‹ Les Césars (volume 3)Chapitre 25 sur 30 · PO^T. MA · texte numérisé non relu

PO^T. MA

on PROVINC. LATROMB.

ET HIS QUI NOVAM GESERl HtM. SLPERSTITIO.N.

INCILCAB. PURGATAM.

Gruler, page 238. V. la dissertation de Bullct (Histoire du christianisme) , où il croit pouvoir établir l'authenticllé de cette inscription. Orose, du reste, dit positivement que la persécution s'étendit dans les provinces. Loc. dt.

couverts de peaux de bêtes , furent livrés à des chiens furieux ; d'autres mis en croix ; d'autres, sur un pal qui leur traversait la gorge , revêtus de résine , de cire et de papyrus (1), quand vint la nuit, furent allumés pour servir de flambeaux. Néron avait prêté ses jardins pour ce spectacle, » les jardins du Vatican où s'élève aujourd'hui Saint-Pierre ; « comme il y célébrait les jeux du cirque, on voyait César dans ces allées somptueusement éclairées par des hommes vivants, se promener en habit de cocher, se mêler au peuple ou conduire son char. Aussi , quoique ces hommes fussent des coupables et dignes du dernier supplice, ces tortures infligées, sans une pensée du bien public , pour satisfaire la cruauté d'un seul, faisaient naître la compassion (2). »

Ce sentiment de compassion et d'effroi semble s'être prolongé dans les souvenirs de la génération qui suivit. Juvénal et Martial parlent eux aussi de « cette tunique douloureuse, de ce pal qui traverse le gosier, de ce sillon de sang qui bouillonne sur l'arène (3). » Sénèque , qui avait pu voir ce spectacle, reproduit sans cesse ce qu'il nomme « les pompes du supplice, le fer, le feu, les chevalets, les bêtes féroces lancées contre un homme, le pal qui traverse le col et sort par la bouche, la tunique tissée et revêtue de tout ce qui peut servir d'aliment à la flamme (4) , le glaive qui vient rouvrir les bles-

(1) « ut in munere Neronis, in quibus ccreos ut lucerent spectatoribus faciebat, cùm essent fixa guttura ne se curvarent. Nero maléfices tœdà, cerà et papjTO supervesliebat et sic adignem admoveri jubebat, » dit le commentateur de Juvénal sur les vers cités plus bas. — (2) Tacite, ibid.

(3) Tunicà présente molesta.... Martial. X.

Ausi quod liccat tunicà punire molesta.... Juvénal. VIII. 235.

Ponc Tigdlinum (i. c. si Tigclliiiuni accusaveris), tœdà lucebis in illà.

Quà stantcs ardent qui fi\o gutUire fumant ,

Et lalus mediam sulcus diducit arcnam. Id. Sat. I. 155.

(4) Fcrrum circù se et ignés habet, et calervas, et turbam ferarum quam in visccra

SON PEUPLE. fi55

sures à demi fermées et faire couler un sang nouveau par les plaies devenues des cicatrices (1) ; » et au milieu de ces tortures, il montre la victime « calme, souriant , et souriant de bon cœur , regardant ses entrailles à découvert et contemplant ses souffrances de haut (2). » Et lorsque enfin parlant de la « lumière divine que nous devons contempler aux lieux mêmes où elle réside, et des dieux qui sont témoins de toutes nos actions, » il s'écrie : « Que celui dont l'âme a conçn l'éternité ne s'effraie donc d'aucune menace! Gomment s'effraierait-il celui pour qui la mort est une espérance (3) ? » n'y a-t-il pas dans tout cela quelque souvenir des martyrs?

Depuis ce jour, il est vrai, les chrétiens persécutés furent contraints à cacher leur vie. Le christianisme, qui se montrait sur les places, se réfugia dans les Catacombes, et, s'effaçant aux yeux du monde , sembla se recueillir dans les ténèbres pour y enfanter des vertus nouvelles. Il semble que le monde l'ait cru fini et l'ait oublié ; Tacite et Suétone en parlent comme on parle d'un mort. Epictète le confond avec le judaïsme. Cependant les archives romaines gardaient le souvenir de la persécution , et Tacite sut bien l'y trouver. Cependant encore le pouvoir n'ignorait pas qu'il y avait des chrétiens, et Pline, dans son rapport officiel à Trajan, lui nomme tout d'abord le christianisme comme un fait qui lui est bien connu. Or, remarquez que ces trois écrivains qui parlent de la religion du Christ, Suétone, Pline, Tacite, sont de ce siècle les plus romains, les plus positifs, les plus en crédit auprès des princes, les plus à portée des archives officielles.

immittat liumana.... et cruces et equuleos et adactuni per médium hominem qui per os emeigatstipitem.... tunicam alimentis ignium illitam etintextam. Ep. 14.

(1) Si ex intervallo repetitus, et per siccata vulnera recens demittltur sanguls. Eq. 85. M. De Maistre observe l'analogie de ce passage avec un endroit de Lactance en parlant des martyrs : Ut ad cruciatus membra renovcntur et reparetur novus sanguis ad po'nam. Inst. div. V. 2.

(2) Inter hœc aUquis (qui est-ce donc?) non gemuit : parùm est, non rogavlt; parùm est, non respondit; parùm est, risu, et ex animo. Ep. 78. Invictus ex alto dolores suos spectat. Ep. 85. — (3) Ep. 102.

U^ô NERON.

Mais à une autre époque, il nous sera peut-être donné d'entrer plus avant dans cette admirable histoire de la foi chrétienne. Ce n'est pas ici le lieu d'en dire davantage.

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