Hallucinatioiis auditives
L'hallucination auditive par altération de l'appareil nerveux de l'audition (la seule qui nous intéresse ici) est plutôt une illusion, en ce sens que le sujet entend réellement des bruits pathologiques qu'il extériorise et objective et dont il admet alors l'origine extérieure et l'existence en dehors de lui.
L'hallucination auditive, qui est une des plus fréquentes,
(1) Voir : Seglas, Rapport au Congrès des Neurologistes de Nancy, août 1896, Revue neurologique^ 1896 p. 470 el Gilbert Ballet, Traité de Pathologie mentale, 1903.
peut présenter tousles degrés (1) : hallucination élémenlaire (sons mal déterminés, bruits confus), hallucination diffé^ renciée commune (bruits spécifiés, rapportés à un objet déterminé : sifflement des balles, roulement du tambour), hallucination différeiiciée verbale (\o\x articulant des mots : voies d'étrangers ou voix du sujet).
Pour expliquer les hallucinations, on discute beaucoup en pathologie mentale (2) sur les théories périphériques ou sensorielles (Plater, Sauvages, Darwin, Poujol...), les théories centrales ou de Torigine intellectuelle (Esquirol, Leuret, Lelut, Falret...) et les théories mixtes ou psychosensorielles (CULLEN, FODÉRÉ... BaILLARGER, MaRCÉ...). Se-
GLAS et Gilbert Ballet ajoutent les théories physiologiques, qui reviennent aux théories centrales, les uns plaçant le point de départ dans les couches optiques ou d'une manière plus générale dans les centres sensoriels infracorticaux (FoviLLE, Bergmann... Luys, Ritti, Poincaré, Hammond...
SCHROEDER VAN DER KOLK, KrAFFT EbING, MeYNERT...); IcS
autres le plaçant dans l'écorce (Michea, Parchappe, Tamburini).
11 me semble que les faits que nous étudions ici (hallucinations auditives par lésion d'un point de Tappareil nerveux de Touïe) sont bien de nature à mettre d accord ces opinions d'apparence contradictoire et à faire comprendre la physiologie et la palhogénie de ces phénomènes.
On a observé ces hallucinations avec des lésions de siège anatomique très varié.
Ainsi dans un cas de violentes hallucinations de Touïe Flechsig (3) trouve des concrétions calcaires dans les tubercules quadrijumeaux; dans une observation déjà citée, Paul Serieix et Roger Mignot (4) notent des hallucinations
(1) Voir Gilbert Ballet, loco cil., p. 200.
(2) Voir Gilbert Ballet, loco cil.^ p. 200.
(3) Collet, loco cil., p. 173.
(4) Pail Skriel'x et Roger Mi(;not, travail cité de la Xomtelle Iconographie de la Salpélrière, 1901, p. 39.
de l'ouïe et six hydalides dans les deux lobes temporaux ; dans une autre observation, les mêmes auteurs (1) signalent des hallucinations de 1 ouïe alternant avec des accès de sur« dite chez un paralytique général, qui présente » une plaque de méningoencéphalite d'intensité exceptionnelle, véritable lésion en foyer, intéressant le centre de l'audition (tiers postérieur de la 1^ temporale et circonvolution supramarginale) » ; Trenel et Antiieaume (2) observent des hallucinations de Touïe des plus remarquables dans^un cas de tumeur du cervelet intéressant le nerf auditif ; les bruits de charrette donnaient un délire professionnel à un malade de A. Berge (3) qui avait un foyer hémorrhagique dans la substance blanche du lobe temporal gauche ; et Lwoff (4) a vu deux cas (sans autopsie) d'hallucinations auditives unilatérales du môme côté qu'une hémiparésie motrice.
Ces exemples (qu'on pourrait multiplier) prouvent bien que les hallucinations auditives peuvent être produites par des altérations siégeant sur des points très divers de l'appareil nerveux de l'ouïe (nerf auditif, tubercules quadrijumeaux, centreovale, écorce). Voilà un point acquis. Mais ces lésions, quelles qu'elles soient et quel que soit leur siège, ne feront pas des halllucinations chez tous les sujets- Chez tous, elles pourront produire des phénomènes d'excitation, développer des sensations anormales, faire naître des bruits subjectifs. Mais pour faire une hallucination avec ces symptômes il faut une condition de plus, il faut que le centre O du sujet les extériorise, leur attribue une origine extérieure et une existence réelle en dehors de lui. Il faut que 0 soit malade.
Donc, pour produire l'hallucination auditive, il faut deux
(1) Paul Skrieux et Ror.ER Mignot, Société de Neurologie, 17 avril 1902, Revue neurologique^ 1902, p. 350.
;2) Trenel et Antiieaume, Archives de Neurologie ^ 1897, t. II, p. 1 (cilal. DuRET, loco cil , p. 950).
(3) A. Bergé in Giluert Ballet, loco cil., p. 1071.
(4) Lwoff, citât. Gilbert Ballet, loco cit., p. 1070.
éléments : \^ raltération mentale, la maladie du psychisme supérieur O ; 2f^ Taltération (organique ou névrosique) de Tappareil nerreux auditif (dans une quelconque de ses parties, périphérique ou centrale).
Ainsi, quand on compare rhallucination ft F « épilepsie des centres sensoriels (Tamburini) », on ne voit qu^un càké de la question. L'irritation sensorielle est nécessaire pour produire une hallucination, soit ; mais elle n'est pas suffisante ; il faut encore le trouble mental ; tandis que pour produire une épilepsie symptomatique, l'excitation motrice ou sensorielle est nécessaire et suffisante ; il n'y a aucun besoin de trouble mental.
Dans ses formes simples, Thallucination est un « délire de la sensation auditive » ; dans les cas plus complexes elle devient c un véritable délire, dans le sens le plus général du mot (Seglas) ». Dans tous les cas il y a délire, c'est-àdire trouble méditai en même temps qu'irritation d'un point quelconque de l'appareil sensoriel.
En d'autres termes, Valtération de Vappareil nerveux de Vouïe ne détermine que la forine (auditive) de rhalluci-nation (1), celle-ci étant déterminée y dans son fond^ par Valtération de Vappareil neigeux du psychisme.
Si on ajoute à cela que les symptômes d'excitation sont des signes subjectifs souvent produits par une lésion voisine de l'organe en question, aussi bien que par une lésion de cet organe même, on pourra conclure que tous ces symptômes sont bien moins utiles que les symptômes de déficit pour le diagnostic de siège d'une lésion et on comprend très bien Collet disant : « nous croyons plus prudent de ne faire entrer en ligne de compte, pour résoudre cette question délocalisation, que les troubles objectifs de l'ouïe ».
(1) Quand rhallucination auditive est unilatérale, cela n'a pas une grande importance pour la localisation de la lésion pathogène parce qu'il peut y avoir un phénomène pathologique dans « rorientalion psychologique unilatérale » (Gilbert Ballet, loc.o cit., p. 1070).
d. Surdité psychique (1).
De même que nous avons distingué Taneslbésie cérébrale et Tasymbolie tactile (p. 240), la cécité cérébrale et la cécité psychique (p. 359), de même il faut distinguer la surdité psychique de la surdité cérébrale ordinaire.
Quand la lésion est au-dessous de Técorce, le sujet ne reçoit plus de l'extérieur de sensation auditive nouvelle. € Mais il garde dans son cerveau les images auditives antérieures, les évoque à son gré, les associe entre elles, se représente les bruits, les sons, les mots, les phrases, les idées qui y correspondent. »
A ce groupe devait appartenir le malade d'ÀNTON (2) qui ayant une surdité absolue n'en avait nuHement conscience. Il devait penser avec ses souvenirs auditifs antérieurs sans en acquérir de nouveaux.
Au contraire, si la lésion porte exclusivement sur Técorce temporale, le sujet c n'est pas sourd physiquement, continue de recevoir les impressions sonores et réagit contre elles par un grand nombre d'actes complexes de mécanisme automatique ou instinctif et de nature surtout défensive ; mais cet individu est sourd psychiquement ».
Dans certains de ces derniers cas, le sujet perçoit la sensation auditive^ mais il ne la reconnaît pas. Il « ne reconnaît pas l'objet qui lui a fourni la sensation » (cloche, voix connue).
Dans ces cas comme dans Tasymbolie etTagnosie en général, la lésion doit être suspolygonale ou intrapolygonale, tandis que dans les premiers elle doit être souspolygonale.
A ce groupe des lésions suspolygonales appartient un syndrome congénital étudié par Righetti (3) et caractérisé par la mutité avec existence de l'audition, possibilité de
(1) Voir MoRAT, loco c/7., p. 656.
(2) Anton, Archiv fur Psychiatrie and Neroenkrankheiten, 1899 {Revue neurologique j 1900, p. 234).
(3) Righetti, Âivista di patologia nervosa e mentale^ 1900, p. 337 {Revue neurologique, 1901, p. 241 j.
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la reproduction des sons et surtout de l'inlonalion, mais sans utilisation de la voix par la parole. Son malade « entend la voix, mais ne peut assigner une signifîcation aux paroles entendues ; il ne peut associer Tirnage verbale auditive, au sens qu'elle représente. En d'autres termes, son centre auditif est incapable de transmettre aucun stimulus aux centres d'idéation. Par contre, il communique avec le centre d'articulation des mots, puisque les paroles peuvent être répétées ».
Symptômes extrinsèques. —1. Voies descendantes centrifuges entre le centre auditif et les noyaux dupent. — 2. Troubles dans Tappareil de l'orientation et de l'éqailibre. — 3. Troubles ocnlomotenrs. —4. Troubles plus éloignés et plus complexes.
1. Voies descendantes centrifuges entre le centre auditif et les noyaux du pont (1).
Nous avons étudié plus haut (p. 45§) les voies auditivomotrices proprement dites, l'appareil nerveux d'accommodation auditive. 11 y atout un autre système dévoies motrices centrifuges qui mettent le centre auditif en rapport avec les noyaux du pont et par suite expliquent le retentissement symptomatique que peuvent avoir les maladies de l'appareil auditif sur divers autres appareils, notamment sur l'appareil de l'équilibration et sur l'appareil oculomoteur (2).
De la partie moyenne des circonvolutions temporales et principalement de la partie moyenne de la P« circonvolution temporale part le faisceau de Turck (.3) ou faisceau
(1) Voir VAN Geiiuchten, Traité cité, t. II, p. 470.
(2) Dans le chapitre III (p. 315), nous avons déjà étudié le retentissement sur l'appareil du langage (surdité verbale).
(3; Qu'il ne faut pas confondre avec le faisceau de Tiirck médullaire (faisceau pyramidal direct).
APPAREIL CENTRAL DE l'oL'IE 484
ovale^ faisceau temporal corticoprolubéranliel de Flechsig.
D'après DejerixNe, ce faisceau ne passe pas par la capsule interne ; il passe au-dessous du noyau lenticulaire et ne se joint aux fibres capsulairesque dans la région sousoplique. Puis il occupe le cinquième externe du pied du pédoncule cérébral et se termine dans la protubérance.
Là, il entre en connexion avec divers noyaux du pont (1) et spécialement avec les cellules d'origine des fibres pontocérébelleuses et devient partie constitutive de la voie motrice centrale secondaire ou voie motrice cérébelleuse (vAN Gehuchten).
2. Ti^oubles dans Vappareil de Vorientation et de Véquilihre.
Nous connaissons déjà (p. 206) le rôle joué par le nerf vestibulairc (kinesthésique de la tête) dans Torienlation et Téquilibre. Le nerf de l'ouïe joue également un rôle dans l'orientation et ses altérations doivent retentir sur la fonction d'équilibration.
Les aurisles ont spécialement étudié de près les effets de l'hyperesthésie auditive ou de l'irritation ampullaire, unilatérale ou bilatérale (2).
Dans le premier cas, le sujet étant debout, les pieds adhérents, «t Toscillation est plus décidée et semble impulsive, comme voulue, presque toujours du côté malade. » Dans le deuxième cas, ce sont les « attitudes ébrieuses ordinaires).
Si l'irritation ampullaire est violente, « le sens des attitudes segmcntaires ne peut lutter et le désarroi de l'équilibration se généralise. Le malade tombe ».
Comme autre symptôme de désorientation par maladie de l'appareil auditif, je dois encore citer les modifications
(1) Voir, sur les connexions nucléaires des VII et VIII paires, Wyruboff, Monileur russe neurologique^ 1900. p. 1, Neurologisches Centralblail, lUOl, p. 434 (lievue neurologique, 1901, p. 185 et 981).
(2) Voir Pierre Bonnikr, L'Oreille, sgmpiomaiologie, p. 49. Grasset. Les Centres nerveux. 31
apportées au vertige voltaïque (1) par une lésion auriculaire, modifications que Babinski (2) a signalées.
Lors du passage du courant, la tête s'incline sur le côté, vers le pôle positif à Télat physiologique. S'il y a une lésion auriculaire, la loi change : la tête s'incline toujours du môme côté, quel que soit le sens du courant.
Aux troubles de l'équilibre par sensations auditives on peut aussi rapporter ce « phénomène, qui tient de Tirradiation et du réflexe, fréquemment observé, malheureusement, ei qui pousse certaines organisations par trop primitives à accompagner, au théâtre ou au concert, de la voix, tout air dont la mélodie leur plait ou leur est familière el à en suivre la cadence avec le pied ou la canne (3) »,