‹ Les Césars (volume 5)Chapitre 16 sur 65 · II · texte numérisé non relu

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s'occupât d'eux? Les bienfaits de la civilisation » résen'és à une classe moins nombreuse, pouvaient lui être plus facilement acquis. Une aristocratie de deux ou trois cent mille familles peutrêlre dans l'empire se faisait plus aisément sa part de gloire et de bien-être, La loi chrétienne a imposé aux gouvernements d'autres devoirs. Il n'est pas un homme, si petit qu'il soit, dont la vie, donl l'aisance, dont le bonheur ne pèse pour quelque chose dans les conseils de son prince. Autant il y a de millions d'hommes, autant il y a de millions d'intérêts à satisfaire et à concilier. La tâche des gouvernements en est bien plus grande, mais aussi bien plus difficile.

Mais une fois cette restriction admise , quelle civilisation eut la grandeur de la civilisation romaine ! Quelle unité fut plus vaste et plus complète ! Et d'abord, si la facilité des communioations entre les hommes est, comme on le dit, le grand instrument de leur bien-être, quand ces communications fu* rentoiles, sinon plus rapides, du moins plus générales ?

Ce n'était pas un royaume, ce n'était pas un peuple, c'était un monde tout entier ; le Batave et le Maure, le Rhin et le Nil» la Clyde el le Jourdain, le Douro et l'Euphrate, l'Africaine Zélia par delà les colonnes d'Hercule et Panticapée dans la Tauride ; enfin des millions d'hommes sur une étendue de prèi$ de deux cent mille lieues carrées (1) entre lesquels s'étaient établies ces relations naturelles et presque journalières des sujets d'un même pouvoir, des disciples d'une même civilisation. On lisait dans toutes les provinces (2) les actes publics^ le journal officiel de l'empire ; la Judée et la Grande-Bretagne savaient combien de sénateurs étaient venus à la réception de Livie, quelle femme avait divorcé à Rome, combien le peuple romain à l'amphithéâtre avait fait tuer de lions et d'hommes (3).

(1) K. la note 4 lu fin du vol. — (2) Tacile, Annal. XVI. 22. (8) r. Dion. LVH. Saëtone, in Gai. 26. Sénèque, de Benef. HI. 16. Cic, Fam. 11. 8. VUlf 17f Xi.'^Y. auMiBor im JUIa Xh^ma établis par G^aar, SuéUme, in Gss. 20.

FAITS GÉNÉRAUX. ISl

Entre tous ces peuples régnait le réseau immense des routes romaines dont partout se retrouve l'ineffaçable vestige (1) , véritables remparts (munire viam) , indestructibles chaussées fondées au-dessous du sol et qui s'élevaient de plusieurs pieds au-dessus. Trois couches impénétrables de pierres, de briques, de cimeqt, de terre et de craie moulus ensemble formaient comme une voûte , au-dessus de laquelle un pavé de lave ou de larges pierres, jusqu'à cent cinquante milles de Rome un pavé de dalles, donnait passage au voyageur. Des bornes milliaires, des lieux de repos, des stations de soldats, des relais de poste étaient semés sur la longueur de ces chemins pour rendre le voyage sûr, commode, rapide. Nul obstacle n'arrêtait la construction de ces routes ; le droit de propriété fléchissait devant la toute-puissance de César ; la nature pliait devant l'opiniâtre labeur de l'ouvrier romain. Les vallées étaient comblées , les hauteurs gravies ; le chemin s'ouvrait passage dans le roc ; il franchissait sur des arches de pierres les gorges des Pyrénées ; il passait les fleuves sur des ponts immenses (2) ; la route romaine arrivait droit comme l'aigle au but que l'œil de l'ingénieur lui avait marqué.

Par des chemins pareils Rome communiquait d'abord avec toute l'Italie. Ensuite partant de Milan, des routes s'épanouis-

Cic, pro SyUa. 14. AU. VI. 3. Fam. X. 38. VHI. 7. XH. 8. 98; Suét., !n Aug. 86. 44. jn m. 6. in Calig. 8 ; Tacite» Ann. HI. 3. V. 4. XU. 24 .^UI. 31 . l^VI. g3 ; Pilnfi, flist. N. VII. 54. IX. 15; Pline, Ep. VIL 33 ; Juvénal. II. 196.

(1) V. surtout Bergler : Histoire des grands chemins de V empire romain.

(2) Ponts d'Alcanlara (Norba Cœsarea), en Espagne, sur le Tage, 670 pieds de long, 6 arches, ayant chacune 84 pieds d'ouverture, 200 pieds d'élévation au-dessus du niveaiî de l'eau : bùli par Trajan. — Pont de Salamanque réparé par Tri^an. — Pont d'Ebora sur le Bélis, bâti par ses habitants à i'hnitation de celui-ci. — Beaucoup de ponts sur la Meuse, la Moselle (Strabon), le Rhin ( à Mayence, Bonn, Cologne, etc.), le Rhône (à Vienne sous Trajan). -— Pont de Rimini, par Auguste et Tibère, achevé en 779 de R. — Pont de Narni, va de la ville à une montagne voisine par dessus une vallée : les plus hautes arcades qui soient. — Caractère religieux des ponts (d'où le mot Pontifex), Les legs faits pour la construction ou réparation des ponts étaient censés faits-od fnas cawas,

saieot vers tous les passages des Alpes et gagnaient Arles, Lyon, Mayence, le Tyrol, l'Istrie. A la ville d'Arles se rattachdent, par une immense ligne qu'Auguste acheva (1) , Nîmes, Narbonne, tout le midi de la Gaule et toute l'Espagne jusqu'à Cadix. A Lyon venaient se croiser les quatre giandes routes de la Gaule, qui unissaient aux quatre mers cette métropole des peuples celtiques, à la Méditerranée par Marseille, à l'Océan par Saintes , à la Manche par Boulogne , à la mer du Nord par Mayence et par le Rhin (2). Puis après ces routes qui rattachaient les provinces à Rome, d'autres routes liaient les provinces entre elles. De Trêves à Sirmium , un grand chemin longeait le Danube, unissait les provinces armées de Rhétie et de Vindélicie , et mettait en rapport la Gaule avec la Pannonie. Puis de là, parla Mésie et jusque chez les Scythes, par la Thrace dans l'Asie mineure, par l'Asie mineure dans la Syrie, dans la Palestine, dans l'Egypte et sur toute la côte africaine, la route romaine achevait le tour du monde, et se retrouvait, par la riche Cadix, par Malaga, par Cartha* gène, au pied même des Pyrénées (3).

. Les communications par les fleuves n'étaient pas moins importantes. Ceux de la Gaule étaient le grand chemin du commerce et de la civilisation vers le nord. Par des canaux (4) ou par un court trajet de terre, on communiquait de l'Aude à la Garonne et à l'Océan, du Rhône et du Doubs au Rhin et à la mer Germanique , de la Saône à la Seine et par elle aux côtes de Bretagne (5). Les deux flottes armées qui descendaient le Rhin et le Danube, portaient les nouvelles de l'Océan à la Mer Noire.

(1) Pendant son onzième consulat (an de R. 731). V. les inscriptions, Gruler. 149.

(2) Strabon. IV.- (3) F. Bergier; Ibid.

(4) Canal de Drusus du Rhin à TYssel. V. ci -dessus, page 54, Canal de Corbulon du Rhin à la Meuse, 23 milles (an de J.-O. 47 }. Tac. Annal. XI. 20. De nombreux canaux dans la Gaule Qsalpine... Canaux projetés de i'Averne au Tibre. Tac, Ann. F. ci-dessus, tome 1, page 488 ; de la Saune à la Moselle, lonie 1, page 605 ; à travers l'islhrocdç Corinlhe, tome I, pages i'ib, 48J, — (.S; Strabon. IV.

Les voyages de raer , avec des moyens imparfaits sans doute , étaient autrement sûrs et faciles qu'ils n'avaient été jusque-là. Depuis que la Méditerranée était toute romaine, il n'y avait plus de pirates. Ostie était le port de Rome pour l'Occident et pour le Nord ; elle communiquait avec Fréjus, Marseille, Narbonne, Carthagène, Cadix. Pouzzol, au contraire , était en relation avec tout le Midi et tout l'Orient , avec Carthage, Alexandrie, Joppé, Béryte ; Ravenne , avec toutes les côtes de l'Adriatique; Brindes avec la Grèce et l'Asie mineure : relations constantes , assurées , régulières , officielles.

La vitesse des voyages par terre n'a guère été dépassée que de nos jours. César faisait cent railles (33 lieues 1/3) dans la journée (1), Tibère, allant retrouver son frère Drusus qui se mourait en Germanie , fit 200 milles en vingt-quatre heures (2). Pline compte sept jours de navigation d'Ostie aux colonnes d'Hercule, dix à Alexandrie (3).

Grâce à cette facilité des transports, l'opulent Romain avait le choix entre la poterie de Sagonte et celle de Pergame (4), entre les épées de Tolède et les armes de Cibyra , entre la pourpre de Tyr et celle des îles Fortunées. Il revêtait à son gré la blanche laine d'Apulie ou le gausape celtique, l'amphimalle égyptien ou les laines noires de PoUentia (5). L'Inde lui envoyait ses pierreries , Babylone ses tapis , le Thibet sa soie, l'Arabie ses parfums ; en même temps que les fourrures

(1) Suétone, in Csesar. 57. Glcéron parle aussi d'une route de 56 milles ( 18 lieues et demie) faite en 10 heures de nuit avec des cabriolets de poste (cislis). Pro Roscio Amerlno. 7. — (2) Pline, Hlst. VU. 20.

(3) Pline. XIX. 1. Hélius, afli-anchi de Néron, alla retrouyer son maître de Rome à Corinthe en sept Jours. Dion. LXIII. Les assassins de Sylla allèrent de Rome à Marseille en six jours. Tacite , Annal. XIV. 57. Ou alla du Phare de Messine à Alexailidrie en sept et même six jours, de Pouzzol à Alexandrie en neuf jours. On comptait ordinairement des ports de TEspagne citérleure à Ostle quatre jours, de la Gaule narbonnaise, trois, des côtes d'Afrique, deux. Pline. XIX. 1.

(4) Pline. VIII. 48. - (5) V. Strabon. 111. IV.

nu CIVILISATION ROMAINE.

lui arrivaient dé Scythie , l'atnbre ou le succin des bords de la Baltique. Un hoir Africain découpait pour sa table (1) les faisans de Colchos, et il voyait au ôirque un Dace ou un Germain combattre les lions et i^s panthères du Zahai'a (2).

Rome et Tltalie répandaient la richesse autour d'elles* L'Espagne, l'Asie, l'Egypte^ par l'industrie fet le cotnrtierce, rendaient leur tributaire la reine du monde. Enfin le Itixe des parfums^ porté jusqu'à \A plus folle extravagance, enrichissait les Arabes Sabéens, et les cratères d'or, les vases de bronxe, les meublés et les murailles mêmes incrustés d'ivoire , tout le luxe de l'Asie Hellénique se rencontrait aux portes du Désert (3).

Une richesse pltts réelle arrivait aux provinces occidentales par l'économie rurale et par l'échange des cultures. Les arbres et les plantes voyageaient de TOrienl à l'Occident. La Gaule narbonnaise possédait depuis longtemps la vigne ; l'olivier lui était apporté ainsi qu'à l'Espagne ; le lin passait de l'Egypte dans la Gaule (4) ; et Columelle admire la riche Culture et la fécondité de la Péninsule Hispanique.

A \û vue de tels progrès, croyez-vous que l'enthousiasme de soi-même et l'admiration de sa propre ^grandeur manquât à cb siècle plus qu'au nôtre? Croyez-vous qu'il ne chantât pas comme nous des hymnes magnifiques à sa propre gloit^e et à l'inépuisable perfectibilité de la race humaine î Les rhéteurs

(1) Tacite, in Germ. 46. Pline, Hist. XXXVHI. 11,

(2) <« Les marchands de la terre pleureront et gémiront sur elle , parce que persmme n'achètera plus leurs marchandises ; ces marchandises d'or et d'argent, de pierreries, de peHes, de fin lia, de pourpre, de soie, d'écarlaie, de toutes sortes de bols odoriférants et de meubles d'ivoire, de pierres précieuses, d'airain, de fer et de marbre, de cinnamome, de senteurs, de parfums, d'encens, de rin, d'huile, de fleur de farine, de blé, de bêtes de charges, de brebis, de chevaux , de chariots, d'esclaves et d'Ames d'hommes. » Apocalypse. XVIII. il. 12. 13. — (3) Strabon.

(4) r. Pline, Hist. nal. XIV. 3. XV. 1. XIX. 1. Strabon. IV. L'olivier n'existait pas en Italie an temps des Tarquins. Pline. XV. 1. Les Cadurcl (Cahors), CalcU (pays de Caux), Rutcnl (Rouergtoe), Blturigcs (Berry ), Morlnl (Flandre , Artois), étalent lea peuples de la Gaule les plus occupes à tisser le Un. XIX. i .

grecs ou latins qui entonnaient le panégyrique des Césars ne manquaient pas de proclamer la supériorité de leur siècle sur les autres siècles, avec non moins d'emphase et d'orgueil que ne le font aujourd'hui d'autres rhéteurs, agenouillés devant le César de notre temps, le peuple. « Le monde, disentils, s'ouvre, se fait connaître, se laisse cultiver choque jour davantage. Le désert est pénétré , les rochers sont ouverts , les bêtes féroces mises en fuite, la solitude et la barbarie re^ culent sans cesse devant la civilisation et la culture. Partout l'homme habite et se multiplie ; partout le gouvernement et la vie se développent. La race humaine augmente chaque jour ; elle couvre la terre, et le monde bientôt ne lui suffira plus (1). » C'est à ce degré de gloire et de bonheur que Rome a amené la race humaine. « Rome a réuni les empires dispersés, elle a adouci les mœurs ; elle a mis en commun Tindustrie de tous les peuples, la fécondité de tous les climats ; elle a donné une langue commune à ces nations que séparaient la discordance et la rudesse de leurs idiomes. Elle a civilisé les tribus les plus sauvages et les plus reculées (2) ; elle a enseigné à l'homme l'humanité (3) !... La guerre n'est plus qu'une fable des anciens jours à laquelle notre siècle se refuse de croire ; ou si par hasard on apprend que quelque peuplade Maure ou Gétule a osé provoquer les armes romaines, il semble qu'on rêve en entendant parler de ces lointains combats.... Le monde, comme dans une fête perpétuelle» a déposé l'épée et ne songe qu'à la joie et aux festins. Les cités ne luttent plus entre elles que de magnificence et de luxe; ce sont partout portiques, aqueducs, temples, écoles.... Non-seulement les villes , mais la terre elle-même s'embellit et se cultive comme un magnifique jardin (4). Rome, en im

(1) OneroBi sumus mundo. Tertullien, de Anima. .30.

(2) Pline, Hist. m. 5. XXVII. t.

(8) StraboD.

(4) Aristides rfaetor, de urbe Romft.

mot, a donné au monde comme une vie nouvelle (1).» . Rome, en effet, est le centre du monde où « toute la terre apporte ses fruits et ses richesses. A voir les navires qui abordent à son port, on dirait qu'elle est pour tout Tunivers un immense et universel entrepôt. Les richesses de TArabie et celles de Babylone y affluent en telle abondance que ces contrées doivent, ce semble, rester nues. Ce ne sont pas les ports, c'est la mer elle-même qui manquera à tant de navires ! Commerce, navigation, agriculture, recherche des métaux , Rome est le centre où tout cela vient aboutir ! Ce qui ne se trouve pas dans Rome n*est nulle part au monde (2). »

Enfin , disaitH)n pour couronner tant d*éloges , « sous cet équitable empire , nulle acception de personnes , nulle distinction du grand et du petit, du noble et du plébéien, du riche et du pauvre. Le juge suprême, qui rend à chacun selon ses mérites, ne connaît et ne récompense que la vertu. » C'était, en un mot, « une démocratie sous un maître, de tous les États, le plus sûr à la fois et le plus équitable (3). »

Le monde romain, ainsi que le nôtre, el dans un langage également hyperbolique, vantait donc sa richesse, sa civilisation, son progrès. Mais quelle part revenait à l'homme de ce perfectionnement de l'humanité , et comment celte amélioration de la vie commune se rendait-elle visible dans la vie et dans les jouissances de chacun?

C'était une belle vie que celle du Romain , je ne dis pas opulent, mais seulement riche. A la pointe du jour, pendant qu'il prolongeait paresseusement le repos de la nuit, la foule

(1) Adeù Romani vclut alteram lucem dédisse humanis rébus videntur. Pline.

XXVn. l.--(2) Arislidcf. IWd.— (3) Arisl. Ibid.

des salutateurs , amis, familiers, parasites, attendait dans son vestibule. Quand il avait secoué son sommeil, parfumé sa tête, arrangé ses cheveux, revêtu sa toge, il trouvait réunis à ses côtés ceux qui avaient besoin de lui et souvent ceux dont il pouvait avoir besoin. Quelques minutes lui sufAsaient pour ce que nous nommons les devoirs du monde ; quelques mots terminaient une affaire. Le temps du Romain était précieux.

Puis on descendait au Forum. Le patron à pied au milieu de ses clients, ou en litière sur les épaules de ses esclaves, trouvait au Forum ceux qu'il n'avait pas trouvés chez lui. Là venaient les grandes affaires, les affaires sérieuses, procès à juger ou à soutenir, emprunts à faire, payements à recevoir. Là étaient auprès l'un de l'autre, la basilique, bourse et tribunal à la fois, la chaire curule du préleur, le bureau du scribe plus puissant parfois que le préteur, le comptoir (mensa) du banquier, la boutique du marchand, le banc du nouvelliste. Là étaient le bruit, l'activité, les affaires.

Mais quand le clepsydre marquait midi , le bruit cessait , l'audience était levée , le comptoir se fermait , les boutiques demeuraient désertes. Peu après, les rues silencieuses, pendant cette nuit factice de la sieste, n'étaient plus traversées que par quelques attardés regagnant leur demeure , ou par des amants quasi nocturnes qui venaient soupirer sous le balcon de leurs belles (1). A demain les affaires sérieuses ! Rome était libre pour le reste du jour ; Rome dormait. Le pauvre s'assoupissait sous le portique ; le riche, dans le rez-dechaussée de sa demeure , au milieu du silence et de l'obscurité de son appartement sans fenêtres, au bruit des jets d'eau du cavœdium, dormait, respirait ou rêvait. Rome avait un singulier respect pour la religion de son repos : passé la dixième heure (quatre heures du soir), il n'était plus permis d'introduire une affaire au sénat, et tel Romain, cette

(I) r. Calullc. - .

138 GITILISATION ROMAINE.

heure venue , ne voulait plus même ouvrir une lettre (1).

A deux heures les rues commençaient de nouveau à se rem* plir. La foule affluait vers le Ghamp-de-Mars ; sur ces vastes gazons la jeunesse venait lutter , courir , lancer le javelot. D'autres jouaient à la paume ; d'autres 9 tout poudreux de la palestre , se jetaient dans le Tibre et le passaient à la nage. Les vieillards restaient assis, causaient et regardaient, parfois même ils avaient leurs exercices. Les femmes se promenaient sous les portiques. C'était l'heure aussi de l'activité , mais de l'activité allègre, joyeuse, satisfaite.

Une cloche sonne, les thermes sont ouverts. On va essuyer dans les vapeurs du bain et dans les parfums des aromates, l'huile et la poudre de la palestre. Le bain est à la fois affaire, remède, plaisir ; le pauvre en jouit dans les bains publics pour un quadrant (un ou deux liards) , quelquefois pour rien ; les riches voluptueux se le donnent dans leur palais. Presque tous le prennent en commun. Le bain froid dans la vaste piscine où l'on peut nager, le bain tiède dans les cuves de marbre, le bain de vapeur qui suffoque, mais qui enchante ; les frictions qui rendent au corps son élastique souplesse ; les délices du massage ; les onctions de baume et de nard, sorte de bain parfumé : ce sont là mille joies romaines , raffinées et somptueuses, mesquinement reproduites dans la vie orientale, tout à fait inconnues à notre vie. Sur ces pavés de mosaïque, dans ces piscines d'albâtre, sous ces voûtes peintes à fresque, entre ces murs incrustés d'ivoire , à la lueur de ce demi-jour qui descendait à travers les pierres spéculaires, au milieu de tout un peuple de serviteurs qui va et vient, frotte, essuie, porte de l'un à l'autre la brosse, l'étrille, les parfums, le bain est le rendez-vous d'une liberté presque puérile. Là, on cause, on rit, on joue, on danse même; là s'exerce le chanteur, l'orateur déclame, le lutteur éprouve ses forces. Les thermes sont le gymnase, la tribune, le salon de cette

(1} Séoèque, de Tranquillitate aniini. 15.

DES JOUISSANCES PRItÉES. 139

Rome sensuelle et délicate, le bureau d'esprit Inévitable, où le poëte qui veUt lire ses vers trouve à coup sûr des auditeurs (1).

Au baltï d'ailleurs se préparait la grande affaire du jotir ^ le souper. Le maître de maisoti y cherchait des convives, le parasite uti hôte. Le souper était presque runique repas du Romain ; les autres se prenaient à la hâte, sans apprêt et satis convives. Mais, lorsqu'au souper, libres de tous soitis^ exercés parla palestre, reposés et détendus par le bain, on vient s'accouder ensemble à la table hospitalière, ott a devant soi ; pour la conversation et pour le repas, toutes les heures jusqu'à la nuit. Six ou sept conviés d'ordinaire (jamais plus que les Muses , dit le proverbe j jamais moins que les Grâces), sont couchés sur des lits de pourpre et d'or, autour d'une table d'un bois précieux. Les divers ministères du festin emploient une foule de serviteurs : le maître d'hôtel (pfontuscondits ) a ordonné le repas ; le stntctor a donné aux plats leur ordre symétrique ; le scissor découpe les viandes. Dé jeunes esclaves en tunique courte déposent sur la table le vaste plateau d'argent renouvelé à chaque service et sur lequel les mets sont disposés avec art. Des enfants agitent sur la tête des conviés le chasse-mouche et l'éventail. Des échansons jeunes et beaux , en longue robe et les cheveux flottants ^ versent le vin dans les coupes ; d'autres répandent sur le sol une infusion de verveine et d'adiante qui entretient, dit-ott;

(1) « J'habite au-dessus des bains, dit Sénèquc : Imaginez tous les sons qui peuvent nous faire maudire nos oreilles : — ces lutteurs qui s'exercent avec des cestes de plomb, leurs gémissements quand ils se portent des coups , le sifflet de leur poitrine quand ils se reposent, ~- le masseur qui frappe de sa main tantôt creuse, tantôt h plat, l'épaule des baigneurs. Si par là-dessus viennent les joueurs de paume qui se mettent à compter leurs coups , tout est perdu. Puis , ajoutez celui qui a le vin bavard, — le voleur saisi en flagrant délit, — le chanteur qtil trouve sa voix belle dans le bain, — puis ceux qui se Jettent d'un bond dans la piscine, — puis l'épUa» leur avec son cri aigre et perçant, si toutefois, à force d'épiler le patient, 11 ne le fait pas crier à sa place, — puis le pâtissier, puis le charcutier, puis le confiseur, puis le cabaretier, chacun avec son cri diversement modulé. » Sénëq., Ep. 56.

«0 CIVIUSATION ROMAINE.

la gaîté (1). Autour de la table , ce sont des chants , des danses, des symphonies, des farces de bateleurs, des dissertations de philosophes. Et au milieu de ces joies , le roi du festin nomme lassantes, compte les coupes , couronne ses convives de fleurs qui durent peu. Hâtons-nous de vivre, leur dit-il , la mort approche, couronnons nos têtes avant de descendre chez Pluton.

En effet, vivre, jouir, chasser de la vie, autant qu'il se peut, tout ce qui est peine, souci , travail , devoir : telle était la pensée dominante de la société antique. Le grand moyen était Fesclavage. Grâce à lui , on n'avait pas besoin de marchander à l'industrie le-s robes de pourpre et les tissus de lin. Le travail et le talent de l'esclave appartenaient au maître. L'esclave brodait pour son vêtement, chassait ou péchait pour sa table. Grâce à l'esclavage, on n'entendait parler ni des soins de la culture, ni des chicanes infinies de la propriété qui rendent souvent lourde à notre paresse la gestion de nos étroits domaines. Un villicus et une villica, esclaves tous deux, et sous eux toute une hiérarchie d'esclaves veillait aux intérêts de la villa : système peu avantageux pour la terre, commode pour le maître. Grâce à l'esclavage, les soins mêmes de la maison disparaissaient ; des maîtres d'hôtel et des chambellans (cubicularii) y esclaves ou affranchis, commandaient au reste de la population servile. Des affranchis de confiance, attachés au maître par le don d'une liberté dont ils n'usaient pas, étaient ses hommes d'affaires et ses trésoriers. Le médecin qui portait secours à ses souffrances , l'artiste qui charmait ses loisirs, le chanteur qui adoucissait sa mélancolie, le grammairien qui élevait ses enfants (et ces précepteurs esclaves étaient sou vert t plus sûrs que les précepteurs libres) , tout cela était dans la maison et faisait partie du patrimoine. Si le maître aimait l'étude, un de ses esclaves était son secrétaire, causait avec lui sciences et belles-lettres, lisait, discu-

(0 Plularcb., Synipo8. 1.

DES JOUISSANCES PRIVÉES. Iftl

tait, composait avec lui. Térence et Plante furent esclaves. Tout pouvait s'acheter au Forum, même la science et Fesprit(l).

Four le dire en passant, ceci explique la conciliation si fréquente dans l'antiquité, si rare de nos jours, de la vie active et de la vie d'étude. Cicéron , avec une carrière traversée par tant d'orages, une santé faible , une âme souvent abattue, trouve du temps pour la poésie, les lettres, la philosophie, l'histoire. Pline l'ancien, avocat et homme de guerre, meurt à cinquante-six ans, laissant, avec des écrits sur vingt sujets divers, une vaste encyclopédie de la science de son temps (2). Pline le jeune et Tacite, l'un avocat brillant, l'autre qui avait été soldat, furent tous deux consuls, tous deux écrivains. Sénèque, philosophe, rhéteur, avocat, fut tour à tour exilé , précepteur de Néron, sénateur et consul. La littérature ne fut jamais une profession sous la république; depuis Auguste, elle le fut seulement pour quelques poètes. Le divorce de la vie intellectuelle et de la vie agissante est moderne ; il appartient surtout au xviii* siècle.

(1) « Calvisius Sablnus avait et la richesse et les sentiments d'un affranchi. Je ne Tis jamais homme plus sottement heureux... Sa mémoire était si courte qu'il oubliait jusqu'aux noms d'Achille et d'Ulysse... Jamais vieux nomcnclateur qui invente les noms au lieu de les répéter ne salua les gens du peuple à tort et à travers comme il saluait les Grecs et les Troyens. Cependant comme il voulait passer pour érudit, voici de quoi 11 s'avisa. Il acheta , 100,000 sesterces (25,000 francs) la pièce , onie esclaves, dont l'un savait tout Homère, l'autre tout Hésiode , puis un pour chacun des neuf lyriques : j'ai tort de dire qu'il les acheta, je devrais dire qu'il les commanda... Il les tenait au pied de son lit, pendant le repas, prêts à lui souffler des citations que souvent il entendait mal et dont il coupait les vers à rhémlstiche. Mais peu importe , il croyait posséder. toute la science que l'on possédait chez lui. Aussi un jour, certain plaisant l'engageait-ii à s'exercer à la lutte. — Comment puisje, je n'ai pas le souffle? — Au contraire, vois que de vigoureux athlètes tu comptes parmi tes esclaves ! » Sénèque, Ep. 21.

{2) Pline, Ep. III. 6. 11 énumère ainsi les ouvrages de son oncle : Sur l'usage du javelot pour la cavalerie, 1 livre. —Vie de Pomponius Secundus, 2. — Des guerres de Germanie, 20. — Le Studieux ( livre d'éducation oratoire ), 0. — Des Locutions douteuses, 8.— Continuation de l'Histoire d'Aufldius Bassus, 31 .» Histoire naturelle, 37. — En tout, 106 livres. — De plus, 100 volumes de notes et d'extraits.

142 CIVUiISATION ROMAINE.

Or, Tesclavage principalement rendait leur union plus facile. Non- seulement l'esclave était chargé de vivre pour le maître, afin que le maître fut libre de penser, et, en le débarrassant des petites choses, lui laissait son intelligence ^lus dégagée et sa vue plus nette pour les grandes choses de la pensée ou de la vie; mais encore Tesclavage rendait l'étude plus prompte et plus facile ; il donnait au maître des lecteurs, des secrétaires, des coopérateurs intelligents. Sous la tente, en voyage, à cheval, dans la litière, pendant le bain et pendant le repas, l'étude et la pensée pouvaient le suivre (1).

Le colon de Saint-Domingue, au milieu de quelques cen^ taines de nègres ignorants, ne peut donc nous donner qu'une faible idée de ce qu'était cette royauté du maître romain, à la fois délicate et commode. Cette double domesticité qui l'entourait» l'une matérielle, l'autre intellectuelle, est chose que nous ne saurions bien imaginer. Un Gicéron trouvait dans l'entretien de ses esclaves toutes les jouissances de la pensée. Un Pallas trônait au milieu des siens , et ne jugeait pas de sa dignité d'adresser la parole à cette valetaille qui recevait ses ordres. L'homme véritablement libre, celui qui n'était ni esclave, ni étranger, ni prolétaire, le citoyen romain dans toute la plénitude de sa dignité, était véritablement un roi.

Cette royauté avait même ses devoirs. Le gain sordide la faisait rougir, et Tibère dégrada un sénateur uniquement parce qull avait prolongé son séjour à la campagne, pour louer moins cher à Rome, quand le terme des locations serait passé (3). Le trafic avec ses préoccupations cupides, l'industrie avec ses détails presque immondes lui étaient interdits (3). La boutique était abandonnée aux esclaves et aux affranchis (4). La possession d'un navire marchand n'était pas per-

(0 Pline cl-de»8U8 — (t) Suélooe, in Tibeiio.dS.

(3) Oui^cvi *)f«f iiw P«f&«M»y côn xcinîXoy oOrt xti^ojé^wi film fx^w. Diooys. Halic. IX. -(i) Y. aeérop. io CaiU. IV ïu flo. PaulM0 i* C. smymL U. 20. S U.

mise aux sénateurs (1). L'agriculture était honorée ; on tolérait la banque et l'usure ; mais on disait : « Le salaire de l'ouvrier est un gage de servitude. Le marchand qui achète à vil prix et qui revend cher, ne gagne que par le mensonge et la fraude ; c'est un métier peu délicat. Le navigateur est plus honorable, il nous apporte de loin les denrées utiles à notre vie ; et s'il est sage, s'il songe de bonne heure à regagner le port, du port à retourner aux champs, s'il achève sa vie dans les soins de l'agriculture , le métier le plus digne d'un homme libre, il aura droit à nos louanges (3). »

Si les œuvres serviles étaient interdites à l'homme libre, les habitudes serviles, les gestes et le costume qui rappellent l'empressement et le travail, ne lui convenaient pas davantage. Sa royauté avait son étiquette comme elle avait ses devoirs, et ces lois de la bienséance antique sont comptées par Cicéron parmi les préceptes moraux. Sans doute, sous les empereurs, quand les sénateurs couraient, la toge relevée, devant la litière de Caligula, ou quand les chevaliers et les matrones descendaient sur l'arène, ces bienséances de l'aristocratie républicaine perdirent de leur puissance. La courte tunique resta cependant l'habit de l'esclave, du prolétaire, de l'homme qui travaille (3), tandis que la toge, parure embarrassante et inutile, fardeau plutôt que vêtement, fut le costume de l'homme véritablement libre. On laissait « à l'esclave les attitudes sans noblesse, les agitations inquiètes et essoufflées ; on laissait les mouvements violents à l'athlète, les gestes ridicules à l'histrion. » On évitait de se gratter la tête , signe de débauche (4). « Une marche lente et solennelle convient, disait-on.

(1) Loi Claudia (vers Tan de Rome 534), défend à toat sénatear ou père de sénateur de posséder un bâtiment propre à tenir ]a mer de la capacité de plus de 300 amphores (78 hectoUtres). Tite-Uve. XXI. 63. Clcéron, in Verrem. V. 18.

(2) Cicér., de Off. I. 42.

(3) Villa yendentem tunlcato scruta popello. Horace.

(4) Qui digito scalpunt uno caput. Juvénal. IX. Tibère était « non sine molli digi-

144 CIVILISATION ROMALNE.

aux ministres qui portent les réchauds sacrés : une marche précipitée convient à l'esclave (1) ; trop de hâte « trouble noire haleine, change notre teint, défigure notre visage et fait paraître au dehors l'inconstance de notre âme. La démarche de l'homme libre, sans être trop lente, sera grave el mesurée, son visage calme et digne, et empreint de cette beauté qui convient à l'homme, non de cette grâce qui sied à la femme (2). »

Ainsi, l'homme réellement libre, c'est-à-dire le sénateur, le chevalier ou le riche affranchi, véritable aristocrate, se faisait reconnaître par le désœuvrement manuel et par la dignité extérieure, je puis ajouter par le bon ton et le savoirvivre dont les aristocraties veulent aussi faire un de leurs privilèges. La politesse, il est vrai, n'existait qu'entre égaux et entre amis : vis-à-vis des clients, des prolétaires, on se mettait à l'aise : avec l'homme dont on s'était fait l'ennemi , on avait rompu, rien ne restait à ménager. Mais entre gens de même espèce, la politesse plus brève, plus ouverte, plus virile que la nôtre, n'en avait pas moins comme la nôtre ses

torum gesticulatione. Suétone, in Tib. 68. F. encore Lucien. Ammien Marc. XVU. « L'impudique se reconnaît à sa démarche, à un geste, à une réponse, à un mou- Tement des yeux, à on doigt approché de la tête. Le méchant se reconnaît .à son sourire, l'insensé à sa physionomie et h son atUtude. » Sénèque , Ep. 52. — L'étude de la physionomie n'était pas rare chez les anciens. — V. Sénëq. Ibid, Pline. XI. 62.

(1) Liberos homines per urbem modico magis est par gradu

Ire : servile esse duco, fesanatim currere. Plante. Pwn. 111. 1.

Et Alexandre Sévère dans Lampride :

Év "^ap vojAtÇcd TOÛTO T* àveXtuOipcv Eivai To fia^tl^etv àpu6u.(o; £y toi; dl^oî; Ê^ôv XftXûç.

Sa^pe velut qui

Currebat fugiens hostem, persspè velut qui

Junonis sacra ferret Horace. I. Sat. 111. 9.

K. aussi saint Basile, épit. I. Clém. d'Alexandrie, Pœdagog. 111. 2.

(2) Cicéron, de Off. I. 36, à voir sur tout ceci.

formes convenues (1), ses nuances diverses, ses circonlocutions, ses insinuations, ses reproches courtois, ses détours : parce que ces hommes-là se totoyaient, il ne faut pas les prendre pour quelque chose comme nos Jacobins de 93. Ils savaient fort bien quel est le langage du paysan (rusiicus), et quel est celui de l'homme bien élevé (urbanus) ; ils connaissaient la politesse {camitas)^ Tart d'être aimables (humanitas) ; ils savaient le monde (urbanitas) et possédaient cet aplomb et cette convenance que les Athéniens appelaient dextérité. Les lettres de Cicéron en fournissent mille exemples ; lisez entre autres cette correspondance d'Appius et de Cicéron où le mécontentement se cache si bien sous la politesse (2).

Tels étaient Taisance, le bien-être, le savoir-vivre, la dignité de l'homme qui portait la toge. Et remarquez que je n'ai point parlé des exagérations du luxe et de l'opulence. Je ne peins pas la vie des Apicius et des Mamurra, des proconsuls revenus d'Asie ou des affranchis de César. Je ne retrace pas la magnificence antique dans ses proportions énormes, si peu en rapport avec les petitesses du comfort moderne. Je peins

(1) L'emploi des prénoms était une forme respectaeiue et polie : {

m Quinte, puta, » aut « Publi » gaudent prœnomine molles Auriculœ. . ..* Horace.

Remarquei dans les harangues de Cicéron la manière pleine de discernement dont il emploie le prénom ou le supprime selon qu'il veut parler d'une manière plus ou moins courtoise.

Notre mot monsieur ne laisse pas que d'avoir un équivalent dans la langue latine, au moins an temps des empereurs : On remarque qu'Auguste ne se laissa pas appeler seigneur (dominus), même par ses enfants- Suét., in Aug. 53. •> Quand les femmes ont quatone ans, nous les appelons madame (xupîxc). » Epictète. 40. » Ceux que nous rencontrons , si leur nom ne nous revient pas , nous leur disons : monsieur (domines). » Sénèq. 3. -—Dans les rapports de famille : «Dominus meus Galllo, » dit Sénèque, en parlant de son frère (ép. 105). « Peto abs te, Domina uxor. » Jnrisc. de legatis. «Domina DiUs » (Virgil. iEneid. VI. 397). «• Dominum iEnean (IV. 214.) Grsci uxorem ^c<mcivxv vocanl (Servius). » Claude, oubliant la mort de Messaline, demander Madame va venir, « Cur Domina non veniret. » Suét., in CI. 39.

(2) Fam. 111, tout entier.

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