DÉ PHILIPPE POT
Monseigneur, Je me recommande humblement à vous en loant Dieu de tout mon cœur de la grant grace que par sa pitié et misericorde il vous a ottroyé, laquelle est telle qu’elle n’est point a extimer a bien regarder et considerer vostre estat en deux manieres principalles. La premiere sy est que vous estez josne et en la plus grand forche de nature, homme qui avez fort esté boutté es honneurs et delices de monde, belle personne, et bien le sçavez. La seconde cause et raison sy est que vous estez homme de grant lieu et de grant estat, de grandz parens et amis qui est une chose qui par coustume aveugle fort l’entendement de la personne et destourbe d’avoir la congnoissance de la grant puissance de Dieu et fait samblé le monde estre eternel. Toutesfoys, non obstant toutes ces raisons, vous ne avez regardé a josnesse, a force de corps, es honneurs de ce meschant monde, au grand lieu dont vous estes partys ne aux grandz parens ; mais seullement avez regard aux jugemens de Nostre Seigneur qui sont sur les grandz comme sus les petis, aux fays de ce monde ou il n’a nulle seureté a l’eure de la mort qui nous est incessamment devant les yeulx et que selonc ce que le pescheur sera pris il sera jugié. Or fault il conclure que celle grant congnoissance vient de Dieu, et non point de vous. Auquel je pry que a vous et a tous aultres il la veulle de bien en mieulx acroistre et augmenter, selonc ce qu’il scet que chascun en a besoing pour parvenir a la glore de Paradis, laquelle nous
tous puissions ensamble trouver. Escript À... PHiLtPPEe Por.
r. Bibl. Nat., ms. fr. 1278, n° 307. 2. La lettre, conservée parmi des papiers d'État ayant appartenu à la maison de Bourgogne, est le même sujet adressée au jeune religieux par Antoine
de la même main et suit la lettre édifiante sur de la Sale (Voir ce document dans l’ouvrage de M. Joseph Nève, Antoine de la Salle, p. 223-225.)