‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 3)Chapitre 13 sur 29 · Engobe bistre; dessin brun (fig · texte numérisé non relu

Engobe bistre; dessin brun (fig

82. Fragment de vase très mince; dessin brun sur fond jaunâtre; relouches en

blanc (fig. 19).

Gomme ces vases ont été trouvés dans des conditions géologiques toutes particulières sous la pouzzolane, que cette couche de pouzzolane a été émise par le cratèi'C qui occupait le centre de l'île, et qui a disparu pour être remplacé par une vaste baie; on comprend qu'il est tout d'abord important de savoir si les vases et les habitations qui les contenaient sont antérieures à l'elTondrement du cratère et au cataclysme qui a changé la forme de Santorin pour en faire un demi-cercle, au lieu que précédemment cette île était ronde.

Il est possible de démontrer que les habitations, et par suite les vases, sont antérieurs au cataclysme.

i" Dans certains cas, les constructions sont recouvertes d'une couche si faible et si meuble, qu'on n'a jamais pu songer à y creuser des hypogées; la couche est donc postérieure aux constructions;

2" Les pièces ont des ouvertures, des portes et des fenêtres, qui ne s'expliquent pas si on admet l'hypothèse de constructions faites dans la pouzzolane; les portes ne mènent nulle part; les fenêtres ouvrent sur la masse de la montagne. L'éboulement ne rend pas mieux compte de la disposition; dans plusieurs cas, on ne trouve aucune hypothèse qui fasse comprendre comment il a pu se [)roduire (i).

A ces graves raisons s'en ajoute une troisième, qui a été fournie par l'examen des vases au microscope, et sur laquelle nous reviendrons plus loin en recherchant le lieu de fabrication de ces poteries. (Voy. p./|0.)

{\j Lire cette démonstration très détaillée dans l'ouvrage do M. Fmuiué, cli. m.

TYPE DE SANTORIN

Il ne resterait qu'une objection très ^ravc. M. Fouqué, dans son rapport, page 19 et suivantes, dit qu'il a (constaté, à Acrotiri, que la ponce était recouverte de terre végétale et f|ue les vases se trouvaient au-dessus (le la j)onec. Après avoir i)ris connaissance des observations nouvelles de jM. Gorceix sur ce point, M. Fouqué reconnaît qu'à Acrotiri comme à Thérasiala ponce recouvre toujours la terre végétale ancienne, les débris de construction et les vases. 11 expose très nettement son opinion à cet égard dans son récent ouvrage (i).

Il faut donc admettre que les vases de Santorin sont plus anciens que la formation du cirque d'enfoncement; et dès lors, si la date du cataclysme peut être fixée par les géologues, elle détermine celle des poteries. Ni Bory de Saint- Vincent, ni M. Fouqué, ni les autres savants qui se sont occupés de Santorin n'ont proposé une date pour cet effondrement. Il appartient certainement à la période que les géologues appellent moderne, mais qui compte encore des milliers d'années. M. Fouqué dit, avec beaucoup de réserve, que la formation de la baie lui paraît remonter à environ 2,000 ans avant Jésus-Christ (2).

Les renseignements que nous ont laissés les écrivains anciens ne fournissent aucun argument précis. On lit dans plusieurs ouvrages modernes que l'île de Théra portait autrefois le nom de ZlTpoyyuAr,, la ronde : je n'ai pu retrouver un seul texte classique qui témoigne de ce fait. Un tel nom aurait à nos yeux une grande importance; il ne convient pas à la forme de croissant que présente Théra aujourd'hui; s'il avait vraiment été donné à Santorin, il prouverait que la formation du cirque d'enfoncement a été contemporaine de la civilisation grcccjue (3). Le nom de KyXi.irj-n, que Théra a certainement porté (4) dans la haute antiquité, peut rappeler l'époque où une autre végétation couvrait celte île; mais on sait combien sont fragiles les raisonnements de cet ordre.

A partir du vu'' siècle, époque où fut fondée Cyrènc, l'histoire de

(1) Page 108.

(2) Voir les raisons géologiques sur lesquelles il se fonde, ouvr. cité, p. 129.

(3) Ce nom de S-rpoYY'j).-/) , à ma connaissance, a été donné à l'une des îles Éoliennes, Slromboli, Thucydide, III, 88; à une île de la côte de Lycie, Pline, V, 31, 131 ; enfin àNaxos, Diodore, V, oO.

(4) Hérodote, IV, 1 i7 ; Pindare, Ptjlhiqucs, IV, 159; Slrabon, VIII, 3i7; Pausanias, 111,1,7.

LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES

Théra est assez bien connue. Avant cette époque, nous trouvons deux colonisations faites à Théra : l'une au temps de Cadmus, par Membliare ; l'autre environ trois cents années après, par Théras (i), c|ui vint de Lacédémone avec des émigrants. La colonie de Membliare est du xvi" siècle, celle de Théras du xiii" environ. Nous ne pouvons pas affirmer que le cataclysme soit antérieur à ces événements, mais de fortes raisons engagent à le croire. Depuis le xvi'' siècle, la tradition avait gardé à Théra le souvenir des principaux événements.

Quand Hérodote dit qu'entre Membliare et Théras on compte huit générations, ce témoignage n'est pas, je crois, sans valeur. Après Théras, il n'y a pas de troisième colonisation générale dans l'île, et l'historien indique même la division de l'île, par les émigrants lacédémoniens, en six cantons. Ces divisions se rapportent à la forme que l'île avait au v° siècle, c'est-à-dire à celle qu'elle conserve encore aujourd'hui.

Sans considérer provisoirement comme des données d'une entière vérité historique les faits rapportés par Hérodote, il est pourtant presque certain que le cataclysme est antériciu^ au xiif siècle, et vraisemblable que, s'il s'était produit entre le x\f et le xiif siècle, les traditions sur l'histoire primitive de Santorin en garderaient quelques souvenirs. Tout ce que nous voulons conclure des observations des géologues et des textes classiques, c'est que la civilisation, dont les restes ont été retrouvés sous la pouzzolane, remonte à une très haute antiquité.

Les constructions qui ont été mises au jour sur plusieurs points sont très peu nombreuses, par comparaison avec toutes celles qu'indiquent les morceaux de murs visibles de différents cotés. Il est cependant facile de reconnaître que les habitations découvertes n'étaient pas isolées; mais qu'elles formaient des villages et que l'île était très peuplée. Ce ne sont pas quelques restes épars, c'est toute une civilisation que la ponce recouvre; les fouilles n'ont fait qu'effleurer ces richesses. Sans préjuger des découvertes ultérieures, comme celles ([ui, dans ces dernières années, à f[ueh[U(\s mois de distance, ont tléjà détruit les théories en apparence les plus légitimes, il est possible de ramener, avec beaucoup de

(]) II(;ro(l<.lc, IV, 1 n, I i8.

TYPE DlC SANTOUIN.

réserve, à quelques notions eertaines ce que nous savons pat- les monuments aujourd'hui connus de ces anciennes |)0[)uIatioiis.

Les maisons étaient faites de blocs de lave non travaillés, réunis à l'aide d'un ciment de terre mêlé de matières végétales, et recouver ts à l'intérieur d'un crépi semblable. Elles se composaient souvent de plusieurs pièces et comportaient diverses dépendances pour le bétail. La chaux était parfois employée à enduire les murs, et recevait des dessins de diverses couleurs qui représentaient des fleurs et des ornements variés, semblables à ceux qu'offrent les vases (i). M. Gorceix croit .avoir constaté qu'un plafond était recouvert de la sorte et peint. Le toit était le plus souvent tout à fait primitif, formé de plaques et de terre sur des poutres; mais on a aussi retrouvé au milieu d'une chambre une colonne ; elle servait d'appui central à un toit, qui s'inclinait en éventail. Les fouilles ont fourni des exemples de voûte simple surbaissée (2). Une maison paraît avoir eu au moins deux étages.

Ces populations connaissaient l'orge, le seigle, les pois chiches, la coriandre, l'anis, la lentille; elles avaient des moutons et des chèvres; le bois d'olivier paraît avoir été en abondance à leur disposition. Les fouilles ont donné un instrument compliqué en lave, qui paraît être un pressoir à huile. Pour broyer les graines, elles employaient des mortiers, des pilons, de petites meules en lave, qui sont encore en usage aujourd'hui dans les îles de l'Archipel. Des disques de pierre ont peutêtre servi à maintenir les trames des métiers à tisser. L'art de travailler la pierre, môme dure, était assez avancé. Le goût de l'ornementation, qu'attestent les vases et les enduits des chambres, est aussi prouvé par une colonne torse, plus large à la base qu'au sommet, et par un fragment de colonne unie, qui paraît être fait avec de la chaux et de la pouzzolane. Les habitants se servaient de pointes et de couteaux d'obsidienne ; le cuivre leur était aussi connu : une scie de ce métal a été recueillie dans une chambre d'Acrotiri (3). Le cuivre et l'obsidienne ne pouvaient être que des objets d'importation; ils supposent donc des relations coni-

(1) Un très I)cau spécimen de cet enduit, décoré de fleurs, est conservé à TÉcolc d'Athènes. Fouqué, ouvr. cilé, p. 111, 125.

(2) Fouqué, ouvi-. cilé, p. 97.

(3) Fouqué, p. 124.

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merciales. Il en est de même de deux petits anneaux d'or pur que M. Fouqué a rapportés. L'or pouvait venir d'Asie Mineure; l'obsidienne de Milo (r). Un grand nombre de poids de lave ont été pesés par M. Gorceix et lui paraissent indiquer des proportions régulières qui supposeraient un système de mesure (2).

Si donc on se borne à ces seules données, on constate une civilisation agricole, primitive à beaucoup d'égards, sous d'autres rapports assez avancée, et, dans tous les cas, mise en relations avec celles qui l'entourent. L'étude des vases va nous permettre d'aller plus loin.

Mode de fabrication. — Les vases sont faits au tour, quelques-uns au moule, un petit nombre à la main. L'emploi du tour est de beaucoup le mode de fabrication le plus fréquent. La régularité des formes pour les vases cylindriques et spliéroïdaux suffirait à prouver que cet instrument était en usage ; on le constate à d'autres preuves encore : sur uu certain nombre d'exemplaires, les cercles que produit le mouvement de la roue sont visibles à l'intérieur de la poterie. La bouteille, fig. 3, a été faite au moule; le grand récipient, fig. 9, porte sur le rebord supérieur six petites éminences régulières qui me paraissent indiquer le moule. Quelques coupes de petites dimensions, des assiettes grossières, n'ont nécessité ni l'emploi de la roue ni celui du moule.

L'argile n'a pas été purifiée avec soin : elle conserve de nombreux cristaux, des fragments de lave et d'autres corps qui ne sont pas plastiques. Il est probable que le polissoir a servi à faire disparaître beaucoup des aspérités que présentaient les surfaces.

D'ordinaire la terre est recouverte d'un engobe, soit que le vase ait été plongé tout entier dans un bain de couleur, soit que le potier se soit servi du pinceau. Cette couleur recouvre quelquefois l'intérieur même du vase; souvent on la retrouve au moins à l'inlérieur du goulot. Dans ce dernier cas, l'immersion n'a pas été employée. Je crois que ce procédé a été surtout en usage pour les teintes très claires qui étaient destinées à

(1) « Il faut all(!r à Mild pour Iroiiver une roche volcanique qui puisse avoir fourni l'obsidienne (les couteaux et des pointes de flèches d'Acrotiri. )> Fouqu6, p. I2H.

(2) Fouqué, p. 118.

TYPE DE SANTORIN

recevoir une décoration. Les teintes foncées sont le plus souvent appliquées au pinceau : ainsi les couvertes des entonnoirs rouges.

L'examen de plusieurs corps étrangers que contient l'argile et qui auraient disparu si les vases avaient été soumis à une forte température, indique qu'ils n'ont subi qu'une cuisson très faible, et même que beaucoup d'entre eux ont dû seulement être exposés au soleil. Toutefois quelques récipients très communs et sans figures, d'un rouge vif, ne contiennent pas de calcite; l'oxyde de fer semble y être à l'état d'hématite. Ces vases ont été cuits au four ( i ) .

Usages. — Tous ces vases servaient aux usages de la vie domestique; les uns pour conserver les graines, pour mettre de la paille hachée ; les autres, pour verser des liquides ; d'autres encore, pour prendre les aliments dans les repas. Nous aurions pu, considérant l'emploi de chaque récipient, proposer une classification; mais, outre que les vases semblables sont peu nombreux et que des séries nettement définies n'étaient point indispensables à l'objet que nous nous proposons, elles auraient rapproché des exemplaires qui, à d'autres égards, présentent de grandes différences. L'examen des planches suffira pour établit' facilement ces catégories. Quelques remarques de détail seront plus utiles.

Les vases cylindriques décrits sous les n"*" 3i-35, Pl. 1, fig. 5, portent tous à la partie inférieure un trou de petite dimension. On voulait que le liquide s'écoulât facilement, quand le récipient avait été rempli; mais on faisait en sorte qu'il ne fût pas nécessaire de pencher le vase. Nous retrouvons les mêmes caractères pour certains récipients de l'époque classique qui servaient certainement de mesures de capacité. Je ne sais si une telle hypothèse serait admissible ici; il peut se faire, en effet, que pour toute autre cause on remplit un vase jusqu'au bord, et qu'il n'y eût pas de plus facile moyen de le vider qu'une ouverture à la partie inférieure. Toutefois cette disposition est remarquable.

Le fond d'un grand vase, à large panse, n" 76, est percé de trous comme une passoire. Ce récipient pouvait être destiné à recevoir des matières coagulées et à les égoutter. Un vase plus petit présente au

(1) Fouqué, p. 127.

di LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES.

goulot un filtre semblable; sur la circonférence, on remarque un manche percé d'un large conduit. On introduisait par cet orifice la matière que l'on versait ensuite par le col et à travers les trous. Comme on faisait des filtres en terre, on fabriquait avec la même matière des entonnoirs dont nous avons de nombreux spécimens.

Les bouteilles, n"' 2-5, bien qu'élégantes, n'ont pas reçu d'engobe ; la terre laisse suinter l'eau; les petits appendices, les uns percés, les autres pleins, sont destinés à la suspension. Ces caractères indiquent des vases qu'on exposait à un courant d'air et qui conservaient l'eau fraîche.

L'usage qu'on devait faire de chaque récipient provoquait des changements de détail qui en rendaient l'emploi plus facile. Le bec plus ou moins allongé des œnochoés, n"^ 6-16, permettait de faire tomber le liquide en filet étroit. Le col des amphores, où on prenait quotidiennement de l'eau, au lieu d'être circulaire, a la forme d'une ellipse et se déprime de deux côtés, de telle sorte que l'eau était dirigée dans sa sortie par ces dépressions mêmes, et qu'il fallait peu d'attention et peu d'adresse pour manier ces vases. Il en est de même des grandes cruches aune anse. Le col s'élève sur le devant, s'abaisse sur les côtés et se trouve habilement disposé pour l'usage qu'il doit remplir. Dans les coupes profondes et dans les petites cruches, le bec est long, et au point d'attache porte une plaque de terre cuite placée horizontalement qui empêche le liquide, quand on le verse, de passer par-dessus les bords. Au moment où il arrive au goulot, il y est dirigé immédiatement et enserré.

C'est aussi l'utilité pratique qui règle l'épaisseur des vases. Quelques coupes légères ont 2 millimètres d'épaisseur. Les parois des grands récipients mesurent jusqu'à i centimètre et davantage. Les fouilles ont constaté que ces jarres servaient même à conserver les vases plus petits; l'une d'elles a été découverle toute remplie de vaisselle. Quand on est entré dans certaine chambre, on a trouvé toute la poterie en place, comme si la maison avait été abandonnée depuis peu ; cette poterie était le principal mobilier. Bien que le bois ait pu disparaître, il est cependant pi obableque les produits céramiques tenaient la plus grande place dans l'ameublement de cette civilisation. C'est ce que les voyageurs

TYPE DE SANTORIN. 35

constatent souvent eneore dans les pauvres villages de la Turquie, de l'Asie Mineure et même de la Grèce.

Les vases qui ont servi poui' cuire les aliments, si on excepte des exemplaires tout à fait communs, sont rares. Je crois que la figure 1 1 représente une sorte de marmite, sans engobe, sans dessin et avec des traces de fumée. La collection possède aussi quehjiies fragments de réchauds, mais dont je n'ai pu constater l'origine avec certitude. En général, toute la poterie est ornée, et cette décoration même montre que ces vases n'étaient point exposés à la flamme. Soit effet du hasard, soit pour une autre cause, les vases découverts jusqu'ici sont surtout de simples récipients.

L ornementation . — Presque tous ces objets, qui devaient avant tout être d'un usage facile et qui étaient si habilement fabriqués dans ce but, étaient ornés. Le sentiment de l'art se constate sur ces produits à la profusion des dessins et aussi au choix de certaines formes qu'il n'y avait pas de raison pratique d'adopter. Les couleurs employées sont surtout le bistre, le noir, le brun, le blanc et le rouge.

Les ornements peints se divisent en quatre classes principales :

Ornementation la plus simple : bandes qui courent autour de la panse, traits, hachures, rubans fonnés de lignes quadrillées, lignes brisées, séries de gouttelettes et de points. Il est rare que les points d'attache du col et des anses ne soient pas entourés d'une bande ; il en est de même du rebord du bec, qui est décoré à l'intérieur et à l'extérieur.

2° Volutes et flots; anneaux entrelacés. — Une zone de volutes occupe la partie principale du vase ; elles sont reliées entre elles et forment des postes; plusieurs bandes les encadrent régulièrement au haut et au bas (fig. 21).

La figure 17 reproduit un fragment d'un grand vase sphéroïdal, trop incomplet pour que nous ayons pu en restituer la forme. L'ensemble de la décoration, composée de zones de flots noirs et de larges rubans de même couleur, devait être élégant.

3" Végétaux. — Ils sont fréquents. Un très grand nombre de frag-

LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES

ments que nous n'avons pas décrits en conservent. Le type ordinaire consiste en feuilles longues, minces, effilées à la pointe, qui s'élèvent du pied verticalement sur la panse jusqu'au col. Ces feuilles ressemblent à celles du roseau ou des liliacées. Des feuilles de ce genre groupées en touffes ou étagées autour d'un centre commun forment des plantes. Un autre motif reproduit une branche d'arbre autour de laquelle les feuilles de petite dimension sont disposées deux à deux (Pl. I, fig. 5).

Aux feuilles s'ajoutaient les fleurs. Le vase fig. i4 représente peinte en blanc sur fond rouge une liliacée dont on reconnaît à la fois la corolle et les étamines. On a vu que le même dessin s'était retrouvé à Acrotiri, sur l'enduit des murs d'une chambre, mais cette fois rouge sur fond blanc.

4° Animaux. — Trois quadrupèdes à long col, qui pourraient être des gazelles, et des oiseaux se voient sur des vases en forme de bouteilles basses à large panse. Les quadrupèdes courent au milieu d'un paysage qui est indiqué par des touffes de feuilles. Les oiseaux, qui étaient peints avec soin, sont trop endommagés pour qu'on puisse les reconnaître avec certitude. Je serais porté à y voir des canards ou des cygnes. (Pl. II, fig. i6 et i8, et page 21, fig. 82 et 33.)

Ces divers motifs de décoration présentent une entière unité. Les plus différents se trouvent réunis sur les mêmes vases. Ils ont tous des similitudes de facture qui montrent une commune origine. Ils témoignent d'un goût déjà heureux, d'une véritable recherche de la proportion et de la symétrie. Avec des éléments très simples, ils arrivent à des combinaisons compliquées. La figure 19 en offre un exemple. Les lignes verticales et horizontales, les points, les quadrillés, une zone claire relevée par des taches plus sombres, forment une décoration qu'un potier habile a pu seul imaginer. Les couleurs sont aussi variées avec soin. On en remarque au moins trois sur le vase qui conserve des oiseaux, le rouge, le brun et le blanc. Ces œuvres sont primitives, mais elles révèlent un esprit curieux, éveillé, désireux d'inventions nouvelles, et à coup sûr très bien doué. r

TYPE DE SANTORIN

Comparaison des vases de ^anlorin el de ceux d' autres pays . — Les vases do Santoriii présentent des motils de comparaison avec les produits d'autres eéramiques. Il y a lieu de tenir j^'^rand compte de ee l'ait et de marquer avec précision quels sont les caractères communs et quelles sont les différences.

Les personnes qui ont vu la collection d'Hissarlik ont dit que sa ressemblance avec celle de Santorin était frappante; presque tous les a['chéologues ont rapproché ces deux styles. On remarque à première vue que les poteries d'Hissarlik sont moins soignées que celles de Santorin. L'ornementation y est au trait et non au pinceau; elle n'est point végétale. Les engobes y sont rares. Aucune forme n'est tout à fait la même qu'à Santorin, et les formes du même genre sont peu fréquentes. On ne trouve pas à Santorin le vase sphéroïdal à col cylindrique élevé, l'usage du col élevé pour d'autres formes, le couvercle cylindrique recouvrant le col, la longue coupe en forme de cylindre arrondi à la base et à deux longues anses, le type reproduit par la fig. Si8, p. lo. Par contre, on ne voit à Hissarlik ni le gobelet allongé, ni la bouteille à côtes, ni le cylindre percé d'un trou à la partie inférieure, ni la plupart des autres formes nettement caractérisées. Il est donc impossible d'admettre ni des échanges d'influence, ni une parenté rapprochée, ni un centre d'importation commun, ni les imitations directes d'un même type étranger.

Cependant les traits de ressemblance sont nombreux. Les anneaux et les appendices de suspension se retrouvent dans les deux séries. On sait que nous y attachons une certaine importance ; il est évident que dans les deux pays cette manière de porter les vases était en usage. Les becs longs et effilés, taillés en biseau, sont dans les habitudes des deux céramiques. On y remarque aussi, quoique avec des détails différents, le soin de rechercher une imitation lointaine de la figure et du corps de l'homme. Certains vases d'Hissarlik ont des yeux, un nez, des seins, même une ceinture passée sur l'épaule et des appendices qui peuvent être des bras. Voilà trois genres de ressemblance qui ne supposent pas du tout un même état de civilisation, mais une lointaine parenté, de lointains rapports ou d'origine ou d'imitation. Or on verra plus loin que, s'il n'y a identité entre aucun des objets d'Hissarlik et de Santorin, cette identité se constate pour des vases d'Hissarlik et pour d'autres

38 LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES

vases qui appartiennent à une série dont les rapports avec celle de Santorin sont certains.

J'empiéterai sur les chapitres suivants en montrant dès maintenant que plusieurs des types de Santorin se rencontrent en bien d'autres pays.

Le cornet (fig. 4) se trouve tout semblable à lalysos, avec une petite anse, et aussi décoré de peintures. Le fragment n" 56 est unique, mais il est important; il appartient à un vase de forme sphéroïdale, probablement à pied et assez haut ; le col qui est conservé porte les attaches de trois anses; il est fermé, et le goulot s'élève un peu en avant, presque droit. C'est là un type fréquent à lalysos (i) et qui se rencontre aussi en Egypte. La décoration de longues feuilles végétales tout à fait pareilles à celles de Santorin était en usage à lalysos. On y constate des flots qui se rapprochent de ceux que nous avons décrits. Enfin le procédé de peinture est le même.

On trouve à Mycènes, mais en albâtre, le gobelet représenté figure i, et la forme décrite n" 56. Les motifs d'ornementation, sans être identiques, offrent de grandes ressemblances. J'y remarque des bandes quadrillées, des enroulements plus ou moins réguliers, des branches avec leurs feuilles allant de la base au col, de longues feuilles, mais plus compliquées.

La forme du vase n" 56 s'est rencontrée à Spata (2).

Chypre a fourni un certain nombre de coupes légères, apodes, à une anse, décorées de rubans quadrillés de couleur sombre. Pl. Il, fig. aS. J'en citerai quelques exemples : Musée céramique de Sèvres, 6820^, coupe légère grise, orné d'une bande brune qui fait le tour extérieur du col et de laquelle se détachent des rayons semblables; — musée du Louvre : salle chypriote; coupe légère (3) formant une demi-sphère irrégulière et bosselée ; à l'extérieur près du bord deux raies noires réunies par des traits; sur la panse, rayons semblables : deux exemplaires ; — British Muséum : au moins un exemplaire semblable ; — collection Barre à Paris, autre exemplaire provenant également de Chypre.

(1) IM.lIl, fig. 10.

(2) Bullelln de correspondance hidlénique, 1878, Pl. 10.

(3) Achetée de Rollin et Fcuardeul, en 1872, comme provenant de Chypre.

TYPE BE SANTORIN

Athènes, musée de la Société archéologique sans numéro : coup(! provenant, dit-on, de la collection de M. Tavernier, ancien consul de France à Bagdad; apode, à une anse ; terre légère ; diamètre 0,17 ; engobe gris; bord orné d'un cercle de points; au-dessous ruban quadrillé; sur la panse huit rubans verticaux séparés les uns des autres par huit rubans également quadrillés mais plus courts, le tout de couleur brune (i).

L'œnochoé , fig. 3 , ne se rencontre pas pareille de tous points à Ghvpre, mais on y remarque des bouteilles qui s'en rapprochent beaucoup. Quelques-unes ont une tête de femme et portent deux petits mamelons indiquant les seins. Sur d'autres, ces légères élévations sont remplacées par deux tuyaux. Les œnochoés qui portent des traits imitant des yeux sont nombreuses. L'imitation du corps humain et en particulier du corps de la femme est fréquente dans cette classe.

Les petites anses de suspension sont un des caractères de la céramique chypriote.

Divers musées possèdent des cruches à boire turbino-oviformes, à long bec, qui ont une grande analogie avec la figure 3. Il m'a paru intéressant d'en noter quelques exemplaires. Le principal trait qui les distingue des vases de Santorin est l'absence des seins, a. Paris, Cabinet des antiques^ Origine inconnue. Engobe gris, dessin noir;

quatre bandes verticales formées de trois rubans parallèles ; autour du ruban central et symétriquement des deux côtés, ruban qui décrit trois fois une moitié d'arc de cercle, de sorte que le ruban central coupe trois ellipses irrégulières, superposées et décroissantes de haut en bas; — h. Musée céramique de Sèvres : engobe blanchâtre, dessins bruns, ruban droit faisant le tour du vase, rubans verticaux; — c. Ibidem^ ruban horizontal, lignes courbes sur la panse ; — d. Trois bandes verticales de godrons triples. Ces trois vases ont été rapportés de Milo, en i832 ; — e. British Muséum : exemplaire tout à fait semblable à d\ — f. Louvre: exemplaire semblable à b.

On voit par ces exemples que la céramique de Santorin ne peut être

(1) Un certain nombre de vases de cette collection avaient été réunis pendant les voyages de M. Tavernier en Orient. Nous ne savons pas avec certitude l'origine de cette coupe.

LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES

considérée isolément, qu'elle est dans des rapports très étroits avec celles d'autres pays; que ces ressemblances vont parfois jusqu'à l'idendité, que dans tous les cas elles indiquent des relations entre l'île où on a trouvé ces vases et les plus anciennes populations de Rhodes, Chypre, Milo, la Grèce continentale. Nous ajournerons les conséquences qu'il faut tirer de ces similitudes au moment où nous aurons uni d'étudier les caractères principaux des céramiques qui font l'objet de cette première partie.

Lieu de fabrication des vases trouvés à Santorin. — Quelles que soient les conclusions auxquelles nous devions être amenés par les considérations que nous nous proposons de faire plus tard sur les rapports qu'il est facile de saisir entre ces diverses céramiques, nous pouvons dire dès maintenant que les vases de Santorin, ont été fabriqués à Santorin même. L'opinion contraire a été soutenue avec beaucoup de vraisemblance; en effet, l'île aujourd'hui ne fournit pas de terre plastique et on y apporte la poterie de Milo et d'Anaplié. Il était naturel de supposer que ces vases étaient d'importation, et on n'a pas manqué de penser que les Phéniciens devaient y être pour quelque chose.

M. Fouqué et M. de Gessac ont eu l'idée de réduire en petites lamelles des morceaux de vases et de les regarder au microscope. Ils y ont trouvé des éléments géologiques que le sol deCl^fajai^eul peut fournir : feldspath avec inclusions vitreuses, feldspath monoclinique, triclinique, etc., ponce remplie de cavités à gaz, fragments de trass renfermant des portions amorphes chargées de globulites, hornblende, lave trachytique amphibolique, laves à labrador et pyroxènc , micaschiste, etc. Gette découverte met la question hors de doute; elle montre une fois de plus que les hypothèses, les plus légitimes en apparence, sont très fragiles.

L'absence de lave à anorthite prouve que la matière des vases n'a pas été prise au nord de l'île, où cette lave est fréquente.

M. Fouqué et M. de Gessac ont été plus loin. Ils ont constaté, dans l'argile, des foraminifères , des diatomées, des spongiaires. Les uns vivent dans l'eau douce, les autres dans l'eau salée. Dès lors il est évident (|ue l'argile a dû être recueillie dans un bas-fond « où affluaient les eaux douces apportant des détritus de la partie sud de l'île et où les

TYPE DR SANTOIIIN.

Ai

eaux de la mer avaient égalemcnL accès. L'exploitation se faisait donc au débouché d'une vallée aboutissant à la iner. Oi% dans la partie sud de l'île, les données purement géologiques établissent (pi'une vallée profonde était intercalée entre le grand cône central et une colline qui le bordait vers le sud. Celte vallée aboutissait à la mer aux environs de l'île d'Aspronisi. C'est donc là que la matière des vases a été puisée (i). »

Comme on le voit, il résulte de ces considérations que les vases sont antérieurs au cataclysme cpii a donné à l'île la forme cju'elle présente encore aujourd'hui.

Du fait cjue le microscope permet de reconnaître des fragments de marbre dans l'argile, les géologues concluent que les poteries qui en contiennent ont été simplement séchées au soleil ou soumises à une très faible température, sans quoi ces fragments auraient été altérés.

Ces considérations sont exposées en détail et avec toute l'autorité que leur donne la science de l'auteur dans le livre que M. Foucjué vient de publier (2). Je ne veux ici qu'en indiquer les conclusions. On lira avec grand intérêt un travail qui est appelé à exercer une sérieuse influence sur le progrès des études céramiques. Bien que les poteries se prêtent d'autant mieux à l'observation microscopicjue que la terre en est moins pure, il n'en est pas moins certain cjue la science des vases devra désormais tenir grand compte des données que peuvent lui fournir les géologues.

ÏM. Fouqué a eu l'obligeance de faire préparer et d'étudier au microscope ceux des vases des planches I et II dont il n'avait pas trouvé de spécimens dans ses propres fouilles. Le résultat de cet examen a pleinement confirmé les conclusions précédentes, comme on le verra en lisant le résumé suivant :

1. Fig. 1. Feldspath, débris de schiste d'Athénéos, laves, pyroxène, amphibole,

débris de quartzite.

2. Fig. 2. Feldspath, amphibole, pyroxène, beaux spécimens de diverses laves de

Santorin, ponce, nombreuses formes organiques; fragment de perlite.

» 3. Fig. 9. Débris de schiste et de quartzite; divers types de laves de Santorin, cristaux de feldspath labrador et de pyroxène, formes organiques.

(1) Fouqué, la Nature, 1877, p. loi.

(2) Santorin et ses éruptions, p. 125.

LES PLUS ANCIENNES CÉRAMIQUES

4. Fig. "20. Débris dclave, cristaux de feldspath, de pyroxène; beaucoup de quartz; nombreux filarnents de mica provenant de la desti'uction du schiste.

o. Fig. 17. Débris de schiste et de quartzitc. « Il n'est pas démontré que ce vase vienne de Santorin », dit M. Fouqué. Au point de vue archéologique, comme décoration, il est unique.

Vase à volutes, portant le motif que représente la figure 21. Ponce, débris de lave; cristaux de feldspath, d'amphibole; formes organiques.

Auti-e fragment de vase à volutes. Cristaux de feldspath labrador, d'amphibole, de pyroxène, débris de lave; trass abondant; spongiaires; quartz en débris.

Fragment de cruche. Débris quai'tzeux dans une pâte ferrugineuse. Ce vase n'a rien qui le caractérise comme provenant de Santorin.

Fragment de grande cruche. Schiste, fragments de ponce, quartz en granules irréguliers.

Cruche ornée de feuilles et de guirlandes. Débris de lave; cristaux de feldspath, d'amphibole; débris de schiste et de quartzite; formes organiques.

Grand récipient commun. Débris de lave; feldspath, pyroxène; formes organiques.

En résumé, les vases qui font l'objet de ce chapitre, sauf de rares exceptions, appartiennent tous au même type, tant pour la forme que pour les motifs de décoration. Ainsi que les autres objets découverts, ils indiquent une civilisation encore primitive, mais douée d'heureuses qualités. Ils offrent des rapports lointains, mais certains avec le type d'Hissarlik ; ils présentent des ressemblances beaucoup plus nombreuses et plus précises avec des poteries découvertes à Rhodes, à Chypre, à Milo et dans la Grèce propre, et quelquefois des formes ou des modes de décoration identiques à ceux de ces pays. Cependant l'ensemble de la collection de Santorin se distingue par une originalité incontestable,

La fabrication locale de presque tous ces vases a été constatée scientiliquemcnt ; nous savons môme qu'ils ont été faits avec une argile prise au sud de l'îk^ ; s'ils prouvent que Théra, à cette date, subissait des influences que nous retrouvons dans tout l'Orient de la Méditerranée pour le même temps, cette île n'eu avait pas moins une industrie propre et à bien des égards originale. .

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