les cent poèmes dont on pourrait dire qu'ils sont, d'une façon absolue, les plus parfaits et les plus beaux, car il eût fallu, pour cela, les prendre presque uniquement parmi les œuvres des quatre ou cinq grands maîtres du XIX* siècle, lesquels dépassent le talent des lyriques anciens de toute la hauteur de leur génie. Mais un ouvrage de ce genre doit être, en même temps qu'un recueil de chefs-d'œuvre, un livre d'histoire littéraire, un tableau de la poésie française à partir du moment où, dans une langue qui ne s'éloigne plus trop de celle qu'à présent nous parlons, les poètes commencent à être ce qu'ils n'étaient point aux précédents siècles : des artistes. Ce qu'on cherchera donc dans les premiers morceaux

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de ce recueil, ce sera la perfection relative, non absolue, d'un art qui s'eisaie encore avec un Charles d'Orléans, un François Villon, un Clément Marot. Avec Ronsard seulement apparaîtront des poèmes d'entière perfection formelle et qui devraient figurer même dans une anthologie idéale où il ne serait pas tenu compte de l'ordre des siècles, du progrès de notre langue et de l'évolution de notre métrique. Après lui, Malherbe achève de créer l'art du vers ; mais lorsqu'il laisse tomber sa plume, —plus volontaire d'ailleurs qu'inspirée, — lorsqu'il a fini de perfectionner l'instrument lyrique, c'est le lyrisme même qui semble disparaître : le sceptre de la poésie va passer aux mains des grands poètes dramatiques du XVII* siècle, des Corneille, des Molière et des Racine, auxquels nous n'aurons point beaucoup d'emprunts à faire, car leur gloire ne doit que peu de chose à leurs sonnets ou à leurs ode?r Au XYIII" siècle, à peine pourrait-on glaner, dans l'oeuvre immense de Voltaire, quelques strophes d'une grâce aisée et spirituelle, si pendant les dernières années, André Chénier n'avait chanté, —André Chénier dont les vers, inconnus, du reste,

de tel contemporalos, ne devaient être révéléi au public qu'une trentaine d'années après avoir été écriu. Et c'est précisément l'heure où, avec Lamartine et Victor Hugo, commence le grand siècle de la poésie lyrique fi'ançaise.

Que n'avons nous pu, après les romantiques, présenter ici tous les poètes de l'âge suivant, ceux qu'on a nommés les Parnassiens ! Mais nous ne devions cueillir les fleurs de cette anthologie que dans les jardins des morts ; et les éditeurs de la présente collection, en adoptant la règle de ne point introduire dans leurs recueils les œuvres des vivants, ont obéi au très légitime scrupule de ne ratifier que des jugements déjà prononcés par une postérîté commençante.

Ce n'est que pour les vêts antérieurs a teux de Malherbe que nous nous sommes permis de rajeunir un peu quelques termes tombés en désuétude et dont la rencontre aurait pu, sans profit pour le poète, arrêter et embarrasser le lecteur peu familier avec notre vieux langage. Et ce n'est guère que pour les premiers morceaux choisis que nous nous sommes résigné à certaines coupures, d'ailleurs traditionnelle!.

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On trouvera ici, pour les XV«, XVI», XVII» et XVIII* siècles, presque tous les poèmes consacrés par l'universelle admiration, et quelques uns aussi de ceux qui, à notre sens, mériteraient de l'être, car dans l'admiration universelle il y a toujours un peu de routine à combattre et d'injustice à réparer. Pour le XIX" siècle, nous n'avons eu d'autre embarras que celui des richesses. Que le lecteur nous pardonne si notre choix n'a pas été toujours celui qu'il eût fait, en considérant que nous avons fait de notre mieux, qu'on trouvera ici les plus illustres chefs-d'œuvre et que, pour le reste, nous pensons n'avoir choisi aucun poème qui ne soit de la plus pure beauté.

Il ne nous reste plus qu'un devoir très doux à remplir: celui de remercier les personnes qui ont rendu notre tâche possible en nous donnant les autorisations nécessaires. Que grâces soient donc rendues, notamment, à M. Emile Ollivier et à M. Robert Vallier, l'un président, l'autre gérant de la Société propriéuire des œuvres de Lamartine ; à M. Paul Meurice, exécuteur testamentaire de Victor Hugo ; à M. Etienne Tréfeu, héritier littéraire d'Alfred de Vigny; à M. Lardin de Musset, celui

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d'Alfred de Musset ; à M. Georges Rochegrosse, celui de Théodore de Banyille ; à M. Georges Vicaire, celui de Gabriel Vicaire. Nous ne devons pas moins de reconnaissance aux éditeurs qui nous ont permis de prendre des textes dans leurs éditions : MM. Hachette et Cl«- pour Lamartine ; Calmann- Lévy pour Baudelaire ; Alphonse Lemerre pour Desbordes- Valraore, Brizeux, Soulary, de Laprade, Leconte de Lisle, etc. ; M. Eugène Fasquelle pour Alfred de Musset, Théophile Gautier, Théodore de Banville, etc. ; M. A. Messein pour Paul Verlaine.

AUGUSTE DORCHAIN.

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