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Voies centrifuges

D'un mot, ce sont toutes les voies centrifuges qui vont, de Técorce cérébrale ou des centres de la base aux cellules des cornes antérieures du bulbe et de la moelle ; et, de là, aux muscles des diverses parties du corps. Ce sont surtout:

1<> Le faisceau pyramidal déjà décrit (p. 59).

2^ Le faisceau cérébelleux descendant (fig. 12), qui vient des noyaux centraux du cervelet, passe partiellement par les noyaux de Deiters* et de Bechterew et aboutit aux cellules antérieures de la moelle ; il est croisé entre le cerveau d'une part, le cervelet et la moelle de l'autre ; il est direct du cervelet à la moelle.

3<» Le faisceau ruhrospinal de Monakovv ou prépyramidal faisceau croisé qui va du noyau rouge aux cornes antérieures de la substance grise médullaire.

Fonctionnement général de cet appareil. 1. Solidarité et suppléance mutuelle des diverses voies de l'équilibration. 2. Centres automatiques et inconscients et centres volontaires et conscients de l'équilibration

1. L'analyse des voies et des centres d'équilibration que nous avons faite est naturellement artificielle et nécessitée par les exigences de l'étude et de l'exposition. Mais, à l'état normal, toutes les sources d'orientation, que nous avons

(1) Van Gehuchten, Communication au Congrès de Paris, ISOOel le .\évraxe, 1900, t. I, p 247. Voir aussi : Latreys, Journal de Neurologie, 1900, p. 469 et van Gehuchten, ibidem, p. 471.

ânalyliquement séparées et décrites, chacune indépendamment des autres, se superposent et s associent, intriquent môme leurs effets. Ainsi la vue et le toucher, la kinesthésie des membres et la kinesthésie de la tète collaborent pour nous orienter à Tétat physiologique.

La connexion et la solidarité des diverses voies d'orientation sont telles qu*on les voit se suppléer mutuellement, quand une ou plusieurs d'entre elles sont altérées par la maladie, les autres restant intactes. La chose a été nettement établie par Texpérimentation (1).

EwALD d'abord (1895) chez le chien. Lange chez le pigeon, Thomas, Roncali (2) montrent que Técorce cérébrale et le labyrinthe se compensent mutuellement : les troubles résultant des destructions labyrinlhiques s'atténuent progressivement, mais reparaissent intenses si on détruit Técorce cérébrale (zone périrolandique). L'un et Tautre de ces centres et le cervelet peuvent être compensés à leur tour par les sensations visuelles : l'animal, privé de ses centres labyrinthiques et de son écorce cérébrale ou de son cervelet, ne s'améliore pas dans une chambre obscure comme à la pleine lumière. Le labyrinthe et le cervelet se suppléent aussi : les troubles labyrinthiques, améliorés, presque disparus, reparaissent par la destruction du cervelet ; les troubles par lésion simultanée des labyrinthes et du cervelet n'ont aucune tendance à s'améliorer (3).

Enfin BicKEL (4) vient de montrer la suppléance de l'orientation médullaire par les divers autres centres de l'équilibration. Le chien, ataxique par section des racines pos-

(1) Voir: Thomas, Bévue internationale de Rhinologie et Olologie, 1899 et Jules Soury, loco cit., p. 1523.

(2) Roncali, // Policlinico, 1899. {Revue neurologique, 1900, p. 180).

(3) On trouvera un bon tableau de ces phénomènes de suppléance et de la reprise de la marche chez les animaux opérés dans le travail cité de Thomas (p. 309).

(4) BiCKEL, Société de médecine interne de Berlin Miinchen medicinische Wochenschrift, 4 décembre 1900 [Revue générale de Pathologie interne^ 1901, p. 32).

APPAREIL DE l'oRIENTATION ET DE L*ÉQUILIBRE 215

lérieures, s'améliore ; si alors on extirpe le labyrinthe, il sur\'ient une nouvelle ataxie incurable. La même suppléance peut être exercée par l'œil, les parties sensorielles du cerveau, la zone sensitivomotrice de l'écorce et probablement aussi (ajoute l'auteur) le thalamus, les tubercules quadrijumeaux et le cervelet.

La clinique démontre, elle aussi, la possibilité de cette suppléancedescordonspostérieursdelamoelle. Schultze (1) a publié (1882) l'observation et l'autopsie d'un tabétique qui avait été guéri par Erb douze ans avant et chez lequel il trouva cependant la lésion persistante des cordons postérieurs. Donc, le tabès guérit cliniquemenl sans guérir aiialomiquement ; donc, les cordons postérieurs, restés altérés, ont été suppléés (2).

Ces faits prouvent que les centres et les conducteurs survivants peuvent remplacer ceux qui ont été détruits, et que même les conductions, qui se faisaient normalement par les organes détruits, peuvent arriver à se faire par des organes absolument étrangers à l'exercice normal et physiologique de cette fonction.

2. Centres automatiques et centres volontaires de l'équilibre.

L'appareil nerveux de l'orientation et de l'équilibre peut fonctionner automatiquement ou volontairement.

Le plus souvent il fonctionne automatiquement : nous ne nous occupons pas en général de notre équilibre, quand nous parlons, écrivons, pensons, etc. Dans ce cas, les centres qui entrent seuls enjeu sont les centres inférieurs (noyaux du pont, noyau rouge, cervelet) : l'orientation est alors inconsciente et l'équilibre automatique.

Dans d'autres cas, la volonté consciente intervient, par

(1) Schultze, Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrankheiten^ 1882, t. XII, p. 232.

(2) C'est le principe du Iraitement de Frenkel (1800) dans rataxie et en général de la rééducation motrice.

exemple chez Téquilibrisle, ou chez le novice qui apprend à aller à bicyclelte, ou chez chacun quand il veut délibérément faire un acte donné d'équilibre plus ou moins com^ pliqué. Alors les centres psychiques interviennent dans Tare réflexe de Téquilibre. Ou plutôt le centre réflexe est toujours dans les centres automatiques, mais il est alors influencé par les centres corticaux supérieurs (1) : Torientation est alors consciente et Téquilibre volontaire.

On peut même, pour ces centres supérieurs, séparer et distinguer l'action de O et l'action du polygone. Un somnambule, un hypnotisé, voire même un distrait, ne surveillent et rectifient leur équilibre automatique qu'avec leur polygone.

Dans ces derniers cas, on évite même les perturbations parfois fâcheuses que O apporterait à l'équilibre, sous l'influence de la peur par exemple ou de quelque passion. Le somnambule ne marche sans vertige sur les gouttières que parce que 0 ne vient pas troubler l'équilibre instinctif et c'est pour cela qu'il serait parfois dangereux d'éveiller un somnambule quand il est dans une position d'équilibre automatique difficile.

C'est ainsi que l'équilibre automatique apparaît comme le plus habituel et aussi le plus étendu et le plus habile comme action.

On voit encore l'orientation inconsciente et l'équilibre automatique dans des cas comme celui de ce malade (lésion corticale) qui volontairement et en y réfléchissant ne savait pas s'orienterpour rentrer chez lui et qui, automatiquement et inconsciemment, rejoignait très bien son domicile.

Enfin les centres psychiques peu vent influencer les centres automatiques de l'équilibration, mais sans en avoir conscience. Ce mode d'action est bien indiqué dans le passage suivant de Ci-aparède (2).

(1) Nous étudierons ces centres corticaux de l'orientation et de l'équilibre à propos des kinaneslhésies (môme chapitre, B. I. 2. c).

(2) Claparède, Année psychologique, t. VI, p. 93.

APPAREIL DE l' ORIENTATION ET DE l'ÉQUILIBRE 217

« Loi'sque nous sommes mis en rapport avec un objet extérieur, que ce soit par la vue ou par un autre sens,... notre corps tout entier prend une certaine attitude qui n'est pas la même selon Tobjet auquel nous avons affaire. Nous ne nous comportons pas du tout de môme vis-à-vis d'un animal qu'en face d'une plante ou d'une pierre, etc. Les divers objets provoquent chez nous des réactions diverses, selon leur nature. Notre attitude est différente lorsque nous entrons dans une chambre, selon que celle-ci est grande ou petite, meublée, élégante ou non ; lorsque nous parlons à une personne, selon qu'il s'agit d'un supérieur, d'un ami, d'un enfant, etc.. Chez les enfants, on remarque bien ces diverses attitudes qui, lorsqu'on leur montre des images, parexemple, se modifient selon ce que celles-ci représentent. Bastien Lepage (cité par Arreat) écrit à propos des Arabes : il semble que chacun d'eux, à tout moment, donne à son vêtement, par la façon de le draper, la situation de sa pensée . . . L'attitude des personnes avec lesquelles nou s avons afTaire tend à se reproduire chez nous-mêmes, ainsi que leurs gestes, leur démarche... »

Ainsi, en somme, appareil nerveux automatique et inconscient de l'équilibration, influencé ou non par les centres psychiques conscients ou inconscients ; d'où, trois modes principaux de fonctionnement : automatique et inconscient, volontaire et conscient, volontaire et inconscient.

B. — SÉMÉiOLOGlE ET DIAGNOSTIC DE SIÈGE DES LÉSIONS DE L'APPAREIL NERVEUX CENTRAL DE L'ORIENTATION ET DE L'ÉQUILIBRE

Afaladies et tableau général des symptômes de Forientation

et do [équilibre.

Les maladies qui atteignent cet appareil de Téquilibraiion sont de deux ordres : diffuses ou systématisées.

Les maladies à lésions diffuses (hémorrhagie, ramollisse-

ment, tumeurs, sclérose...) peuvent frapperdiverses parties de cet appareil comme, en même temps ou dans d'autres cas, etles se localiseront ailleurs.

Les autres maladies sont, par leur lésion principale, spécialement et systématiquement localisées à une partie de cet appareil dé l'équilibration . Tels sont : le tahes, maladie du protoneurone sensitif ganglionnaire et plus spécialement de la partie médullaire (racines postérieures et cordons postérieurs) de ce neurone (Brissaud et de Massary 1896) ; la maladie de Frïedreich (ataxie héréditaire), lésion tabétocérébelleuse des cordons postérieurs d'une part, de la colonne de Clarke et du faisceau cérébelleux ascendant de Tautre, lésion simultanée des neurones inférieurs (médullaires) de la voie d'orientation entière (corticale directe et cérébelleuse) (1) ; Vhérédoaiaxie cérébelleuse (2) {malsidie de Marie), atrophie du cervelet, surtout aux dépens de la substance grise, sans sclérose de la face supérieure, et Vatrophie olivopontocérébelleuse de Dejerine et Thomas (3), atrophie (primitive, dégénérative, systématisée, sans sclérose ni inflammation) de Técorce du cervelet, des olives bulbaires et de la substance grise du pont, dégénérescence totale du pédoncule cérébelleux moyen et dégénérescence partielle du corps restiforme avec intégrité relative des noyaux gris centraux ; Votite interne, les maladies de l'appareil labyrinthique...

Enfîn il y a des névroses comme la chorée, la paralysie agitante, qui paraissent aussi et le plus spécialement des maladies de l'équilibration.

(1) Voir Pierre Marie, Leçons citées, p. 381 el Traité de Médecine, 1894, t. VI, p. 434; Gerest, loco cit., \SÔS ; Vincelet, Elude sur /'analomie pathologique de la maladie de Frïedreich, Ihèse de Paris, 1900. Voir aussi Raymond, Clinique des Maladies du Syslème nerveux,

1898, t III, p. 329 et 346.

(2) Voir: Paul Londe, Ilérédoalaxie cérébeUeuse, thèse de Paris,

(3) Dejerine et Thomas, Nouvelle Iconographie de la Salpêlrière,

1899, p. 330. Etude d'ensemble et classilicalion des atrophies du cervelet* Henri Lokvv, Uièse de Paris, 1903, n* 6.

APPAREIL DE L^ORIENTATION ET DE l' ÉQUILIBRE ^19

Les symptômes de Torientation et de Téquilibre peuvent être classés dans le tableau suivant.

T.\BuiiU XIII. — Les symptômes de l'appareil nerveux d'orientation

ET d'équilibre

Dimioutton (anesthésie

ou hypeslhésfe).

Exaspération (hyperesthésie

ou hyperalgéste).

Perversion (paresthésie)

Akinésie.

Hyperkinésle .

1. Diminution ou abolition des sensations génératrices de l'orientation : kinanesthésie ou hypokinesthésie (perte du sens do position, des attitudes, des sensations de poids, de résistance, d'allégement...) : attitudes cataleptiformeSt arrêt ou continuation automatique des mouvements par l'occlusion des yeux..., diminution de la sensation de fatigue. . .,ane8thésies Hensorielles.

2. Augmentation de la sensation de Tatigue, crampos» akinesia algera de Mœbius. Hyperesttiésies sensorielles.

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