‹ Les cercles de Paris, 1828-1864Chapitre 6 sur 69 · MAY · texte numérisé non relu

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L'UNION

nos revers en Espagne à une particularité qu'il racontait avec beaucoup de verve.

« -v L'Empereur, disait-il, m'avait envoyé devant Sajpt-Sébastien ; mes soldats étaient pleins d'entrain et d'ardeur, nous allions refouler les Anglais, investir la place, culbuter l'ennqtyi et nous frayer un passage, quand je reçus Tordre du major général d'envoyer en Allemagne le 24 e de ligne. Me défaire du 24 e , comme s'il me mandait Tordre le plus simple du mondel — 11 fallait obéir. — A partir de ce jour-là, messieurs, tout fut perdu en Espagnol »

A entendre le général, tous nos revers, sans exception, étaient dus à cet ordre du major.

Groupez autour des personnalités que je viens, de citer tous les chefs de mission et les membres du corps diplomatique, les Polonais réfugiés, le comte Zamoïski, Miczielski et autres; parmi les Russes, le prince Demidoff, Mendem, M. de Kisseleff, Orloff; pour les Espagnols, les deux d'Ossuna» le comte de Toreno, l'illustre historien réfugié à Paris, qui pt»> sait sa vie au cercle; ajoutez encore 1#* officiers de la garde royale démissionnaires, les hauts fonctionnaires de l'ancienne cour et tous les gentilhommes

Keunkscz dans un même individu, s appelant M. Durand ou M. Legrot, la science profonde d'Arago, l'universalité de Goethe, l'humour et la forme exquise de Henri Heine, lagr&ce de d'Orsay, la fortune du baron Sina et la probité de l'homme aux rubans verts ; que le mortel ainsi doué soit encore d'un cerveau froid et de mœurs douces 9 qu'il

Les jeunes gens d'aujourd'hui ne se souviennent donc d'avoir rencontré rue de Grammont ni le comte Walewski, ni M. de Morny, ni le prince Poniatowski et d'autres hommes d'État : M. de FJahaut y vint longtemps avec assiduité; car l'ex- ambassadeur d'Angleterre rencontrait là toutes les sommités de i'iristocratie d'outre-Manche en passage à Paris, et ses partners de Crockford et de Reform-Club.

Le whist était autrefois le seul jeu en honneur au cercle, et les paris étaient beaucoup plus élevés qu'aujourd'hui. C'était la langue universelle que parlaient ces diplomates habitués aux tapis verts des conférences. A peu d'exceptions près, on n'a pas de particularités saillantes à signaler, ni d'a&ecdotes qui aient rapport au jeu de cette époque, où le cercle des Étrangers existait encore et absorbait tout entiers ceux qui voulaient faire des agaceries à la fortune. .

Voici succinctement les principales figures de l'Union depuis sa fondation jusqu'en 1848. Je ne parlerai ni de Maubreuil (cher à Roger de Beauvoir), ni de M. de Septeuil, l'homme à la jambe de bois, le brillant gentleman riders, qui étonnait Paris par sa merveilleuse agilité.

M.deSaint-Marsant, l'ami du roi Charles- Albert,

LTMOM 11

•*ia chevalier errant do la liberté de l'Italie, qui n'a pas assez vécu pour voir se réaliser le rôve de toute sa vie; l'amiral Lasuse, qui fut un moment le lion do la société parisienne, cet élégant à outrance qui était l'un des meilleurs marins de notre flotte ; je ne dis rien de lord Pembroke, mort récemment, célèbre par le faste de ses dîners de dix convives et le nombre invraisemblable de ses perruques; M. de Pourtalès, le savant collectionneur; le duc de Luxembourg, longtemps président du cercle, qui portait dignement un grand nom, gentilhomme accompli, type d'exquise urbanité ; le marquis d'Aligre, surnommé par les croquants de Kueil. ses vassaux, le marquis de Carahas; le prince Tutiakin; le marquis d'Hertford, un des admirables causeurs du cercle de l'Union, expert comme Mauheim aux choses de l'art et de curiosité, et qui connaît la place exacte des vingt mille objets qui composent ses collections, l'heureux possesseur de liagatollc, le transfuge aimé des Parisiens.

11 me faudrait un chapitre spécial pour parler do l'amiral Tchitchakoff, qui s'était formé au service de la marine anglaise, et commandait en chef le corps d'armée rosse contre les Turcs, en vertu du privilège qu'ont les officiers généraux de la marine moscovite de commander sur terre et sur mer. Pendant que l'année française effectuait la retraite de

Russie, l'empereur Alexandre chargea l'amiral do remonter à marche forcée avec ses troupes fraîches, et d'empêcher les Français de repasser la Bérésina; si cette combinaison réussissait, pas un soldat de la grande armée n'échappait aux Russes; Tchitchakoff arriva neuf heures trop tard, et jamais ses compatriotes ne lui pardonnèrent cette faute, qui n'était pas la sienne. L'amiral vécut jusqu'à quatre-vingtonze ans ; il était cité pour sa science et son aménité. 11 ne revint jamais en Russie, et vécut constamment à Londres et à Paris.

Je n'ai rien dit non plus du prince Zappia, ce prince des MilU et taie Nuits qui apportait à mademoiselle George la clef d'un hôtel qu'il avait acheté et fait meubler pour elle, lui jurant qu'il n'existait pas d'autre passe-partout (et il disait vrai) que celui qu'il lui remettait, caché dans un bouquet de camélias.

On se fera peut-être, par tout ce que j'ai dit, une idée assez exacte de ce qu'était l'Union dans les dix premières années de sa fondation. J'essayerai de dira ce qu'il est aujourd'hui. Ce qu'il importe de constater c'est la complète anonymilè du cercle par excellence; les Solons qui vont à la Chambre et les Arthur qui vont au bois, passent devant l'hôtel aristocratique du boulevard des Capucines sans soup-

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